‹ Conférences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholique (volume 3)Chapitre 5 sur 11 · TROISIEME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

TROISIEME CONFÉRENCE

EXPOSITION DE Lv REGLE DE FOI CATHOLIQUE.

Rendez gloire, dans vos cœurs, à la sainteté du Seigneur notre Dieu, et soyez toujours prêts à répondre pour votre défense à tous ceux qui vous demanderont raisou de l'espérance que vous avez.

( Saint Pierre, épître III .)

Dans ma dernière conférence, je me suis principalement occupé d'examiner et de réfuter les opinions des autres, devoir pénible à remplir, parce qu'il crée une nécessité de polémique; je me suis efforcé de mettre la plus grande impartialité possible dans cette exposition de la règle de foi, adoptée par les communions séparées de l'unité catholique; et, sans invoquer

contre elles aucun texte des Écritures, à l'aide de la seule logique, et en soumettant les conditions du principe proposé à une analyse rigoureuse, j'ai essayé de prouver que les difficultés innombrables qu'il soulevait rendaient son application impraticable et sans effet.

Je vais entrer maintenant dans une partie de ma tâche moins pénible à remplir, celle d'exposer la foi catholique. La méthode que j'ai suivie quand il s'agissait du protestantisme, je veux la suivre encore. Je me contenterai , quant à présent, de donner un aperçu de notre croyance, me réservant, à mesure que j'avancerai dans ce travail , de montrer combien la déduction logique de nos idées est simple et naturelle, et comment elle concilie deux avantages qui semblent devoir être incompatibles, celui de satisfaire les logiciens les plus profonds et les plus rigoureux, et celui d'être à la portée des intelligences les moins cultivées et les plus simples. Je signalerai aussi à votre attention l'harmonie admirable qui règne dans tout ce système , et je vous ferai remarquer l'influence que l'adoption d'une pareille règle doit exercer, non-seulement sur la nature de la démonstration que j'ai à vous soumettre, mais sur le christianisme même, auquel elle donne quelque chose d'homogène , d'achevé et de fini.

Nous lisons, dans le trente et unième chapitre duDeutéronome, que, lorsque Moïse eut complété la loi de Dieu et l'eut écrite dans'un livre, il confia ce livre aux lévites qui portaient l'arche du Seigneur, et leur ordonna de le placer dans le tabernacle, comme un témoignage contre Israël . Maisce ne fut point le seul objet qui obtint ce rare honneur : nous lisons dans l'Écriture que, lorsque plusieurs Israélites voulurent disputer à la race d'Aaron le sacerdoce suprême, et, devenus jaloux de l'autorité dont il avait été investi, comme pontife désigné par Dieu , demandèrent à être admis au partage de sa puissance , le Très-Haut ordonna à Moïse de prendre autant de rameaux de bois mort qu'il y avait de tribus dans Israël, de graver le nom d'une de ces tribus sur chacun des rameaux, et de les placer ensuite en la présence du Seigneur; ce que Moïse ayant fait, la branche desséchée qui portait le nom d'Aaron se trouva avoir refleuri le matin , et elle apparut chargée de fruits. Et alors Dieu commanda qu'emblème de l'autorité et miraculeux témoin de la volonté divine qui avait confié à une seule famille la règle spirituelle et le droit d'enseigner la loi, ce rameau fût déposé dans le tabernacle pour servir de témoignage au peuple d'Israël. Enfin, dans une autre occasion encore, Moïse ordonna à Aaron de

ramasser une certaine quantité de cette manne que Dieu faisait tomber pour nourrir son peuple, d'en remplir un vase et de le placer dans le sanctuaire, à côté de la verge refleurie et du livre sacré. Vous venez de voir les vives images et les merveilleux symboles des trois éléments qui sont le fondement de la foi catholique. Avant tout, nous révérons et nous estimons le livre sacré, révélé par Dieu, et nous le plaçons dans le saint des saints, comme la pierre fondamentale de notre foi. Mais, à côté, paraît aussi le rameau des enfants d'Aaron, le sceptre de l'autorité, signe de dignité et d'empire que Dieu a donné aux régulateurs et aux pasteurs de son Église ; nous reconnaissons que ce sceptre doit être également placé dans le sanctuaire , en ayant soin cependant de faire, à ce sujet, une distinction que je vous signalerai tout à l'heure. Enfin, en troisième lieu, les catholiques croient qu'il y a un élément important, nécessaire à l'enfantement de la foi dans le cœur de chaque homme, c'est cette grâce fortifiante et vivifiante , manne céleste que Dieu fait descendre dans les âmes. Ainsi la religion de Dieu repose sur trois points : une révélation divine ayant sa base essentielle dans l'Écriture sainte; une autorité infaillible chargée de l'exposer et de l'expliquer ; et une assistance inté-

rieure, un secours intime qui nous la fait recevoir et embrasser. A l'exemple des Juifs, nous véuérons les emblèmes de ces trois choses dans le tabernacle que Dieu s'est dressé pour habiter avec les hommes, nous voulons parler de l'Église.

Vous le voyez , la seule règle de foi que notre Église admette, c'est la parole de Dieu ; mais lorsqu'il s'agit de définir ce qu'il faut comprendre par ces mots, nous cessons de nous entendre avec les communions dissidentes. Les Églises qui se sont séparées de nous, au temps de la réforme, ont motivé leur scission en émettant en principe : que l'Église catholique avait introduit un autre élément que la parole de Dieu comme fondement de la religion; qu'elle avait admis les traditions humaines et qu'elle leur avait prêté le caractère, l'autorité, la valeur de la parole de Dieu. Je crois utile de vous soumettre, à ce sujet, quelques distinctions préliminaires.

Les catholiques admettent la tradition ; les catholiques reconnaissent une révélation non écrite y voilà des phrases qui ont dû souvent retentir à vos oreilles , et peut-être n'avez-vous pas une perception bien claire du sens de ces termes. En outre, vous entendrez parler de la faculté que s'attribue l'Église démettre des décrets en matière de dogmes , ou de l'autorité des conciles

généraux, ou de celle de l'Église universelle, ou de celle du pape pour régler les matières de foi , sans parler d'un grand nombre d'autres phrases qui , dans la bouche de nos adversaires , ont souvent quelque chose de vague , et, parfois , quelque chose d'équivoque. Le sens de ces phrases est simple pour les catholiques raisonnables et instruits ; mais nous devons nous en servir avec une grande réserve, et en ayant soin d'en définir tous les mots, lorsque nous exposons nos doctrines à des personnes qui ne sont pas dans des conditions aussi favorables pour les comprendre.

