TIE DE FRANKLIN PAR H. MIGNET
n'y a pas de progrès possible sur les institutions actuelles, car elles réalisent la justice pour tous en commandant le respect de la liberté individuelle; et on ne peut se plaindre si elles ne se préoccupent pas outre mesure du superflu de la morale. Ce superflu, vous l'avez compris. Messieurs, c'est d'empêcher son semblable de périr de misère, c'est de le secourir à ses propres dépens ^ s'il le faut. Ah ! nous comprenons pourquoi vous faites de la charité un luxe : elle est de trop dans votre système, elle vous embarrasse; car ce luxe, votre dieu ne l'a pas connu , il a été sous ce rapport d'une simplicité qui ressemble à l'avarice. S'il a eu le nécessaire de la vertu , il n'en a pas eu l'opulence et la générosité, ou du moins il se les est sévèrement interdites.
On s'est empressé d'entrer dans la voie ouverte par M. Cousin. Et d'abord, M. Mignet a essayé de donner un corps à ces idées générales destinées à contrebalancer l'influence du socialisme. Il a voulu les montrer vivantes, agissantes. Rien de mieux. M. Mignet a été assez heureux pour trouver un type parfait au déisme. Il a été chercher par delà les mers la figure honnête, mais froide de Franklin. C'est bien le déiste par excellence à l'image et à la ressemblance de l'être suprême que cette impuissante philosophie a mis sur l'autel. Aussi, s'il y eut jamais une personnalité qui fût incapable de communiquer à
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d'autres Fétincelle de vie, la flamme d'une foi énergique, c'est bien la personnalité sèche et compassée de Franklin* Il xie s'échappe aucune vertu de cet homme , dont la vie est disposée comme un budget , et chez lequel le devoir est raide comme une barre de fer sans tendresse, sans élan. Nous lui accorderons notre estime tant qu'on voudra ; mais notre admiration, notre sympathie, au point qu'il soit devant nos yeux comme un modèle, c'est impossible! Si l'histoire de Franklin a été chargée de faire passer auprès du peuple les théories peu consolantes de M. Cousin, il faut avouer qu'on a joué de malheur, car elle en laisse toucher du doigt l'aridité et rimpuissance. Nous ne parlons que pour mémoire des dissertations de MM. Portalis, DarAiron, Barthélémy Saint-Hilaire, sur la vertu, sur l'homme, sur Dieu. La vertu, l'homme et Dieu ne gagnent pas en attrait dans ces honnêtes dissertations, raisonnables d'une manière désespérante, où le déisme s'étale complaisamment avec la froideur et la mesure qui lui conviennent. Mais l'Académie des sciences morales ne s'est pas contentée de ces édifiantes généralités, elle a abordé les questions brûlantes du moment en versant autant que possible sur elles l'eau froide de raisonnements justes , mais incomplets. MM. Passy, Troplong, Villermé, s'efforcent, dans des pages remarquables à plus d'un titre , de dissiper les erreurs répandues sur la pro-