‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 14 sur 69 · LE PRINCIPE DE CHARITÉ · texte numérisé non relu

LE PRINCIPE DE CHARITÉ

naire et rarement en elles-mêmes ; mais si Ton y fait attention, sous la banalité de ses jugements^ sous ses lieux communs les plus vulgaires, on retrouve des dogmes positifs. Nous avons donc eu raison d'insister sur la nécessité d'une rénovation religieuse dans un temps où Ton prétend réformer plus ou moins l'ordre social. Nous avons eu raison d'attribuer notre impuissance actuelle, manifestée par nos divisions, par notre scepticisme, par noire découragement, à la négligence que nous avons mise à travailler au déve^ loppement de la pensée chrétienne qui n'est aujourd'hui suffisante ni dans le catholicisme, ni dans le protestantisme. Nous avons constaté que ceux qui se préoccupent de la question sociale sont mus par le désir de faire prévaloir dans les institutions le principe de charité. Cette cause doit être gagnée à un tribunal plus élevé que celui où on l'a plaidée jusqu'ici. Il faut la gagner auprès des cœurs et des consciences, en donnant à ce principe sacré, dans nos conceptions religieuses, la première place qui lui appartient et qu'il n'a pas encore occupée; et nous pouvons d'autant plus facilement atteindre ce but que la spéculation chrétienne le poursuit pour son propre compte.

Messieurs, avant de rechercher quelle est la position des divers partis en face de ce beau et grand problème, expliquons clairement ce que nous entendons par le principe de charité. En deman-

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daol qu'il prédomine plus que par le passé, nous ne voulons pas dire simplement qu'il doit y avoir plus de bienveillance, plus de bonté dans les cœurs; que les vertus chrétiennes doivent être mieux pratiquées. Il n'y aurait rien là qui nous ouvrit une voie nouvelle. Depuis les premiers jours du Christianisme jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu d'époque ou des voix éloquentes n'aient répété avec des instances passionnées ces paroles de l'Évangile qui, si elles n'étaient pas lues sur la page divine, scandaliseraient les prudents, ces paroles d'une austérité hardie qui vont jusqu'à nous demander le dépouillement en faveur du pauvre. De tous temps, il s'est trouvé des hommes pour nous montrer que ce que nous appellerions volontiers des paradoxes évangéliques, ne sont pas de simples métaphores. En face des excès de l'égpîsme, ils nous ont donné le spectacle d'une charité extraordinaire, comme pour nous prouver que le bien peut autant que le mal dépasser toute limite et qu'il a, lui aussi , sa puissance d'immodération.

Nous n'avons rien à apprendre sur la charité dans ce sens pratique; nous avons sans doute beaucoup à faire pour nous y conformer; mais nous multiplirionsà l'infini nos aumônes que la question sociale ne serait pas résolue. Oui, dans un élan de générosité, qui pourrait même pendant plusieurs années se renouveler, nous aurions donné du pain à ceux qui

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en manquent} mais ce^in n^aurait d'autre gnraoUe que notre état moral individuel ; Taliakent du pauvre, avouez-le, reposerait sur quelque chose de bien précaire. Il suffirait d'un, caprice , d'un mouvement d'égoïsme répété dans plusieurs cœurs, pour que la pauvreté se dressât de nouveau nue et affamée. Nous aurions veesé de l'huile sur les rouages de la société, mais ils seraient restés les mêmes, prêts, dès que cette huile manquerait, à broyer ceux qui, par fatalité de position, en supportent le poids le plus lourd. La charité pratique, de la main à la main, ne modifiera pas les institutions, ne passera dans la loi d'auoune maniée; jusqu'à ce que le principe de charité Tait inspirée, rien ne seoa gagné; et il n'inspirera la loi, qui est l'expression de la conscience publique du pays, qui ne peut pas la prévenir, mais qui en* régistre ses arrêts à mesure qu'ils sont rendus, que lorsqu'il aura fait valoir ses droits auprès de cette conscience publique, que quandon aura compris généralement qu'il doit èti*e le pivot de l'ordre sodaL Il n'inspirera la loi, par conséquent, qu'après avoin conquis l'opinion en tant qu'idée et que principe. De même en a4-il été du principe de liberté et da justice avant i78B. Il n'aurait pas suffi, pour assurer son triomphe, de recommander aux individus d'être justes, de respecter leur liberté réciproque dans les rapports habituels de la vie* Il y avait bien des siècles que les moralistes et les prédicateurs par-

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laient de 1-^alité originelle entre les hommes. Bossuet l'avait magnifiquement proclamée ; la cour de Louis XIV Tavait entendu, admiré, et n'en était pas moin9 r^estée la. cour de Louis XIV, la société du privilège.

Tant q^e^e précepte moral n'étaii pas devenu un principe victorieusement démontré à la nation; tant qu'il n'avait pas pris pied daps sa pensée philosophique sous l'inspiration d'une pensée religieuse étrangère, rapplication de ce principe restait individuelle, arbitraire, ne créait aucun droit nouveau , aucune société nouvelle. A notre avis, il n'est donc p^is aiMsi important de presser les gens de vider leur l^urse pour les [Uiuvres , quoique ce soit toujours Qj^portun, que de restaurer d'une manière éclatante le principe de ^h»pié dans nos croyances , dans i)Otre pensée* U s'agit, non^seulement d'un sentiment, mais d*un dogme. Les sentiments de clfôrité peuvent étse trè§ anciens, et le dogme de la charité très nouveau pour nous par le sens profond qu'il ^9f, app<^é i révéler aujourd'hui. Définissons- le f^l^açtement dans soa rapport avec le principe de

j«i$tice.

0'dpiDès le principe de justice, notre droit per- $pqn^|[ est garanti ; chacun doit le défendre rigour^usçna^, le venger dans la mesure où il a été lésé, et ne rendre le bien que pour le bien. Tout est rameiié au droit absolu du moi, reconnu chez soi

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