Nouscroyons donc, en premier lieu, que l'unique principe et la seule origine de toute foi, c'est la parole de Dieu; car nous ne reconnaissons de pouvoir en religion à aucune autorité vivante , à moins que le droit d'interpréter et de définir lui ait été conféré par la parole divine. C'est précisément d'après le même principe que nous ne reconnaissons aucune doctrine qui ne soit contenue dans les enseignements de Jésus-Chrit, le verbe de Dieu, et la sagesse éternelle de son père, lorsque même nous admettons des doctrines dont les rapports avec ses enseignements paraissent plus éloignés; en effet, nous ne les admettons que parce qu'elles sont garanties par lui , fondées

sur sa parole, car une doctrine n'a de valeur et de force que lorsqu'elle repose sur l'autorité de Jésus-Christ. Si donc on vous dit que l'Église revendique le droit de définir les articles de foi et d'enseigner à ses enfants ce qu'ils doivent croire , il ne faut pas penser pour cela qu'elle revendique, en son propre nom et sur son seul témoignage, cette autorité qu'elle réclame, au contraire, en s'appuyant sur des textes clairs, précis, explicites de l'Écriture. On peut donc dire, en vérité, que toutes les choses que les catholiques croient, sans qu'elles soient positivement exprimées dans l'Écriture, ils les croient parce que l'Écriture révèle et établit d'une manière expresse et formelle le principe en vertu duquel les catholiques agissent ainsi.

Par la parole non écrite de Dieu, nous voulons donc désigner un corps de doctrines que nous croyons avoir été verbalement transmises par le Christ à ses apôtres, par les apôtres à leurs successeurs; et, pour nous décidera le croire, nous avons l'autorité de la parole écrite, qui nous impose cette croyance en termes exprès , positifs et formels. Nous croyons qu'aucune doctrine nouvelle ne peut être introduite dans l'Église, mais que toutes les doctrines que nous professons ont existé, ont été enseignées au temps des apôtres,

1Tb

qui les ont transmises à leurs successeurs, sous la seule garantie au nom de laquelle nous recevons nos croyances de la bouche de l'Église, la promesse du Christ, promesse formellement souscrite dans l'Ecriture, de demeurer avec elle jusqu'à la fin des temps, de l'éclairer de ses lumières, de parler par sa voix et de dicter ses réponses : de sorte que, si nous croyons en elle, c'est parce que nous croyons au Christ.

Ainsi la tradition, les doctrines verbalement transmises et la révélation non écrite , sont trois termes pour exprimer la même idée. Mais il ne faut pas croire que les catholiques admettent qu'il y a une certaine quantité d'opinions vagues et indéterminées, espèce de dette flottante de la foi, que la décision du pape, d'un concile général, ou de l'Église universelle, peut convertir en dette active , régulière , exigible , en articles de foi. Ces termes de révélation non écrite n'impliquent pas non plus l'existence purement verbale de ces doctrines traditionnelles. Supposez, au contraire, qu'une difficulté vienne à s'élever dans l'Église relativement à un point de doctrine; que les chrétiens, divisés d'opinion , en soient arrivés au point de ne plus savoir d'une manière précise ce qu'il faut rejeter et ce qu'il faut admettre ; que l'Église trouve prudent et nécessaire d'examiner le

point en question et de définir ce qui doit être cru; voici la méthode qu'elle ne manquera pas de suivre. Elle examinera d'abord, avec une religieuse sollicitude, ce que les premiers Pères de l'Église ont écrit sur ce point, pour arriver à savoir ce qu'ils ont enseigné dans les différentes contrées et dans les différents siècles , et elle recueillera alors les suffrages de la double catholicité, celle du temps et de l'espace, non pour créer de nouveaux articles de foi, mais pour constater et pour prouver quelle a toujours été la foi catholique. Dans toutes les circonstances de ce genre , on procède avec tous les soins que comportent les enquêtes historiques , et on applique toutes les règles de la prudence humaine pour arriver à une décision judicieuse. Mais, lorsque l'Église est assemblée dans ce but solennel , en conséquence de la promesse formelle du Christ , que je développerai plus tard et dont je ferai toucher du doigt toute l'étendue, nous croyons qu'il est impossible que l'arrêt qui résulte de cette délibération soit vicieux et erroné, parce qu'il faudrait que les promesses du Christ fussent impuissantes et trompeuses, pour que l'Église, à qui il a promis l'infaillibilité, tombât dans l'erreur. Ainsi c'est toujours sur l'autorité de la révélation écrite ou non écrite que nous nous ap- I. 12

puyons, cl nous maintenons que le contrôle, si nécessaire pour la transmission fidèle, complète, exacte de la seconde, existe dans l'Église dépositaire des volontés du Christ, qui l'a chargée de conserver intactes ces doctrines qu'il lui a confiées dès le commencement, pour être enseignées à tous les siècles et à tous les peuples.

Maintenant, je procéderai d'après le même plan que j'ai suivi quand il s'est agi d'exposer et d'analyser le principe fondamental du protestantisme, et j'exposerai brièvement le principe catholique, dans ses bases, dans son application, dans son objet.

En me servant de ce mot de base, je n'ai point entendu entrer à présent dans l'examen nécessaire pour établir une démonstration ; ce sera le sujet de deux ou trois conférences ultérieures. Je veux seulement vous montrer par quelle suite de raisonnements nous arrivons à la connaissance individuelle de ce principe. Supposons, pour un moment, que, peu satisfaits des moyens providentiels dont Dieu s'est servi pour nous accorder le bienfait de la foi, en agissant sur nous par le baptême et les instructions chrétiennes qui n'ont point manqué à notre jeune âge, nous soyons disposés à exercer une enquête rigoureuse sur l'autorité des principes de notre croyance. Nous

commençons d'abord par l'Écriture; nous prenons la Bible et nous la soumettons à un examen attentif. Nous faisons abstraction, pour un moment, de notre foi dans son caractère inspiré et dans son autorité divine; nous ne la considérons que comme un ouvrage historique, destiné à nous éclairer sur la connaissance de certains faits, comme un livre d'où nous voulons tirer des vérités utiles à notre instruction. Nous trouvons en premier lieu que les Écritures, soit que l'on considère leur substance ou leur forme, réunissent tous les motifs sur lesquels se fonde la certitude humaine; que rien en elles ne peut faire soupçonner la possibilité qu'elles aient été l'œuvre de la fraude et de l'erreur: car nous trouvons un corps de témoignages extérieurs qui établissent, de manière à satisfaire les croyances les plus difliciles, que ces documents ont été véritablement écrits à l'époque où ils assurent l'avoir été, et que les personnes dont ils portent le nom ont été réellement leurs auteurs; et comme ces personnes ont été témoins oculaires des faits qu'elles rapportent, et comme leur vie et leur caractère nous donnent toute espèce de sécurité sur leur véracité, nous en concluons que tout ce qu'elles ont rapporté est certain et réel. Nous arrivons ainsi à découvrir qu'outre le simple narré des

faits, elles nous ont transmis un système de religion dont le glorieux fondateur a établi la divinité de sa mission par les miracles les plus extraordinaires : en d'autres termes, nous sommes amenés par une simple enquête, dirigée suivant les principes de la certitude humaine, à reconnaître que le Christ avait autorité pour enseigner, en sa qualité d'envoyé de Dieu ; et nous arrivons, ainsi, à admettre qu'il est nécessaire d'accorder une foi implicite à tout ce qu'il aenseigné. Jusqu'ici, comme il ne s'agit que de faits extérieurs et visibles, l'enquête dont nous parlons ne réclame que la certitude historique, l'évidence qui résulte du témoignage des hommes.

