‹ Conférénces sur la question ouvrière [microforme]Chapitre 20 sur 37 · IT · texte numérisé non relu

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constituent dans son sein sont tenues pour “ privées ” et le sont en effet, car leur raison d'être immédiate est l'utilité particulière et exclusive de leurs membres.

La société privée est celle qui se forme dans un but privé comme lorsque deux ou trois s'associent pour exercer ensemble le négoce. Or de ce que les sociétés privées n'ont d'existence qu'au sein de la société civile, dont elles sont comme autant de parties, il ne suit pas, à ne parler qu’en général et à ne considérer que leur nature, qu'il soit au pouvoir de l'Etat de leur dénier l'existence, Le droit de l'existence leur a été octroyé par la nature ellemême et la snciété civile a été instituée pour protéger le droit naturel et non pour l’anéantir. C’est pourquoi une société civile quiinterdirait lessociétés privérs s'attaquerait elle-même, puisque toutes les sociétés, publiques et privées, tirent leur origine d’un même principe : la naturelle sociabilité de l’homme.—Assurément, il y a des conjonctures qui autorisent les lois à s'opposer à la fondation d’une société de ce genre. Si en vertu même de ses statuts organiques, une société poursuivait une fin en opposition flagrante avec la probité. avec la justice, avec la sécurité de l'Etat, les pouvoirs publics auraient le droit d’en empêcher la formation et, si elle était formée, de la dissoudre. Mais encore faut-il qu’en tout cela ils n’agissent qu'avec une très grande circonspection pour éviter d’empiéter sur les droits des citoyens et de statner, sous couleur d'utilité publique, quelque chose qui serait désavoué par la raison. Car une loi ne mérite obéissance qu'autant qu’elle est conforme à la droite raison et à la loi éternelle de Dieu.

Ici, se présente à Notre esprit les confréries, les comgrégations et les ordres religieux de tout genre auxquels l'autorité de l'Eglise et la piété des fidèles avaient donné naissance ; quels en furent les fruits de salut pour le

enre humain jusqu’à nos jours, l’histoire le dit assez. onsidérées simplement au point de vue la raison, ces sociétés epparaissent comme fondées dans un but honnête et conséquemment sous les auspicesdu droit naturel ; du côté où elles touchent à la religion, elles ne relèvent que de l'Eglise. Les pouvoirs publics

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ne peuvent donc légitimement s’arroger sur elles aucun droit, ni s’en attribuer l'administration : leur office plutôt est de les respecter, de les protéger et s’il en est besoin de les défendre. Or, c'est justement tout l'opposé que nous avons été condamnés à voir, surtout en ces derniers temps. Dans beaucoup de pays, l'Etat a porté la main sur ces sociétés et a accumulé à leur égard injustice sur injustice ; assujettissement aux lois civiles, privation du droit légitime de personne morale, spoliation des biens. Sur ces biens, l'Eglise avait pourtant ses droits ; chacun des membres avait les siens ; les donateurs qui leur avaient fixé une destination, ceux enfin qui en retiraient des secours et du soulagement avaient les leurs. Aussi ne pouvons-nous Nous empêcher de déplorer amèrement des spoliations si iniques et si funestes ; d'autant plus qu'on frappe de proscription les sociétés catholiques dans le temps même où l’on affirme la légalité des sociétés privées, et que, ce que l’on refuse à des hommes paisibles et qui n’ont en vue que l'utilité publique, on l'accorde, et certes très largement. à des hommes qui roulent dans leur esprit des desseins funestes à la religion tout à la fois et à l'Etat.

Jamais assurément, à une aucune autre époque, on ne vit une aussi grande multiplicité d'associations de tout genre, surtout u’associations ouvrières. D'ou viennent beaucoup d’entre elles, où elles tendent, par quelle voie, ce n’est pas ici le lieu de le rechercher. Mais c’est uue opinion confirmée par de nombreux indices qu'elles sont ordinairement gouvernées par des chefs occultes, et qu’elle: cbéissent à un mot d'ordre également hostile au nou chrétien, à la sécurité des nations ; qu'après avoir accaparé toutes les entreprises, s’il se trouve des ouvriers qui se refusent à entrer dans leur sein, elles leur font expier ce refus par la misère.—Jans cet état de choses, les ouvriers chrétiens n’ont plus qu’à choisir entre ces deux partis : ou de donner leur nom à des sociétés dont la religion a tout à craindre, ou de s'organiser euxmêmes et de joindre leurs forces pour pouvoir secouer hardiment un joug si injuste et si intolérable, Qu'il faille opter pour ce dernier parti, y a-t-il des hommes ayant.

