‹ Conférences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholique (volume 3)Chapitre 8 sur 11 · TB · texte numérisé non relu

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avait évidemment choisi pour être le chef du troupeau et en rendre compte à Dieu.

Plus loin, il s'exprime encore en ces termes : « Conservez la forme même des discours que vous avez entendus de moi , dans l'esprit de la foi et dans l'amour de Jésus-Christ. Gardez le trésor à vous confié par le Saint-Esprit qui habite en nous (1). » Voilà une magnifique investiture, voilà une grande preuve de l'appui que notre Sauveur donne à tous les pasteurs de l'Église; la conséquence en est que le disciple immédiat, le successeur de l'apôtre reçoit l'ordre de reproduire exactement la forme même de l'enseignement qui lui a été donné. Quelques-uns ont dit que cette forme se rapportait seulement au credo ou symbole des apôtres. Mais, d'abord, il devrait y avoir des preuves à cet égard : ensuite, pourquoi cette fidélité à la forme? S'il ne s'était agi que de ce seul point, aurait-il été besoin de la recommander à un évêque, alors plus qu'aujourd'hui , puisqu'il ne fallait qu'enseigner et répéter le symbole pour le graver dans la pensée et la mémoire du chrétien? Voici donc le premier pas que fait l'Église dans le système de l'enseignement traditionnel , de la doctrine trans-

(1)11, Tim., i, 13, 14.

mise verbalement, par un homme envoyé pour la prêcher , à un autre homme qui reçoit de lui la mission de continuer son œuvre. Passons main-» tenant au second anneau de la chaîne. Après quelques versets, on trouve les exhortations suivantes, adressées à Timothée : « Ce que vous avez entendu de moi , répétez-le à des hommes fidèles qui pourront en instruire les autres (1). »

Ici encore saint Paul ne dit pas : Recevez cette épitre comme appartenant à la sainte parole de Dieu , et donnez-en des copies à ceux que vous devez enseigner; et c'eût été, assurément, le meilleur moyen de conserver les doctrines qu'il y avait exposées; mais il dit à Timothée de choisir des hommes fidèles et dignes de confiance, pour leur transmettre les doctrines qu'il avait reçues lui-même, afin qu'ils se chargeassent à leur tour de les propager. N'est-ce point là indiquer manifestement l'enseignement oral comme la méthode qu'il faut suivre dans l'Église du Christ?

Avant de quitter les épîtres de saint Paul à ses disciples préférés, faisons encore deux citations qui viendront confirmer la règle catholique. D'abord il dit à Timothée : « J'ai désiré que tu restasses à Ephèse, quand je suis allé en Macédoine

(i) Ibid., T\m.,n, 2.

pour qu'un autre à ta place ne changeât point ton enseignement, pour qu'on n'accréditât point des fables et des généalogies sans fin, qui offrent plus matière à la discussion qu'elles ne sont un moyen d'édification, laquelle est dans la foi (1).» Aucune variété d'opinion n'est donc permise , et il faut éviter les questions qui détournent de la simple foi de Dieu ; et tel était le but principal de saint Paul, quand il préposait Timotbée à l'Église d'Éphèse.

Maintenant, supposez que telle soit la mission de tous les évêques, et que Dieu leur ait donné, par conséquent, les moyens d'obtenir ce résultat, l'expérience nous apprendra bientôt lequel des principes aujourd'hui adoptés était celui de Timotbée. Car il est certain que l'expérience a prouvé que , si un évêque doit empêcher la divergence des opinions, les Eglises réformées, y compris l'Église épiscopale, qui dispose cependant de plus de moyens, sont dans l'impuissance d'arriver à ce but (2). On verra , au contraire , que les évêques catholiques , par l'autorité de leur enseignement , peuvent conserver l'unité.

(1)1, Tim., 1,3,4.

(2) Les divisions qui ont dernièrement éclaté parmi les méthodistes wesleyens pourraient être , à cet égard , l'objet d'observatio'ns intéressantes.

En vain les premiers prescriraient-ils à leur clergé et à leurs ouailles de ne point changer leur enseignement ou d'éviter les sujets qui font naître les discussions; tandis que les derniers n'ont point à redouter ce péril, et exercent un ministère d'ordre et de paix. Ainsi il est facile de voir quelle était la règle prescrite à Timothée.

Le langage de saint Paul, lorsqu'il parle à Tite, est encore plus remarquable. Après le premier et le second avertissement : « Évitez, dit-il, l'homme qui est hérétique , sachant que celui qui est tel s'est perdu lui-même et pèche, étant condamné par son propre jugement (1). »

Je ne m'arrêterai pas à la première partie de ce texte, pour justifier la conduite de l'Église catholique à l'égard de ceux qui adoptent l'erreur et altèrent par des innovations la pureté de la foi; les conséquences qu'il faut tirer de ce précepte impérieux, contre les changements de doctrine, je les laisse à vos propres réflexions. C'est la dernière partie du texte qui me préoccupe. Saint Paul, à cette époque primitive, où personne, on peut le croire, n'avait pu ni naître, ni être élevé dans l'hérésie ou. dans l'erreur, entend nécessairement, par le mot hérétique, celui qui,

(l) Tit. m, 10, 11.

après avoir professé la véi itablereligion, embrasse des opinions nouvelles sans retomber dans l'idolâtrie; car, autrement, au lieu <¥ hérétique , il aurait dit apostat. Au sujet d'une personne placée dans cette situation , il affirme qu'elle pêche nécessairement, étant condamnée par son propre jugement. Mais, de nos jours, si un homme sort d'une des communions du protestantisme pour entrer dans une autre, loin de le regarder comme coupable, loin de croire qu'il se condamne luimême, on serait plus près dire que son propre jugement le justifie : en effet, son jugement est son seul guide et son seul arbitre en matière de religion. Le principe du protestantisme est donc en contradiction directe avec l'imposante doctrine de l'Apôtre. L'Apôtre suppose l'existence d'un principe qui force l'homme à se condamner, dans son for intérieur, lorsqu'il abandonne la vérité; mais, pour qu'un principe ait cette influence, il faut qu'il puisse vous garantir la vérité des croyances qu'il vous impose, de sorte que le renier ce soit s'avouer coupable.

La doctrine de saint Paul , à cet égard , est précisément celle de l'Église catholique. En mettant de côté le cas d'ignorance involontaire , un catholique, lorsqu'il possède réellement les principes et la règle de la foi , par lesquels il est uni

à son Église, ne peut blesser ces doctrines par aucune hérésie, sans que son propre jugement ne le condamne; car il sait qu'il n'avait pas le droit de mettre sa volonté au-dessus des règles prescrites, et son sens individuel au-dessus de dogmes obligatoires.