Après avoir ainsi établi la divine autorité du Christ, nous recherchons naturellement ce qu'il a enseigné. Alors nous découvrons qu'il ne s'est pas contenté de nous enseigner quelques principes de haute morale, qu'il ne s'est pas même contenté de prêcher au genre humain des doctrines dont aucune bouche n'avait encore parlé , et de révéler à l'homme le mystère de sa nature déchue et de sa future destinée, mais qu'il a pris les moyens nécessaires pour conserver intact au monde le dépôt de ces précieuses révélations. Nous trouvons dans le même livre l'intention, clairement exprimée par le fondateur de cette

religion, d'en faire profiter non-seulement ses contemporains, ceux qui entendaient sa parole, mais le monde entier, jusqu'à la fin des temps; l'intention clairement exprimée de faire de cette religion une institution stable et. permanente, appropriée aux besoins de l'humanité que le Christ avait voulu racheter ,• et, par conséquent, nous nous demandons naturellement comment les devoirs qu'il est venu nous enseigner, les vérités auxquelles ses souffrances ont servi de sanction, ont dû être préservés de toute altération, et qui a pu en être dépositaire? En effet, si elles sont destinées à être perpétuelles, il est évident que Dieu a dû pourvoir aux moyens à prendre pour assurer leur perpétuité.

Aussi les catholiques rencontrent - ils dans l'Évangile un grand nombre de passages formels dans lesquels Jésus-Christ, non content de promettre la continuation de la foi et la durée de cette doctrine sublime qu'il est venu annoncer aux hommes, prend lui-même les précautions nécessaires pour en garantir l'intégrité parmi ceux qui l'ont reçue. Il choisit un certain nombre d'hommes dont il forme un corps particulier, il les investit non-seulement d'une grande autorité, mais d'un pouvoir égal au sien propre ; il leur fait la promesse de demeurer avec eux et

d'enseigner par leur bouche jusqu'à la fin des temps : les catholiques en concluent naturellement qu'il doit à jamais exister un apostolat analogue à celui fondé par le Christ, institution destinée à assurer tout à la fois l'intégrité et la perpétuité de ces doctrines annoncées par le Sauveur du monde.

Ainsi, par la seule puissance du raisonnement historique , qui suffirait pour amener un infidèle à croire que le Christ avait reçu une mission d'en haut, le catholique, en prenant pour point de départ la parole du Christ, arrive, de déduction en déduction, à reconnaître l'existence d'un corps constitué , dépositaire des doctrines que le Messie est venu établir parmi les hommes. Cette succession de personnes établies d'en haut pour conserver intact le dépôt de la révélation , ces héritiers du pouvoir comme de la mission des apôtres, parmi lesquels le Christ doit demeurer jusqu'à la fin des temps et par la bouche desquels doivent passer ses enseignements, c'est l'Église. Parvenus à ce point, les catholiques sont en possession d'une garantie divine, d'un flambeau surnaturel qui les guide dans toute la suite de cet examen ; ils n'ont plus besoin de se tourner en arriére pour invoquer le témoignage des hommes. Dès ce moment, en effet, ils se sont assurés que le Christ

a préposé une sui(e de pasteurs qui ont mission et. qualité pour veiller, avec l'assistance divine, à l'inviolable maintien des doctrines descendues du ciel. Et, dès lors, tout ce que ces pasteurs enseignent porte la sanction de cette autorité divine que nous avons trouvée tout à l'heure dans le Christ d'une manière si évidente et si bien marquée par ses nombreux miracles. Ce corps, ainsi constitué, se charge d'enseigner et d'apprendre au catholique que ce volume sacré, qu'il prenait tout à l'heure pour un livre simplement historique, que ce document, qu'il interrogeait seulement avec la gravité etl'intérêt qui s'attachent aux faits qu'il rapporte, est un livre digne de plus de respect et de plus d'attention que tous les motifs d'un ordre purement humain ne pourraient en réclamer. En effet , dès ce moment, l'Église est debout ; elle est revêtue de cette autorité que le Christ lui a transmise, et elle s'exprime ainsi : u Sous la garantie de cette assistance divine que » les paroles du Christ, en qui vous croyez, m'ont m donnée, je déclare que ce livre contient la pa- » rôle révélée de Dieu, qu'il a été inspiré par le » Saint-Esprit, et qu'il contient tout ce qui de- )) vait légitimement entrer dans ce recueil sacré. » Ainsi les catholiques arrivent, par l'autorité de l'Église, à établir ces deux points de doctrine si

importants : le caractère inspiré et l'intégrité du canon des Écritures, deux points de doctrine qu'il est à peu près, j'allais dire complètement impossible, d'établir, en suivant le cours ordinaire des investigations des hommes.

Quelques personnes diront peut-être : « Il y a » là un cercle vicieux ; vous croyez d'abord à » l'Église à cause de l'Ecriture, et ensuite à l'Écri- » ture à cause de l'Église. »

Je répondrai que ce raisonnement manque de justesse. Lorsqu'un ambassadeur se présente devant un souverain, on lui demande où sont ses lettres de créance; il les produit, et, sur l'autorité de ces lettres, il est reconnu comme le représentant du prince qui les a signées. Ainsi ce sont les titres qu'il présente lui-même qui établissent la mission dont il est chargé et lui impriment le caractère dont il est revêtu. En vertu de ces titres, il sera cru désormais quand il exposera le but de cette mission et l'objet pour lequel elle lui a été confiée. On peut donc dire que le titre donne crédit à ses paroles, et que ses paroles donnent le sens du titre. Une autre comparaison encore. De quelle autorité recevez-vous les lois de votre pays? De l'autorité législative, qui les sanctionne et vous les présente. Et d'où procède cette faculté, cette puissance qu'a l'autorité législative de faire

les lois? Elle procède de ce code-là même dont elle a sanctionné les différents statuts. La loi sort de la législature et la législature sort de la loi ; le parlement existe par la loi et la loi existe par le parlement. Voilà bien une influence réciproque, mutuelle. Personne, cependant, ne parle de cercle vicieux ; pourquoi donc en parler lorsqu'il s'agit d'un cas parfaitement semblable, pourquoi reprocher au catholique une hérésie de logique qu'il n'a point commise?

