‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 5 sur 69 · A LE PROBLÈME SOCIAL NON EÉSOLU · texte numérisé non relu

A LE PROBLÈME SOCIAL NON EÉSOLU

besoins actuels; et ces systèmes et ces idées ont répondu à son appel. Les diverses écoles ont compris qu'il ne s'agissait plus d'une parade académique, ni d'un jeu intellectuel, mais d'une lutte sérieuse de l'issue de laquelle dépendent nos destinées. Chacun s'est cru obligé d'exprimer à haute voix sa pensée et sa croyance. Le devoir, égal pour tous, passe son niveau sur les inégalités de tout genre, et le plus obscur a vocation pour parler, s'il a quelque chose à dire.

En dehors des grands principes de l'Évangile, qui sont les miens, je n'ai pas à vous dérouler les plis d'un drapeau connu; derrière ma parole il n'y a que ma conscience et ma pensée individuelle. Peut-être estce un privilège et une garantie d'indépendance : vous pouvez compter sur une sincérité absolue de ma part; car à mes yeux, la vie est trop courte pour que l'on perde son temps et ses forces à alTaiblir, à déguiser ce que l'on croit vrai, dans l'intention de le rendre plus acceptable, et de ménager de nombreuses susceptibilités. On est ici-bas, pour être soi-même, pour parler la langue énergique de ses convictions, sans regarder à droite ou à gauche. On ne sert utilement la vérité qu'au prix de cette imprudence.

Messieurs , nous ne croyons pas nous tromper en pensant que la plupart d'entre vous éprouvent aujourd'hui un sentiment de tristesse et de découragement. Qui, depuis un an, n'a été blessé au cœur?

LB PROBLÈME SOCIAL NON RfiSOLU. §

Qui , » a été déçu dans ses désirs et ses espérances? Qui j n'a reçu quelques sévères leçons? Quelquesuns s'en consolent en regardant tout ce qui s'est passé comme un hasard malheureux un épisode sans conséquence, après lequel nous nous retrouverons dans le même état moral qu'auparavant. Nous aurions fait un rêve sinistre, dont au réveil il ne resterait rien. On se trompe : il resterait une grande honte pour nous. Si de pareilles commotions ne nous modifiaient pas, si elles n'avaient pas leur contrecoup dans nos pensées et nos sentiments , c'est que nousaurions misérablement vieilli, et que nous n'aurions plus ni ressort , ni élan. Quoi I tous ces efforts, tous ces bouleversements, toutes ces douleurs, seraient un incident et une aventure; et nous pour*rions nous rasseoir dans les mêmes idées et les mêmes croyances! Ce ne serait pas s'y rasseoir, ce serait s'y ensevelir.

D'autres, sans se bercer de ces illusions, sans rêverie passé, no voient plus clair dans l'avenir. Peureux, les ombres s'allongent à l'horizon; ils ne se sentent pas poussés vers un but bien déterminé , et ils se demandent avec effroi : Où va notre génération? — Profonde, intime souffrance qui s'aggrave de tout ce que le cœur a de générosité. On est sceptique , mais malgré soi , dévoré qu'on est du désir de croire; sceptique frémissant, pour ainsi dire.

Cette disposition d'esprit n'est pas un fait acct-

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