‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 15 sur 69 · LE PEINCIPS DB CHA&ITÉ BT LE PRINCIPE DB JUSTICE · texte numérisé non relu

LE PEINCIPS DB CHA&ITÉ BT LE PRINCIPE DB JUSTICE

et dans autrui. Œil pour œil, dent pour dent : la loi du talion est la loi par exeellence. Quand on ne porte pas atteinte à la liberté des autres hommes , quand on n'oppose aucun obstacle à sa manifestation , on a fait tout ce que Ton devait faire. G*est là ridée commune aujourd'hui. Le principe de charité ou d'amour va bien plus loin : il nous commande, non plus simplement de respecter le droit de notre prochain y mais encore de favoriser , d'accélérer son développement spirituel de toutes lés manières possibles, de nous consacrer à lui. Le troc, l'échange, le talion, n'est plus sa loi; mais bien le don, le don de nous-mêmes, le dévouement. Nous ne devons plus vivre exclusivement en nous et pour nous, mais pour les autres, tenant toujours compte de leur intérêt moral , même quand nous avons à nous défendre contre leurs empiétements sur notre droit personnel. Le principe de charité ne peut trouver son application complète que dans notre vie morale, individuelle. Mais néanmoins, il peut avoir aussi une applicatioh restreinte dans la vie sociale. Une société qu'il inspirera ne laissera pas ses membres dans une froide indépendance; mais elle aura la solidarité pour ciment. €'est ce principe de charité qu'on doit chercher à inscrire dans la conscience générale, et cela d'une main délicate qui n'efface pas les vérités déjà adoptées par elle , surtout ce principe de justice que le principe nouveau

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esl destiné à compléter, à dilater. Il est donc nécessaire de le formuler nettement , et de le poser en face des systèmes qui lui sont contraires, et qui sont aujourd'hui les premiers occupants:

Messieurs, dans cette revue des diverses écoles, nous nous tournerons d'abord vers les écoles socialistes et nous nous demanderons si leurs doctrines sont favorables ou non au développement du principe de charité. Elles méritent d'être abordées les premières, car on ne peut leur contester l'honneur d'avoir montré que ce grand principe n'était pas suffisamment réalisé parmi nous. Nous ne craignons pas de le dire malgré toutes les affirmations contraires, bien qu'aux yeux d'un grand nombre de gens il soit de bon goût et de convenance de se signer dévotement au seul mot de socialisme ; nous croyons que le socialisme a rendu service à l'humanité, non pas qu'il ne lui ait fait aussi beaucoup de mal et que ses services n'aient été payés bien cher. Mais, qu'on nous montre donc dans l'histoire une seule rénovation politique ou sociale qui se soit opérée sans pousser à des erreurs funestes, qui n'ait eu ses délires fiévreux, ses emportements redoutables. Les fondateurs de l'ordre de choses actuel, derrière lequel se barricadent ceux qui ne veulent faire aucune concession à Tavenir, ne l'ont pas fondé si pacifiquement et avec des mains si pures lors de la révolution française. La religion el; la fa-

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mille n'oqt pas reçu de leur part des térooig0age$ d^ respect si touchants, si édifiante» Ce n'est pas au son d'une musique sacrée, au cbant des hymnes et des saints cantiques que les murailles du vieil édifice tbéocratique s'écroulèrent comme celles deléricho! N'est-ce pas bien plutôt aux clameurs confuses de l'impiété, de l'athéisme et devant l'assaut d'une audacieuse irréligion? Et pourtant, qui contestejrait que, malgré tous ces blasphèmes, il n'y eût des réclaipations jqstes fondées, et da grandes vérités proclamées? C'est que tout mouvement progressif dpnne une impulsion, non-seulement aux ardeurs généreuses , mais aus$i suix passions désordonnées,, aux rébellions de l'esprit, £iux licences de la pensée. Combattre ce côté triste, humiliant de toute révolution, c'est QOtre devoir à tous; mais ne voir obstinément que ce côté, c'est, quand une forte, marée n)OQte, ne songer qq'ai^x mauvais débris, au sable souillé qu'elle peut ^ppprter c^u rivage, elj oublier les flots et leur puissance* C'est imprudei^l, c'est injuste. Â ceux qui s'étonnent si fort du tciste spectacle que h sQpialisme actuel nous a donné, on pourrait répondi;e : mai^. sou\ene^-vous de vqs pères, (i'hpmme est toujours le même- Le socialisme nous représente assez b^e^ aujourd'hui la philosophie 4u dix-huitième siècle dans ses égarements cpmme dans sqn droit. Il a mis le doigt sur I9 q^estion du siècle; elle ne sort pas intacte