Mais, si l'on va au fond de cette objection, on verra qu'elle pèche par sa base. Ce n'est point, à proprement parler, d'après l'autorité de l'Écriture que nous croyons à l'Église, mais d'après l'autorité du Christ, et si ce que le Christ nous prescrit à l'égard de l'Église nous le trouvions dans tout autre livre qui fût dans les conditions nécessaires pour obtenir la créance, nous croirions à l'autorité de l'Église comme nous y croyons maintenant. Nous considérons donc, au premier regard, l'Écriture comme un livre qui nous présente un personnage revêtu d'une autorité divine pour établir une loi; nous le recevons comme tel, et nous examinons les paroles qu'il nous adresse, et nous découvrons qu'appuyé sur l'évidence de sa mission divine il a institué une autorité pour nous enseigner sa parole , et que, dès lors, ce ne

sont pas des avis seulement que cette autorité nous adresse, mais des règles qu'elle nous impose en vertu de ce pouvoir dont le Christ la revêtue.

Peut-être se renconlrera-t-il des personnes qui penseront qu'on peut appliquer, avec une légère variation, le même système de raisonnement à la démonstration de l'autre règle de foi. Pendant quelque temps, il est vrai, les deux argumentations marchent du même pas et s'avancent de front. Toutes deux acceptent d'abord le livre divin sur le témoignage humain ou historique. Toutes deux admettent que, dans l'Écriture sainte , c'est le Christ lui-même qui parle aux hommes et qui les instruit; mais ici l'accord cesse et la désharmonie va commencer. Les catholiques adoptent pour guides les textes qui leur présentent l'Église comme chargée de les conduire ; les protestants admettent en principe que la Bible doit être la règle de la foi.

Maintenant comparons impartialement les deux systèmes. Pour motiver leurs opinions, les catholiques n'ont pas besoin de faire un choix dans les textes de l'Écriture : ils les admettent tous également, sans préférence, sans exclusion. Les arguments les plus propres à prouver que les Écritures sont la règle de la foi n'ont rien qui les gêne. En effet, en croyant que l'autorité de l'Église

est préposée par Dieu pour définir le sens exact et précis de l'Ancien et du Nouveau Testament, le catholique reçoit ces livres sacrés comme sa régie et il les environne d'un profond respect. D'un autre côté, s'il admet avec tant d'empressement les passages qui établissent l'autorité des Écritures, il ne montre pas moins d'empressement à accepter les passages qui décernent à l'Eglise le pouvoir d'expliquer et d'enseigner, passages qui sont rejetés ou, en d'autres termes, interprétés d'une manière équivoque par ceux qui ne veulent admettre, comme règle exclusive de leurs croyances, que l'autorité écrite des livres sacrés. Ainsi, dans notre système, les deux sortes de texte dont il vient d'être parlé s'accordent et s'harmonisent, et, dans le système protestant, ils sont incompatibles; tandis que nous ne faisons aucune difficulté d'admettre tous les arguments que nos adversaires présentent en faveur de la Bible, ils sont obligés de combattre les documents les plus puissants et les plus décisifs qui militent en notre faveur.

Il ne s'agit donc pas de nous prouver par des textes que la lecture de l'Écriture est sainte et utile ; nous le reconnaissons comme les protestants : il faudrait nous prouver qu'elle est exclusivement utile. Il ne suffirait pas d'établir que,

dans bien des occasions, on trouve des lumières dans l'Écriture; il faudrait prouver qu'on y trouve toutes les lumières dont on a besoin. Il faudrait nous prouver, non pas que l'Écriture doit être notre règle , mais qu'elle doit être notre seule règle; et cette preuve devra s'appuyer sur des textes aussi formels, aussi explicites que ceux que les catholiques invoquent pour établir une opinion diamétralement opposée. Il faudra pouvoir en appeler aux paroles du Christ, à celles de ses apôtres; car nous, de notre côté, nous ne voulons laisser rien de vague ni d'incertain dans la démonstration de notre opinion, qui consiste à admettre l'existence d'une autorité visible chargée de conduire les hommes, et à laquelle ils doivent obéissance.

Mais il y a encore une distinction plus importante à faire : nous l'avons dit, dès que les catholiques sont arrivés, au bout de quelques déductions, au principe de l'autorité de l'Église, tout est fini, le cercle du raisonnement est fermé; vous êtes sorti du doute et vous vous reposez dans le sein de la certitude religieuse. Jésus-Christ a communiqué son autorité divine à l'Église; l'Église, en vertu de cette divine autorité, a sanctionné le canon des Écritures. Tout est dans ce mot; il n'est plus nécessaire de recourir au témoignage des

hommes et à la raison historique, que vous avez laissés derrière vous, en entrant dans cette logique sacrée. Dans l'autre système de raisonnement, au contraire, quand vous êtes parvenu à établir la divinité du Christ et l'autorité des apôtres , vous n'avez encore rien fait lorsque vous posez en principe cet axiome vague et équivoque : que l'unique règle de foi est l'Écriture. En effet, il faudra rechercher quels sont les livres de l'Écriture qui ont le caractère de l'inspiration ; et, comme l'autorité de l'Église est rejetée, il faudra retourner sur vos pas et vous adresser de nouveau au témoignage des hommes; de l'autorité divine du Christ il faudra en revenir à l'autorité humaine, et quittantlebut pour le point dedépart , recommencer une nouvelle enquête historique, et traverser de nouveaux problèmes. C'est là un vice essentiel de l'argumentation protestante, et tous les yeux doivent en être frappés. Rien ne caractérise mieux son insuffisance que cette nécessité de remonter de la conclusion aux prémisses, et de redescendre jusqu'aux hommes, quand on est monté jusqu'à Dieu.

