‹ Conférénces sur la question ouvrière [microforme]Chapitre 11 sur 37 · DRE · texte numérisé non relu

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aux patrons comme aux ouvriers, il faut surtout protéger le droit de l’ouvrier contre tous les abus, contre toute exploitation ; et la Loi seule peut faire tout cela ! En vérité, on ne conçoit pas comment des hommes, éminents d’ailleurs et bien intentionnés, ont pu défendre à la loi d'intervenir dans le monde industriel.

Est-ce que la loi ne condamne pas l'usure ? Et l’exploitation de l’ouvrier, n'est-ce donc pas une criminelle usure, celle que les moralistes appellent oppressive, usure exercée sur l’indigent, nsure qui spécule sur les besoins et les sueurs du travailleur ?

La loi condamne et punit le meurtreet le vol : eh bien! l'exploitation de l’ouvrier ‘ quand les patrons l’écrasent sous le poids de fardeaux niques, déshonorent en lui la personne humaine par des conditions indignes, ou bien attentent à sa santé par un travail excessif et hors de proportion avec son âge ou son sexe, ” tout cela ne participet-il pas du meurtre et du larcin ? Ah! mes frères, les journaux parlaient naguère de cet industriel, qui payait (1) cinq cents à de pauvres femmes, travaillant douze heures et plus dans un atelier malsain : je vous le demande, cet homme-là est-il autre chose qu'un misérable voleur ? Le travailleur peut dire, lui aussi, comme Job :— Ma force, ce n’est point la force des pierres, et ma chair n’est pas d’airain ![VI, 12] La force physique de l’homme se développe par l'exercice, maïs il y a un maximum d'effort, au-delà dnquel elle se brise. Quand donc, par suite de cette vxploitation inhumaine, que l'Angleterre appelle le sweating system, la vie de l’ouvrier et de l’ouvrière s'étiole et que la mort arrive prématurée, —n'est-ce pas là un assassinat à petit feu ?

L'exploitation de l’ouvrier, c’est un crime contre la famille : elle relâche ses liens si doux; c’est un dissolvant

domestique ; par le travail du jour prolongé parfois à 14 (2) heures et au-delà, par le travail de la nuit, dans la femme

(1) Au Canada cinq cents représentent cinq sous ou ?5 centimes en France. De méme que le dollar ou la piastre sont équivalemment cinq fraucs,

(2) On peat compter que 14 heures à l'atelier, c’est seize heures hors la maison. Si maintenant on donne à l’ouvrier, apres ce labeur écrasant, 8Acures de sommeil, que lui reste-t.i] pour jouir de la vie de famille ?

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surtout, elle vide le foyer, et, horinis de rares rencontres, les membres de la famille vivent comme inconnus l'un à l'autre. Et l'on veut que la loi ne protège pas la dignité et l'existence de la famille ? Un ancien a dit que la famille était le seminarium republicæe, \a pépinière de l'Etat [Cicéron] : hommes d'Etat, sauvez la pépinière ! L'exploitation de l’ouvrier, c’est encore un crime national, un attentat contre la patrie, car elle tarit les sources de la vie des peuples. Ah ! mes frères, si le respect du saint lieu ne me retenait, il y aurait là-dessus des choses effrayantes à dire, telles que les ont révélées des enquêtes officielles et des commissions royales. Cette iniquité industrielle moissonne la vie nationale dans sa fleur, par le travail excessif des enfants, et elle compromet celle des générations à Venir, par le travail surtout nocturne des mères. Klle nous prépare des générations languissantes, rachitiques, usées par l’alcoolisme et destiaées à s'éteindre à brève échéance. Les statistiques montrent que la popuiation décroît rapidement dans les centres ouvriers.—ÆEh bien lil faut que la loi sauve la sève de la nation et garde à Ja patrie les générations à venir dont elle aura besoin ! (1)

