‹ Conférences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholique (volume 2)Chapitre 17 sur 17 · II · texte numérisé non relu

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terrestre, il opéra ce miracle; et nous, hésiterons-nous à confesser qu'il a donné à ses enfants son corps à manger et son sang à boire? Recevons donc avec confiance le corps et le sang du Christ, car, sous la forme du pain, son corps vous est donné, et, sous Tespèce du vin, son sang vous est donné, afin que, recevant son corps et son sang, vous puissiez ne plus former avec lui que le même corps et le même sang. Ainsi, nos membres se partageant le corps et le sang du Christ , nous devenons Christophorlj c'est-à-direquenous portons le Christ en nous; et ainsi, comme dit saint Pierre, a nous participons à sa nature divine (1). » Dans un autre endroit, il s'exprime d'une manière plus forte encore : « Car, de même que le pain est la nourriture qui est propre au corps, de même le Verbe est la nourriture qui est propre à Fàme. Je vous conjure donc, mes frères, de ne plus regarder comme du pain et du vin ordinaires ce qui est le corps et le sang de Jésus-Christ, d'après ses paroles; et, quoi que puissent vous suggérer vos sens, que la foi vous soutienne. Ne jugez point de la chose par votre goût, mais soyez assurés par la foi, et n'ayez aucun doute que vous êtes honorés du corps et du

(1) Ihià.^ 11. II, m, p. 320.

sang du Christ, sachant et étant convaincus que ce qui parait être du pain n'est pas du pain, quoique le sens du goût le prenne pour du pain, mais que c'est le corps du Christ , et que ce qui paraît être du vin, quoi qu'il puisse sembler au goût, n'est pas du vin, mais le sang du Christ (1). » Est-il possible d'exposer en termes plus formels le dogme catholique delà transsubstantiation?

Or tels étaient les termes dont on se servait pour initier et pour instruire les nouveaux chrétiens; tel est le dogme comme il est présenté dans les instructions et les discours adressés aux catéchumènes sur le mystère de l'eucharistie.

Parmi ces catéchistes des premiers chrétiens , on remarque saint Grégoire de Nicée; écoutezle enseignant aux chrétiens leur nouvelle croyance. « Quand ce remède salutaire est en vous, il détruit, par sa vertu, les effets du poison que nous avons reçu. Mais quel est ce remède? Pas autre chose que ce corps que Ton a vu plus puissant que la mort, et qui a été le principe de notre vie, et qui ne pouvait entrer dans notre corps que par l'action du boire et du manger. Or il nous faut considérer comment il se fait qu'un corps qui est constamment distribué dans

(1) Catéch. Myst., n. iv v vi, ix, p. 32J, 322, 329.

le monde entier, à tant de milliers de fidèles, soit entier dans chacun de ceux qui le reçoivent, et cependant ne se partage pas lui-même. » C'est précisément l'objection que l'on fait maintenant à la doctrine catholique. Écoutez la réponse : « Le corps du Christ, par l'habitation du Verbe de Dieu, a été transmué en un état de dignité divine; et ainsi je crois maintenant que le pain sanctifié par le Verbe de Dieu est transmué au corps du Verbe de Dieu. Ce pain, comme dit l'apôtre, est sanctifié par le Verbe de Dieu et par la prière, non pas afin qu'il passe comme nourriture dans le corps, mais afin qu'il soit changé à l'instant au corps du Christ, suivant ce qu'il a dit : Ceci est mon corps. Et voilà pourquoi le Verbe divin se mêle à la faible nature de l'homme, pour qu'en participant à la divinité notre humanité soit exaltée. Par l'effet de la grâce, il entre par sa chair dans le sein des fidèles, et se mêle à leurs corps, afin qu'uni à ce qui est immortel , l'homme puisse jouir de l'incorruptibilité (1). » Dans ce passage, il y a un mot équivalent à la transsubstantiation, le mot de transmuer ou changer une substance en une autre (2j. Il dit dans une autre

(1) Orat. catech., c. xxxvii, t. II, p. 534-7.

(2) MfT«ffoi«iO'6jf(.

occasion : « C'est par la vertu de la bénédiction que la nature des espèces visibles est changée en son corps. )) — « Le pain, aussi , est d'abord du pain ordinaire; mais, lorsqu'il a été sanctifié, il est appelé et devient le corps du Christ (1). »

Un écrivain distingué, un de ceux qui s'adressent exclusivement aux initiés , c'est saint Jean Chrysostôme. Or rien de plus positif en faveur de la croyance catholique que ses homélies au peuple d'Antioche. Je n'ai que l'embarras du choix parmi les citations qui s'offrent en foule. Je les transcrirai donc au hasard, u Touchons, dit-il, le bord de son vêtement, et, si nous sommes disposés, possédons-le tout entier. Car son corps est maintenant devant nous , non pas pour que nous le touchions seulement, mais pour que nous le mangions et que nous nous en rassasiions. Et si ceux qui touchaient son vêtement en retiraient un si grand avantage, n'en obtiendrons-nous pas un bien plus grand en le possédant tout entier? Croyez donc que la cène à laquelle il se trouva est maintenant célébrée; car il n'y a pas de différence entre ces deux cènes. Ce n'est pas un homme qui agit dans un cas, et le Christ dans l'autre ; dans toutes les deux, c'est le Christ qui agit. Lors-