Des instructions données par les apôtres des gentils aux supérieurs ecclésiastiques institués dans les Eglises naissantes, passons aux exhortations adressées aux gentils eux-mêmes. Saint Paul écrit aux Thessaloniens : « Mes frères, restez donc fermes, et tenez-vous-en aux traditions que vous avez reçues ou de vive voix ou dans nos épîtres (1). » Ici, encore, voici deux sortes de doctrines, celle qui est écrite et celle qui est transmise par la parole , et toutes deux sont placées au même niveau , afin que l'une et l'autre soient également reçues par l'Église avec respect et transmises aux successeurs des apôtres. De tels témoignages, le principe de l'enseignement oral ainsi recommandé, en même temps ce silence complet gardé sur un code écrit du christianisme qui aurait eu seul toute autorité, ne sont-ce pas là des preuves décisives de la véritable conduite suivie par les apôtres, et de la base sur laquelle ils ont fondé l'Église ? Ne devons-nous pas en conclure (i) II, Thessal., h, 14.

que le pouvoir d'enseigner leur a été donné , et qu'ils l'ont transmis à leurs successeurs avec un code non écrit, de sorte que ce qu'ils ont écrit dans la suite n'était que la rédaction et l'exposé d'une partie des doctrines qui , déjà , appartenaient à l'Église?

Allons plus loin encore : j'ai dit que nous ne voyions dans le Nouveau Testament aucun indice qui annonçât que le code du christianisme dût être un code écrit; d'un autre côté , nous voyons les apôtres prêcher l'Évangile, enseigner le christianisme à plusieurs nations étrangères, et, suivant l'histoire ecclésiastique, non-seulement dans toute l'Europe, mais jusqu'aux dernières limites de l'Orient. Saint Thomas, entre autres, prêcha, dit-on, dans la péninsule de l'Inde; saint Barthélémy porta la foi dans des régions de la Scythie; saint Thaddée dans la Mésopotamie, et d'autres apôtres dans l'intérieur de l'Afrique. Ces missions ont été le sujet de savants ouvrages, dont l'un, de l'évêque actuel de Salisbury, a pour but de prouver que saint Paul a prêché la foi en Angleterre et a converti les Bretons.

Il doit importer d'examiner le principe qu'ils ont suivi dans l'enseignement et la conversion de ces nations lointaines.

Sans aucun doute, leurs doctrines étaient basées

sur la règle véritable de la foi, et ils appliquaient le meilleur système d'enseignement religieux dans leurs Églises respectives. L'Écriture était-elle donc cette règle, cette base, ce gage de sécurité? S'il en était ainsi, nous devrions avoir des traductions de ce livre sacré dans les différentes langues de ces peuples. Plusieurs d'entre eux, les Indiens entre autres, avaient des livres publiés avant la venue du Sauveur , et ces livres existent ; est-il croyable que le premier soin des apôtres n'eût pas été de traduire les Écritures dans les diverses langues de ces mêmes peuples, eux, surtout, qui avaient le don des langues, et qui eussent pu le faire sans difficulté et sans erreur? S'il faut d'abord présenter la Bible à tous les hommes et à chaque individu en particulier , si c'est là le premier pas du christianisme et son principe vital , et si la base de la foi est l'examen individuel de chaque article de la croyance, assurément on n'aurait pas négligé les seuls moyens d'assurer un résultat nécessaire. Cependant on ne nous a transmis que deux versions du Nouveau Testament : l'une en latin , dont on se sert en Occident sous le nom de Vulgate, et la traduction syrienne (1). Or nous ne connaissons pas

(l) J'omets la version copte ou sahidique comme moins importante, et, sans doute, moins ancienne que les deux autres.

l'origine de la Vulgate latine. Elle fut probablement écrite au premier ou au second siècle de l'ère chrétienne; mais on a de fortes raisons de croire que , pendant ces deux premiers siècles, la Vulgate n'était connue qu'en Afrique (1); de sorte qu'en Italie, dans les Gaules, en Espagne , pays dont la langue était le latin, on ne se servait point des Écritures, excepté du grec original du Nouveau Testament, et de la version grecque de l'Ancien; pas un texte n'existait dans la langue nationale, qui fût à la portée du pauvre et qui pût être lu par la masse de chrétiens. Quant à la version syrienne, elle n'était connue que dans un petit nombre de pays visités par les apôtres. Jusqu'au troisième siècle , nous n'avons même aucune preuve de l'existence de cette version, de sorte que deux siècles se sont ainsi écoulés, sans que la Bible ou même le Nouveau Testament fussent placés entre les mains des chrétiens orientaux.

Mais que dirons-nous de l'Angleterre, qui était, en quelque sorte, séparée du reste du monde? On nous dit que, dès l'origine, l'Église de ce pays, loin d'être en communion avec l'Église de Rome,

(1) Voyez deux lettres sur la controverse concernant saint Jean, v. 7 ; par N. Wiseman, DD. Rome, 1835.

ne voulait en recevoir aucun ordre; qu'elle resta toujours en opposition ouverte à son autorité; que l'Église britannique était apostolique, pure et libre de toutes les erreurs et de toutes les corruptions que les derniers temps avaient introduites dans celle de Rome. Où avait-elle donc puisé cette connaissance des pures doctrines du christianisme? Il n'y avait aucune version des Écritures dans notre langue, rien que le peuple pût lire; il faut donc en conclure que toutes ces pures doctrines que l'on suppose avoir existé dans notre Église primitive ont été transmises par la tradition. Tâchez de concilier ceci avec votre prétention que les Écritures sont la seule base de la foi.

Avant de sortir des temps anciens, nous pourrons voir qu'un des premiers Pères de l'Église confirme ce que j'ai dit; je veux parler de saint Irénée, cet évêque illustre, ce martyr de Lyon, qui vivait au inc siècle. Parlant de la nécessité ou de la non-nécessité de la Bible comme règle de la foi, il s'exprime ainsi : « Et si les apôtres ne nous » avaient rien laissé d'écrit, ne devrions-nous pas » néanmoins suivre la règle de doctrine qu'ils ont » enseignée à ceux auxquels ils confiaient leurs » Églises? A cette règle se soumettent bien des » nations barbares qui , privées de l'usage des » lettres, ont les paroles du salut écrites dans

» leur cœur et gardent fidèlement la doctrine » qu'on leur a enseignée (1). »

Ainsi, môme dans le me siècle, d'après celte vénérable autorité , il y avait beaucoup d'Églises qui croyaient à toutes les doctrines des apôtres , sans que la parole de Dieu leur eût jamais été annoncée sous une forme écrite qu'elles pussent comprendre.

Nous ne pouvons clore cet ordre de considérations sans rechercber quel était le principe par lequel les apôtres faisaient de nouveaux chrétiens. Nous lisons dans leurs Actes que trois ou cinq milles âmes se convertirent en un seul jour, et que le baptême les introduisit dans le sein de l'Église (2). Ce fait nous permet-il de penser que tous ces nouveaux convertis eussent une connaissance complète des mystères de la religion? Par le baptême , on les admettait dans la famille chrétienne, et peut-on supposer cependant que tous ceux qui recevaient le baptême eussent eu le temps de se livrer à un examen minutieux de toutes les doctrines qui leur étaient proposées? Les paroles mêmes de l'Écriture repoussent cette supposition, car ces conversions y sont re-

(1) Adv. Hœres, lib. III, c. iv, p. 205.