L'exploitation du travail est souvent uu crime contre l'ordre moral : hélas lil est prouvé que l’énervement des forces, jetan, l'ouvrier dans l'usage iinmodéré des liqueurs, le mélange des sexes, dans les grands ateliers, et d'autres circonstances déplorables mettent en péril ce qu'il y a de plus beau, de plus divin dans l’homme du travail, dans le jeune homme surtout et la jeun: fille, la vertu, la sainte virginité du cœur et de l'âme ! Encore une fois, on voudrait que la loi ne vienne pas interdire c:s fanestes excitations au vice, et sauver la moralité de l'usine ?--Ht puis l'ouvrier est l’auteur de tous ces biens matériels, dont jouit la société ; n'est-il ‘ouc pas juste que l'Etat se

(1) Développant ce lamentable sujet devant les Chambres françaises, Ar de Man révélait le fait que, dans un canton ouvrier des Vosges, 1 avait fallu écar. ter jusqu'à 54 conscrits, .avunt d'en trouver un bon pour leservice. Etil ajoutaitce mot d'un ouvrier, recueilli dans une enquête officielle, un de ces mots qui entrent droit au cœur : — Le travail de nait. dans les meres," c'est un mangeur d'enfants UrrindustrieLavounit lui-méme qu'avec ee régime, outre une stérilité fréquente, la femme vieillissait 20 ans plus tôt qu'à tout autre travail.

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préoccupe d'une classe aussi intéressante, afin qu'elle ne se trouve polut continuellement aux prises avec [a misère, mais qu’il lui revienne une part convenable de la prospé- ‘rité publique, comme le logement, le vêtement, et qu’elle puisse vivre au prix de moins de peines et de privations ? [lncyel.

Enfin, mes frères, cette exploitation est un crime contre l’ordre social : oui, n’eût-elle eu d'autre résultat que d'allumer ces haines fratricides, donner naissance au socialisme et armer pour la révolution les messes ouvrières, exaspérées de lenrs souffrances et de tant de déceptions, certes c'en serait assez pour autoriser la loi à jeter son gant de fer sur le monde industriel !

Et qu'on ne dise pas l'éternel refrain, que la loi n’a

ti rien à faire ici, que l'initiative privée, la réforme des D mœurs amélioreront la situation à la longue. Affirmation ù. frivole ! Supposez, mes frères, qu’un incendie dévore y une maison, déjà les pompiers accourent avec l'engin sau- Fe veur ; mais un passant les arrête et leur dit : —Halte-là ! \ mes amis, votre intervention n’est pas nécessaire : laissez 4 faire la pluie du ciel, un jour ou l’autre il viendra bien nou une ondée, qui éteindra le feu !—On lui répondrait, n’est- fer ce pas ?—Vous plaisantéz ou vous déraisonnez : votre son pluie, quand elle viendra. ne trouvera plus que des cen- ploi dres à faire germer !—-Eh bivn ! telle est tout juste la folie déla de ceux qui repoussent l'intervention de la loi, pour s’en remettre à l'initiative privée M. de Mun, ce grund ami quis des travailleurs disait naguère :-— Cette initiative privée a gisls

out juste la valeur d'un verre d’eau, donné à un homme, ssourant de suif et de faim. Et ilen donnait cette terrible raison :—Sous l'empire de la concurrence, nul homme quelque juste qu'il soit, ne peut accepter de faire ce que

ne | ses voisins et ses rivaux ne font pas : en sorte que l’ordre #à économique, constitué tel qu’il est, décrète pour ainsi dire ( ‘0 l'égoisme obligatoire \— idéa

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Parole d'une effrayante vérité ! Oh ! sans doute pour l'honneur de l'humanité, il est des industriels, et il en est beaucoup,—je tiens surtout à honneur de reconnaître que c’est la majorité dans cette ville si chrétienne de Québec, — qui protestent contre cette odieuse exploitation des travailleurs. Leurs sentiments de justice et de charité se révoltent contre ces outrances de travail et ces baïsses de salaire, contre ces conditions indignes et flétrissantes imposées a des êtres, qui sont pourtant des hommes et qui sont les facteurs de la richesse publique. C'est ici, mes frères, chez ces hommes de cœur et de conscience. que l'initiative privée serait la bienfaisante Pandore, apportant le remède à tous les maux.-Mais, hélas !ils ne sont pas tous comme cela. Ils voient près d'eux des rivaux acharnés, des patrons cupides, qui, pour leur faire une concurrence déloyale sur le marché, feront arme de tous les abus du travail, et exploiter nt sans pitié les sueurs de l’homme et de la femme. Qu'arrivera-t-il alors? C'est que les patrons honnêtes et humains se verront dans l’angoissante alternative on de faire comme eux, ou de snccomber et fermer J£ar ateliers. Selon an mot terrible : — l'industriel humain sera châtié de sa vertu ! (Dupin) -Et que sera-ce, mon Dieu, quand le monde du travail sera abandonné aux serres de ces vautours de l’industrie !.…