(1) Oral, in Bapt. Christi, t. II, p. 802.

que vous voyez donc le prêtre vous présenter le corps, ne pensez-vous pas que c'est sa main, mais la main du Christ qui est étendue vers vous (1).» Et encore : « Croyons Dieu en toutes choses, et ne le contredisons pas, (juoique ses paroles puissent contredire notre raison et nos yeux: que sa parole triomphe de tout. iVgissons ainsi à l'égard des mystères, ne regardons pas aux choses qui sont devant nous, mais tenonsnous à ses paroles, car sa parole ne peut tromper; mais notre sens se trompe facilement. Celle-là n'a jamais failli, celui-ci souvent; or, puisque sa parole nous dit ; Ceci est mon corps, soumettons-nous, croyons et voyons ce mystère des yeux de l'intelligence. » Dans un autre passage : (.( Qui nous donnera, dit-il, de sa chair pour nous rassasier (Job. xxxi, ?>\)1 C'est ce que le Christ a fait , ne se laissant pas voir seulement , mais toucher et manger; souffrant que sa chair fût tranchée par les dents, et voulant que tous nous fussions remplis de son amour. Les parents font quelquefois nourrir leurs enfants par d'autres, et moi, dit le Christ, je n'agis pas ainsi, mais je vous nourris de ma chair, et je me place moimême devant vous. J'ai voulu devenir votre frère; à cause de vous, j'ai pris du sang et de la chair; (1) Homil. L. in cap. xiv. Matth., t. YII, p. 516, 617.

et maintenant je vous Iwre cette chair et ce sang y par lesquels je me suis allié à vous (1). » — « Que dis-tu, ô bienheureux Paul ? pour frapper d'effroi tes auditeurs, lorsque tu parles des redoutables mystères, tu les appelles la coupe de bénédiction ( 1 Cor. , X, 16), cette terrible et redoutable coupe. Ce qui est dans la coupe ^ c'est ce qui a coulé de son côté percé d'une lance ^ et nous le recevons. Nous ne sommes pas seulement admis à l'autel, c'est le Christ lui-même qui nous est donné; approchons de lui avec respect et pureté , et , lorsque tu vois le corps étendu devant toi, dis-toi à toi-même : Parce corps, je ne suis plus terre et^ cendres ; voilà le même corps qui a saigné, qui a été percé par la lance (2). Celui qui était présent à la dernière cène est celui qui est maintenant présent, et qui consacre notre festin. Car <îe n'est pas l'homme qui fait devenir les choses qui sont sur l'autel le corps et le sang du Christ , mais ce Christ qui a été crucifié pour nous. Le prêtre remplit ses fonctions, et prononce les paroles ; — mais le pouvoir et la grâce sont le pouvoir et la grâce de Dieu. Il dit : Ceci est mon corps, et ces paroles produisent le changement des choses qui sont

(1) Homil., XLvi, alias, xlv, in Joan., t. VIII, p. 272-273.

(2) Homil., XXIV, in I ep. ad Cor., t. X, p. 212,213,214,217.

offertes (1 ). » — « Quel que soit le nombre de ceux qui se parlagent ce corps et qui goûient de ce sang, ne croyez pas que ce corps et ce sang différent en rien de celui qui est assis au-dessus de nous, et adoré par les anges (2). w Citons encore lin passage très-court de saint Jean Chrysostôme : K 0 merveille! dit-il, la table est couverte de mystères,- l'agneau de Dieu est égorgé pour toi, et le sang spirituel coule de la table sacrée. Le feu spirituel descend du ciel; le sang dans le calice est tiré du côté sans tache pour ta purification. Penses-tu que tu voies du pain? que tu voies du vin? que ces choses passent comme les autres aliments ? Loin de toi une telle pensée. Mais comme la cire approchée du feu perd sa première substance qui disparaît, ainsi tu dois conclure que les mystères (le pain et le vin) sont consumés par la substance du corps, l.ors donc que vous en approchez, ne pensez pas que vous recevez d'un homme le corps divin, mais du feu de la main du Séraphin (3). »

Ce sont là quelques preuves, entre un bien plus grand nombre, de la croyance des Pères, lorsqu'ils instruisaient les fidèles sans réserve et sans réti-

(1) Homil. I, de Prodit. Jud«, l. II, p. 384.

(2) Homil. III, in c. L, ad Ephes., t. XI, p. 21.