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vraiment à cœur d’arracher le souverain bien de l’humanité à un péril imminent qui puissent avoir là-dessus le moindre doute ?

Certes, il faut louer hautement le zèle d'un grand nombre des nôtres, lesquels, se rendent parfaitement compte des besoins de l’heure présente, sondent soigneusement le terrain, pour y découvrir une voie honnête qui conduise au relèvement de la classe ouvrière. S'étant constitués les protecteurs des personnes vouées au travail, ils s’'étudient à accroître leur prospérité lant domestique qu'individuelle, à régler avec équité Les relations réciproques des patrons et des ouvriers ; à entretenir et à affermir dans les uns et les autres le souvenir de leurs devoirs et l'observation des préceptes divins: préceptes qui, en ramenant l’homme à la modération et condamnant tous les excès, maintiennent dans les nations, et parmi les éléments si divers de personnes et de choses. la concorde et l'harmonie la plus parfaite Sous l'inspiratiou des mêmes pensées, des hommes de grand mérite se réunissent fréquemment en congrès, pour se communiquer leurs vues, unir leurs forces, arrêter des programmes d'action. D'autres s'occupent de fonder des corporations assorties aux divers métiers, et d'y faire entrer les artisans ; ils aident ces derniers de leurs conseils et de leur fortune, et pourvoient à ce qu’ils ne manquent jamais d’un travail honnête et fructueux.

Les évêques, de leur côté, encouragent ces efforts et les mettent sous leur haut patronage: parleur autorité et sousleurs auspices, des membres du clergé, tant ségulierque régulier, se dévouent en grand nombre aux intérêts spirituels des corporations. Enfin,ilne manque pas de catholiques qui, pourvus d’abondantes richesses, mais devenus en quelque sorte compagnons volontaires des travailleurs, ne regardent à aucune dépense pour fonder et étendre au Join des sociétés, où ceux-ci puissent trouver, avec une certaine aisance pour le présent, le gage d’un repos honorable pour l'avenir. Tant de zèle, tant et de si industrieux efforts ont déjà réalisé parmi les peuples un bien très considérable. et trop connu pour qu'il soit nécessaire d’en parler en détail. Il est à Nos yeux d’un heureux augure

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pour l'avenir, et nous nous promettons de ces corporations les plus heureux fruits, pourvu qu'elles continuent à se | développer et que la prudence préside toujours à leur organisation. (Jue l'Etat protège ces sociétés fondées selon le droit ; que toutefois il ne s’immisce point aux res sorts intimes qui leur donnent la vi: ; car le mouvement vital procède essentiellement d’un principe intérieur et s'éteint très facilement sous l’action d’une cause externe. \ À ces corporations il faut évidemment, pour qu'il y l ait unité d'action et accord des volontés, une organisation et une discipline sage et prudente. Si donc, comme il est certain, les citoyens sont libres de s'associer, ils doi-

vent l'être également de se donner les statuts et règle- ‘1 ments qui leur paraissent les plus appropriés au but qu'ils poursuivent. Quels doivent être ces statuts et règlements ? Nous ne croyons pas qu’on puisse donner de règles certaines et précises pour en déterminer le détail ; u tout dépend du génie de chaque nation, des essais tentés 4 et de l'expérience acquise, du genre de travail, de l’étendue du commerce, et d’autres circonstances de choses et

À de temps qu’il faut peser avec maturité. Tout ce qu'on + peut dire en général c’est qu’on doit prendre pour règle les ; universelle et constante, d'organiser et gouverner les obt 1 corporations de façon qu’elles fournissent à chacun de ses \ 4 leurs membres les moyens aptes à lui faire atteindre, pro | par la voie la plus commode et la plus courte, le but qu'il gal \+ se propose, et qui consiste dans l'accroissement le plus 4 grand possible des biens du corps, de l'esprit, de la for- bué 4 tune. per À Mais il est évident qu'il faut viser avant tout à l’objet soit à principal, qui est le perfectionnement moral et religieux ; par 4 | c'est surtout cette fin qui doit régler toute l’économie de sur! 4 ces sociétés ; autrement, elles dégénèreraient bien vite et dev 1 tomberaient, où peu s’en faut, au rang des sociétés où la dro k religion ne tient aucune place. Aussi bien, que servirait récl di à l'artisan d'avoir trouvé au sein de la corporation l’abon- l’au ue dance matérielle, si par la disette d'aliments spirituels le rabl S' salut de son âme était en péril ? ‘“ Que sert à l’homme de | pru 4 gagner l’univers entier, s’il vient à perdre son âme ? ” (1) —— ‘4 (1) “Quid prodest homini, si mundum universum iucretur, animtæ vero suæ tiam

detr.mentum patiatur ? Mat. XVI. 26.

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