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et pure ée ses mains, c'est vrai; mais enfin ii a appelé l*aUenUon sur elle. Ceux qui lui jettent la pierre avec le plus d'ostentation, ne Tont-ils pas laissée dormir, cette question? ne se sont-ils pas obstinément refusés à l'étudier? ne lui ont-ils pas opposé une fin de non- recevoir continuelle, jusqu'à ce qu'elle les saisit à la gorge comme nous tous dans le péril extrême de la situation ? Et cette négligence inconcevable, n'a-t-elle pas plus ou moins créé le péril dont ils se plaignent? Les ennemis de l'avenir réussissent presque toujours à faire des ennemis au présent, a l'ordre de choses existant. Un aveuglement en amène un autre. S'il y a cbea queU ques-uns parti pris de rejeter en bloc toute idée de rénovation sociale, d'autres rejetteront également en: bloc tout le passé. Ils rejetteront même ce fond permanent, éternel, de toute société, qui ne doit pas suivre les fluctuations de l'histoire, et alors le péril s'aggravera de jour en jour ; on courra le risque de ces tentatives de réformes hâtives , brusques, violentes, qui ne tiennent aucun compte des droits acquis et qui bouleversent tout.

Nous ne pouvons d^Hi^c partager T indignation bruyante qu'on exprime aujourd'hui contre le socialisme ; car, dans les grandes fautes qu'il a commises, il à eu pour premiers complices les plus indignés. Leur dédain impuissant a été pour lui une incessante provocation, et s'il n'y a que trop cédé, nous n'ou-

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blierons pas tout ce qu'il y a eu de générosité dans sa pensée première et dans ses intentions. Nous nous croyons obligés de le prendre d'autant plus sérieusement à partie, pour dissiper les idées fausses par lesquelles; à notre avis , il compromet le principe de charité.

Messieurs, sans doute plusieurs de mes auditeurs appartiennent à l'une ou l'autre des écoles socialistes. Je leur demanderai cette libéralité d'esprit qui accepte franchement la discussion, même pour des idées favorites. Il y a une sorte de féodalité intellectuelle qui retient bon nombre d'esprits dans un véritable servage, même dans les partis les plus libéraux : ne nous payons pas de mots ni les uns ni les autres, mais cherchons les choses, les réalités, sotis les mots et par les mots. La chose que nous voulons tous, c'est unerénovation ; le mot, c'est le systèmeque nous avons admis : prenons garde de laisser échapper l'une pour l'autre. S'il se trouve que le système entrave cette rénovation , rompons avec lui et nous serons fidèles à l'esprit qui nous l'a fait embrasser, au but que nous avons poursuivi en l'adoptant.

Je commencerai par exposer rapidement les principes fondamentaux du socialisme, ceux qui sont

communs à toutes «es fractions ; il nous sera facile

de vous montrer ensuite comment ils sont mortel^

au principe de charité. Ne croyez pas que nous

nous en tenions à des généralités perfides qui atta-

CÀftACTÈlUSS GÉlrtRAUX DU SOGIÀLISMB. 45

quent toQl le monde, sans attaquer directement per« sonne; bientdl nous en viendrons aux systèmes euxmêmes, et nous les analyserons tour à tour pour avoir la contre-épreuve de notre critique.