(3) Homil. IX, de Pœnit., t. II, p. 349, 350.

cence; et voyez quel est leur langage! Le fait est que, à partir des temps primitifs de l'Église, les textes abondent, dans lesquels on trouve la même doctrine, exprimée quelquefois incidemment, d'autres fois à travers certains voiles. Par exemple, saint Irénée nous dit : « L'Église seule fait celte pure oblation. Les Juifs ne la font pas, car leurs mains sont souillées de sang, et ils n'ont pas reçu le Verbe qui est offert à Dieu. Les assemblées d'hérétiques ne la font pas non plus , car comment peuvent-ils prouver que le pain, sur lequel les paroles d'actions de grâces ont été prononcées, est le corpsde leur Seigneur, et îecalice son sang, puisqu'ils n'admettent pas qu'il est le Fils, c'est-à-dire le Verbe du Créateur du monde ( 1 ). » C'est là un passage d'un auteur qui parle d uu tout autre sujet; il s'agit de ceux qui se privent du bienfait de la rédemption eu ne croyant pas au Christ. Dans les siècles suivants, les autorités sont toutes-puissantes. Je me contenterai d'une ou deux dont le caractère est particulièrement remarquable. Saint Augustin parle toujours avec une nouvelle force de cette doctrine, comme on le verra par les citations suivantes : (( En nous livrant son corps, il dit : Ceci est mon corps.

(i) Adv. Hœr., lib. IV, c. xviii, p. 251 .

Le Christ a été tenu dans ses propres mains ; il tint son corps dans ses mains. )) — u Comment l'a-t-il tenu dans ses mains ? » demande-t-il dans le sermon suivant sur le même psaume; — (f parce que, lorsqu'il donna son corps et son sang., il prit dans ses mains ce que savent les fidèles ; et il se tenait lui-même en" une certaine manière, quand il dit : Ceci est moji corps (1). m Et encore : u Nous recevons, avec un cœur et une bouche fidèles, le Médiateur de Dieu et de l'homme , l'Homme-Christ-Jésus , qui nous a donné son corps à mander et son sang à hoire, quoiqu'il puisse paraître plus horrible de manger la chair cïun homme que de la détruire, et de boire du sang humain que de le verser (2). » Je conclurai par un magnifique témoignage de l'Église d'Orient; c'était celui d'Isaac, prêtre d' Amioche, dans le v'' siècle, qui s'exprime en ces termes d'enthousiasme : « Je vis le vase, au lieu de vin, plein de sang j, etlecorpssiU lieu de p3iin, placé sur lu table. Je vis le sang et je frissonnai; je vis le corps et fus frappé de crainte. Lajoi me disait tout bas : Mange et tais-toi^- bois, ejijant, et ne t'enquiers point. Elle me montrait le corps meurtri, dont plaçant une portion sur mes lèvres,

(1) In Psal. XIV, t. IV, p. 335.

(2) Contra adv. Legis et Proph., 1. II, c. ix, t. YIII, p. 599.

elle dit doucement : Réfléchis à ce que tu manges. Elle me donna un roseau, m'invitent à écrire. Je pris le roseau, j'écrivis; je prononçai ces paroles : Ceci est le corps de mon Dieu. Prenant le calice, je bus; et ce que j'avais dit du corps, je le dis maintenant du calice : Ceci est le sang de mon Sauveur (i). ))

Je terminerai mes citations par l'opinion d'un autre Père, l'un des premiers Pères de l'Église,- ce texte n'a été mis en lumière que depuis peu d'années. Le passage est remarquable en lui-même par la sanction qu'il donne à noire croyance : il prouve combien peu nous avons à craindre la découverte des anciens écrits des Pères; combien, au contraire, nous devons désirer les posséder tous, car il n'y a pas un exemple que la découverte d' un de ces écrits ne nous ait pas été utile. Saint Ampbilocbius, évêque d'Iconium, était l'ami intime de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze et de saint Jérôme, qui parlent de lui comme d'un des hommes les plus savants et les plus saints de leur temps. Nous n'avons que quelques fragments isolés de ce Père, mais le peu que nous avons est digne de la renommée dont il jouissait. Ces fragments ne contenaient rien sur l'eu-

(1) Serm. de Fide. Bibl. orient., t. L, p. 220; Romœ, ni9;

cbaristie et n'y faisaient pas la moindre allusion. Il y a quatre ou cinq ans que l'on publia pour la première lois les actes d'un concile tenu à Constantinople eu 'Il 66, sur ce texte. «Le père est plus grand que moi. » Les évêques qui s'y trouvaient assemblés réunirent un grand nombre de passages des Pères pour commenter ces paroles, et entre autres un de saint Arapbilocbius, dont nous avions dé]k un fragment. La partie ainsi retrouvée renferme un témoignage puissant en faveur de notre doctrine. Comme il n'a pas encore été livré au public, je le citerai en entier. L'auteur sacré soutient le dogme de l'égalité du Père et du Fils; mais comme notre Sauveur avait dit que le Père était plus grand que lui, tandis que dans une autre occasion il nous dit qu'ils ne font qu'un, saint Ampbilocbius s'efforce de concilier les deux assertions par une série d'oppositions, qui expliquent comment, sous quelques rapports, le Père est égal, et, sous d'autres, supérieur. Voici le passage entier, a Le Père est donc plus grand que celui qui va à lui, non pas plus grand que celui qui est toujours en lui. Et, pour exprimer complètement ma pensée, il est plus grand (le Père), et cependant égal j plus grand que celui qui demanda : « Combien de pains avez-vous?» égal à celui qui satisfit avec cinq pains toute la multi-

