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)) tient le droit de remettre les péchés. C'est ainsi » que les prophètes prononçaient des paroles qui » ne venaient point d'eux-mêmes, mais que Dieu » leur communiquait (1). »
'Le même écrivain dit encore : a Ceux qui ont )) péché, s'ils cachent et retiennent leurs péchés «dans leur cœur, sont cruellement tourmentés; » mais si le pécheur devient son propre accu- » sàteur, en se conduisant ainsi il se débarrasse "))'de la cause de son mal. Il importe seulemerit )) qu'il examine avec soin à qui il doit confesser » ses péchés, quel est le caractère du médecin, » si c'est un homme qui sait être faible avec les )) faibles, pleurer avec les afiligés, et comprendre » les sentiments de compatissance et de sympa- » thie pour son prochain. S'il en est ainsi, lors- )) que vous aurez fait l'expérience de sa science » et répreuve de sa pitié, vous devrez suivre ses » avis, s'il croit que votre mal est tel, quHl doit )) être déclaré dans l'assemblée des fidèles, afin » d'édifier les autres et de vous réformer plus ai- » sèment vous-mêmes ; il faut le faire après une )) mûre délibération et les sages avis du mé- » decin (2). >»
(1) D. de Oral., 1. 1, p. 355.
(2) Homil., II. In Psal. xxxvii, t. ii, p. 688.
Ce passage est rempli d'intérêt. Nous y voyons un homme qui fut un des ornements de la primitive Église inculquer la nécessité de déclarer les péchés et tenir un langage de tout point conforme à celui que tient l'Église de nos jours. Nous le voyons exhorter les fidèles à rechercher et à ehoisir un directeur prudent et charitable, à lui découvrir leurs péchés les plus cachés, et à se laisser guider par son conseil au sujet de la question de l'opportunité ou de la non-opportunité de la confession publique. Vous voyez par là que la pratique de la confession publique dans l'Église, loin d'exclure l'usage de la confession particulière, le suf^osait, au contraire, et que cette confession publique n'avait lieu que sur l'avis d'un directeur spirituel et éclairé. Origène dit aussi, de la manière la plus expresse^ que les prêtres seulement ont le pouvoir<ie remettre les péchés, et que, pour qu'àls les remettent, il faut d'abord qu'on les leiw ait découverts. « Ceux qui ne sont pas saints raeurent i) dans leurs péchés; les saints font pénitence, ils » souffrent de leurs blessures, ils ont le sentiment » de leurs chutes, ils recherchent le prêtre, im- « plorent de lui la santé^ et demandent à être pùn rifiés par l'intermédiaire de son ministère (1). »
(1) Honiil., X. lu Numb.; l. ii, p. 302.
El encore : u Si nous découvrons nos péchés nonw seulement àDieu, mais à ceux qui doivent appli- )) quer un remède à nos blessures et à nos iniquités, » nos péchés seront effacés par celui qui a dit : Tai » effacé vos iniquités comme une nuée qui passe, » et vos péchés comme une nuée, » (Isaïe.)
Un peu plus tard, nous trouvons les passages les plus concluants et les plus décisifs; quelquesuns dans les éciits de saint Basile, qui fut un zélé défenseur des canons pénitentiaires, et dont le système sur la pénitence publique prévalut dans une grande partie de l'Orient. « Dans la confes- » sion des péchés, » écrit-il, « il faut suivre la » mélhode qu'on emploie lorsqu'il s'agit de faire )) connaître les infirmités du corps. De même » qu'on ne confie point le secret de ses infir- » mités au premier venu, mais à celui-là seule- » ment qui est en état de les guérir; de même » aussi, nous ne devons confesser nos péchés » qu'aux personnes qui ont le pouvoir d'y apporter )) un remède (1). )) 11 va nous dire quelles sont ces personnes : « Sans nul doute, nous devons » confesser nos péchés à ceux à qui a été confiée )) la garde des mystères de Dieu (2). » Dans ses
(1) In regiil. brev., quaest. cccxxix, t. ii, p. 493,
(2) Ibid.^ fjuœst. ccLXXXviii, p. 516.