O vous, qui présidez aux destinées de l'Etat, donneznous vite une législation du travail, complète, sage et ferme ! La loi courbera toutes les têtes, celles surtout qui sont vides de conscience ; la loi sauvera l’ouvrier de l’exploitation, et l'industriel honnête d’une concurrence déloyale !

Dans notre prochaine conférence, ns: essayerons d'esquisser, selon l'Encyelique, les grandes lignes d’ cette lé gislation du travail.

C'est a'ors, mes frères, que le gouvernement réalis ra cet idéal, que rèvait pour lui le grand saint Thomas : —// sera

ce que l'âme est dans le corps, ce que Dieu est dans le monde.— Mieux encore, il obéira au mot d'ordre que lui donnait saint Paul : Minister Dei in bouum, sois ministre de Dieu pour le bien !—Oh ! qu'ilest beau, ce rôle de providence des petits, des pauvres, des travailleurs ! C’est là ce qui donne au pouvoir une majesté surhumaine, c’est ce qui attache au front de l'homme d’Etat une couronne de gloire inflétrissable. Le gouvernement qui le comprendrait et s'y dévouerait, aurait de la nation un bail indéfini au pouvoir.—Savez-vous, mes frères, ce qui a rendu si grand, si populaire parmi les hommes le bon roi Henri IV ? Ce ne sont point ses victoires ni les pompes de sa cour. Alexandre fit plus de conquêtes, Louis XIV avait plus de splendeurs à Versailles. Ce qui a immortalisé Henri IV, c’est la poule au pot du dimanche dont l'excellent roi voulait doter chaque paysan de France.

Les chefs d'Etat de cette tremne laissent après eux une mémoire ex bénédiction. (1) Et ce qui est mieux encore, ils ont l'approbation du Roi des rois, dont le gouvernement divin est le modèle de tout gouvernement et qui demandera un compte sévère aux chefs de peuples, du pouvoir qu’il leur avait confié, pour le salut etle bonheur des sociétés humaines. Mes frères, prions Dieu qu'ils le comprennent tous, ce sera leur bonheur et ce sera le nôtre !

El nunc, regas, intelligite !

(1) Parfois, il est vrai, le poignard sera 1ci-bas la seule récompense visibic de ses magnanimes dévouements. Mais le poignard n'est niune honte ni uu malheur pour le cœur qu'il assassine 5 il souille seulement la main qui le brandit. Henri IV et Garcii Moreno seraient.ils aussi grands s'ils étaient morts dans leurs lits * -Ce dernier, le Saint Louis du XIXè siéele, tit plus dans 868 onze années Ge pouvoir présidentiel que ses prédécesseurs n'avaient fait en un demisiècle. La république de l'Equateur, qu'il avait trouvée dans un vrai chaos d'a. narchis, dans une misére irrémédiable en apparence, il la laissa florissante, lancée à toute vapeur dans les voies du progrès social. sa mort fut le deuil de la patrice ; on disait partout qu'en assa-sinant Garcia Moreno, les meurtriers avaient assassiné la république.” Tel fut ce grand homme, aimé de son peuple, aimé de Dieu, régénérateur de son pays ei mariyr de ln civilisation chrétienne. Mais c’est qu'aussi Garcin Moreno, chef de peuple, s'oublia lui-même, oublia sa famille, tous les siens, il n’y eut dans son intelligence qu'une seule pensée, et dans son cœur qu'une seule ambition :—La gloire de Dicu et le salut de sa patrie!—

Ah ! si tous les gouvernants étaient des Garcia Moreno !.....,

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