tude; plus grand que celui qui demanda : « Où avez-vous mis Lazare? » égal à celui qui ressuscita Lazare par la parole; plus grand que celui qui dit : (( Qui m'a touché ? » égal à celui qui arrêta le flux de sang ; plus grand que celui qui dormait dans le bateau, égal à celui qui commandait à la mer; plus grand que celui qui fut jugé par Pilate, égal à celui qui délivre le monde du jugement; plus grand que celui qui fut insulté et crucifié avec les voleurs, égal à celui qui justifia le bon larron; plus grand que celui qui fut dépouillé de ses vêtements, égal à celui qui vêtit l'âme; plus grand que celui auquel le vinaigre fut donné à boire, égal à celui quinous donne son propre sang à boire; plus grand que celui dont le temple fut dissous, égal à celui qui, après cette dissolution, a^relevé son propre temple ; plus grand que le premier, égal au dernier (1 ). » Pour preuve donc que le Christ et le Père sont égaux, ce Saint allègue que le Christ nous a donné à boire son propre sang. Or, s'il avait cru que le Christ ne nous présentait qu'un symbole de son sang, aurait-ce été pour le saint une preuve de la divinité du Christ et de l'égalité qui règne entre son Père et lui? Cette action symbolique serait-elle du

(0 Scriptorum vet. nova collectio; Piome, 123 1 , vol, IV, p. 9.

même caractère que celle de justifier le bon larron, de r(>vêtir l'àme de grâce et d'afTranchir le monde du jugement? La simple institution d'un symbole peut-elle être égalée à ces œuvres d'un pouvoir suprême? Et cependant saint Amphilochius la cite parmi la dernière des merveilles, comme une des plus grandes preuves de l'égalité du Christ avec son Père ; nous devons donc penser que c'était, suivant lui, un miracle de l'ordre le plus élevé. 11 n'y a que la croyance en la Présence réelle qui puisse justifier un tel argument; ce qui serait facile à démontrer si ce texte ne servait pas à lui-même de commentaire (1). Ce témoignage a été récemment découvert; or voyez comme il s'accorde avec la doctrine que nous soutenons.

Je n'ai demandé à la tradition qu'un petit nombre de preuves, parce que je me suis contenté de faire un choix dans les Pères qui ont traité expressément de l'eucharistie, et qui, par conséquent, ont parlé sans réserve pour l'instruction des fidèles.

Les circonstances dont j'ai parlé font que beaucoup de passages de leurs écrits sont très-obscurs;

(1; Voyez le compte rendu de ce texte communiqué au Ca~ tholic Magazine, vol. IV 1833, p. 284.

on en a profité pour affaiblir l'autorité de la tradition en notre faveur; mais je n'hésite pas à dire que, sur tous les points, les théologiens catholiques ont remporté la victoire et ont maintenu notre interprétation des paroles divines. Il y a cependant à cet égard deux ordres de témoignages que je ne pourrais passer sous silence sans faire presque tort à la justice de ma cause.

Ce sont d'abord les anciennes liturgies ou formulaires du culte dans l'ancienne Église latine, grecque et orientale; partout on y trouve clairement établi le principe de la Présence réelle et de la transsubstantiation. Tous ces livres parlent du corps et du sang de Jésus-Christ comme étant véritablement et réellement présents ; et, ce qu'il y a de plus important, on y voit des prières pour demander à Dieu que le pain et le vin soient changés au corps et au sang (1). Ce langage est partout le même, ce qui fait dire au savant Grotius qu'il faut que la tradition en remonte jusqu'aux apôtres et « n'ait pas été changée. »

Les autres documents, que je ne puis tout à fait omettre, ont une grande affinité avec les premiers. Ce sont les liturgies de sectes séparées de nous

(1} Voyez ce que dit de ces liturgies le R. Pi. D. Poynter dans son Christianisme, ou dans sa i^oi des catholiques, 2« éd., p. 190 et suivantes.

depuis plus de mille ans ; et cependant sur ce point elles sont d'accord avec nous. Je vous invite même sans crainte à consulter leurs confessions de foi ou les écrits de leurs docteurs ; vous rencontrerez partout la même doctrine.