canons, il déclare que les personnes qui se sont rendues coupables de crimes secrets, et les auraient confessés, ne sont pas astreintes à en faire l'aveu public. « Que les femmes coupables d'a- » dultère, et qui ont confessé leur faute, ne la » rendent point publique, conformément aux » décisions des Pères. » Voilà donc la confession auriculaire faite en particulier à un seul homme, à un prêtre. Saint Grégoire de Nysse, autre Père éminent de l'Église grecque, s'exprime ainsi : « Vous dont 1 âme est malade, pourquoi n ne recourez-vous pas au médecin? Pourquoi )) ne lui découvrez-vous pas votre mal par la » confession? Pourquoi attendez- vous que la » maladie s'aggrave et s'enracine? llecueillez- » vous en vous-mêmes, réfléchissez sur vos pro- » près voies. Vous avez offensé Dieu, vous avez ;) provoqué votre Créateur, qui est votre Seigneur )) et votre Juge non-seulement dans cette vie, )) mais dans la vie à venir. Examinez la maladie » à laquelle vous êtes en proie; ouvrez votre âme » à la tristesse, et communiquez votre affliction » à vos frères, afin qu'ils s'affligent avec vous, et » que vous obteniez le pardon de vos péchés. » Montrez-moi des larmes amères pour que je » joigne les miennes aux vôtres. Faites part de » votre peine au prêtre, comme à votre père; à la
1 or;
» vuo (lo volpp niist'rr, il sera IouoIh'> de pilié. » MoiUre/-lui sans rougir ce qui est caché; ou-u vrez-lui les secrets de votre àme, comme si M vous découvriez à un médecin un mal caché; il » prendra soin de votre honneur et de voire gué- » rison (1). » Le même Père dit encore : k Qui- M conque dérobe secrètement le bien d'autrui, » s'il confesse plus tard son péché an prêtre w et si son cœur est changé, sera guéri de sa » blessure ; mais pour cela il faut qu'il fasse » un don aux pauvres, et qu'il montre par là, j) clairement, qu'il est affranchi du péché d'a- » varice (2). »
Je traverse, sans m'arrêter, un grand nombre de textes, et j'arrive à un passage de saint Ambroise, la grande lumière de l'Église de Milan, « Il y en a, » dit ce Père, qui demandent à faire » pénitence, afin d'être admis à la communion, » Ceux-là ne désirent pas tant être déliés que de /) lier le prêtre; ils ne déchargent pas leur propre )) conscience, mais ils chargent la sienne, car il » lui a été ordonné de ne pas jeter aux chiens les » choses saintes; c'est-à-dire de ne pas admettre » facilement des âmes souillées à la sainte com-
(0 E|). canon, ad Levituni can. vi, 1. 1, p. 954. (2, Ihid., c. IX, p. 434.
» munion. » De sorte que des personnes qui espéreraient obtenir la rémission de leurs péchés, sans lever tous les voiles qui cachent leur consscience, ne feraient que se tromper elles-mêmes et leur confesseur. A cette autorité nous pouvons ajouter celle de saint Pacianus. « Je m'adresse à » vous, » dit-il, te qui, ayant commis des crimes, » vous refusez à la pénitence; à vous, qui êtes si » timides après avoir été si audacieux; à vous, )) qui êtes honteux de vous confesser après avoir » été sans honte pour pécher. » L'apôtre dit au prêtre : « N'imposez pas les mains légèrement » sur personne, et ne partagez point les péchés » d'autrai. » (ITira., v. 22.) ce Quelle conduite )) est donc la tienne, toi qui trompes le min nistre de Dieu? qui le laisses dans l'ignorance » ou qui confonds son jugement par des demi- >) aveux? Je vous supplie, mes frères, par ce )) Seigneur qu'aucun déguisement ne peut trom- » per, de ne plus cacher les blessures de votre » conscience! Un malade, s'il a quelque bon )) sens, ne cache pas ses plaies, quelque secrètes » qu'elles puissent être, lors même qu'il faut y )) appliquer le fer ou le feu. Un pécheur crain- » dra-t-il donc d'acheter la vie éternelle au prix » d'une humiliation passagère? craindra-t-il d'an vouer à Dieu ses péchés, que Dieu connaît.
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n lorsque l'assistance divine lui est offerte (1). » La confession était donc complète, elle s'étendait à tous les péchés, et elle obligeait le pécheur à faire connaître au ministre de Dieu, dans toute sa vérité, l'état de sa conscience.
