LE PROBLËMI SOCIAL MON RÉSOLU
dentei: elle ne se légitime que trop; elle est dans la vérité de la situation. Eh bien , Messieurs , je voudrais en chercher avec vous les motifs; je croîs les saisir. J'y vois un dessein providentiel qui nous permet d'espérer de meilleurs jours. Je ne suis pas en quête d'illusions nouvelles; non, je pars de nos déceptions et de nos souffrances, et c^ëst à elles-mêmes que je demande des consolations. Elles me paraissent nous avoir péniblement frayé la voie de l'avenir. Nous pouvons donc les considérer en face, et cueillir d'une main ferme le fruit amer, mais salutaire, des expériences de cette année.
Qu'il soit bien entendu, Messieurs, que nous laissons complètement de côté le point de vue politique. Ce n*est pas qu'il n'ait de Timportance à nos yeux. Nous regardons les institutions démocratiques comme la condition la plus favorable à notre développement moral, et elles seules nous paraissent assez souples pour permettre au pays de se mouvoir librement, d'avancer, de reculer, de subir les oscillations inévitables en temps de crise, sans briser chaque fois une constitution et procéder par révolutions continues. Elles seules lui permettent de manifester jour à jour, son état réel. Il ne peut plus se tromper lui-même, et celte sincérité obligée est à nos yeux la garantie et l'aiguillon du progrès. Mais incontestablement, la question politique s'est effacée pour nous devant
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une autre question, la question sociale. Voilà la question brûlante, périlleuse, qui s'est imposée à nous, la question qui pèse sur notre poitrine. Gomme elle touche aux bases mêmes de la morale et de la religion, il est possible, malgré les apparences, d'aborder avec elle une région plus haute et plus sereine que celles des conflits et des luttes politiques. Nous avons bâte de nous y transporter avec vous, Messieurs; non pas que nous osions es« pérer de nous y rencontrer dans une même pensée ; mais au moins nous nous y rencontrerons dans un même amour de la vérité, dans un même désir de la connaître et de la servir, quelle qu'elle soit, se dressât-elle contre nos idées antérieures. Souvenons-nous qu'il n'y a que la passion qui divise.
Que prouve ce sentiment de sceptique tristesse si général aujourd'hui? Évidemment, que la question sociale n'est pas résolue. Il le prouve d'abord contre ceux qui la nient; c'est en vain qu'on ferme les yeux ; c'est en vain qu'on regarde comme une démence momentanée la préoccupation de cette question : on ne parvient pas à la supprimer. Démence si vous voulez ; mais toute démence a son motif, et vous no la guérirez qu'en faisant diparattre ce motif. On ne peut pas décréter le calme moral d'une nation à moins que dans le décret lui-même il n'y ait une réponse aux problèmes qui Tagitent* La régularité la plus parfaite serait introduite dans le mécanisme
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gouvernemental, les pouvoîps se balanceraient avec ta pondération la plus exacte, que la crise n'en conti* nueràit pas moins. Nous sommes en pleine révolution morale ; la révolution est dans les esprits, et on ne l'en chassera qu'avec une idée large et féconde. Vous n'avez donc rien à espérer ni rien à craindre des circonstances et des hasards de la politique. J'en appelle aux agitations de votre pensée; elles ne s'apaiseraient pas pour si peu. Le problème demeurera tout entier. Qu'on lui oppose donc une vérité qui le résolve si on veut s'en défaire! Œdipe seul tuera le sphynx.
D'un autre côté, ceux qui croient posséder cette vérité ne sont pas moins réfutés par ce malaise intellectuel qui nous a envahis. Si le mot sauveur, lumineux, suffisant, avait été prononcé pour notre époque, il aurait bientôt dissipé tout scepticisme. Ceux-là mêmes qui l'eussent repousséauraient trouvé dans l'énergie de leur opposition, se prenant à quelque chose de positif, de clair, une sorte de foi et de conviction, et les autres auraient retrempé la leur dans la lutte. Tel est le caractère d'un mot qui a la vie en soi, qui n'est pas une lettre morte, d'un verbe. Aucune école aujourd'hui n'a donc tranché la grande question; je n'en veux qu'une preuve : elles nous laissent en proie au doute; .elles en sont atteintes plus ou moins au sortir d'une discussion qui les a toutes heurtées les unes contre les autres.