(2) Act. II.

présentées comme subites. Mais il devait y avoir quelque principe général , quelque base de leur conversion qui leur fit admettre tout l'enseignement de ceux qui les y avaient convertis; il devait y avoir quelque profession de foi sommaire et complète qui, acceptée par eux, était une adhésion à toutes les doctrines de la foi qu'ils embrassaient : autrement c'eût été une profanation du baptême, que d'introduire, dans le sein de l'Église, des hommes qui auraient pu encore se réserver la liberté d'en sortir, en cas qu'ils ne pussent pas acquiescer à la vérité de ses doctrines. Vous le voyez, dans toutes les hypothèses imaginables, il ne se présente pas ici d'autre solution qu'une foi complète en l'enseignement des pasteurs (1), ce qui, en matière de religion, équivaut à l'infaillibilité de l'Église. Cette théorie était, en effet, confirmée par la pratique, car, lorsque ensuite les apôtres firent des décrets et des lois sur les matières religieuses, lorsqu'ils prirent des décisions

(1) Non-seulement les apôtres, ces missionnaires de Dieu, ont suivi cette méthode, mais ceux qu'ils envoyaient les ont imités; ainsi Philippe (Actes des apôtres, VIII, 12), qui n'était que diacre, enseignait comme ils avaient enseigné. Cette observation est importante , car elle montre qu'une telle méthode d'enseignement était fondée sur un système général , et non pas seulement sur la foi en l'infaillibilité personnelle des apôtres.

sur le dogme et la discipline, tous les fidèles s'y soumirent, regardant leur siège non-seulement comme la chaire d'où viennent les enseignements, mais comme le tribunal d'où descendent les arrêts. Ce caractère même de l'admission des fidèles dans le sein de l'Église explique la difficulté et fait comprendre le principe qui domine les conversions primitives. Pour nous résumer, ces conversions n'étaient point le résultat d'un examen minutieux et individuel, mais d'un premier engagement qui était la foi en l'autorité remise aux apôtres, autorité qui servait de garantie, pour les nouveaux chrétiens, à tout l'enseignement apostolique.

Passez de la théorie à l'application, et supposez qu'un missionnaire, arrivant dans un pays étranger où le nom du Christ ne fût pas connu , eût pour système que tous les hommes doivent lire la Bible et que chacun en particulier est libre de chercher la satisfaction de son intelligence en matière de foi. Je ne demande pas si vous croyez possible que des milliers d'hommes pussent se trouver convertis par un seul discours basé sur une telle argumentation, mais si le missionnaire qui serait convaincu de ce principe pourrait consacrer par le baptême l'entrée de cette multitude dans le sein de la religion. Serait-il sûr de la so-

lidité de la croyance des nouveaux convertis? J'ai la conviction que, pour peu que l'on connaisse les missions d'aujourd'hui, on répondra que les missionnaires catholiques peuvent seuls accueillir des néophytes aussi peu instruits et croire à leur persévérance dans la religion qu'ils ont embrassée. Ils peuvent le faire aujourd'hui comme ils l'ont fait dans tous les siècles, car saint François Xavier, à l'exemple des apôtres, convertissait et baptisait des milliers d'hommes en un jour, et ces hommes restaient fidèles à la foi et à la loi du Christ. La raison en est simple, c'est que ceux-là peuvent être admis dans l'église catholique qui renoncent à leur jugement individuel pour adopter le principe de l'infaillibilité de l'Eglise.

Ainsi, autant que l'histoire et les écrits des apôtres nous permettent de découvrir leur conduite, nous ne trouvons pas le moindre indice qui nous autorise à supposer que l'Écriture et le Nouveau Testament fussent la seule régie de foi proposée par eux ; nous voyons , au contraire, que la méthode qu'ils ont suivie suppose l'existence du principe catholique de l'autorité et la présence d'un enseignement infaillible dans l'Église. Descendons maintenant à une époque postérieure, et voyons jusqu'à quel point l'Église, dans ses premières et dans ses plus belles années, continua I. 49

à agir d'après le même principe. Mon dessein n'est pas d'invoquer ici l'autorité de la tradition en faveur du système que je viens d'exposer. Je ne vais pas citer des autorités à l'appui de mes assertions ; je n'envisagerai la question que sous son point de vue historique. Or, en supposant que les successeurs immédiats des apôtres ont suivi naturellement le système qui leur était prescrit, qu'ils ont reçu le mode d'enseignement de ceuxlà même qui leur avaient enseigné la foi, leur conduite ne sera pas seulement la confirmation de ce que j'ai avancé , mais elle servira de solution à un autre point important; c'est-à-dire que l'on verra jusqu'à quel point la forme d'enseignement adoptée par les apôtres dépendait d'un privilège particulier et d'une autorité personnelle, ou était le résultat d'un principe institué dans l'Église ; car , si nous devons admettre que leurs successeurs ont exigé et obtenu la même soumission d'intelligence de la part des fidèles, il faudra reconnaître que c'est là une partie intégrante du christianisme, que cette base n'a pas été accidentelle et fondée seulement sur le caractère apostolique, mais qu'elle reposait sur un principe vital et nécessaire de la religion.

Etudions les second et troisième siècles de l'Église, les siècles des martyrs et des confes-

seurs; alors, sans doute, elle n'était souillée d'aucune tache , et la pureté de sa morale, Vintégrité de ses doctrines éloignent tout soupçon.

Si, en nous reportant à ces premiers âges, nous examinons leur système particulier d'enseignement, leurs croyances relativement aux motifs sur lesquels ils recevaient les Écritures, ou enfin leurs opinions à l'égard de l'autorité de l'Église, nous trouverons précisément les mêmes idées, précisément la même méthode.

D'abord il est avéré que, pendant les quatre premiers siècles de l'Église, on n'avait pas la coutume d'enseigner les doctrines du christianisme aux nouveaux convertis avant leur baptême. Il y avait une certaine discipline, connue vulgairement sous le nom de discipline du secret, en vertu de laquelle les doctrines les plus importantes du christianisme étaient réservées pour ceux qui recevaient le baptême. Ceux qui demandaient à être admis dans l'Église du Christ, subissaient, en général, une épreuve de deux années. Pendant cet intervalle de temps, on leur permettait d'assister à une certaine partie des offices de l'église, mais, aux instants les plus solennels, ils devaient se retirer; ainsi, jusqu'à leur baptême, on les tenait dans l'ignorance des dogmes les plus importants du christianisme. Il s'est bien

élevé quelques eontroverses sur l'étendue de cette réserve gardée envers les nouveaux convertis : beaucoup ont cru que l'on enseignait, avant le baptême, les doctrines de la trinité et de l'incarnation; d'autres soutiennent que ces mystères étaient soigneusement cachés aux catéchumènes jusqu'à ce qu'ils fussent entrés dans l'Église par le baptême, de sorte qu'on leur aurait d'abord demandé une foi implicite dans le christianisme. Je ne dis point que ce soit là mon opinion, mais je prouverai bientôt que c'est l'opinion de savants théologiens protestants.