Ces exemples pourraient suffire ; cependant j'en citerai encore un ou deux du même siècle. Saint Jérôme, après avoir fait allusion aux règlements religieux établis chez les Juifs, pour la lèpre, s'exprime ainsi : « De même, parmi nous, l'é- » vêque ou le prêtre lie ou délie, non pas ceux » qui se reconnaissent simplement innocents ou » coupables, mais après avoir écouté, comme son » devoir le lui ordonne, les différentes espèces de » péchés, il décide qui doit être lié, et qui délié. » Voici précisément la conclusion que j'ai tirée de mon texte, c'est que le prêtre ne peut donner l'absolution d'après une vague impression qu'il aura gardée de l'état de péché ou d'innocence de son pénitent, mais qu'il lui importe déjuger des différents péchés qui doivent servir de base à sa sentence. Je sortirai un instant des bornes que je me suis prescrites; ce sera pour citer un passage décisif de saint Léon. Voilà ce qu'il écrit aux évêques de Campanie : « Ayant appris deraière-
(i) Parœn, adPœnil./ô/d., p. 8i6.
i) ment que quelques-uns d'entre yous avaient » adopté une pratique contraire aux régies éla- » blies, et que n'autorise pas la tradition, j'ai » résolu de la supprimer; je veux parler du mode » à suivre dans le sacrement de la pénitence. » On ne fera pas une déclaration écrite et pu- » blique de toutes les espèces de péchés; car il suf- » fit que la confession secrète ait révélé au prêtre » les fautes que se reproche la conscience. Ce sen- » timent qui, puisant sa source dans la crainte de » Dieu, nous porte à ne pas appréhender de rougir » devant les hommes, est certainement digne de » louange ; mais il y a des péchés dont l'aveu public » doit exciter des alarmes. Que l'on renonce donc » à cette pratique inapplicable, qui aurait pour » résultat d'éloigner beaucoup de fidèles du re- » mède de la pénitence, par la honte ou par la » crainte de faire connaître à des ennemis des » actions qui les exposeraient à une peine légale. )) Cette confession suffit, que l'on fait d'abord à » Dieu, et ensuite au prêtre, qui prie pour les )) péchés des pénitents; et l'on sera plus disposé » à demander le remède, quand les secrets du pé- » cheur ne seront pas divulgués devant le peuple » tout entier (1). »
(1) Ep* CXXXVI. LXXX, ad Episc. Campaniœ, p. 7i9<
Il me semble que ces passages, et ils ne composent qu'une faible partie de ceux que je pourrais citer, suffisent pour prouver, à toute personne impartiale, que la doctrine de la confession n'est pas moderne et n'a pas été introduite par le concile de Latran, comme on l'a souvent prétendu. Que Ton parcoure le canon de ce concile , et l'on verra que , loin d'établir cette pratique, on la regarde comme établie dans l'Église entière. On y dit seulement a que tous » les fidèles, hommes et femmes, confesseront » leurs péchés, au moins une fois l'an, à un » prêtre approuvé par l'Église. » Ce canon sanctionne donc une règle déjà en vigueur; il règle seulement les époques de cette pratique. Ajoutez à cela une observation. Si vous considérez la nature de l'institution, que les premiers réformateurs ont appelée la « boucherie de l'âme, » comme étant trop pénible et trop dure pour que l'observance en fût possible, je demanderai comment il se fait qu'une institution qui a pu mériter de telles qualifications ait été introduite dans une Église aussi facilement, y ait pénétré tacitement, pour ainsi dire? Aurait-elle pu s'acclimater dans tous les rangs de la société, à commencer par le souverain pontife lui-même? Eûtil été possible d'amener des hommes de toute
condition, les pins savants comme les plus grossiers, H se présenter devant des hommes comme eux, à se jeter à leurs pieds, et à leur avouer leurs fautes cachées? Je le demande, à moins d'une ferme conviction, fondée sur la tradition constante que c'était là le moyen d'obtenir le pardon céleste, l'exercice constant, scrupuleux de cette pratique, eut-il pu s'établir dans l'Église?
Parcourons toutes les objections. 11 arrive souvent aussi que l'on parle de cette institution comme propre à troubler le repos des familles, et à démoraliser la société. On prétend qu'elle porte, par la facilité que l'on éprouve à être pardonné, à commettre des péchés dont le remède est si aisé. J'en ai déjà dit assez à cet égard, j'ai prouvé déjà que nous n'exigeons pas seulement ce que d'autres exigent pour la rémission des péchés, mais aussi des dispositions parfaites, et, outre la confession, ces œuvres de satisfaction et de pénitence dont je vous entretiendrai dans une autre conférence.