Avant de quitter cette partie si intéressante du sujet que je traite, je dois faire observer que, si l'on vient à comparer l'ancienne et la nouvelle loi relativement à la règle de la croyance, de grandes

et d'utiles lumières jaillissent de ce parallèle, pour montrer que nous avons envisagé cette question sous son véritable point de vue. Nous trouvons qu'en effet une loi écrite avait été donnée aux Juifs, mais qu'il y avait une injonction formelle d'écrire cette loi ; que Moïse avait reçu l'ordre d'enregistrer tous les préceptes émanés de Dieu, jusqu'à ceux qui réglaient les détails les plus minutieux; que cette loi devait être lue au peuple de la manière la plus solennelle, tous les sept ans, à la fête des tabernacles. En outre, cette loi embrassait si complètement les actions de chaque jour et la vie privée comme la vie publique des Hébreux , qu'ils étaient obligés de l'avoir sans cesse présente à leurs regards, et d'en avoir une connaissance approfondie et, pour ainsi parler, familière , pour agir conformément à ses régies. Tel doit être, en effet, le caractère principal, le type d'une loi écrite ; ce ne saurait être simplement une collection de documents assemblés au hasard et endormis , qu'on me passe ce terme , dans la même immobilité. La loi écrite doit être publiée à un très-grand nombre d'exemplaires, et elle doit être communiquée à ceux à qui elle doit servir de guide.

Si le Messie avait eu l'intention de nous conduire à la connaissance de nos devoirs par un

code de morale écrit s il aurait donc dit d'une manière expresse à ses apôtres : « Toutes les pa- » rôles que vous m'entendez prononcer, toutes » les actions que vous me voyez faire, ayez soin » de les enregistrer avec exactitude, et préservez » l'existence de ces souvenirs précieux contre tout » risque et tout danger, en multipliant les Écri- » tures parmi les fidèles , pour les guider dans » l'avenir. Car ce que vous écrirez formera un » code, par lequel la conduite des hommes sera » réglée dans ce monde et jugée dans l'autre. » Mais vous ne trouvez rien de pareil dans la loi nouvelle; on ne pourrait citer ni une occasion , ni un seul passage où le Sauveur ait marqué l'intention que la loi qu'il apportait fût écrite.

Nous découvrons, au contraire , en examinant 1 histoire des diverses parties du canon des Écritures, que l'existence de chacune d'elles a été motivée par des circonstances particulières, que toutes avaient un ohjet local et personnel; de telle sorte que, si des erreurs et des abus ne s'étaient point élevés dès les premiers temps de l'Eglise , nous aurions été probablement privés des portions les plus admirables du Nouveau Testament. Ainsi que le bienheureux apôtre saint Jean n'eût pas servécu d'une manière miraculeuse aux tourments d'un martyre où tant

d'autres avaient laissé leur vie, il n'aurait pu compléter le volume divin. De même, saint Luc et saint Matthieu écrivirent pour une classe spéciale de lecteurs, pour une contrée particulière et souvent pour de simples individus. Les Épîtres de saint Paul, enfin, sont évidemment adressées à différentes Églises, et sont destinées à réduire au silence des doutes, à résoudre des difficultés proposées par ces Églises , et quelquefois à rectifier des erreurs fortuites ou des corruptions de doctrines qui s'étaient glissées dans les localités. J'ajouterai qu'en examinant ces épîtres avec soin , on reconnaît que la plupart de nos dogmes les plus importants sont annoncés par saint Paul, à l'occasion de ces explications, et qu'il les introduit comme de sublimes parenthèses et d'admirables commentaires qui donnent la clef du texte. Sans doute, on peut et l'on doit croire que, bien que l'occasion de la publication des différentes parties du Nouveau Testament ait été locale et particulière, le but de cette publication a été général. Dans la pensée des hommes qui n'étaient que les instruments, l'objet pouvait être circonscrit dans le temps et dans l'espace; dans la penséedeDieu qui les conduisait d'en haut, le but n'était circonscrit ni dans l'espace, ni dans le temps. C'était lui qui suscitait ces besoins particuliers

des diverses Églises, pour qu'en y satisfaisant les apôtres satisfissent en même temps aux besoins de la grande et immortelle Église de l'univers. Mais il n'en est pas moins vrai que, de la part de Dieu, ceci exclut tout à fait la pensée d'avoir voulu faire uniquement dépendre le christianisme d'un code de loi écrit, code existant par sa propre force et sa propre puissance, sans l'intervention d'aucune autorité vivante, chargée de l'interpréter et de l'appliquer. Cette vérité devient bien plus frappante encore, lorsque l'on remarque la différence qui existe entre le mode d'établissement de la loi évangélique, et le mode d'établissement de la loi mosaïque, qui contenait l'ordre formel d'écrire et de conserver avec le plus grand soin, et à l'aide des monuments et à l'aide du dépôt de l'archétype de cette loi dans le saint des saints, de conserver, disons-nous, ces prescriptions dictées par Dieu à son serviteur Moïse.

Mais nous avons quelque chose de plus grave et de plus décisif encore à faire observer.

Quoique la loi de Moïse eût, sans contredit, tous les caractères d'une loi écrite, quoique le législateur des Hébreux eût reçu Tordre de perpétuer dans le livre sacré les doctrines qui devaient être enseignées au peuple, cependant il est hors de I. 13

doute que les doctrines les plus importantes n'avaient pas été confiées à l'Écriture et qu il existait parmi les Juifs une tradition sacrée qui , transmise de génération en génération , renfermait des dogmes d'une théologie plus haute que ceux qui avaient été écrits dans le livre inspiré. Je pourrais, à l'appui de cette allégation, dérouler devant vous les arguments d'un écrivain profondément instruit qui a publié, dans ces dernières années, un traité plein de savantes recherches sur ces matières. C'est un de ces hommes dont je vous ai parlé dans mon discours d'ouverture, qui sont arrivés au catholicisme en suivant, les routes les plus différentes et en partant de tous les points de la science et de l'horizon. Celui-ci était né et avait été élevé dans la religion juive ; il avait une connaissance profonde de tous les auteurs juifs à qui les traités des rabbins étaient aussi familiers que nous le sont les auteurs classiques, quand nous achevons le cours de nos études universitaires : il est évident, par l'enchaînement logique des idées qu'il développe dans son ouvrage, qu'il est revenu au catholicisme dont il est maintenant un des défenseurs les plus vigoureux, parce qu'il a découvert que, chez les Juifs, il y a une suite de traditions qui ne reçoivent leur développement que dans le catho-

licisme, et qu'ils possédaient une théologie secrète qui a été manifestement conservée et continuée par notre Église. L'auteur auquel je fais allusion est le savant Molitor, de Francfort, auteur de deux volumes pleins d'intéressantes recherches, et qui ont pour titre : La Philosophie de l'histoire ou De la Tradition.