Ce qui nous frappe avant tout en eux , c'est la tendance à subordonner l'individualité à la société, tellement qu'à vrai dire, l'individualité disparaît, s'anéantit. Il ne s'agit pas ici de cette règle de morale qui fait un devoir àchacun de subordonner librement ses intérêts aux intérêts de ses frères, et de plier sa volonté, de la briser s'il le faut, pour le bien de tous. Non : le socialisme veut effacer, autant que possible, le caractère individuel soit dans nos croyances, soit dans nos actes, soit dans les habitudes de notre vie. L'État, la société, selon lui, doit être une sorte d'hôtel des monnaies , destiné à frapper d'un sceau identique, nos pensées, nos âmes; remplaçant par son effigie leur physionomie particulière.

Pourquoi souhaiter avec tant d'ardeur que l'État se charge de tout diriger, se fasse industriel , marchand, remplisse toutes les fonctions imaginables, si Ton ne se méfiait pas de l'activité individuelle? L'atelier national, le phalanstère, doivent être, dans la pensée de leurs inventeurs, les réservoirs où celle ci va s'absorber. L'individualité, frappée dans le travail , ne l'est pas moins dans le fruit du travail, dans la propriété. Au lieu de se borner à lui demander de justes sacrifices, le socialisme la transforme dans le même

46 ABSORPTION DB L'iNOIVipCAUTt DAIfS iB iSOCULISBlE.

sens que le travail. Il ne veut pas tant atteindre la chose possédée, qu'empêcher le possesseur d'en user à son gré. Il cherche à réglementer notre activité dans son instrument : c'est pourquoi il veut que cet instrument qui est la propriété, ne nous soit prêté par la société que comme on prête un instrument de travail au journalier, momentané)nent, pour creuser le sillon qui lui est tracé d'avance et dans le ^ temps marqué. Ainsi , chose bizarre , le prolétariat se retrouve , sur une échelle immense; il n'y a qu'un I seul propriétaire libre, l'État, et tous nous deve- 1 nons ses salariés. L'exploitation de l'homme par la \ société, remplace l'exploitation de l'homme par ] l'homme. L'individualité de nos affections ne nous est pas davantage laissée : on essaye de faire flotter \ indécise la frontière qui isole la famille et de Tétendre outre mesure. Mais à quoi bon ces précautions si nous nous formons intellectuellement et spirituellement par nous-mêmes, choisissant nos i croyances? Il y a été pourvu , et TÉtat idéal aura i sa religion, son dogme, sa science, qui, comme I ces uniformes de collège imposés aux tailles Jes plus l différentes , devront revêtir toutes les intelligences. Abolition de l'individualité, tel est le premier principe du socialisme j il croit, en tuant celle-ci, tuer l'cgoïsme; nous verrons tout à l'heure, jusqu'à quel point il se trompe.

I La société étant toute-puissante, la liberté sera

HBSTUCTlOlf DB LA LiBSILTfi. 47

pttts OU moins confisquée, et nous trouvons, en effet, peu de .respect pour elle dans les systèmes socialistes, le ne parle pas de eetix d'après lesquels on selèvârait "â heure fixe, et Tiôn se couéhérait au eouirefeu, les vdtemértts et te nourriture seraiërit votés par um assemMée léglstàtite, et le code se mèlersrit de nés disti^àtôtiôtks âuësi fiiéh que de hds trâYâux. Ces églogttes ' ridicules et fedes , ces pàstotÈiléè iùariettntës,'ile dôiteut pbint être imj^utéës au socialishie sérieitx *ét phildiôphiqtte; inàis nous ne croyiits éWttfter ^f)e^s6nne en affirmant (Ju'îl n*est pas possible y}ué la liberté 6ôit maintehi^e complété- 1 metit une ft^s qti'on a porté atteinte à rindividuà-/ lité. Ce que nous atons déjà dit nous dispense d'entre^ dans à'iiciin dévelôpp^ement à ce sujet. Les sociatîstes , à jf^eu d'exceptions près, croient nécessaire li'âttrîbui^r à la soctété plils d'autorité qu^eWe n'eti pdsséfde alijttui^dTiui , tout en rendait cette autorité plus douce. Ils font Refluer rinîlLîalïve, la liberté d'action, au cœur, au cê'ntre Social, et les méàabrés en sont privés à ^rôpôrtiôVi.