Or il y aurait quelque chose de contradictoire à élever contre ce sacrement deux accusations opposées, dont l'une en ferait un fardeau trop lourd pour l'humanité, et l'autre une excitation au péché par la facilité d'en obtenir le pardon. Qu'on choisisse au moins entre les deux re-
proches. Mais la question en est-èlle là? Vous verrez le contraire dans les écrits de ceux qui ont fait rejeter cette institution dans plusieurs parties de l'Europe. Luther dit expressément que, bien que la pratique de la confession, telle qu'elle est en usage dans l'Église catholique, n'ait pas bien clairement sa base dans l'Écriture, il la considère comme une institution excellente, et que, loin de désirer son abolition, il se réjouit de son existence, et exhorte tout le monde à recourir à ce remède. Ainsi, même en considérant la confession comme une institution humaine, il la trouvait digne d'approbation. Nous voyons dans les articles de Smalkade, que la pratique de la confession doit être maintenue, surtout pour la conduite de la jeunesse, et que c'est ainsi qu'on parviendra à la conduire dans le sentier de la vertu (1). Sans aucun doute, la pratique de la confession est ordonnée dans l'Eglise établie, elle se sert même des termes que nous employons, car, dans les instructions pour la visite des malades, on trouve la prescription suivante : « On devra » exhorter la personne malade à faire une con- » fession spéciale de ses péchés, si elle sent sa )) conscience chargée du poids de quelque trans-
(1) Voyez Mohier, ut supra*
» gression importante. Cette confession ouïe, le » prêtre devra l'absoudre, si elle le désire hum- )) blement et du fond du cœur. » Après cela vient, mot pour mot , l'absolution que prononce le prêtre catholique dans la confession.
Je n'invoque pas cette autorité pour me donner l'occasion de mettre l'Église d'Angleterre en contradiction avec elle-même, pour montrer combien ses pratiques s'accordent peu avec ses doctrines, ou pour accuser d'injustice ceux qui nous reprochent, comme une coupable corruption des doctrines du christianisme, un usage établi dans leur propre Église, ceux qui nous accusent d'usurper un pouvoir que'leurs ministres s'arrogent, comme nos prêtres, et qu'ils exercent en se servant des paroles sacramentelles par nous employées. Ce n'est point dans ce but que je mentionne ce rite, j'ai voulu seulement prouver que ceux qui ont causé son abolition étaient convaincus de son utilité, et qu'ainsi, loin de considérer la confession comme un instrument de corruption, ils la regardaient comme le meilleur moyen de soulager la conscience, et de guider les hommes vers la vertu. Ils pensent, ou ils font du moins profession de penser, que Dieu a laissé à ses ministres le pouvoir d'absoudre les péchés, mais qu'une confession préalable est la condition né-
cessaire de cette absolution. Ainsi, entre nous et nos adversaires, une seule différence : ce qu'ils reconnaissent utile, nous le pratiquons; le devoir que l'Église protestante se contente d'indiquer dans ses livres, l'Église catholique exige qu'on l'observe.
En terminant, j'en appelle à vous tous qui savez combien nombreux sont les catholiques, je ne dirai pas seulement en Europe, mais dans l'Angleterre même, où ils surpassent en nombre chaque secte prise en particulier ; dites-le, si la pratique de la confession était funeste et fatale , n'aurait-on pas vu quelque inconvénient de cette pratique transpirer dans le public? Quelqu'un s'en est^ii jamais plaint ? Est-il un seul catholique qui ait trouvé que la confession était un encouragement à commettre des péchés, qu'elle lui offrait à cet égard des facilités et lui promettait une indulgence qu'il ne trouvait pas dans les autres religions? Est-il un seul père de famille catholique qui, connaissant d'expérience les effets de la confession, ait éprouvé quelque répugnance à envoyer au tribunal de la pénitence ses ser^dteurs, ses enfants, et la portion la plus timide et la plus réservée de sa famille? Quelle preuve plus éclatante vous faut-il, que la confession n'entraîne aucun des inconvénients dont on l'accuse,
que la constance avec laquelle les catholiques observent cette pratique ? Cette constance vous le prouve mieux que toutes les paroles, ils voient dans la confession la source d'avantages sans mélanges, de bienfait qui ne sont contre-balancés par aucun inconvénient ; les catholiques trouvent dans leur confesseur un juge qui absout et qui justifie, un père qui console, un ami qui les conduit à la clarté d'un flambeau dont la lumière descend du ciel.