Maintenant, cherchons les motifs sur lesquels était fondée cette discipline : on suppose qu'elle dérivait de plusieurs passages des Écritures, tels que celui où notre Sauveur conseille aux apôtres de ne pas jeter des perles devant les pourceaux, de ne pas communiquer les précieux mystères de la religion à ceux qui en étaient indignes.

On trouve aussi plusieurs allusions à ce système dans les épîtres de saint Paul, quand il parle des doctrines qui sont la nourriture des forts, tandis que d'autres sont comparées au lait que l'on peut donner à ces disciples encore faibles, dont l'enfance spirituelle vient de naître à la croyance. Ceux qui n'avaient pas reçu le baptême étaient appelés enfants dans le langage de

l'Église, par contraste avec les adultes de la foi. On croyait utile et même nécessaire de cacher les doctrines essentielles du christianisme aux persécuteurs païens, non point par la crainte de plus grandes persécutions, mais par respect pour les mystères , pour les mettre à l'abri d'une dérision impie ou d'une vaine curiosité.

Avec un tel but, sur quel principe devait-on s'appuyer pour y arriver? Supposez un instant que le principe de foi admis parmi les premiers chrétiens fût l'examen des doctrines qu'on leur enseignait d'après la parole de Dieu écrite, et que chacun dut se livrer à cet examen, avec la responsabilité personnelle envers lui-môme des croyances qu'il admettait et de leur vérité suivant la parole de Dieu; supposez que ce fut là le principe de la foi, comment ce principe pourrait-il être ramené aux fins mêmes du système? Le but était de protéger les mystères sacrés contre l'indiscrétion et l'irrévérence? Mais, si nous supposons qu'on ait suivi le principe dont il vient d'être question, l'Église s'exposait inutilement à un grand danger. Au lieu de soumettre toutes ses doctrines à la fois à l'examen du néophyte, et, s'il n'en était point satisfait, de lui permettre de se retirer, elle l'aurait donc admis à l'aventure dans sa communion, puis elle lui aurait

laissé la faculté d'y renoncer, et lui en aurait môme imposé la nécessité, s'il ne pouvait ensuite parvenir à se convaincre de la vérité de toutes les doctrines qui lui étaient enseignées. C'eût été détruire dans son germe le résultat qu'on voulait obtenir, c'eût été faire de l'orthodoxie un marchepied pour arriver à l'apostasie; disons mieux, c'eût été semer des chrétiens pour récolter des apostats. S'il n'y avait donc pas eu un principe qui, adopté par les catéchumènes avant leur baptême, fût, de la part de ceux qui l'admettaient, une garantie de leur persévérance, quelque doctrine, quelque discipline, quelque pratique qu'on dût ensuite leur imposer, quelle que fût la sublime obscurité des dogmes, quelques sacrifices qu'ils imposassent aux sentiments de notre nature et aux vaines lumières de notre raison, si un tel principe n'avait existé et n'avait servi de garantie, il aurait été injuste autant qu'immoral, téméraire autant qu'impie, d'exposer un sacrement à ne pas rencontrer, chez ceux qui le recevaient, une foi entière, à être comme livré à des hommes qui avaient encore leur foi à étudier et qui devaient examiner si les doctrines que leur enseignait l'Église, en les baptisant, étaient vraiment dans les Ecritures. Je vous citerai une autorité à l'appui de tout

ce que j'ai déjà dit. Celle-là sera moderne, et on la regarderait comme orthodoxe dans l'Église d'Angleterre. Elle est tirée d'un ouvrage publié par M. Newman d'Oxford , il n'y a que deux ans , sous ce titre : « Les ariens du quatrième siècle. » Or cet ouvrage a paru avec l'approbation de l'ancien professeur royal ( regius professor ) d'Oxford, et, à ma connaissance, a été recommandé et admiré par beaucoup de personnes qui étaient regardées comme versées dans les doctrines de l'Eglise anglicane. Le passage est d'autant plus important qu'il va même plus loin que mes propres paroles, et qu'il confirme ce que j'ai dit en commençant , que les doctrines les plus essentielles du christianisme n'étaient pas d'abord révélées aux catéchumènes. Il dit, à la page 49 : « Jusqu'au dernier moment, on ne les initiait » qu'à une connaissance générale des articles de » la foi chrétienne; quant aux doctrines de l'E- » glise sur le trinité, l'incarnation, et l'expiation » faite sur la croix , rappelée et appliquée dans » l'eucharistie, ces doctrines, dans toute leur » profondeur, dans leur complet développement, » restaient la propriété exclusive des chrétiens » éprouvés. D'un autre côté, les principaux su- » jets du catéchisme, comme nous l'apprenons de » saint Cyrille, étaient les doctrines de pénitence

)) et de pardon , la nécessité des bonnes œuvres, » la nature et l'utilité du baptême, et l'immor- » talité de l'âme, d'après les apôtres. >> De sorte que les seules doctrines qui, suivant cet auteur, fussent enseignées avant le baptême, étaient l'immortalité de l'âme, la nécessité des bonnes œuvres, l'utilité du baptême, de la pénitence et du pardon. On ne donnait qu'une idée générale du christianisme; les doctrines importantes, même les plus importantes, car tous les chrétiens doivent les considérer ainsi, celles de la trinité, de i'incarnation , et , avant tout , le dogme que l'on regarde maintenant comme capital , celui de l'expiation sur la croix, on n'y faisait pas même la plus légère allusion, bien loin de les communiquer au nouveau chrétien avant le baptême. Mais ici , se présente une objection à laquelle il sera répondu. « D'abord on peut demander comment le secret était possible, les Écritures pouvant être consultées par tout le monde. «C'est-à-dire, si la Bible ou l'Ecriture était entre les mains des fidèles, et qu'on leur conseillât de la lire pour donner une base à leurs convictions , comment conserver le secret de ces doctrines? Maintenant, écoutez la réponse. « Ceux qui n'ont lu que les » ouvrages des modernes pourront s'étonner de » mes paroles; cependant une étude approfon-