Demandez au Grec assis comme Jérémie sur les ruines de son antique empire, à quel dogme de sa foi il est le plus fermement attaché, comme à son soutien dans l'oppression, et sa consolation dans l'abaissement. 11 répondra que c'est de sa foi dans ce mystère, clairement attesté par les confessions de foi de ses patriarches et de ses archevêques, qu'il tire toute sa confiance et tout son courage. Demandez au Nestorien, séparé, depuis le v*" siècle, de la communion de notre Église, et à peu près, depuis le même temps, du reste du moiide, au fond des Indes ; demandez-lui comment ses pères ont reçu avec tant d'amitié et traité comme des frères les premiers Européens qui les ont visités dans leurs parages ignorés? 11 vous montrera la lettre de ses pasteurs, qui atteste la consolation qu'ils ont éprouvée à voir que des hommes du Portugal, pays lointain dont l'existence leur était inconnue, célébraient le même sacrifice qu'eux-mêmes, avec la même croyance. Demandez au Monophysile basané de TAbyssinie, dans la géographie et l'histoire

duquel il est probable que le nom de Rome n'a pas eu place avant les temps modernes , quel est le plus grand des mystères qui , semblable à un rameau vivace, fleurit encore sur ce tronc rabougri , seul reste du christianisme qui enfonce ses racines dans cette terre aride et stérile. Il répond, avec la confession de foi écrite de la main d'un de ses rois, que le premier et le plus noble de ses sacrements, c'est le corps et le sang du Seigneur. En un mot, parcourez l'Asie et l'Afrique, partout où il reste quelque vestige de christianisme, demandez aux tribus éparses du désert, aux sauvages hordes des montagnes, ou aux habitants plus instruits des villes, quels sont les points sur lesquels ils s'accordent, à l'égard du Rédempteur du monde et de sa nature divine et humaine, et vous les trouverez divisés et prêts à combattre, pour tous ces points, les uns contre les autres; mais le dogme qui les ralliera tous, le principe sur lequel ils reconnaîtront qu'ils s'entendent, le voici : c'est que leur Sauveur, dans sa nature divine et humaine, est réellement présent dans le sacrement de l'autel. Ce mystère est un terrain neutre et commun sur lequel chacun se place pour défendre la foi qui lui est propre. D'où peut donc venir ce dogme, sinon de la source même du christianisme, puisque, même dans ces II. 34

citernes ruinées, le fleuve est resté limpide, et n'a rien perdu, en les traversant, de la rectitude de son cours? Lorsque nous voyons cette colonne de la foi, droite encore au milieu des débris du christianisme, partout où nous la rencontrons, et toujours la même, toujours intacte, ne devons-nous pas en conclure que c'était là un des ornements les plus précieux, une des bases les plus fermes db. saint édifice, quelque part que les apôtres l'aient élevé, et que c'était aussi l'emblème le plus sûr de cette colonne de la vérité, sur laquelle l'apôtre des gentils nous ordonne de nous appuyer?

Avant de quitter ce sujet, je ferai quelques réflexions sur la manière admirable dont la doctrine de l'eucharistie se lie à tout le système de vérité qui a été l'objet de mes premières conférences. Vous avez vu comment cet adorable sacrement contient le corps réel et le sang de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus^Christ, qui, par conséquent , y est présent, comme la nourriture réelle de notre âme, et nécessairement la source et le moyen de la grâce dont il est l'auteur. Or, à quelles nécessités de notre nature humaine notre divin Sauveur venait-il pourvoir? La chute de nos premiers parents réagissait sur leur postérité d une double manière. D'abord, ayant mangé du fruit

de l'arbre de la science, leur châtiment fut l'aveuglement intellectuel; ils devinrent la proie de l'erreur, de l'incertitude et de la diversité d'opinion, par suite de la malédiction dont le poids retomba sur les intelligences de toute leur postérité. En même temps, il fallut quitter l'arbre de vie, cet arbre qui devait être leur nourriture et la nôtre, qui devait nous entretenir dans un état heureux de force et de vie perpétuelles , et nous donner une immortalité vertueuse. Dés que ce bien fut perdu pour nous, notre âme s'affaissa en dignité et en pouvoir; toutes ses facultés, tous ses sentiments moraux se corrompirent, et le vice et la dépravation suivirent cette perte irréparable. Cette double absence de la lumière intellectuelle et de la vie morale nous paraît si marquée, à chaque époque de l'histoire du monde, qu'il est impossible de ne pas y reconnaître la conséquence de la grande blessure originelle de l'humanité. Nous voyons, d'une part, l'homme chercher partout la science, non pas seulement dans de vaines spéculations, ou dans des philosophies plus profondes; nous le voyons non -^ seulement consulter la nature dans ses œuvres, ou étudier, dans son esprit même, le mécanisme du raisonnement humain, mais entrer dans des voies qui trahissaient bien tout le besoin qu'il éprouvait

d'une lumière surnaturelle. 11 a recours à différentes espèces de superstitions, à de vains oracles, à des augures, et d'autres folles imaginations qui semblaient lui offrir une sorte de communion avec le ciel, ou produire, dans son âme, quelque faible lueur de lumière intérieure et de science mystérieuse.

