‹ Conférences sur la Rédemption prêchées à GenèveChapitre 15 sur 24 · H0TB · texte numérisé non relu

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l'Égypief Yol. I, p. 113-115) font remarquer qu'il est resté jusqu'à nos jours une trace de ce sacrifice dans cette coutume des Égyptiens de jeter dans le Nil, à Tépoque de Tinondation, une statue de femme en argile. — Les Carthaginois étaient connus dans Fantiquité pour l'abondance de leurs sacrifices humains. Diodore (lib. I, c 14) rapporte que lorsqu'ils furent assiégés par Agathocles, ils sacrifièrent jusqu'à trois cents enfants à la fois, et que les parents les égorgeaient eux-mêmes sur les autels. Ennius dit de ce peuple : Pœnei êuni solUi ses sacrufieare pueUos. Voyez encore les témoignages d'Eusèbe (Pr, Ev, lib. I, c. 10); de Siliusllalicu8(lib. IV), de JusUn (Ub. XVIII, c. 6, et lib. XIX, c. 1), etc.

Mais Tenons aux Grecs. Phylarchus, cité par Porphyre, affirme que c'était une règle ancienne, chez tous les peuples de cette contrée, de sacrifier des victimes humaines aux dieux arant de marcher contre les ennemis. L'usage des sacrifices humains est nominativement attribué par Pausanias aux Thébains, aux Corinthiens , aux Mbssénibns et aux habitants de Témesses; aux LAci- DEMONiENS par Fulgence, Théodoret et Apollodore; aux PhocvBNS , aux Arcadibns et aux habitants des îles de Crête , de Chtprb, de Rhodes, de Chio , de Lesbos et de TÉNénos, par Porphyre ^. — On sait que les Athéniens avaient coutume de sacrifier chaque année un homme, après l'avoir chargé de malédictions, afin que la colère des dieux, en tombant sur sa tête, se détournât du reste des citoyens \ Voyez Suidas, aux mots ittpi^lta, 7tdB«piA% et fOipiAavLoç. Plutarque raconte le sacrifice de trois jeunes gens que Thémistocle fut forcé d'offrir h Bacchus

1 De ahttimnU, lib. Il, § 53-57. Traj. ad Rhen. 1767, în-4<'.

^ Cette môme coutume existait à Massilie (Marseille); cette colonie de Phocéens se faisait aussi remarquer par le grand nombre de ses sacf iflces humains.

ayant la bataille de Salamine (Plutarq., Leîpsick, 1829, tome II, c. XIII y de la Vie de Thémistocle). Il y revient encore dans la Tie d^Aristide (môme édition, tome III, c. IX). — Au reste, nous retrouvons le sacrifiée humain bien plus tard encore en Grèce, N'étaient-ce pas, en effet, des sacrifices decegenre, que le rite qui consistait à flageller de jeunes garçons sur Fautel de Diane jusqu'à ce qu'il fût rougi de leur sang, ce qui amenait fréquemment la mort de ces infortunés ? Or, Plutarque, qui vivait encore dans le second siècle de notre ère, nous dit qu'il en a vu lui-môme plusieurs expirer ainsi sous ses yeui. Je citerai ses propres paroles dans la traduction d'Amyot. Après avoir raconté qu'un jeune garçon lacédémonien, qui avait caché un renardeau sous sa robe, se laissa déchirer le ventre , sans jamais crier (de peur d'ôtre découvert) , jusqu'à ce qu'il en trépassât sur la place, il ajoute : « Ce qui n'est pas incroyable, è veoir ce que les jeunes » garsons y endurent encores aiyourd'huy ; car nous y en avom D veu plusieurs qui endurent estre foiiettez, jusques au mourir, » sur l'autel de Diane, surnommée Orlhia. » (Plutarq., Paris, 1784,tom.I,p.l79.)

Quant aux Romains , nous avons les témoignages positifs de de Tite-Live, de Plutarque et de Pline. La loi dont j'ai parlé dans le texte fut rendue sous le consulat de Lentulus et de Crassus (97 ans avant Jésus-Christ) ; elle fut renouvelée , plus de deux siècles après, par Adrien, ce qui indique assez que les sacrifices humains avaient continué *. Au reste, nous avons à cet

^ Je trouve, dans une note des Clauiquei dé Lemaire, un exemple bien singulier de cette continuation du sacrifice humain à Rome, en dépit de la loi rendue sous le consulat de Lentulus. Cet exemple se serait offert un demi-siècle après, et il ne s'agirait rien moins que de Césak luimême comme y ayant participé. Voici ce que dit le commentateur (note du chap. XVI, lib.VI de Bell. GaU,). Je traduis. « Que non-seulement les » Gaulois aient eu Tusage de ces horribles sacrifices humains, mais

MO NOTBl.