» die de la question prouvera que les doctrines » dont il s'agit n'ont jamais eu l'Écriture comme » seule base d'enseignement ; assurément , le » livre sacré n'a jamais été destiné à nous ensei- » gnemos croyances, quoiqu'il soit certain que » nous pouvons nous en servir pour les justifier, » lorsqu'on nous les a enseignées, malgré les » exceptions individuelles qui se trouveraient à » côté de la règle générale. Dès les commence- » ments , l'Église a eu pour règle d'enseigner la » vérité, et d'appeler ensuite l'Écriture en té- » moignage de son enseignement; la première » erreur des hérétiques a été de négliger cet en- » seignement , et d'entreprendre une œuvre dont » ils sont incapables , celle de se former un » corps de doctrines des parcelles de vérité qui » se trouvent dans l'Écriture. Ces hommes agis- » sent, quand il est question des plus grands in- » térêts religieux , comme un physicien qui » rejetterait la théorie de la gravitation de New- » ton, et voudrait, avec un talent au-dessous » d'une telle tache, inventer lui-même quelque » nouvelle théorie du mouvement. L'insuffisance m d'une étude individuelle de l'Écriture , comme » moyen d'arriver à la connaissance de toute vé- » rite qu'elle renferme, parait dans ce fait, que » les symboles et les docteurs chargés de les ex-

w pliquer ont toujours été établis d'en haut, et » que la discordance des opinions a toujours » existé là où cette institution divine a manqué. » Il s'ensuit que, lorsque les néophytes consul- » taient les livres inspirés de Dieu pour y étudier » la morale et la foi, ils avaient encore besoin de » l'enseignement de l'Eglise, qui leur donnait la » clef d'un certain nombre de passages relatifs » aux mystères de l'Évangile , passages qui sont » obscurs par suite de la nécessité de les faire tous » concorder ensemble et de les réunir tous dans » une même fo^t »

Ainsi , mes frères , il n'y a que deux ans qu'un savant théologien de l'Église anglicane reconnaissait que les chrétiens des premiers temps n'étaient pas instruits, avant leur baptême, des dogmes importants de la religion ; et , quant à la difficulté qui résulte de cette assertion, que les Écritures étaient la règle sur laquelle on leur apprenait à baser leur foi , il l'écarté en disant que l'Église se servait des Écritures pour confirmer cette foi qu'elle exigeait, mais que jamais on ne les a regardées comme Tunique fondement de la religion. Ceci va au delà même de mon but; ainsi on n'admet pas seulement mes prémisses , mais on en tire toutes les conséquences que j'aurais pu en tirer moi-même.

Nous en avons dit assez sur la méthode d'enseignement suivie dans les trois premiers siècles; elle ne pouvait être motivée que par le principe catholique. Cherchons maintenant sur quelles raisons se fondaient les chrétiens de ces âges pour recevoir la parole de Dieu. Considéraient-ils les Écritures comme la seule base de la foi ; ou bien les regardaient-ils, ainsi que nous, comme un livre qui doit être reçu, par l'autorité de l'Église et expliqué par elle? Un examen complet de cette question demanderait des volumes de citations ; mais la reproduction d'un petit nombre de passages des Pères des premiers siècles suffira pour vous mettre à même de prononcer. Il existe une. belle parole de saint Augustin , lorsque, parlant de la manière dont il fut amené à la connaissance du christianisme, il dit expressément, autant qu'on peut rendre la brillante originalité de son style : u Je n'aurais pas eu foi en l'Écriture, si l'autorité » de l'Église catholique ne m'y avait pas déter- » miné ÇEvcuigelio non crederem, nisi me ca- » tholicœ Ecclesice commoveret auclovitas) (1 ). » Cette courte sentence contient le principe touten-

(1) Contra epist. Fundamenti op., tom. VI, p. 46, éd. Par., 1G14. Héraldus fait observer qu'il existe un africanisme dans le texte, et que crederem est mis pour crcdidisscm. {Voy. Desiderii Heraldi animadv. ad Arnobium, lib. IV, p. C4.}

tier de sa foi. Ainsi cette grande lumière d'un des premiers siècles de l'Église déclare qu'il n'a pu admettre les Écritures que sur l'autorité de l'Église catholique!

Voyez la manière dont saint Irénée s'exprime sur ce point : « A celui qui croit qu'il y a un » Dieu, et obéit à un chef, qui est le Christ, à » cet homme-là tout sera facile, s'il lit avec » soin les Écritures, avec l'assistance de ceux » qui sont prêtres dans l'Église, et dans les » mains desquels, comme nous l'avons vu, la » doctrine des apôtres est restée déposée ('!). » C'est-à-dire qu'il faut lire l'Écriture, avec l'assistance de ceux auxquels les apôtres ont laissé la tradition, cette clef delà parole éerite.

Il existe des paroles encore plus claires d'un écrivain de la même époque ; mais je dois préalablement dire quelques mots touchant la nature particulière de son ouvrage. Je veux parler de Tertullien, le premier auteur latin qui ait écrit sur le christianisme, et celui, par conséquent, qui est dans les meilleures conditions pour faire connaître la méthode suivie dans les premiers âges , soit en matière de foi, soit en matière de discipline, dans les Églises de l'Ouest. Il a écrit un ouvrage très-instructif, intitulé : De prœscriptiojiibus

(1) Ibid., liv. IV, p. 52.

hœreticorum , c'est-à-dire sur la méthode à suivre pour juger et condamner ceux qui se séparent de l'Église universelle. Toute la force de son argumentation réside dans ce principe, que les hérétiques n'ont pas le droit d'en appeler aux Écritures , parce que les Écritures n'ont d'autorité, comme livre inspiré, que celle qu'elles reçoivent d'une Église infaillible ; qu'ainsi il faut arrêter les hérétiques dès leur premier pas, et leur interdire de passer outre dans leur argumentation. Ils n'ont pas droit à la Parole; elle ne leur appartient pas. Rien ne les met en position d'en appeler à son autorité, s'ils rejettent celle de l'Église , par le seul témoignage de laquelle l'autorité des Écritures peut être prouvée; et, s'ils admettent l'autorité de l'Église , ils sont obligés de croire tout ce qu'elle enseigne. « Allez, » leur dit-il , (( et consultez les églises apostoliques de » Corinthe et d'Éphèse; ou, si vous êtes dans » l'Occident, Rome n'est pas éloignée, il y a là une » autorité à laquelle vous pouvez en appeler etqui » vous apprendra ce que vous devez croire. »

Je veux vous citer un passage tout entier; vous n'y trouverez pas une seule doctrine différente de celle que j'ai exposée sur le même sujet. « A quoi servira-t-il, » demande Tertullien, m de recourir aux Écritures, quand l'un ailirme

» ce que l'autre nie? Apprenez plutôt qui possède » la foi du Christ, à qui les Écritures appar- » tiennent, de qui, par qui, et quand nous est » venue cette foi qui nous a rendus chrétiens. » Là où vous trouverez la vraie foi, là seront )> l'inaltérable pureté de l'Écriture, leur sens m réel et toutes les traditions chrétiennes. Le )> Christ choisit ses apôtres, qu'il envoya prêcher » l'Évangile à toutes les nations. Ils publièrent » ses doctrines et fondèrent des Églises, de la » main desquelles d'autres Églises reçurent la » semence de la même doctrine, comme cela ar- » rive encore tous les jours. Maintenant, pour » savoir ce que les apôtres enseignèrent, ccst- » à-dire ce que leur révéla le Christ , il faut » avoir recours aux Églises qu'ils fondèrent, et » auxquelles ils transmirent un enseignement » oral en même temps qu'ils leur adressaient leurs » épitres. Car il est évident que toute doctrine » conforme à la foi de ces Églises mères est vé- » ri table, puisqu'elles la tiennent des apôtres, >•> qui la tiennent du Christ, qui la tient de Dieu, » et que toutes les autres opinions sont nouvelles » et fausses (1). »

N'est-ce point là précisément la règle que

(1) De prœscrip. hœrelic, p. a 3 4, éd. 1G62.

l'Église catholique impose aujourd'hui? Ces paroles ne résument-elles pas tous les principes que j'ai développés dans les dernières conférences? Or cette doctrine de Tertullien est celle de tous les pères grecs et latins qui vinrent après lui. Je me contenterai de citer deux passages, l'un emprunté à un Père de l'Église grecque, le second à un Père de l'Église latine.

