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vail, c’est là subir une violence contre laquelle la justice proteste.—Mais, d peur que dans ces cas et d’autres analogues, comme en ce qui concerne la journée du travail et la santé des ouvriers, les pouvoirs publics n’interviennent importunément, vu surtout la variété des circonstances des temps et des lieux, il sera préférable que la solution en soit réservée aux corporations ou syndicats dont nous parlerons plus loin, ou que l’on recoure à quelque autre inoyen de sauvegarder les intérêts des ouvriers, même si la cause le réclamait, avec le secours et l’appui de l'Etat.
L'ouvrier qui percevra un salaire assez fort pour parer aisément à ses besoins et à ceux de sa famille, suivra, s’il est sage, le conseil que semble lui donner la nature ellemême ; il s’appliquera à être parcimonieux et fera en sorte, par de prudentes épargnes, de se ménager un petit superflu, qui lui permette de parvenir, un jour, à l’acquisition d’un modeste patrimoine. Nous avons vu, en effet, que la question présente ne pouvait recevoir de solution vraiment efficace si l’on ne commençait par poser comme principe fondamental l'inviolabilité de la propriété privée. Il importe donc que les lois favorisent l'esprit de propriété, le réveillent et le développent autant qu'il est possible dans les masses populaires. Ce résultat, une fois obtenu serait la source des plus précieux avantages, et d'abord d’uue répartition des biens certainement plus équitable. La violence des révolutions politiques a divisé le corps social en deux classes et a creusé entre elles un immense abîme. D'une part, la toute-puissance dans l’opulence : une faction qui, maîtresse absolue de l’industrie et du commerce, détourne le coùrs des richesses et en fait affluer en elle toutes les sources ; faction d’ailleurs
qui tient en sa main plus d’un ressort de l'administration
publique. De l’autre la faiblesse dans l’indigence : une multitude, l’âme ulcérée, toujours prête au désordre. Eh bien ! que l’on stimule l’industrieuse activité du peuple par la perspective d’une participation à la propriété du sol, et l’on verra se combler peu à peu l’abitme qui sépare l'opulence de la misère et s'opérer le rapprochement de deux classes.
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En outre, la terre produira toute chose en plus grande abondance Car l’homme est ainsi fait, que la pensée de travailler sur un fonds qui est à Ini redouble son ardeur et son application Ilen vient même jusqu'à mettre tout son cœur dans une terr: qu'il a cultivée lui-même, qu: lui promet, à luiet aux siens, non seulement le strict nécessaire, mais encore une certaine aisance. Et nul qui ne voit sans peine les heureux effets de ce redoublement d'activité sur la fécondité de la terre et sur la richesse des nations.—Un troisième avantage serait l'arrêt dans le mouvement de l’émigration ; personne, en effet, neconsentirait à échanger contre une région étrangère sa patrie et sa terre natale, s’il y trouvait les moyens de mener une vie plus tolérable.—Mais une condition indispensable pour que tous ces avantages deviennent des réalités, c’est que la propriété privée ne soit pas épuisée par un excès de charges et d'impôts. Ce n’est pas des lois humaines, mais la nature qu’émane le droit de propriété individuelle ; l'autorité publique ne peut donc l’abolir ; tout ce qu’elle peut, c’est en tumpérer l'usage et le concilier avec le bien commun. C’est pourquoi elle agit contre la justice et l'humanité quand, sous le nom d'impôts, elle grève outre mesure les biens des particuliers.
En dernier lieu, Nous dirons que les maîtres et les ouvriers eux-mêmes peuvent singulièrement aider à la solution, par toutes les œuvres propres à soulager efficacement l’indigence et à opérer un rapprochement entre les deux classes. De ce nombre sont les sociétés de secours mutuels ; les institutions diverses, dues à l'initiative privée, qui ont pour but de secourir les ouvriers, ainsi que leurs veuves et leurs orphelins en cas de mort, d'accidents ou d’infirmités ; les patronages, qui exercent uneprotection bienfaisante sur les enfants des deux sexes, sur les adolescents et sur les hommes faits. Mais la première place appartient aux corporations ouvrières, qui en soi embrassent à peu près toutes les œuvres.
Nos ancêtres éprauvèrent longtemps la bienfaisante influence de ces corporations; car, tandis que les artisans y trouvaient d’inappréciables avantages, les, arts, ainsi qu'une foule de monuments le proclament, y puisaient
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un nouveau lustre et une nouvelle vie. Aujourd'hui les générations étant plus cultivées, les mœurs plus policées, les exigences de la vie quotidienne plus nombreuses, il n’est point douteux qu'il ne faille adapter les corporations à ces conditions nouvelles. Aussi est-ce avec plaisir que nous voyons se former partout des sociétés de ce genre, soit composées des seuls ouvriers, soit mixtes, réunissant à la fois des ouvriers et des patrons ; il est à désirer qu'elles accroissent leur nombre et l'efficacité de leur action. Bien que nous nous en soyons occupé plus d’une fois, Nous voulons exposer ici leur opportunité et leur droit à l'existence, et indiquer comment elles doivent sorgauiser et quel doit tour programme d'action. L'expérience quotidienne que fait l’homme de l’exiguité de ses forces l’engage et le pousse à s’adjoindre une coopération étrangère. C’est dans les Saintes Lettres qu'on lit cette maxime: ‘Il vaut mieux être deux ensemble que tout seul, car alors ils tirent de l’avantage de leur société. Si l’un tombe, l’autre le soutient. Malheur à l'homme seul ! car lorsqu'il sera tombé, 1l n'aura personne pour le relever.” (1) Et cette autre: ‘ Le frère qui est aidé par son frère est comme une ville forte.” (2) De cette propension naturelle, comme d’un même germe, naissent la société civile d’abord, puis au sein même de celle-ci, d’autres sociétés qui, pour être restreintes et imparfaites, n’en sont pas moins des sociétés véritables. Entre ces petites sociétés et la grande, il y a de profondes différences, qui résultent de leur fin prochaine. La fin de la société civile embrasse universellement tous les citoyens, car elle réside dans le bien commun, c’est-à-dire dans un bien auquel tous et chacun ont le droit de participer dans une mesure proportionnelle. -C’est pourquoi on l’appele ‘“ publique,” parce qu’elle ‘“ réunit les hommes pour en former une nation.” (3) Au contraire, les sociétés qui se
(1) Melius est duos esse simul, quam unum, habent enim emolumentum societatis suæ. Si unus ceciderit, ab altero fulcietur. Væ sôli : quia cum ceciderit, non habet subleventem se. Eccl. 1V, 9, 10.
(2) Frater qui adjuvatur a fratre, quasi civitas firma. Prov. XVIII, 19.
(3) Privata autem societas est, quæ ad aliquod negotium privatum exercendum conjungitur, sicut quod duo vel tres socictatem ineunt, ut simul negotientur. 8. Thom. Contra impugnantes Dei cultum et religionem, cap. II.
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