‹ Conférénces sur la question ouvrière [microforme]Chapitre 10 sur 37 · A BL · texte numérisé non relu

A BL

qu'aux yeux de l’éternelle justice, l’inhumanité, l’exploitation du pauvre, sont des crimes plus abominables que l'ivresse du malheureux !

Comment la loi peut-elle enrayer ce flot montant de l'alcoolisme ? Il y a deux moyens, mes frères, par répression et par subs'ilution. La première méthode, celle de la répression, c'est celle que nous connaissons tous, celle qu'on pratique depuis longtemps, et dont l'insuffisance est devenue palpable. Il est absurde de vouloir rendre les hommes tempérants par acte du Parlement. Au reste, cette méthode de répression réussit-elle, elle aboutirait à bannir l’ivrognerie publique, pour la confiner plus désastreuse à l’intérieur des foyers : ce serait toujours l’alcoolisme avec un vice de plus, l'hypocrisie, (1) —Il semble que l’autre méthode, celle de substitution, est la seule donc qui soit efficace. Je n'oserais le dire si j'étais seule, mais c'est la conviction de tous les penseurs éclairés, c'est le discours ordinaire des médecins ; si vous voulez tuer l'ivrognerie, substituez le vin aux alcools ; là où le vin n’est pas un produit natif, comme ici, aholissez les droits prohibitifs sur ies vins étraugers, et la circulation populaire de cette boisson sera le meilleur remède contre le fléau de l’ivrognerie. Ce n’est point un fléau, là où le vin abonde ; Îles pays viticoles, comme l'Italie, sont sobres, et s'il y a parfois une légère ivresse, ce n'est jamais l'abrutissement du whisky ou du genièvre. Soyez sûrs que le peuple laisserait vite ces essences qui le brûlent et le tuent, s’il avait à portée de sa bourse ce breuvage naturel, sain, digestif et fortifiant, le vin, dont la sainte Ecriture dit que Dieu l’a fait pour réjouir le cœur de l’homme !

Enfin le Saint Père demande que l'Etat favorise l’économie dans les classes ouvrières, par l'établissement de banques populaires, de caisses d'épargne, mais surtout assure le bien général par une sage répartition et percep-

(1) Dans l'État du Maine, lu loi interdit absolument tout débit de boissons. On en demande aux pharmacies, qui vendent le whisky et autres alcooliques, fr ancs de taxes, Quand vous avez besoin d'un tire-bouchon, demandez-en un à n'importe quel citoyen du Maine : tous les citoyeus de cet Etat tempérant sont munis de cet appendice ! On roulait dans un chemin de fer, Un voyaveurs veut déboucher un flacon. Insuccds.—Y a-t.il ici un homme de l'Etut du Maine ?--Moi, Monsieur. —Ayez la bonté de me préter un tire.bouchon.— Detto, fatto !

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tion des impôts. L'’impôt, mes frères, a un nom bien odieux dans le monde. Car, trop souvent mal réglé, il est devenu un instrument d'oppression, a paralysé l'essor de l’industrie et a dévoré les sueurs du peuple. Et pourtant, de soi l'impôt est légitime : c’est une nécessité de l'Etat. Tous participent aux biens de l’ordre social ; 1l est donc juste que chacun consente à des sacrifices pour en assurer le maintien.—Mais pour réaliser son but il faut que l'impôt soit modéré, autrement il découragerait la production et le travail ; il fant qu'il soit équitablement réparti : le privilège en matière d'impôt est exceptionnellement odieux ; il faut qu'il soit honnête : l'impôt dont la source est immorale est un crime public. If v a donc l'impôt direct, qui frappe la personne et prélève une portion déterminée de son revemn anuwel; et il y a l'impôt indirect ou de consommation, pain, vin, boucherie, sucre. Or, mes frères, l'impôt indirect est de tous celui que les financiers aiment le mieux, parce que les citoyens le paient presque sans s'en apercevoir ; mais c'est celui que la saine philosophie réprouve le plus. Ilatteint cruellement le pauvre, qui paie plus cher tout ce qu'il lui faut pour vivre ; pour la vie du corps, les besoins du pauvre sont à peu près les mêmes que ceux du riche, mails se revenus ne sont point du tout les mêmes : l'impôt de consommation pèse donc plus lourdement sur lui que sur le riche, il y a même entre l’un et l’autre ume énorme disproportion. (1) Que les pouvoirs publics, pour soulager l'indigent, procèdent donc au dégrèvement de l’impot sur les articles de nécessité première ; et si le Trésor en soutfre qu'ils trouvent une compensation en taxant davantage les articles de luxe. Mais l'impôt idéal, l’impot le plus simple et le plns juste, le seul que l'avenir conservera, c'est l'impôt direct, et spécialement l'impôt sur le revenu ! (2)

(1) Prenons par exemple un ouvrier qui gagne anmnuetlement $ 400 et un avocat dont le revenu s'élève à #4,000, Eh bien ! tous les deux ent le même article, grevé d'un impôt indirect ; vu la disproportion du revenu de ces deux consommateurs, c'est l'ouvrier qui paie 10 fois plus d'impôt que le riche

avocat, C’est dome bien là imposer la pitance du pauvre, N'est.ce pas une iniquis té sociale Ÿ

