‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 48 sur 69 · DÉISME PRATIQUE · texte numérisé non relu

DÉISME PRATIQUE

social était tellement menacé, il fallait bien qu'à part les mauvaises passions également inflammables dans tous les temps, il y eût pour cela quelque motif sérieux. Tandis que les obstinés et les aveugles continuaient à crier à tue-tête : au feu! au feu! d'autres, plus éclairés, songeaient à l'éteindre par dés moyens rationnels, et le premier de ces mojens était de faire de justes concessions à la question sociale, de chercher les remèdes, les solutions pos* sibes. Nous pourrions citer à l'appui de cette assertion deux articles remarquables de l'un des organes importants du couservatorisme où cette nouvelle tendance se fait jour; et dans le même recueil S nous trouvons un travail également remarquable qui va jusqu'où nous allons nous-mêmes, c'est-à-dire jusqu'à proclamer l'insuffisance de la philosophie et des formes religieuses existantes. Permettez-nous

de vous en citer quelques lignes.

« Qui ne voit, sous Timpression de nos révolu-

«^ tions récentes, combien l'état religieux aurait au-

« jourd'hui ptus d'ensemble et d'ardeur, si l'Église

» voulait y répondre, et si, en se conformant aux

« traditions de sa primitive histoire, elle consentait

« à marcher avec la pensée humaine?

« En résunàé, le devoir qui incombe à notre

« époque , exige des vertus dont elle semble avoir

^ Jievue des deux numdks.

¥ perdu Thabitude, il exige plus de simplicité et de « hardiesse intellectuelle ; plus de désintéressement « p<rfitique que nous ne sommes accoutumés à en « rencontrer dans notre société nouvelle. Ni le pays, 41 ni l'université, ni TEglise ne nous fournissent ^ ei) bien grand nombre les caractères fermes et t dévoués qui seraient nécessaires à une pareille « tâche. Si tant d esprits distingués, écrivains, bom- « mes d'État, philosophes, maîtres en ce moment « de Topinion confiante et prête à les suivre , émus tf de l'universel désir d'un grand progrès moral, « oubliant une bonne fois leur personnalité et leur « ambition , consentent à se vouer sans arrière-pen- « sée à l'œuvre de la restauration întellect«»elle et « morale du pays, il est impossible que cette' agitait tion salutaire des bons esprits ne devienne pas fè> -€ conde autant que l'agitation des rues a été pé- « riileuse. Qu'ils n'en doutent point d'ailleurs, ils « trouveront des cœurs ouverts, ils seront appré- € ciés ehesd lesr générations plus jeunes , qui , nûi»^ « sant à la vie politique et à l'ambilion , au milieu « des graves préoccurpations de la société nouvelle, « seront les soldats intrépides et dévoués de cette « grande prop^^nde.

t< Il feiudrait désespérer de ce pays ec de la citi^ « lisation moderne , si elte n'avait pas la puissance «- de oonduire au but que nous cherchons » ei de ft' nous foiirnir une idée asses h^uDe pour suecé*

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« der dans nos esprits à la royauté des Vieilles « croyances; mais , en définitive , à la vue de ce « travail latent qui se prépare, dans le sein de la « philosophie, et de ces efforts , quoique imparfaits, « de la science pour se frayer une route plus po- « pulaire et devenir plus forte en devenant plus « simple, je m'assure que du moins le péril est com- « pris, et que le pays veut avec sincérité s^affran- « chir de sa longue et triste indifférence. Nous en- « trons dès à présent dans une époque de luttes « plus sérieuses et plus élevées ; nous laissons de « côté les querelles vides et vaines des dernières « années, pour des préoccupations vraiment philo- « sophiques ; et si les hommes , écrivains et légis- « lateurs, ne font pas défaut aux circonstances, nous < sommes sur le chemin du plus grand des pror grès qu'il y ait à accomplir de nos jours , la con- « ciliâlion des divers principes de croyances et Té- <c tablissement d'une foi nouvelle sur les ruines du « scepticisme religieux et politique. » ( Revue des deux mondes^ du 7 mars 4849. )

De telles paroles, croyez-le bien, ne sont pas l'expression d'un sentiment qui ne soit qu'indivis duel. Elles donnent issue à bien des aspirations confuses que les leçons sévères des événements ont développées chez plusieuris.