égard le témoignage de Porphyre , qui ne mourut qu^au cornmencemeutdu quatrième siècle (S(Mi), et qui nous parle de ce qui se passait d$ son temps à Rome. Voici le passage : 'aXX' iu wk yvv^ Tc; «yvosc xocr» r^v ftsyâln^ nàln rfi rov Aaxiùtplw àthç iû^.y o'r«(6.(Afvov avO^frov; (Porphyre. Deabitin.y lib. II, $ M.) Mais çui ignore que maintenant encore f à la fête de Jupiter Latialii , on immole un homme dans la grande tille? Le passage suivant ne raut^il pas aussi la peine d'éire cité : « Jusqu^a » nos JOURS, dit Porphyre, non- seulement , soit en Arcadie à la » fête solennelle des Lupercales, soit à Carthage au dieu Saturne, )» la nation entière sacrifie des hommes , mais même, à eerlains 9 annifersaires de chaque année, et pour obéir )i d'anciennes

a tutti que presque toatet les Dttîons du globe se soient plus on moins » souillées de cette tffreuse supenticion tytnt la ntisttnoe du Christ» » «'est ce que personne n'ignoro. Céstr lui-mémo, qui a Ttir de nout » ptrler de ce ftit comme d'une chose rare , a souffert qu'on immoUt » des Tictimes humaines précisément à Tocctsion de son triomphe sur » les Gaulois {Diod, Sieul, lib. XUU). Après tYoir parlé de la mort de » Yeroingetorix, ce chef célèbre des Gaulois, il ajoute immédiatement 9 à propos du triomphe de César : AXAoi iï ijo M(ni h xpo^Ktf tcvi » U^QvpyUç (in modum Mcrifieii, nota hœe verba) Itx^vfr^vw, Kat to » pi» «friov ovx ix<fà ci'ircr» : ovtc y«p "h ït'^vXla r;(pT)0'(v, owt* oUo t» » TO(Ov/TO ^oyiov iyivtxo, Ev ^* ov» ry Api('<i> ittittù irpovOc twv novri- » tpUtov xal Trp^ç Toû Upttûi ToO Apc<wç i9v6y]9«v.» {Deux a*Un$ fummêi furent itnmolii en forme de tacrifice (remarquez cette expression) « et je ne mwraiê en aeeigner la eauu; car ni la Sibylle ni aucun autre oracle ne r avaient ordonné, Ce$ honmee furent immolée dane le Champ-de-Mare parlée poMifee et le prêtre de Mare.) ^ Selon la règle que jo me suis prescrite, j'ai voulu lire moi-même le passage de Tauteur cité ; mais il ne m'a pas été dirficile de reconnaître qu'il y avait erreur dans l'indication, soit du nom de l'auteur, soit, du moins, de l'endroit de ses ouvrages où ce patsage doit se trouver. Diodore nous dit lui-même qu'il n'a écrit que

KOTES. Ml

» lois , ils inondent les autels da sang de leurs concitoyens et de )» leurs proches ^ »

Faut-41 parler maintenant des sacrifices humains dans le monde moderne? Maurice {Ind. Jntiq.)^ Crauford {Skeleheê of Ind. MjfthoL) établissent qu'Us existent encore de nos jours chez les Mahrattes et chez d'autres peuples de Tlnde. Qui ne connaît les épouvantables usages de ce genre que les yoyageurs ont trouvés établis dans les lies de la mer du Sud, et dans toutes les tribus ou royaumes du centre de F Afrique? En Amérique, le sacrifice humain s'est trouvé jusque c^r les Péruviens, dont les mœurs étaient si douces. Au témoigJKge d^Acosta \ on sacrifia une fois deux cents enfants pour obtenir la santé d'un Inca. Mais quelques

XL lines, dont il ne nous reste qu'ime vingtaine (avec quelques fragments des autres), et j'ai parcouru en vain tous les endroits où j'ai Imaginé qu*il aurait pu faire mention de ce fait. Je ne me suis donc point permis de le citer comme preuve dans ma dissertation. Et cependant, il m'est impossible de croire que M. Lemaire, cet éditeur si consciencieux, ou le commentateur dont il a fait usage, se soit amusé à forger le passage grec d-dessus. Dans quel but l'eussent-ils fait? Si ee passage paraissait ici pour la première fois, je comprends, à la riguenr, qu'on me soupçonnât d'une frauipia; mais ces messieurs n*avaient nul intérêt à ma thèse. Si ce passage n'est pas controuvé, il appartient donc ou h Diodore de Sicile ou à quelque autre auteur grec. Auquel? C'est ce que je laisse à discuter à de plus experts que moi.

^ aÀd œtaiem utqufi noitram (pt^xP* ^^^ )> *^^ tantiim v^ in Arcadid . » ioUtmi Lupereailum fe$to, vel Carthagine Satumo, popultu univer$ui s hominei immoUU (àvOpttfroOvovviy), sed ettam, eerto itatoque redeutUit » omit eireuh, ad tuwrpatitmem velerû fixœque legibui memoriœ, ara$ » eivUi ttmptr ae domeitico eruorê perfundunt, » (Âpud Eui, Pr. Er. 1. IT, ch. XVI ; version lat de l'édit. de Paris, 169S, in-fol.)

