TRAITÉS DE MM. PASSY, BUPIN, BLANQUI, ETC
priété, mais en même temps d'établir qu'il n'y a plus de modification possible dans notre société depuis la révolution française. M. Charles Dupin est tout à fait rassurant. D'après lui, le monde industriel tend visiblement à devenir un Eldorado. Chaque année le sort des classes ouvrières s'amélîore. Malheureusement pour M. Dupin, le rapport instructif de M. Blanqui sur l'épouvantable misère des classes ouvrières du nord de la France, n'avait pas paru, sans cela il eût incontestablement recommencé son traité et l'eût empreint d'un optimisme plus modéré.
Mais dans tous ces écrits, nous n'atteignons pas le fond du déisme; jusqu'ici nous avons vu invoquer de beaux et grands principes de liberté ; mais n'y avait-il pas là encore un peu de luxe et de superflu? ne serait-il pas plus court, puisque chacun peut rester enfermé dans son droit, d'en appeler tout simplement à Tintérèt? Le déisme ramenant tout à l'inviolabilité du moi humain, il est permis de prendre ce moi par ce qu'il a de plus sensible pour qu'il n'ait pas la tentation de sortir de son isolement, pour que la société n'essaye pas de s'asseoir sur un fondement nouveau qui pourrait ébranler bien des positions acquises, tl était réservé à un homme qui, par l'éclat du talent et l'influence, peut être regardé comme le représentant le plus éminent de son parti, d'en dire lé der-
DU LIVRE DE M. THIERS SUR LÀ PROPRIÉTt, 139
nier mot. Nous voulons parler de M. Thiers et de son traité sur la propriété. Nous ne nous attache* rons pas à relever ses mérites bien connus; cette clarté admirable; cette vivacité piquante et cette dialectique incisive qui rappellent sans cesse l'orateur dans l'écrivain. Tout ce qui est du ressort du sens commun est jugé souverainement par lui. Les difficultés pratiques contre lesquelles doivent se briser les théories du socialisme, sont nettement indiquées; il allume en quelque sorte sur les écueils qu'elles ne sauraient éviter, des fanaux si lumineux que les utopistes les plus prononcés doivent avoir un moment d'effroi : mais si vous lui demandez sur quelle base il fait reposer cette société, vous serez confondus de le voir d'accord avec ces mêmes utopistes. Il ne recx)nnalt qu'un principe : l'intérêt. C'est pour que cet intérêt soit toujours plus excité et excite à son tour notre ardeur au travail qu'il faut que la propriété soit personnelle et puisse être lé-
guée par héritage. Le plus grand mal des théories qui la menacent est qu'elles émoussent l'intérêt et enlèvent à l'homme Tappas du gain individuel. C'est
pour que cet intérêt soit excité qu'il y a sur la terre de la pauvreté et de la douleur. Notre société est parfaite, précisément parce que, ne garantissant pas un morceau de pain au pauvre et l'obligeant à le rechercher comme le prix du plus rude des combats; assurant au contraire au riche la possession
liiO M, THIERÎS FOURIÉRISTE.
et la disposition de ses biens et excitant ainsi sa soif d'acquérir, elle allume, par cette incertitude en bas et cette sécurité en haut, les ardeurs du cœur de l'homme; elle enflamme son activité et le précipite sous Taiguillon de l'intérêt personnel incessamment aiguisé, dans un travail qui doit se renouveler toujours.
Messieurs, ne vous semble-t-il pas que nous revenons en arrière et que nous vous exposons de nouveau le socialisme? Nous voici en plein fouriérisme. Lui aussi, ne donne-t-il pas pour âme à la société l'intérêt ou la passion? seulement il veut faire, de nos passions des rênes de soie qui nous conduisent doucement, tandis que M. Thiers fait de l'intérêt un fouet qui nous pousse en avant en nous déchirant. La doctrine de M. Thiers est du fouriérisme renversé, et avec lui le déisme s'en va échouer dans le même matérialisme que le panthéisme; il défend au nom de l'intérêt ce que l'autre attaque au nom de l'intérêt. Il y a donc identité de principes des deux côtés. Et si l'on invoque bruyamment les principes éternels de la morale dans un camp, ils s'y trouvent aussi peu honorés que dans l'autre. On est aussi opposé que par le passé à l'esprit de dévouement; et le déisme soufflant le même vent que le socialisme, ne fait qu'armer les passions d'en haut contre les passions d'en bas. Il nous semble voir deux navires , les voiles enflées par la même
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tempête, qui vont se briser Tun contre Tautre. Voilà ce qui est effrayant; voila ce qui nous prépare quelque révolution terrible si Ton ne s'arrête à temps, et si l'on ne cherche la conciliation dans la sphère de ces principes supérieurs dont on parle sans les connaître et les accepter, et qu'on ne pro« duit que pour les profaner en en faisant l'égide de la cupidité et de Fégoisme*
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