Messieurs, du déisme nous passons au socialisme. Si nous ne nous payions que de simples apparences,

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nous serions tout à fait déçus en abordant sous ce point de vue nouveau ses diverses écoles^ En effet, il semble qu'elles soient moins que jamais portées à sortir de leurs idées particulières pour réaliser une rénovation religieuse. Mais on ne peut apprécier leur véritable situation morale alors qu'elles sont dans Tardeur d'une lutte passionnée ; elles opposent déii à défi. Ce n'est pas sur le mot violent échappé à un homme en colère que vous le jugerez. Si vous faites la part de l'excitation naturelle au moment présent, vous verrez qu'au fond il y a en elles plus de lassitude qu'on ne le croirait au premier abord. Et même plusieurs symptômes nous feraient espérer que bien des socialistes comprennent aujourd'hui qu'on ne peut se passer de la religion pour améliorer une société. Il y a au sein du socialisme des aspirations religieuses. Et d'abord lui-même , quoiqu'il fasse, renferme une aspiration religieuse. C'est en vain qu'il répudie la religion, qu'il la profane en la matérialisant : par le fait seul qu'il souhaite de réaliser dans les institutions sociales le principe de charité qu'il comprend si mal, qu'il altère si complètement, mais dont il a l'instinct, il procède du christianisme. II fait bien tout ce qu'il peut pour effacer cette origine, et la plupart du temps il y réussit; mais le vœu , le désir pris dans la plus grande généralité, dans ce qu'il a de généreux aux yeux de tous, n'eût pas même été formé dans un seul cœur

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sansl'Éyâogile^du restevdan» le somsifismey ceite afdpiration a su s'exprimer chréiieantmen^. H est nne Àcole socialiste do&t nous n'avans pas pai4é jusqu'ici, parce qu'elle nous a semblé représmiter parfaitement ce côté moral et religieux au socialisme : c'est l'école de M. Bûchez.

Le système de M, Budiea est iacontestablement un système socialiste. Nous retrouvons chez lui cette préoccupation presque exclusive de Torganisation sociale 9 et aussi cette subordination de l'individu à la société qui caractérisent les systèntes socialistes. Mais en même temps, il fait dépendre du christianisme ou du développement de la vérité chrétienne parmi nous, tous les progrès de l'humanité. Voici en quelques mots, Ie& traits principaux de sa doc* trine. Chaque individu fait partie d'un ensemble, d' Un tout harmonique dcmt les lois règlent sa desti* née. Ete môme que notre globe est une fonction de l'univers travaillant à la réMi^tien du but assigné à l'univers lui-même, de même, chaque homme est une foaetion de l'humanité qui concourt à ses fins providentielles. Il est donc nécessaire que nous eon* naissions le but que l'humanité doit poursuivre pour que nous comprenions notre propre vocation. L'histoire nous l'apprendra, car ce but, dans tous les temps, a été le même, et le passé peut nous pré* dire et nous raconter l'avenir. Or depuis les premiers ^urs jusqu'à maintenant, nous voyons l'hu^

STSltn DE V. BUGHSZ. 2a9

manite tendre toujours davantage à l'unité. L'organisation de l'unité sociale, voilà quel est le terme de son développement» Nous n'avons que les mem-^ bres épara de l'humanité :

Disgedi mènera pdetss.

Un lien vivant doit les relier les uns aux autres et constituer la solidarité humaine. Les individus ne seront sauvés que par Tunité sociale. Jusqu'ici nous n'avons rien qui tranche fortement sur les systèmes socialistes que nous connaissons. Mai$ M. Bûchez s'en sépare nettement lorsqu'il indique le mode du développement de fhumanité. Le progrès pour lui n'est pas, comme pour M. Pierre Leroux, une simple évolution de nos pensées, un simple déploiement de nos forces naturelles : il a sa source dans la révélation immédiate de Dieu. Cette révélation est à la base de l'histoire du monde, et chaque époque repose sur une parole de Dieu. Il y a deux grandes périodes dans chacune. Dans la première, la parole divine est encore retentissante, elle éveille un pro-* fond écho dans le cceur des hommes; c'est un chant, c'est un hymne, c'est une puissance. On ne la discute pas, on la subit. C'est la période de la synthèse. Dans la seconde période, l'homme ne se contente plus d'adorer le Verbe divin qui lui a été révélé : il brise l'enveloppe, il l'examine, il le scrute et ce Verbe dessèche bientôt comme un fruit aux mains qui le pressent.

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