Le premier est d'Origène, l'un des hommes les plus instruits qui aient existé dans les commencements du christianisme, un des esprits les plus philosophiques qu'on ait vus dans tous les temps. « Comme il existe beaucoup de personnes, » écritil, a persuadées qu'elles croient ce que le Christ a » enseigné, et que cependant plusieurs de ces » personnes diffèrent entre elles de croyances, » il devient nécessaire que toutes professent la )) doctrine qui vient des apôtres et qui subsiste » encore dans l'Église. Il n'y a rien de vrai que » ce qui ne diffère en rien des traditions ecclé- » siastiques et apostoliques. »

Encore un seul passage de saint Cyprien, et je croirai cette partie de la discussion complètement terminée. Dans son traité de l'unité de l'Église, traité tout entier consacré à prouver que l'unité de foi est le caractère essentiel de l'Église, et que l'unité de foi, l'unité de gouvernement et l'unité

de communion doivent être conservées par une règle unique, il écrit ce qui suit : « Les hommes » sont exposés à l'erreur, parce qu'ils ne tournent » point leurs yeux vers la source de la vérité. La » preuve est facile. Le Christ s'est adressé emces » termes à Pierre : Je te dis que tu es Pierre, et » que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise > et les » portes de l'enjer ne prévaudront point contre » elle. Celui qui n'admet point cette unité de » l'Église peut-il croire qu'il possède la foi? Celui » qui s'oppose à l'Église peut-il croire qu'il est » dans l'Église? » L'Église dont il est ici parlé est celle qui est en communion avec saint Pierre, c'est-à-dire, comme on peut le voir par plusieurs passages du même écrit, l'Église qui est en communion avec le siège de Rome.

Ainsi le principe que l'Église suivait, soit dans ses instructions particulières, soit dans ses enseignements généraux , du moins lorsqu'elle exposait et expliquait les bases sur lesquelles la croyance à l'Écriture sainte est fondée, ce principe est le même que nous reconnaissons aujourd'hui, c'est-à-dire l'autorité infaillible d'une Église assistée par Dieu.

Il y a un autre point, étroitement lié au premier que nous avons établi, et qui se rattache plus directement à l'enseignement public de

l'Église, c'est la méthode qu'elle suit pour fixer les matières de foi. Or rien n'est plus certain que, lorsqu'il s'élevait dans l'Église des opinions erronées, la seule méthode qu'on suivit était de recueillir les autorités des siècles précédents, et sur ces autorités on basait un décret ou une définition de la foi; alors les adversaires du dogme, sans qu'il leur fût permis de rien définir, de rien discuter, recevaient l'ordre de souscrire à une formule de foi contraire à leurs erreurs. On en vit un exemple mémorable dans le premier concile général qui eut lieu après les apôtres, et qui fut convoqué pour juger les doctrines d'Arius.

Il est très-remarquable que, lorsque le concile fait des canons ou des règles de discipline, il s'exprime ainsi : « Il nous a paru convenable de décréter ce qui suit. » Mais, dès qu'il s'agit de matières de foi, voilà le langage du concile : « L'Église de Dieu enseigne. » Ce n'est pas la parole de Dieu, ce ne sont pas les Écritures, mais c'est l'Église de Dieu qui enseigne cette doctrine; et. parce que l'Église de Dieu l'enseigne, tous ceux qui sont présents et tous les évêques du monde doivent y souscrire.

On ne croira pas possible, j'imagine, que ce concile universel ait pensé à se réunir, sinon par suite de la conviction où il était qu'à lui seul I. 20

appartenait d'émettre une décision sans appel. Nous ne saurions supposer un instant que trois cent dix-huit évèques de l'Orient et de l'Occident, parmi lesquels se trouvaient des vieillards qui avaient bu dans le calice du Sauveur, au temps des persécutions qu'ils avaient souffertes, se fussent réunis à grands frais et eussent entrepris un pénible voyage, seulement pour publier une opinion qui aurait dû être soumise ensuite au jugement individuel; ou qu'ils ne se crussent rassemblés que pour un objet sur lequel tout membre de l'Eglise aurait pu également prononcer, pour une œuvre qui n'aurait aucune vertu obligatoire. C'est à ces assertions pleines d'incohérence que sont réduits les théologiens qui nient l'infaillibilité de l'Église, et soutiennent les droits du jugement individuel, ce qui est constituer chaque membre de l'Église juge de ses décisions collectives. Millier, l'historien de l'Église protestante, nous en offrira des exemples. Après un compte rendu du concile de Nicée, il fait les observations suivantes : « Il convient, à tout homme qui désire » connaître avec simplicité la doctrine de Dieu » d'après ses propres paroles, de vérifier par lui- » même la justice de l'interprétation que le con- » ci le donnait à l'Ecriture (I). » De sorte que

(0 Histoire de l'Église du Christ, vol. II, p. 59, éd. 18/0.

tout le monde aurait eu le droit de prononcer sur la décision du concile et de revenir sur les points qu'il avait jugés, ce qui aurait été facile avant la réunion même de l'assemblée, en consultant les Écritures sur la vérité ou la fausseté des doctrines d'Arius. Assurément une telle théorie paraîtrait étrange si on l'appliquait à la législature suprême d'un Etat.

Le principe adopté à cette occasion a été maintenu par tous les conciles qui ont suivi ; il consiste en ce point, que, lorsque les différentes Églises s'accordaient sur une explication, à l'égard d'un article de foi, là devait être la vérité, et la vérité sans appel. Ainsi la base même de l'autorité était fixée, et on ne souffrait pas qu'elle fût attaquée.

De là vient que, dans les premiers siècles, presque tous ceux qui cherchaient à sortir de l'Église s'efforçaient de mettre la tradition de leur côté, et de prouver que les Pères des siècles précédents partageaient leurs opinions. Dans le quatrième et le cinquième siècle, la grande ère de la littérature ecclésiastique, nous voyons les Pères vérifier, recueillir et conserver les opinions de leurs prédécesseurs.