tJn ti'ôisiérn'e principe 's6eialiète, âécèulàht des deux précédents, est la négation du mal moral. Lliôtoftife êlknt une chose sociale plutôt qu'un être irés^poii sable, on rie doit pas imputer aux égarements de sa Volonté la perversité qu'il montre Quelquefois ; elle éàt simplement la conséquence de la mauvaise organisation de la société. Pour la réforàaér, on rie

48 NÉGATION DU DBVOIft. DANS LB SOGIAUSMS.

saurait mieux faire que de réformer les institutions. Et si Ton demande comment les institutions sont devenues mauvaises, pourquoi le mal est apparu dans le monde, la plupart des socialistes répondent que le mal est une nécessité, que sans lui il n*y aurait pas de progrès pour nous, que la douleur est le réveil de notre activité endormie , et que, pour arriver à la perfection sociale , une phase de développement graduel et pénible est indispensable : c'est-à-dire que la distinction entre le mal et le bi^i s'efface, ce sont deux degrés d'une même échelle* L'homme n'a pas à se ranger sous la loi de sa conscience; pour obéir librement à la volonté divine, il n'a qu'à se laisser aller au gré de sa destinée, qui souvent le pousse fatalement au mal , afin qu'il en . souffre et qu'il reprenne un élan nouveau dans sa I souffrance; le falloir remplace le devoir. Nous comprenons maintenant très-bien qu'à ce point de vue ) il ne vaille guère la peine de conserver à l'homme

\ son individualité, et qu'il ait hâte de Tabandon*- I ner à la société , car il ne lui abandonne pas j grand' chose une fois qu'elle n'est plus consacrée par î le devoir.

Messieurs, le socialisme va plus loin, mais toujours sur la même pente. Il rejette en général toute idée d'un monde invisible. Voyez comme ses principes sont logiquement liés les uns aux autres : il détruit en nous le monde de la conscience, le monde du

fffiGATIOM BU MOlfDK mTlSIftLK. i9

devoir; mais le monde de h conscience , c'est le monde in visible , c'est Dieu en nous, nous parlant, nous révélant ses desseins. Les mêmes ténèbres dans ) lesquelles ce ciel intérieur a disparudoivent engloutir / l'autre ciel , le ciel immense de nos espérances. | L'âme se fatiguerait en vain à chercher sa place dans les théories du socialisme; elle n'y voit que la terre, toujours la terre. Quelques philosophes socia* listes déclarent ouvertement qu'elle doit s'en contenter, parce qu'il n'y a rien après et plus haut, parce que le monde invisible est le plus dangereux et le plus trompeur de ses songes. D'autres, sans aller aussi loin , se bornent à le passer sous silence tout en nous peignant sous de si brillantes couleurs l'existence que nous devrons à leurs sys-tèmes, qu'on voit bien qu'ils ne nous réservent d'autre paradis que cette terre fécondée et refleurie. Quelques-uns nous concèdent une étoile, mais il n'y a d'autre.diiférence entre elle et ce monde que les degrés de latitude et de longitude. Quant à savoir s'il y aura permanence de la personnalité humaine, immortalité de l'âme, sur cette planète ou dans une autre^ c'est une question indiscrète qu'on n'ose risquer qu'avec une grande réserve, car il est facile de prévoir dans quel embarras elle jette le socialisme. Elle est pour lui du nombre des problèmes douteux qu'il n'a pas tranchés; et il laisse sur ce sujet à ses adeptes la même liberté que l'église ca-

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tholique laisse aux fidèles pour les points secondaires qui ont glissé inaperçus entre deux canons du concile de Trente.

Restriction de l'individualité et de la liberté, négation des lois de la conscience et du monde invisible, voilà donc quelle est la philosophie du socia- ^lisme toutes les fois qu'il prend la peirle de formuter ^e^ idées en systèmes.