3 Hiiî, hid. lib. V, c. XIX. V07 aussi les Lêttrei amiricainet deCarli, $• et J7«.

personnesy effrayées du nombre des Tictimes humaines que j*ai indiquées comme étant annuellement sacrifiées au Mexique, ont cru, m'a-t-on dit, que j'avais peut-être exagéré les câffires. Je dois donc citer la source où je les ai puisés. Cest dans YBUtoirê du Mexique et de son ancienne civilisation, histoire publiée, il y a peu d'années, aux Etats-Unis, par M. W.-H. Prescott. Ce livre remarquable , qui fait maintenant autorité dans les deux mondes et qui vient d'être traduit en français , est le fruit dWe étude consciencieuse et éclairée, soit des travaux modernes {ur ce qui nous reste des monuml^ et des annales des anciens Mexicains , soit des historiens Ikagnols contemporains de la conquête et dont les manuscrits , longtemps enfouis dans les bibliothèques de l'Espagne, n'ont été publiés que tout récemment. Uauteur déplore la destruction presque totale , par les conquérants, des nombreux manuscrits hiéroglyphiques dans lesquels les races mexicaines avaient déposé leur histoire. Le premier archevêque de Mexico, don Juan de Zumarraga, un autre Omar, rassembla ces manuscrits de tous les points du pays, et, après les avoir fait entasser comme %nie montagne (c'est l'exprès* sion des écrivains Espagnols) , il les réduisit en cendres sur la place du marché. M. W. Prescott ajoute : On peut supposer, sans grand effort d^imagination, que ces annales devaient révéler le curieux enchaînement des races primitives, et, nous reportant h leur berceau dans l'ancien monde, résoudre le mystère aujourd'hui inexplicable de leur établissement dans le nouveau. —Quoiqu'il en soit, l'auteur établit que la race des Aztèques, qui fut vaincue et détruite par les Espagnols dans le seizième siècle , avait été précédée par une autre race plus ancienne (lesToltèquesj, dont il croirait pouvoir reporter l'apparition vers le septième siècle de notre ère, et qui était beaucoup plus civilisée ^ue celle des Aztèques; elle avait surtout un culte infiniment plus humain, a Les autels de la divinité, dit-il, n'étaient alors arrosés

)> que du sang des animaux. )> Si ce fait pouyait être solidement établi, ce serait, en effet , une belle exception et un grand honneur pour cette race. — Quant aux sacrifices des Aztèques , je dterai quelques exemples de ce qu'il en rapporte. « A la mort )» d'un Aztèque, s'il était riche, on sacrifiait une foule d'esclaves » pendant ses obsèques ^. » ^ < En d'autres occasions, surtout » pendant les grandes sécheresses, à la fête de l'insatiable Tlaloc, » le dieu de la pluie , on sacrifiait des enfants pour la plupart » m&les. Les femmes fournissaient aussi , en certain cas , leur » part de victimes ^. » — a Les sacrifices humains ont été en » usage chez un grand nombre de nations, sans en excepter les » peuples les plus polis de l'antiquité , mais jamais dans une pro- » portion comparable à celle de FAnahuac ^. »^« Le chiff^re des » victimes annuellement immolées dans ces contrées ébranlerait » la foi la plus crédule. A peine trouve-t-on un historien qui » révalue à moins de vingt mille âmes, et plusieurs portent ce )> nombre à cinquante mille, — Dans les grandes occasions , » pour le couronnement d'un roi ou la consécration d'un temple, )» le nombre des victimes était plus effrayant encore. Lors de la » dédicace du grand temple d'Huitzilopotchli, en 1686, les pri- » sonniers, réservés depuis quelques années pour cette solennité, » furent amenés de tous les points du royaume dans la capitale. » Us étaient rangés à la file , et leur procession occupait près de » deux milles d'étendue. La cérémonie dura plusieurs jours ; » êoiœante et dix mille captifs périrent , dit-on , sur les autels yt de l'horrible divinité *. »

i Histoire de la Conquête du Mexique , avec uo tableau de son ancienoe civilisation , Paris, 1846, 3 vol. in-So; l*'' vol., liv.' I, page 50.

3 Page 61.

'Nom donné, par les indigènes» à Tiinmense territoire enfermé entre l'Atlantique et la mer Pacifique, et probablement entre les 1&« et 30« degrés de latitude Nord* • ^ Pige 6t.

Voilà I je pense , assez d'autorités. Si quelqu'un en désire davantage , il peut se satisfaire en recourant aux sources qu'A trouTera abondamment indiquées dans Fabridus {Bibliographia antiquêria, Hamb., 1716, in-4'. De ritu àvBp^nr^Bi^taç). Et quand même la valeur de quelques-uns de ces passages pourrait ôtre contestée (ce que j'ignore), il en resterait toigours plus qu'il n'en fout pour établir le iàit général du sacrifice humain dont j'ai parlé.

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