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Voici le caractère auquel Notre-Seigneur Jésus-Christ veut qu'on distingue le chrétien d'avec le gentil
‘““ Les gentils recherchent toutes ces À et Lo OR d'abord le royaume de Dieu, et toutes ces choses vous seront ajoutées par surcroît.” (1) Ainsi donc, après avoir pris Dieu comme point de départ, qu’on danne une large place à l'instruction religieuse, afin que tous connaissent leurs devoirs envers lui: ce qu’il faut croire, ce qu'il faut espérer, ce qu'il faut faire en vue du salut éternel, tout cela doit leur être soigneusement inculqué ; qu’on les prémunisse avec une sollicitude particulière contre les opinions erronées et toutes lesvariétés du vice. Qu'on porte l’ouvrier au culte de Dieu, qu'on excite en lui l'esprit de piété, qu'on le rende surtout fidèle à l'observation des dimanches et des jours de fête. Qu'il apprenne à respecter et à aimer l'Eglise, la commune mère de tous les chrétiens ; à obtempérer à ses préceptes, à fréquenter ses sacrements, qui sont des sources divines où l’âme se purifie de ses taches et puise la sainteté.
La religion aïnsi constituée comme fondement de toutes les lois sociales, il n’est pas difficile de déterminer les relations mutuelles à établir entre les membres pour obtenir la paix et la prospérité de la société. Les diverses fonctions doivent être réparties de la manière la plus profitable aux intérêts communs et de telle sorte que l’inégalité ne nuise point à la concorde.
Il importe grandement que les charges soient distribuées avec intelligence et da rain ail définies, afin que personne n’aitàsouffrir d'injustice. Que la masse commune sait administrée avec intégritéet qu’on détermine d'avance, par le dégré d’indigence de chacun des membres, la mesure du secours à lui accorder ; que les droits et les devoirs des patrons soient parfaitement conciliés avec les droits et les devoirs des ouvriers. Afin de parer aux réclamations éventuelles qui s’élèveraient dans l’une au l’autre classe au sujet des droits lésés, il serait très désirable que les statuts mêmes chargeassent des hommes prudents et intègres, tirés de son sein, de régler le litige
(1) Hæec omnia gentest inquirurt... quærite primum regnum Dei, et justitiam ejus, et hæc omnia adjicientur vobis. Mat. VI, 83, 34
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en qualité d'arbitres. Il faut encore pourvoir d'une manière toute spéciale à ce qu'en aucun temps l’ouvrier ne manque de travail, et qu’il y ait un fonds de réserve destiné à faire face non seulement aux accidents soudains et fortuits inséparables du travail industriel, mais encore à la maladie, à la vieillesse et aux coups de la mauvaise fortune.—Ces lois, pourvu qu'elles soient acceptées de bon cœur, suffisent pour assurer aux faibles la subsistance et un certain bien-être ; mais les corporations catholiques sont appelées encore à apporter leur bonne part à la prospérité générale. Par le passé, nous pouvons juger sans témérité de l'avenir. Un âge fait place à un autre, mais le cours des choses présente de merveilleuses similitudes, ménagées par cette Providence qui dirige tout et fait tout converger vers la fin que Dieu s’est proposée en cré éant l'humanité. .
Nous savons que dans les premiers âges de l'Eglise, on lui faisait un crime de l’indigence de ses membres, condamnés à vivre d’aumônes ou detravail. Mais, dénués comme ils étaient de richesses et de puissance, ils surent se concilier la favenr des riches et la protection des puissants. On pouvait les voir diligents, laborieux, pacifiques, modèles de justice et surtout de charité. Au spectacle d’une vie si parfaite et de mœurs si pures, tous les préjugés sé discipèrent, le sarcasme se tut et les fictions d'une superstition invétéree s'évanouirent peu à peu devant la vérité chrétienne.—Le sort de la classe ouvrière, telle est la question qui s’agite aujourd’hui ; elle sera résolne par la raison on sans elle, etil ne peut être indifférent aux nations qu’elle le soit par l’une on l’autre voie. Or, les ouvriers chrétiens la résoudront facilement par la raison si, unis en sociétés et obéissant à une direction prudente, ils entrent dans la voie où leurs pères et leurs ancêtres trouvèrent ieur sal'it et celui des peuples. Quelle que soit dans les hommes la force des préjugés et des passions, ei une volonté perverse n'a pas entièrement étouffé le sentiment du juste et de l'honnêteté, il faudra que tôt ou tard la bienveillance publique se tourne vers ces ouvriers, qu'on aura vus actifs et modestes, mettant l'équité avant le gain et préférant à tout la religion du devoir.
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Il résultera de là cet autre avantage que l'espoir du salut et de grandes facilités pour l’atteindre seront offerts à ces ouvriers, qui vivent dans le mépris de la foi chrétienne ou dans les habitudes qu’elle répronve. Ils comprennent d'ordinaire, ces ouvriers, qu'ils ont été le jouet d’espérances trompeuses et d’apparences mensongères. Carils sentent, par les traitements inhumains qu'ils reçoivent de leurs maîtres, qu'ils n’en sont guère estimés qu'au poids de l'or produit par leur travail ; quant aux sociétés qui les ont circonvenus, ils voient bien qu’à la place de la charité et de l’amour ils n’y trouvent que les discordes intestines, ces compagnes inséparables de la pauvreté insolente et incrédule. L'âme brisée, le corps exténué, combien qui voudraient secouer un joug si humiliant ? mais, soit respect huimain, soit crainte de l'indigence, ils ne l’osent pas. Eh bien ! à tous ces ouvriers, les sociétés catholiques peuvent être d'une merveilleuse utilité, si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tous les maux, si, repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection.
Vous voyez, Vénérables frères, par qui et par quels moyens cette question si difficile demande à être traitée et résolue. Que chacun se mette à la tâche qui lui incombe, et cela sans délai, de peur qu’en différant le remède on ne rende incurable un mal déjà si grave Que les gouvernants fassent usage de l’autorité protectrice des lois et des institutions ; que les riches et les maîtres se rappellent leurs devoirs, que les ouvriers dont le sort est en jeu poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule, comme Nous l'avons dit dès le début, est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c'est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles mêmes les moyens suggérés par la nrudence humaine comme les plus efficaces seront peu aptes à produire de salutaires résultats.—Quant à l'Eglise, son action ne fera jamais défaut en aucune manière et sera d'autant plus féconde qu'elle aura pu se développer avec plus de liberté ; et ceci, Nous désirons que ceux-là surtout le comprennent