Messieurs , n'avez-vous pas reconnu dans cette philosophie les principes d'une philosophie plus connue et plus ancienne, nous voulons dire le panthéisme. Le panthéisme n'a-t-il pas pour premier caractère d'abaisser comme le socialisme la barrière entre le monde visible et le monde invisible en confondant le Créateur avec la créature? Dans quelque système particulier que vous le preniei;, vous verrez toujours qu'au lieu de considérer la divinité dans le mystère de sa souveraine liberté, il la voit répandue dans l'univers , circulant en lui comme le sang dans nos veines, et depuis la pierre jusqu'à l'homme pai*courant les séries diverses des êtres satts jamais se retrouver dans une personnalité distincte, emportée qu'elle est dans ce tourbillon de l'existence dont les fiots agités sont partout et la source nulle part. Pour- I quoi abolit-il ainsi toute distinction entre le ciel et , la terre? Pour faire l'apothéose de la créature. Elle ne veut pas de supérieur; elle préfère se perdre dans le vaste tout, plutôt que de reconnaître une

LE BOCIALISME )BT LR t>AlfTttÊISME. ^i

région plus élievée t[ue celle où elle passe et meurt, parce qu'en ^*y retrouvant elle-iâétne, elle y i^elrôuverait un mailre et qu'elle n'en veut pas. Lé pâh* théisme eàt un véritable suicide, car il renferuïé l'homme dans le monde des apparetiCès; il te dévore, il l'absorbe dans cette immensité béante ou tout est entraîné, et celui-ci s'y jette avec Une joie faroiiche pour n'avoir pas à s'inéliner devant uh Dieu qui parie et qui commandé. NoU^ retrouvons là cette répudiation dé la Conscience et du devoir dont le socialisme nous a dôriné l'exemple. Il n'y a pas jusqu'à sa violation des droits de l'individualité qui ne découle dil'ecteinent du panthéisme , car une fois que Dieu n'est pas Un être personnel gouvernant d'autres ètrefs personnels, vivant en chacun d'eui; Une fois qu'il n'est que dans ruiiiVers, c'est l'ensemble, le tout, qui seul importe : les parties n'ont plUi^ de valeur, l'individu n'est plus rien vis-à-vis de la société. Il n'est que le lieu de passage, l'un des mille et mille canaux où coule l'immense, Tirrésiâtiblê Bot divin, et l'on conçoit qu'il en soit submergé.

Il falut bien nous rendre compte de la nianiérë dont le panthéisme nous a envahis et s'est infiltré dans nos pensées. Il faut savoir s'il exerce sur nous une influence momentanée, accidentelle, ou bien s'il nous enveloppe d'un réseaU aux mailles serrées et de longue main préparé. S'il avait surgi tout d'un coup dans les doctHnes socialistes, on pourrait croire

52 ORIGDfB DU PANTHÉISME,

qu'il disparaîtrait aussi vite qu'il serait venu ; mais s'il se trouve qu'il est la grande hérésie philosophique du siècle, qu'il est arrivé lentement et par dégrés jusqu'à nous, il y a lieu d'être effrayé et d'y penser sérieusement.

Le panthéisme n'est pas une invention moderne; il a toujours été dans le monde, car il n'est pas d'époque où l'homme n'ait incliné à se faire un Dieu matériel qui le dispensât d'élever son âme au-dessus du temps et de la terre , et lui permît de s'adorer lui-même sous un autre nom. Mais les formes sous lesquelles le panthéisme s'est montré ont pu varier* La plus gossière, et au fond la plus vraie, est l'idolâtrie, qui n'est que l'adoration de la nature dans . sa totalité ou dans un de ses phénomènes; c'est le panthéisme de l'homme enfant , au degré inférieur de son développement intellectuel. Il ne se donne pas la peine de formuler de savantes théories pour se justifier à lui-même l'écart de sa pensée. L'instinct du mal le pousse à se débarrasser d'un Dieu invisible et saint, dont la volonté met un frein à ses mauvais désirs, et il obéit à cet instinct en se prosternant devant la première chose venue. Ici, ce sera un morceau de bois ou une pierre; là, quelque animal ; ailleurs, l'étoile ou le soleil, ailleurs encore , quelque force ou quelque loi de la nature symbolisée dans une idole monstrueuse; ou bien cette nature tout entière , soit dans la majesté de

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