(2) L'impôt sur le revenu, étunt l'unique, les procédés de répartition et de perception serait énormément simplifié; et le budget de ce département public

Mes frères, disons-le en passant, l'Etat doit agir pour le bien commun : il est cependant un dangereux écueil à éviter, c'est l'excès de gouvernement, la manie de tout réglementer. Léon XIII condamne absolument ce désastreux centralisme, qui éteint toutes les énergies individuelles, et fait de l'Etat la seule personne libre. tous les citoyens étant esclaves. Hommes d’Ftat, arrétez vous avec respect devant les droits inviolables de l'individu, de la famille et des associations privées : n’imposez pas une dictature, là où l'auteur de la naturea déposé la liberté— Un écrivain humouristique anglais nous dit qu'en un certain royaume, le monarque commanda à tous ces sujets de casser les œufs cuits par le gros bont, au lieu du petit : cette exigence tyrannique déchaîna une révolution, qui fit couler des flots de sang. (1) Un Czar de Russie ordonna que désormais tous les Russes se raseraient la barbe ; il y eut bien des réfractaires, et la hache dun bourreau fit tomber bien des têtes, rebelles non par l’amour de la barbe, mais d’une liberté légitime. (2) Au siècle passé, un empereur autrichien dont la manie centralisatrice allait jusqu'à fixer le nombre de cierges sur ‘les autels, reçut pour cela le nom d'empereur sacristain. (3) Mes frères, un gouvernement sacristain serait une plaisanterie, si ce n'était pas toujours une tyrannie.

serait aliégé d'autant, Cet impôt serait plus juste, parce qu'il atteindrait certaius revenus, qui dans le système présent de fiscalité, échappent presque entiè. rement à l'impôt , valeurs mobilières, créances, gains d'un médecin, d'une actrice Sans doute, bien des citoyens égoïstes tendraient à déguiser le chiffre réel de leur revenu. Mais malgré tout, il ne semble pas impossible d'arriver à le fixer, du moins approximativement.—Po:r être humain, envers les petits, les humbles travailleurs, le législateur ne le ferait courir qu'à partir d'un revenu qui dépasse $ 500.

Reste encore à savoir si cet unique impôt direct doit être proportionnel au revenu, par exemple 1710 du revenu annuel, quel que soit d'ailleurs l’état de fortune du contribuable ; ou bien progressif avec le revenu, p. ex 1710 pour $& %, 000 128 pour #$4,000, ete, F1 nous semble qu'on peut sympathiser avec l'impôt progressif, sans mériter 1a note flétrissante de socialiste,

Voir Liberatore 8, J, Principes d'Æconomie Politique.

(1) C'est dans le royaume de Lilliput : que d'hommes d'Etat sont Lilliputiens dans leurs visées !

(2) C'était Pierre le Grand, qui voulut réformer et civiliser à coups de hache les Moscovites semi-barbares.

(3) Ce fut Joseph IT, fils de Marie. Therèse, C'est Frédéric le Grand, roi de Prusse, qui baptisu ainsile monarque autrichien, J1 l'appelait .—Hon frère le sacristain.

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SUR LA QUESTION OUVRIÈRE e1

Il y a donc trois formules de gouvernement : trop peu gouverner, le moins possible, selon la fameuse maxime : Laissez faire, laisser passer ; c'est là le nihilisme gouvernemental. Trop gouverner, l'Etat absorbant tout, intervenant partout, ne mettant aucune borne à ses ingérences : c'est l'absolutisme gouvernemental. Pas trop gourerner, l'Etat arrêtant son intervention et l'autorité de la loi ‘aux limites où cela est nécessaire peur réprimer les abus et écarter les dangers,” c'est là l'organisme gouvernemental, le seul qui sauvegarde cet concilie la liberté et la dignité des citoyens avec les grands intérêts de la patrie !

Voilà donc, mes frères, ce concours d'ordre général de l'Etat, que le Saint-Père invoque tout d'abord. A lui seul, il suffirait sans doute à tarir dans leurs sources les calamités sociales dont nous souffrons, surtout si l'Etat favorisait la bienfaisante intervention de l'Eglise et de la religion. Mais, dans la situation extréme où en sont venues les choses de 1i0s jours, il faut quelque chose de plus : ce concours général est surtout préventif, et les troubles sociaux demandent des moyens curatifs ; son influence est lente, comme tout ce qui est dans l'ordre de la nature, tandis que les maux Fa la classe ouvrière demandent des remèdes prompts et urgents. Oh! n'attendons pas au XXe siècle, comme les partisans du statu uo, pour calmer les souffrances et faire droit aux justes revendications des travailleurs. Nous demandons donc à l'Etat, avec le Souverain Pontife, #n concours d'ordre spécial, ne intervention directe en faveur des travailleu:s, interrention qui, pour n'être pas abusive, devra toujours se maintenir dans les limites du droit à défendre et de l'abus

proscrire,

Oui, mes frères, et nous le demandons instamment ux hommes d'Etat, il faut une légis/ation du travail. T] ut enfin éteindre ces conflits sociaux, qui paralysent le nouvement civilisateur, prévenir ces grèves ruineuses

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