D'innombrables passages tirés de ces écrivains démontrent que cette règle était universellement

admise. Aussi saint Jean Chrysostôme , commentant les paroles de saint Paul aux Thessaloniens, s'exprime en ces termes : « Il est évident » que tout n'a pas été écrit, mais qu'il y a eu, » sur beaucoup de points, un autre enseignement, m et qu'il faut croire également ce qui n'est pas » écrit. Il faut donc s'appuyer sur les traditions » de l'Église; c'est la tradition et c'est assez (1). » Saint Épiphane dit encore : « Les limites, la base » de la foi, tout est marqué ; nous avons les tra- » ditions des apôtres et les saintes Écritures, et » l'héritage des doctrines et de la vérité légué au » monde entier. » Enfin, sans parler des doctrines si catholiques de saint Vincent de Lérins, saint Augustin ne laisse aucun doute à cet égard. Son opinion, comme celle d'autres Pères, est que loin d'aller rechercher, au temps des apôtres, telle doctrine qui existe dans l'Église depuis longtemps, sans qu'on en connaisse l'origine, on doit se contenter de penser qu'elle vient des apôtres. « Ce qui est observé par toute l'Église, m dit-il, a ce que les conciles n'ont pas décrété cependant, » mais ce que la tradition a toujours conservé, on » doit le regarder avec raison comme d'origine » apostolique. » L'admission d'un tel principe

(1) Hom. 1Y, in 2. Thessal.

implique nécessairement la conviction que l'Église ne peut jamais se tromper.

Nous arrivons ensuite à une autre époque. On l'a représentée comme une époque de ténèbres, d'erreur et de superstition; une époque où les saintes doctrines du christianisme étaient déjà corrompues , et. où l'Église ne pouvait plus prétendre à l'accomplissement des promesses du divin Rédempteur à ses apôtres. Mais c'est précisément la grande ère des conversions; il suffit de connaître l'histoire ecclésiastique pour savoir que, dans l'intervalle du vne au xme siècle, la plus grande partie de l'Europe septentrionale, et une partie considérable de l'Asie, se convertirent à la foi ; et la plupart de ces pays , à une ou deux exceptions peut-être, furent convertis par des missionnaires de l'Église de Rome.

Il importerait ici d'examiner la règle même de la foi, en recherchant où le commandement donné par le Christ d'enseigner toutes les nations a été le mieux suivi; en d'autres termes, sur quelle Église la bénédiction de Dieu s'est arrêtée à l'égard de la partie la plus importante de l'œuvre confiée aux apôtres. Car il semble qu'on aurait quelque raison de conclure que cette Église-là a eu véritablement Dieu avec elle et a vraiment enseigné en son nom, qui a le mieux exécuté le commandement d'enseigner toutes les nations.

Les bénédictions divines à l'aide desquelles cette mission a pu être accomplie, ayant été promises par le Christ à la véritable Église, cette Église-là est réellement l'Église du Christ, qui peut prouver, par la toute-puissance des faits, qu'elle a reçu ces bénédictions en partage. Mais cette question est si importante, elle a tant d'intérêt , que je la réserverai pour le moment où je traiterai du système de conversion employé par les deux Églises, c'est-à-dire l'Église catholique, et la réunion des différentes Églises ou sectes comprises sous la dénomination de protestantisme. J'examinerai en même temps quel succès a couronné les deux plans contraires.

Je passe maintenant à des considérations que je crois nécessaire d'exposer pour donner tout le développement possible au sujet que je traite. J'ai parlé jusqu'ici des moyens employés dans l'Eglise naissante pour instruire les fidèles et conserver le dépôt de la foi. Mais un doute peut s'élever dans certains esprits : ces moyens ne sontils pas demeurés inutiles? L'Église peut, dans les premiers temps, avoir fait à tort profession de suivre ce principe; il est possible qu'à cette époque une erreur de l'Église, à cet égard, n'ait pas été très-importante ; les semences de christianisme que les apôtres, ces puissants laboureurs, avaient jetées dans les âmes, avaient alors assez

d'énergie et de vitalité pour neutraliser de mauvaises influences. Mais n'est-ce pas de cette source empoisonnée que sont sorties les grossières erreurs qui se sont introduites, depuis, dans le sein de l'Église du Christ? n'est-il pas vrai que l'Eglise de Rome, en particulier, se soit précipitée dans toutes les extrémités de l'apostasie, et n'a-t-elle pas déshonoré le christianisme par des doctrines impies autant qu'absurdes ? Ce sont là les allégations qui reviennent toujours , et sous toutes les formes, dans les ouvrages destinés au peuple.

J'ai eu soin, dés le début de ces conférences, de vous mettre en garde contre ce genre d'argumentation. Je me suis efforcé d'établir que la discussion devait rouler, non sur les faits, mais sur les principes; car l'Église ne saurait être responsable que des principes qu'elle pose, et non des actions humaines qui peuvent être contraires à ces principes. On parle beaucoup d'abus, mais ceux qui en parlent tant oublient une grave distinction qu'il faudrait faire, avant tout, entre la doctrine et la discipline. Il y a un grand nombre de pratiques que l'Église a établies à de certaines époques, et qu'elle pourrait, si elle le jugeait convenable, changer demain : malgré cela, ses adversaires veulent à tort les faire considérer comme des articles de foi ; ils soutiennent que nous les

défendons, non comme des usages utiles amenés par les besoins des temps, mais comme des institutions fondamentales qui viennent des apôtres, ou qui portent le sceau de la tradition divine. Il faut avoir cette distinction présente à l'esprit toutes les fois qu'on entend parler des prétendues corruptions d e l'Église catholique.

En second lieu, il arrive aux adversaires du catholicisme de trancher la question par la question même. Par exemple, quel est leur système de discussion au sujet de la confession auriculaire? L'Écriture n'en a point parlé, donc l'Église a erré en adoptant une doctrine contraire à la foi. Prenez-y garde : vous essayez de prouver que la tradition n'est pas une règle suffisante, parce qu'en la suivant on a laissé introduire des erreurs dans l'Église. Or, que faites-vous? On vous a demandé de spécifier les erreurs qu'elle aurait introduites dans l'Église. A cela vous répondez par un exemple , c'est-à-dire par une assertion; car, lorsqu'il vous faudrait prouver que la confession est une erreur , vous vous contentez de dire qu'elle n'a que la tradition pour base. Ainsi la tradition est une source d'erreur parce qu'elle a introduit la confession , et la confession est une erreur parce qu'elle vient de la tradition. Est-il possible d'employer une méthode de raisonnements plus vi-

cieuse? Le fait est que toute la controverse, entre les catholiques et les protestants , est renfermée dans ce seul point; le Christ a-t-il établi dans son Eglise une autorité chargée d'enseigner , a-til assuré à son enseignement l'infaillibilité jusqu'à la fin des temps? Si l'on peut arriver à cette démonstration, il faut croire que tout ce que l'Église enseigne a le caractère de la vérité, et que, par conséquent, sous aucun prétexte on ne peut se séparer de sa communion. Si, au contraire, la règle de foi protestante est aussi claire , aussi manifeste que celle dont j'ai montré l'évidence, si les textes contraires à l'autorité de l'Église, et indiquant l'Écriture comme la seule règle de la foi, sont aussi imposants, aussi explicites dans l'Écriture que les textes que j'ai cités, alors on peut supposer qu'il y a eu corruption de la foi, parmi les catholiques, dans tous les articles qui ne sont pas clairement définis dans la parole écrite. Mais là est toute la controverse : si nous faisons une fois admettre notre base comme véritable, quiconque diffère avec nous d'opinion , quelque extraordinaires que soient nos doctrines, ne peut les rejeter sans rejeter l'autorité du Christ.

