Conferences sur le Congo
Au mois de septembre 1897, M. le comte F. Van der Stratcn-Ponthoz, qui pendant si longtemps a présidé avec tant de distinction la Société centrale d'agriculture de Belgique, me fit l'honneur de me demander de donner, aux membres de cette institution, une conférence sur l'agriculture au Congo.
J'acceptai avec bonheur cette proposition, car je projetais depuis quelque temps de faire un exposé de mes idées sur l'économie rurale de notre empire colonial.
Pour des raisons diverses, ignorance ou malveillance, beaucoup de nos compatriotes, même parmi ceux qui ont vu le Congo, en apprécient imparfaitement les ressources végétales. Il en est qui se bercent de l'espoir, bien chimérique d'ailleurs, de cultiver dans l'Afrique tropicale nos céréales ou d'y élever nos races d'animaux domestiques. D'autres, souvent moins désintéressés, ont fait miroiter les résultats, encore problématiques, de la culture des plantes à caoutchouc et à gutta-percha. Il en est même qui révent de transformer les serres chaudes de Belgique en pépinières destinées à peupler les plantations congolaises.
L'exposé, très impartial, que je fis en février 1898 à la Société centrale d'agriculture, eut dans tout le pays un certain retentissement. Certains organes de la presse en
donnèrent des comptes-rendus incomplets, partiaux et perfides. Je n'ai pas voulu protester, car j'estime que l'œuvre congolaise n'a plus rien à redouter de procédés aussi malhonnêtes, et que le temps est l'élément le plus sur pour avoir raison du dénigrement systématique.
J'avais parlé du Congo avec l'indépendance d'idées que j'apporte en toutes choses et spécialement dans tout ce qui touche aux questions scientifiques. La conférence publiée par la Société centrale d'agriculture, fut reproduite par la Rivuc Scientifique de Paris et par plusieurs revues agronomiques et coloniales. Les idées qui s'y trouvent exprimées n'ont pas jusqu'ici rencontré de contradiction sérieuse. Elles m'ont paru dignes de figurer (iv) dans ce petit livre de vulgarisation. J'y reproduis aussi quatre autres conférences L'une (n) fut donnée à Gembloux à la demande de la Société des Anciens Sous-Officiers de l'armée, au sein de laquelle vibre encore l'amour de la patrie. Il s'agissait de venir en aide au comité qui s'était imposé la noble mission d'élever un monument au sergent De Bruync, de glorieuse mémoire.
Ce fut pour moi l'occasion d'exposer à mes concitoyens le but de la colonisation et la nécessité, pour la Belgique, de devenir une nation colonisatrice. Beaucoup de Belges ont à ce sujet des opinions de parti pris ou redoutent puérilement des complications.
Une troisième conférence (i) donnée à la Société royale horticole et agricole de Huy rappelle les principales péripéties du voyage circulaire que j'entrepris en 1895-1896 dans le Haut-Congo.
Ouant à la quatrième (111) elle est la reproduction d'une causerie sur les forêts du Congo faite à la Société centrale forestière.
Knfin le dernier chapitre (v) concerne la culture du caféier au Congo. Depuis quatre ans, je n'ai cessé d'affirmer
qu'elle est la base réelle de l'agriculture congolaise et il m'a semblé intéressant de reproduire ici l'exposé que je fis à la Société royale de Botanique de Belgique lors de son assemblée générale tenue à Liège le 26 juin 1898.
Ces cinq conférences m'ont paru former un ensemble digne d'être présenté à ceux de nos compatriotes qui s'intéressent à l'avenir du Congo. Comme illustration, ils y verront la photographie d'un caféier de Libéria cultivé à Stanley ville et dont les feuilles ont été enlevées à la sixième année afin de mettre en évidence la remarquable fertilité de cette espèce. Les deux indigènes occupés à. la cueillette sont l'arabe Piani Scnga et le sergent Joaki, mon fidèle compagnon dans mes voyages au Congo.