Le petit nombre de personnes qui étudieront la doctrine des Juifs sous ce point de vue , soit qu'elles fassent un travail particulier, soit qu'elles profitent des travaux de l'estimable écrivain que je viens de nommer, trouveront que, dès les premiers temps, dès la promulgation de la loi, il y avait une grande quantité de préceptes non écrits, mais confiés à la garde du corps des prêtres et par eux progressivement communiqués et répandusv parmi le peuple; préceptes secrets auxquels il était à peine fait allusion dans la loi écrite. Quelques instants d'un examen attentif suffiront pour convaincre tous les esprits de ce fait important. Il est certain, que lorsque Jésus-Christ parut sur la terre, les Juifs étaient en possession d'un grand nombre de doctrines dont il est excessivement difficile de trouver la trace dans l'Écriture, quoique ce soient des doctrines d'une importance vitale. Personne, sans doute, n'ignore qu'un théologien et un évêque de l'Église établie ,

Warburlon , a écrit un traité plein d'érudition pour démontrer la mission divine de Moïse, en s'appuyant sur cette raison extraordinaire, qu'il fallait l'intervention de la puissance divine, pour qu'il ait pu achever le grand ouvrage de l'organisation d'une république et de l'établissement d'une constitution qui a régi un peuple pendant tant d'années, sans lui donner pour sanction une vie future avec ses châtiments et ses récompenses. Il soutient donc, en s'appuyant sur les arguments les plus puissants et les plus plausibles, qu'il est impossible de découvrir, dans les écrits de Moïse et dans ceux des Hébreux des premiers «âges, un seul texte positif en faveur du dogme de l'immortalité de l'âme et de celui des récompenses ou des peines qui l'attendent dans une autre vie. Ces dogmes, les Juifs ne les possédaient-ils pas cependant? ne faisaient-ils point partie de leurs croyances? Sans aucun doute, ils en faisaient partie. Différents passages du Nouveau Testament et les propres livres des Juifs établissent, d'une manière irréfragable, que la doctrine d'une autre vie était enseignée et admise. Certes, c'est là un dogme important , non pas un dogme de la religion naturelle , mais de la religion révélée. Ce dogme si expressément admis , si publiquement annoncé, si formellement confirmé par la nou-

velle loi, a dû être secrètement transmis de génération en génération par une tradition mystérieuse. Cela est si vrai, que les saducéens, imités en cela, dans les derniers temps, par les Karaïtes, forment, parmi les Juifs, une secte qui rejette les doctrines de tradition, et, par conséquent, la résurrection des morts et l'existence d'un principe spirituel dans l'homme. C'est ainsi que nous voyons saint Paul se joindre aux pharisiens, qui professaient ces deux dogmes, non pas comme à une secte, mais comme la partie vraiment orthodoxe de TÉglise juive. « Je suis un pharisien, dit-il, et le » fils des pharisiens quand il s'agit d'espérer la » résurrection des morts. Car si les saducéens » affirment qu'il n'y a ni résurrection, ni anges, « ni esprits , les pharisiens confessent le con- » traire. » Jésus-Christ lui-même avait établi la même distinction entre les saducéens et les pharisiens, et s'il blâmait les corruptions que ces derniers avaient introduites dans la morale pratique, il les regardait sous les rapports du dogme; comme les héritiers des doctrines de Moïse.

Lorsque le Messie fait ressortir, comme une conséquence sublime, la vérité d'une vie future, de cette appellation de Dieu d'Abraham et de Jacob acceptée par le Très-Haut qui ne saurait être le Dieu des morts, mais qui est le. Dieu des vivants ,

il est extrêmement difficile d'apercevoir le lien qui unit les deux membres de cet argument. Mais, pour ceux qui connaissent les formes du raisonnement juif, et la méthode et la manière dont ils unissaient le dogme de l'immonalité de l'âme et de la résurrection des corps, il est facile de comprendre comment cet argument satisfit ses auditeurs.

C'est encore ainsi que Jésus-Christ nous dit que Moïse lui a rendu témoignage; et qu'en conversant avec ses disciples, sur le chemin d'Emmaûs, il en appelle à l'autorité de Moïse pour leur prouver qu'il doittraverser la souffrance pour arriver à la gloire; et cependant , ce serait en vain que vous chercheriez dans le livre de Moïse la nécessité de la mort du Messie pour racheter son peuple. Où donc ces points de doctrine ont-ils été conservés sinon dans la tradition des Juifs , comme on peut le prouver par leurs derniers ouvrages?

On peut tirer un autre exemple du Nouveau Testament. Lorsque notre Sauveur propose à Nicodème la doctrine de la naissance spirituelle ou de la régénération, et que celui-ci ne le comprend point ou affecte de ne le pas comprendre , Jésus-Christ le reprend en ces termes': « Etes- » vous donc docteur en Israël, et ignorez-vous ces

» choses? » Quel est le sens de cette interpellation, sinon d'indiquer qu'un homme qui enseigne chez les Juifs doit connaître cette importante doctrine par cela seul qu'il enseigne?Cependant, dites-moi où on la rencontre cette doctrine, dans quel passage de l'ancienne loi? Si elle n'est nulle part enseignée, elle existait dans les traditions qui la perpétuaient parmi les prêtres et les hommes instruits.

Dans des écrits datés de temps plus récents , nous trouvons la manifestation claire et évidente de la croyance des Juifs à la Trinité, au mystère de l'Incarnation exposée à peu près dans les mêmes termes dont saint Jean s'est servi. Dans les premiers ouvrages non inspirés des Juifs, en effet, nous savons qu il est parlé du Verhe de Dieu comme égal et coexistant avec Dieu lui-même; et cependant, c'est à peine si l'on trouve, dans la loi écrite, la trace d'une pareille doctrine qui appartient, non à la religion naturelle, mais à la religion révélée. Ces doctrines avaient donc été mises, comme un précieux dépôt, dans les mains du corps des prêtres, et ce sont eux qui les ont maintenues intactes jusqu'au temps de la venue du Christ. Je pourrais ajouter que les Juifs euxmêmes reconnaissent cette transmission traditionnelle d'une doctrine secrète et plus suhlime.

Le savant auteur dont j'ai déjà parlé met ce point hors de doute, et je me contenterai de dire que, dans la première page d'un de leurs traités les plus estimés et les plus anciens, que l'on place , en Italie, dans les mains des enfants juifs, pour l'éducation élémentaire , il est expressément articulé que , sur le mont Sinaï, Moïse reçut, outre la loi écrite, une tradition orale, une révélation traditionnelle qu'il transmit après lui aux prêtres (1).

J'en ai appelé à ces souvenirs, pour vous prouver, non-seulement par des raisonnements, mais par des exemples, quelle doit être la puissance des arguments qu'il importe de produire, pour établir une règle de foi qui exclue les enseignements traditionnels. En effet , vous avez vu qu'alors même qu'une loi écrite est expressément imposée, ce fait est loin d'être incompatible avec l'existence d'une loi non écrite , et d'un corps auquel est confiée la conservation exclusive des doctrines les plus importantes. De la même manière, lorsque nous en viendrons à examiner les autorités, nous trouverons qu'il faut des raisons excessivement puissantes pour prouver, non-seulement que les Ecritures sont la règle de la foi, mais

(l) L'abbé Perke.

quelles sont une règle exclusive et suffisante; et malgré l'énergie des textes favorables à la loi écrite, nous n'admettrons pas facilement qu'ils excluent cet autre enseignement, que nous voyons subsister à coté de ce commandement exprès adressé aux Juifs, d'avoir une loi écrite.