Outre ce besoin de la lumière d'en haut, il y a toujours eu chez l'homme le désir secret d'un principe qui régénérât le cœur humain et le rétablît dans une communion plus étroite avec la Divinité, comme dans l'état primitif où il avait été créé. De quel autre sentiment serait venue la coutume de se nourrir de la chair des victimes offertes aux dieux du paganisme ? Cet acte même n'expliquait-il pas que la victime étant devenue la propriété du dieu , et pour ainsi dire sa nourriture, les hommes, en y participant, entraient, pour ainsi dire, dans sa société, devenaient ses commensaux et ses hôtes, et s'associaient avec lui, de manière à obtenir un droit à sa protection et à son amitié? Ajoutez encore que, chez quelquesuns de ces païens, il y a une analogie encore plus marquée avec la fête pascale de la nouvelle loi. Dans la religion perse de Mithra, dans quelques-uns des sacrifices de l'Inde et du nord de la Chine et de l'Amérique, la ressem-

blance est si grande qu'elle a fait soupçonner une imitation corrompue du christianisme (1). Mais l'esprit du philosophe , sans entrer dans des recherches subtiles, se contente de retrouver, dans toutes ces institutions, le témoignage du besoin ressenti par l'âme humaine de quelque principe régénérateur, de quelque nourriture vivifiante , bénie d'en haut, destinée à nous mettre en communion avec le Dieu qui l'a donnée.

Si notre divin Sauveur vint sur la terre pour rétablir l'humanité déchue dans l'état heureux des hauteurs duquel elle était tombée, pour l'y rétablir, autant que pouvait le permettre la décadence de ses facultés intellectuelles et morales ; s'il est venu pour satisfaire à toutes les nécessités humaines, dans ce qui est bon et saint, nous devons nous attendre à trouver dans sa sainte religion et dans l'Église, son paradis terrestre, des institutions qui répondent à ces grands objets : c'est ce que croient les catholiques.

D'abord, il a planté, dans ce paradis, un arbre de science, comme un signe sur le haut des montagnes, vers lequel puissent accourir toutes les nations, du faîte duquel se répandent des rayons

(1) Voyez le traité de l'abbé Gerbet : le Dogme régénérateur de la piété catholique .

de lumière sur les peuples, et qui leur offre de rombrage et des fruits. Nous croyons , et mes premières instructions ont eu pour but de le prouver, que dans l'Eglise de Dieu est une autorité infaillible et durable, préposée par le Christ à l'enseignement des fidèles, et trouvant dans sa parole l'immortelle garantie de la vérité de sou enseignement.

A côté de cette autorité, il a placé l'arbre de vie, dans cette institution vivifiante que nous venons d'admirer, monument perpétuel des bienfaits de la rédemption, portant ce doux fruit du salut dont le poids divin faisait courber l'arbre de Golgotha ; durable et immortel comme l'arbre de la science, auprès duquel il s'élève. Ici nous recevons une victime qui nous unit et nous incorpore réellement à Dieu , nous donne un gage de son affection et de son amour, et nous offre une source inépuisable de bénédictions et de grâces.

Il n'y a que ceux qui siègent journellement autour de la même table qui soient les enfants de la même maison ; et , ainsi , cette sainte institution est-elle vm lien entre ceux qui professent la même foi. Voyez comme les deux institutions s'harmonisent ensemble, comme elles sont nécessaires l'une à l'autre. L'une nous maintient dans V unité religieuse , par laquelle nos intelli-

gences et nos esprits sont dans un accord parfait dont la foi est la l)ase ; l'autre nous met en cornmunioji dans des rapports d'affection , comme les membres d'un même corps. Le nom même qu'a reçu parmi nous la participation à ce sacré banquet montre que telle en est la nature; et , ainsi , comme le grand principe dont nous avons d'abord parlé peut être appelé l'esprit ou l'intelligence de l'Église de Dieu , qui la dirige et la gouverne tout entière , on peut regarder ce divin sacrement comme son cœur, dans lequel jaillit la source éternelle d'un saint amour, dont les flots pleins de chaleur versent partout la vie spirituelle. Cette influence de notre foi en la Présence réelle, sur toutes les parties de notre religion pratique, est trop manifeste pour avoir besoin de commentaires. Pourquoi nos pères , et nousmêmes , avons-nous élevé', quand nous l'avons pu, de magnifiques églises? pourquoi y avons-nous prodigué les richesses de la terre, sinon parce que nous croyons qu'elles sont de vrais tabernacles où habite réellement Emmanuel, « le Dieu avec nous ? w Pourquoi toute cette pompe et toute cette solennité de notre culte, sinon comme un hommage personnel au Verbe incarné de Dieu ? Pourquoi les portes de nos églises, dans les pays catholiques, sont-elles ouvertes toute la

journée, et pourquoi y entrons-nous à toute heure pour y murmurer une prière, ou nous prosterner en adoration, sinon par suite de la conviction où nous sommes de la présence substantielle de Dieu dans ce glorieux mystère? La pratique de la confession, et par conséquent de la pénitence, est liée plus étroitement encore à cette croyance , comme le fait observer lord Fitzwilliam (1 ) : c'est, en effet, la nécessité d'approcher de la sainte table avec un cœur pur, qui est la garantie de l'observance de cette pratique; et le pécheur repentant est soutenu, dans l'accomplissement d'un devoir pénible , par les joies promises du banquet céleste.