Peut-être, dira-t-on, après avoir lu cette exposition du système suivi par les catholiques pour arriver à la vérité : «• Que gague-t-on à suivre ce n système ? Chez vous, comme dans les autres » communions, ne faut-il pas procéder laborieu- » sèment de déduction en déduction, pour par- » venir à établir l'authenticité des livres saints, » dans lesquels vous devez apprendre ce que le » Christ a enseigné relativement à son Efflise? »

Pour répondre à cette interpellation, il importe d'expliquer la manière dont la règle catholique doit être appliquée. Quelques paroles suffiront, pour faire voir que la doctrine de l'Église est aussi propre à lever toutes les difficultés et à simplifier la règle proposée, de manière à la mettre à portée des intelligences les plus humbles, qu'à défier l'examen des esprits les plus élevés. En effet, l'Église catholique enseigne et croit (je dois faire observer que ceci n'est que l'exposition de nos principes, la démonstration viendra plus tard), l'Église croit donc et enseigne que la foi n'est pas

un fruit naturel du cœur humain, qu'elle ne saurait être le résultat des recherches et des études de l'homme, mais que c'est un pur don versé dans l'âme de l'homme par la bonté divine, au moment du baptême ; et telle doit être, en effet , d'une manière plus ou moins étendue, la croyance de toutes les Églises qui adoptent la pratique de baptiser les enfants. Or, la grâce versée dans le baptême, que peut-elle être sans la communication de la foi de l'Église qui confère à l'enfant ce sacrement ? Dès lors, en regardant la foi comme un trésor accordé par Dieu, il s'ensuit que, dans une âme lavée de la souillure originelle et ornée des grâces d'en haut, elle devient un principe actif et vivifiant qui n'attend que son objet pour s'y appliquer. Du moment donc que les doctrines de la véritable religion sont présentées, l'âme les saisit parce qu'elle est dans les conditions du vrai. Elle court à la vérité, qui est son but, à la lumière de la grâce, qui est son flambeau.

Ces considérations doivent suffire pour montrer la simplicité de l'application du principe; un petit nombre de mots suffiront de même pour prouver qu'il remplit son objet naturel. J'ai déjà eu l'occasion de faire observer que l'objet de toute règle et de toute loi, par conséquent de toute règle de foi, était d'amener les hommes à l'unité de prin-

cipe et à l'unité d'action. J'ai rappelé les résultats diamétralement opposés auxquels conduit la règle de foi protestante, comme l'expérience l'a prouvé; en d'autres termes, j'ai démontré que cette règle éloignait les homme de cette union que toute règle est destinée à cimenter , car elle les précipite dans les opinions les plus contradictoires, qui, toutes, cependant, s'appuient sur l'autorité du même principe de foi. Mais maintenant, pour peu que l'on examine le principe catholique seulement sous le rapport de l'action qu'il exerce, on verra qu'il remplit complètement l'objet pour lequel il a été institué, car sa tendance inévitable est de ramener les opinions et les intelligences à une unité parfaite et à l'adoption du même symbole. Du moment, en effet, qu'un catholique révoque en doute, je ne dirai pas le principe de sa foi , mais une seule des doctrines appuyées sur cette base, du moment qu'il balance à croire un des dogmes que l'Église a été chargée de lui enseigner, de ce moment l'Église le regarde comme ayant virtuellement rompu tout lien avec elle. L'Église exige une obéissance absolue. Si l'un de ses membres, quels que soient d'ailleurs ses talents, quelque grands qu'aient été les services qu'il lui a précédemment rendus en consacrant d'éclatantes lumières à îa défense

de ses doctrines, si Tun de ses membres rompt sa communion avec elle sur un seul point, elle le retranche à l'instant de son sein; nous en avons eu, dans ces derniers temps, de tristes et d'éclatants exemples.

Mais n'y a-t-il point quelque chose de tyrannique dans un pareil système? N'est-ce pas un joug de fer imposé à l'humanité; une usurpation flagrante des droits que Dieu a concédés à la conscience de chacun, la confiscation de ce libre arbitre, la plus sainte et la plus vénérable de toutes les libertés, car elle nous vient d'en haut ? Si une pareille pensée entrait dans l'esprit de quelqu'un , c'est qu'il ne comprendrait pas le principe de l'unité catholique. Je n'ignore pas que l'on a souvent comparé le pouvoir de l'Église à cette suzeraineté insolente exercée par un conquérant victorieux sur des vassaux réduits en servitude par le droit de la guerre; que ce zèle infatigable avec lequel l'Église travaille à soumettre à ses lois les nations les plus lointaines a été comparé à cette vanité humaine qui pousse les dominateurs de la terre à ajouter sans cesse à leur empire de nouvelles provinces, comme pour élargir le piédestal qui supporte la statue de leur orgueil ; qu'on lui a prêté des sentiments hautains et altiers d'après lesquels elle considérerait, comme

un triomphe, l'avilissement de la liberté de l'homme, et verrait d'un œil de satisfaction toutes les intelligences prosternées au pied de son trône. Ceux qui connaissent les véritables sentiments de l'Église en exigeant cette soumission, et qui savent dans quel esprit elle l'accepte, ceuxlà comprennent toute la fausseté de pareilles idées.

Rien de plus beau, dans la conception d'une Église chrétienne , qu'une parfaite unité de croyance. Une telle idée est admirable en ellemême, parce que c'est la conservation du premier et du plus essentiel des principes qui servent de bases aux sociétés. Qu'est-ce qu'une société, en effet? c'est la mise en commun de tous les sentiments réunis et confondus dans le sentiment national ; c'est l'intérêt général du corps préféré à l'intérêt particulier des membres. De même, le principe de l'unité religieuse nous porte à aimer nos coreligionnaires, non-seulement comme des frères selon la loi de la chair, mais comme des frères selon la loi de l'esprit; il établit, dans toute une communion, une réciprocité d'affection et d'amour bien plus vive que celle qui résulte des liens de la nature. Et si l'on trouve que la seule idée d'une république ou d'un gouvernement, dans lequel les hommes sont unis par des