Le caractère sacré du prêtre catholique aux yeux de son troupeau, le pouvoir de bénir dont il semble investi , ne sont encore que les résultats de cette familiarité sainte avec laquelle, dans les mystères, il lui est permis d'approcher du Seigneur. Le célibat auquel s'astreint le clergé n'est qu'une expression pratique de ce sentiment qu'éprouve l'Église, sur la pureté invariable de conduite et de pensée avec laquelle on doit approcher de l'autel. De cette manière le sacrement de l'eucharistie constitue l'àme et l'essence de toute re-

(1) Lettres à Mticus.

ligion pratique parmi les catholiques; mais il a à remplir une destinée encore plus sublime. J'ai fait observer, dans la première partie de ces conférences, que l'Église présente du Christ occupe un état mixte entre l'Église du passé et celle de l'avenir; j'ai montré comment l'Église juive jetait par sa forme et sa constitution, une vive lumière sur notre état actuel, dont elle était l'image prophétique (1). Mais notre élat doit aussi recevoir quelque reflet de l'éclat de notre destinée future, de même que les montagnes et le ciel reçoivent comme une promesse de lumière, avant que le soleil ne se soit levé dans la plénitude de sa splendeur.

, Quelle est donc l'essence de cet état bienheureux, si ce n'est l'amour et la charité dans lesquels, comme dans une atmosphère sans nuages, les esprits, devenus parfaits, vivent et respirent ? C'est ainsi qu'ils approchent de Dieu et le voient face à face, et qu'ils se nourrissent de sa gloire; c'est ainsi que leurs affections se confondent 'et qu'ils jouissent de leur bonheur mutuel. Et comment cet universel amour pouvait-il être mieux représenté ici-bas que par un sacrement comme celui-ci, qui , approprié par ses voiles mystérieux à notre

(i) Voyez la IV= conférence, vol. I.

existence corporelle , et ayant le principe de son eflicacilé dans une foi commune, qui est la vertu propre d'.> notre état actuel , nous rapproche de Dieu par l'union la plus étroite qui paraisse possible ici-bas , et nous réunisse tous par un même lien d'amour dans le sein de la Divinité?

Avant de conclure, il m'importe de présenter ime pensée fertile en graves rétlexions : je veux parler de la balance à établir entre les croyances opposées des catholiques et des protestants, et de l'enjeu que nous mettons chacun de notre côté.

Pour nous , j'avoue que nous avons risqué tout notre bonheur et toute notre liberté ici-bas. Nous avons fait pour notre doctrine le plus grand effort de la foi, le plus grand sacrifice du jugement individuel, nous avons souscrit à l'immolation de l'orgueil humain et de la suffisance personnelle, toujours prêts à se révolter contre les simples paroles de la révélation. Bien plus, c'est là que nous avons jeté l'ancre d'espérance, comme on dit ; nous avons considéré cette doctrine comme la voie la plus sûre de la miséricorde de Dieu à notre égard , comme le moyen de la sanctification individuelle, comme l'instrument d'une consécration personnelle et locale, comme la plus éclatante consolation de notre agonie , comme l'ayant-goût et le héraut de la

gloire éternelle. Comme si ces enjeux n'étaient pas d'un poids suffisant, nous y avons ajouté les liens de la charité, persuadés que dans ce sacrement divin nous sommes plus étroitement unis à Dieu et plus intimement unis en aflectioii à notre Sauveur Jésus-Christ.

\oilà les conséquences de notre croyance dans toute leur étendue; mais, si, pour supposer l'impossible, on pouvait nous prouver que nous sommes dans Terreur, on ne prouverait qu'une chose, c'est que nous avons cru trop implicitement au sens des paroles de Dieu, et que nous nous sommes exagéré le pouvoir qu'il a de manifester sa bonté envers l'homme, sans se renfermer dans les limites de nos faibles intelligences et de nos calculs impuissants; que, réellement, nous avons mesuré son amour avec plus d'amour que de prudence, et que nous nous sommes formé de son pouvoir une idée plus sublime, quoique moins exacte, que d'autres ne l'ont fait; entin, que nous avons été trop simples de cœur et trop semblables aux enfants en lui abandonnant notre raison, parce qu'il a les paroles de la vie éternelle.

Mais, d'un autre côté, si notre foi est la vraie, voyez quels enjeux on a risqués de l'autre côté. Sur sa fausseté prétendue, on a risqué des

paroles de dédain et de mépris, de raillerie et de blasphèmes ! On a souvent profané le saint sacrement, on s'est moqué de l'adoration qui lui est due comme d'une idolâtrie, de ses prêtres comme de trompeurs, et l'on a regardé la croyance seule à l'eucharishe comme titre illégitime d'exclusion aux droits politiques et sociaux. Ajoutez que, si nous disons vrai, ceux qui ne partagent pas notre croyance vivent dans la négligence d'un commandement souverain, négligence à laquelle est attachée cette pénalité terrible : « A moins que vous ne mangiez la chair du Fils de l'homme, et que vous ne buviez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. »

Quelle conclusion pouvons-nous tirer de cette comparaison de nos dangers respectifs , si ce n'est la nécessité qui existe pour tous d'examiner ce dogme important dans sa base, et d'en interroger les fondements ?

Arrivés au terme de ces instructions, faisons un retour, vous qui les avez écoutées, moi qui les ai données, sur notre situation réciproque. Pensons au compte mutuel que nous devons en rendre à l'heure de la mort. Permettez-moi, d'abord, de parler quelques instants de moi-même.

A quoi me servirait-il, en ce jour qui viendra, un peu plus tôt un peu plus tard, mais qui vien-

dra, à quoi me servirait-il de vous avoir tenu le langage que je vous ai tenu, si je n'avais pas exprimé mes convictions les plus fermes et les plus sûres? Qu'aurais-je gagné, s'il devait être prouvé, ce jour-là, que je n'ai cherché qu'à vous attirer dans les pièges de raisonnements captieux et de sophismes adroits, et non pas plutôt que j'ai désiré de captiver vos âmes par la vérité, comme elle est dans le Christ Jésus? Quelle satisfiiction, même maintenant, pourrais-je éprouver, si je savais que je vous ai égarés, au lieu de mettre tous mes efforts à vous guider dans la seule voie du salut; si, pendant tout le temps que je vous ai parlé, outre l'impression d'abaissement et de honte personnelle qu'une telle conduite doit inspirer, j'avais eu, comme en effet je l'aurais eue, la terrible conviction que le bras de Dieu était étendu sur ma tête, et provoqué, par chaque mot que je prononçais, à me frapper et à m'écraser comme un prophète de mensonge et d'imposture? Notre religion, pensez-y bien , n'est pas celle qui donne les richesses, les dignités et les honneurs à ses ministres, ou qui leur offre aucun équivalent de leur seule récompense véritable (i).

Mais, si, de mon côté, je suis pleinement con-

(1) 3. Reg. xvm, p. 44.

vaincu de s Savoir pas dit un mot dont je n'eusse la conviction entière, et si vous avez foi, comme je l'espère, dans la sincérité de mes discours et dans la loyauté de mes efforts, j'ai \me grâce à vous demander en retour de ce que j'ai tenté de faire pour vous. Quelque légère impression que vous aient faite mes paroles, ne permettez point qu'elle s'efface. Si quelqu'un de vous a senti que son ancien système de foi avait reçu quelque ébranlement, que ce soit une raison pour lui de rechercher si l'édifice lui-même est bien solide. Que si un petit nuage s'est formé sur la lumière de ses doctrines premières, qu'il ne le méprise et ne le néglige pas, car ce nuage peut, semblable à celui que le prophète commandait h son serviteur de regarder sur le Carmel, être riche en bénédictions, en fertilité et en rafraî-' chissement pour l'âme qui est altérée de vérité.

Personne, j'ensuis sûr, en jetant les yeux sur les divisions religieuses de ce pays, ne supposera un instant qu'il représente l'état propre et régulier de l'Église du Christ sur la terre. Il est certain que, pendant des siècles, l'unité de croyance a régné parmi nous, comme elle devrait y régner encore. Il est hors de doute qu'un amour de la vérité consciencieux et persévérant nous ramènerait à l'unité antique. Je vous en conjure donc,

si quelque lumière s'est manifestée à vos esprits, si la religion s'est présentée à vous sous un jour dont vous n'eussiez pas encore d'idée, je vous en conjure, ne repoussez point cette lumière, suivez-la avec sollicitude et reconnaissance, jusqu'à ce que vous ayez trouvé une entière satisfaction d'esprit et de cœur.

C'est vers toi que je me tourne, ô source de toute science, c'est de toi que j'implore l'appui de ta grâce pour ces conféi'ences. Si mes discours et ma prédication n'ont pas été dans les termes persuasifs de la sagesse humaine (1 ), c'est ta parole au moins que je me suis efforcé d'annoncer. Souviens-toi donc de ta promesse; car tu as dit : u Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n'y retournent plus, mais trempent la terre, l'arrosent, la fertilisent, et donnent la semence à celui qui sème et le pain à celui qui mange, ainsi doit être ma parole; mais elle ne me reviendra pas vide, elle prospérera dans les choses pour lesquelles je l'ai émise (2). » Qu'elle tombe donc, ici, sur un bon terrain, et qu'elle produise des fruits au centuple. Ecartez , o mon Dieu, les préjugés, l'ignorance et l'orgueil, des cœurs de

(i) 1. Cor. Il, p. 4.

(2) Is. Lv, p. 10, n.

tous ceux qui l'ont entendue, et donnez-leur un esprit d'humilité et de docilité , et aussi la force nécessaire pour étudier et approfondir , s'ils ne les connaissent pas, les doctrines de votre vérité tutélaire. Ecoutez, pour eux, les dernières prières de votre bien-aimé Fils , quand il dit : « Et je prie non-seulement pour eux , mais pour ceux qui, sur leur parole, croiront en moi, afin qu'ils ne fassent qu'un, comme toi, mon Père, tu n'es qu'un en moi, et moi en toi, afin qu'ils puissent aussi n'être qu'un en nous (1). »

(i) Jo. XVII, p. 20, 21.

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