liens si étroits qu'ils sont prêts à combattre dans les mêmes rangs pour la défense commune, ou à contribuer de leurs richesses pour le bien général, si Ton trouve que la seule idée d'une pareille république est une inspiration divine, digne de toutes admirations, une idée qui doit assurer à son auteur les honneurs de l'apothéose; que dira-l-on de cette union sacrée qui rapproche les hommes non-seulement jusqu'à en faire les citoyens de la même société, mais les membres d'un corps mystique, rassemblés non par le sentiment de besoins mutuels, réunis non par les liens du sang et de la parenté, ou par des intérêts transitoires , mais réunis , et pour ainsi parler, confondus dans l'adoration de celui au delà duquel la pensée humaine ne saurait élever son vol; se rencontrant dans ces hautes régions morales et intellectuelles, au sein de la chaude atmosphère de la charité, et travaillant en commun, non à augmenter les richesses et la puissance de la société commune, mais à l'enrichir et à l'orner de nouvelles vertus; quoi de plus? ne combattant que leurs passions, ne haïssant que les vices, et marchant, comme il appartient aux lils de l'intelligence, non pas les yeux baissés vers les misérables biens de la terre, mais les yeux fixés sur le ciel ? Réfléchissez encore à la supériorité incon-

lestable de celle influence sur toutes les influences qui peuvent contribuer à l'union des hommes. L'unité religieuse, en effet, planant dans une sphère supérieure à ces sympathies partielles de lois, de mœurs, d'intérêts, qui n'agissent que pour un temps limité et dans un cercle circonscrit, n'est bornée ni par les fleuves, ni par les montagnes; elle traverse la vaste étendue des mers, pour mettre dans la bouche des nations les plus diverses et les plus éloignées les unes des autres, le même hymne de louange; dans leur esprit, le même symbole de croyance; dans leur cœur, le même sentiment de charité; enseignant partout la même doctrine, et annonçant, par les mille voix de ses ministres la même vérité, elle prosterne une immense multitude devant le même autel; chacune de ces âmes qu'elle unit sur tous les points du monde, dans une sainte communauté de prière et d'amour, est comme suspendue à l'une de ces innombrables chaînes d'or qui vont toutes se confondre et s'unir dans les mains de Dieu, ce soleil des intelligences; de même que les rayons du soleil matériel, dispersés dans l'étendue, vont tous aboutir à ce centre de feu que nous voyons étinceler au-dessus de nos tètes : pâle et imparfaite image de son créateur. Certes, c'est là l'idée que nous devons nous faire

de l'influence et de l'efficacité de la règle instituée par Dieu pour produire l'unité de croyance, et telle, en effet, nous sentons sa présence, son action dans l'Église catholique.

C'est aussi un noble et beau résultat de cette règle, telle que les catholiques la conçoivent, que de soumettre les esprits et les intelligences à l'égalité devant Dieu. Pour eux, la religion n'est point une de ces citernes profondes dans lesquelles il faut descendre laborieusement des vases laborieusement apportés sur leurs bords, citernes qui mesurent inégalement leurs eaux avares à la grandeur des vases qu'on enfonce dans leur sein, et à la force des bras qui les retirent. C'est une sourced'eau vive qui élève ses ondes pour les mieux répandre; c'est une pure et limpide fontaine à laquelle tous peuvent boire, et de laquelle il suffit d'approcher ses lèvres pour étancher sa soif et sentir couler dans toutes ses veines une douce et ineffable fraîcheur. Aux yeux de l'unité catholique, il n'y a point là de distinction entre les pauvres d'esprit et les intelligences élevées ; au contraire, tous les cœurs sont soumis aux mêmes sentiments, toutes les intelligences s'inclinent à la simplicité d'une foi qui est la même pour tous; l'ignorant et le savant, le sage et l'homme de peu de sens descendent au même niveau. Des-

cendre, est-ce là le mot? Ah! disons plutôt qu'ils sont emportés et ravis sur les ailes de la révélation, à la conception de vérités si hautes, que la distance qui sépare le sage de l'insensé, le savant de l'ignorant, disparaît et s'abîme dans la distance infinie qui sépare l'homme de Dieu.

Mais cette idée de l'unité religieuse ne satisfait pas seulement par sa beauté l'imagination des catholiques, elle réunit toutes les conditions, qui, leur raison le leur enseigne, doivent être les caractères de la vérité. La vérité, en effet, doit être une et indivisible par sa nature, parce que la vérité est en tout le reflet des connaissances de Dieu et que l'unité est un des attributs de la divinité. Or la doctrine d'une seule foi, garantie par une autorité infaillible, rend la vérité religieuse directement présente à l'esprit dont elle est l'objet, de sorte qu'elle cesse d'être seulement le sujet indirect des réflexions individuelles qui lui impriment leurs couleurs particulières. Le regard se fixe sur le prototype dans toute sa pureté, au lieu de n'envisager que l'image qui se défigure, se rompt et se brise en traversant le milieu imparfait de l'examen individuel.

Ces considérations ne sauraient qu'être confirmées dans l'esprit des catholiques par une I. 14

dernière considération tirée du but pour lequel la règle de foi religieuse a été instituée : ceux qu'elle doit guider sont des créatures de la même espèce; leur nature et leurs sentiments sont les mêmes; ils ont les mêmes passions à vaincre, la même perfection à atteindre, la même couronne à mériter. Dès lors, n'est-il pas juste et raisonnable que leur route soit la même, qu'ils jouissent des mêmes secours, et qu'ils suivent le même guide?

Mais cette unité de foi e?t destinée à remplir une autre fin bien grave et bien grande; elle est destinée à faire reconnaître, comme un caractère certain et irrécusable, la religion fondée par Jésus-Christ. Lui-même a déclaré que l'union que l'on remarquerait parmi ses disciples serait un des signes les plus éclatants de la divinité de sa mission : « De même que le père est en moi » et que je suis dans le père, » est-il écrit dans l'Évangile, « qu'ils soient tous en un. » Or cette unité n'est pas seulement celle des cœurs dans l'amour, mais celle des esprits dans la foi; l'apôtre bien-aimé l'a clairement marqué : «INous » devons, » dit-il, « conserver avec sollicitude » l'unité de l'esprit dans la paix, de manière à » ne former qu'un seul corps et à être animés » d'un seul esprit et n'avoir qu'une foi, comme

» tous n'avons qu'un Dieu et un baptême. » Sis doute notre charité, large comme l'amour d Christ pour le monde, doit ne reconnaître ai une limite et s'étendre à l'humanité tout eiière; mais c'est une partie considérable de c* e charité, que de désirer de ramener à l'uni: religieuse, à la seule source de toutes les ui tés, ceux qui ont été assez malheureux pour

i écarter; c'est une des œuvres les plus ma- *i iques de la charité que de travailler à leur 'e ur. Que la règle de foi catholique puisse .«' e produire cette unité de foi, qu'elle soit, na conséquent, la source de toute vérité , c'est :e pie nous établirons dans notre prochaine

o ërence.

Page 1