Approfondissons cet important sujet. On dit que l'Église de Rome en particulier est tombée dans une profonde corruption, et qu'il était né-

cessairedela réformer, bien plus, de s'en séparer. Ici se présente une considération très-grave. On doit penser qu'il a été pourvu d'en haut aux nécessités du christianisme. On a vu comment, dans l'ancienne loi, il y eut une succession de prophètes à dater du temps de Moïse; car Dieu avait fait connaître que, d'époque en époque, il enverrait des prophètes, pour réformer les erreurs, et donner à son peuple des règles de conduite. C'était une garantie contre le triomphe de l'erreur, garantie qui assurait la réforme de tous les abus importants qui pourraient se glisser dans le royaume. Mais, si vous écartez le principe d'une autorité infaillible dans l'Église du Christ, si, en d'autres termes, vous repoussez mon argumentation, et cette concordance qui existe entre l'autorité des prophètes et celle de l'Église, vous rabaissez nécessairement le christianisme, vous le faites descendre au-dessous de l'ancienne loi ; vous lui retirez une arme nécessaire aujourd'hui comme elle le fut dans les anciens jours. Pouvez-vous supposer que le Tout-Puissant ait fondé une religion , comme la révélation unique, la dernière que l'homme dût recevoir jusqu'à la fin des temps, et que, cependant, il n'ait donné aucun moyen de lutter contre l'erreur, si jamais elle cherchait à corrompre la vérité ? Peut-on croire que, dans

la pensée de la Providence, tout le système du christianisme fût condamné à une ruine complète, et que Dieu n'ait pas créé la ressource à laquelle il faudrait avoir recours, le moyen de salut qui resterait à l'humanité? Mais dites-moi si, et dans quel endroit, le Nouveau Testament pourvoit à un si grave intérêt? Il n'y pourvoit nulle part. Or le silence du saint livre, ce silence complet, que prouve-t-il? Vous voulez que j'admette que la précaution était sage dans l'ancienne loi, et qu'elle a été prise parce qu'elle était sage ; mais qu'elle était nécessaire dans la loi nouvelle et qu'elle a été omise. Pourquoi donc aurait-elle été omise?Est-ce parce qu'elle était nécessaire? Mais, si vous dites que l'Église a commis de graves erreurs en foi et en morale , à telle ou telle époque, je vous demanderai de fixer la date. Il n'y a que deux opinions à cet égard qui aient quelque consistance. Les partisans de l'une attribuent précisément au concile de Nicée la première erreur dans la foi,- c'est le concile où fut déGnie la divinité de Jésus-Christ. Cette hypothèse a été développée avec une certaine logique. On prétend qu'à dater de ce concile, on prononça sur les dogmes de la foi d'après l'autorité de la tradition , et qu'on introduisit dans l'Église une autre règle de foi que celle de l'Écriture. Ainsi , trois cents ans après le

Christ, TÉglise fut précipitée dans un état d'égarement et de corruption, où elle resta jusqu'aux douzième et treizième siècles, époque à laquelle Luther et Calvin réparèrent les maux causés par les trois cent dix-hu't Pères de ce vénérable concile, et rétablirent, par la réforme, la règle véritable de la foi ! Peut-on admettre une telle hypothèse? Peut-on se persuadera soi-même qu'au moment où Dieu couronnait de gloire son Église, et lui accordait un repos acheté par trois cents ans de persécution, peut-on croire qu'elle lui montrât sa reconnaissance en abandonnant la loi qu'il lui avait donnée et en se livrant à la corruption des hommes? que, la première fois qu'elle s'assemblait pour défendre la nature même de son fils unique et proclamer sa divinité, elle le reniât précisément dans une telle circonstance et ruinât les vérités les plus fondamentales? Est-ce une chose qui puisse tomber sous le sens?

D'autres ont relégué cette époque à une autre extrémité de la chaîne des temps ; ils disent qu'ils ne peuvent faire dater la corruption, l'apostasie de l'Église de Rome , que du concile de Trente ; en d'autres termes, d'une époque postérieure à la réforme. Ainsi, malgré ses erreurs et sa corruption, elle était encore, jusqu'à cet instant, la véritable Église du Christ. Or les ennemis mêmes de nos

dogmes doivent reconnaître qu'aucune nouvelle doctrine n'a été introduite dans l'Église, entre le xne et le xve siècle : de sorte que, pendant trois ou quatre siècles, il faut que l'Église se soit trouvée dans un état absolu et funeste d'erreur, et il n'y avait en elle, ni assez d'énergie, ni assez de puissance pour sortir de cette situation. Si, trois siècles plus tard , cette puissance s'est manifestée , quelle en a donc été la cause ? Peut-on dire que ce fut un développement des principes de foi donnés par le Sauveur, avec l'efficace de dissiper l'erreur et de guérir la corruption humaine ? Si l'Église avait cette puissance et cette vertu en propre de recouvrer d'elle-même sa pureté originelle, comment se fait-il que trois ou quatre siècles se soient écoulés sans qu'elle ait obtenu ce résultat? Était-ce que la divine providence arrêtait le ressort qui devait donner l'impulsion et le mouvement à une vertu aussi précieuse? Mais si la corruption était à son comble, pourquoi cette force et cette énergie restaient-elles inactives ? Nécessairement , il n'a pu y avoir, dans l'Église, aucune vertu cachée, si cette vertu a défailli précisément à Theureoù elle était nécessaire. Assurément, c'était alors qu'elle avait besoin d'un plus grand secours de Dieu, d'une plus grande puissance d'action, et si vous dites qu'un tel moyen,

dont il n'est pas question dans la Bible, était essentiel à l'Église, il faudra recourir à un nouvel ordre de preuves : car, lorsque des hommes ont une mission spéciale de la Providence , elle leur donne toujours le moyen de constater cette mission, et si une telle autorité a été confiée à quelques hommes , vers cette époque , je voudrais savoir sur quelle base elle était fondée.

Voyez comme les deux opinions nous apportent les arguments avec lesquels nous devons les vaincre! D'un côté, les uns prétendent que le premier concile général qui eut lieu après les apôtres fut le premier à déserter et à corrompre la règle de la religion; ils disent donc aux autres : te Si vous, ne voulez pas convenir avec nous de fixer l'époque de cette défection religieuse au premier concile général , si vous n'accordez point que le premier pas fait dans le système de l'autorité ait été funeste , où vous arrêterez-vous? Si, en matière de foi, vous reconnaissez l'autorité de l'Église dans le premier concile, pouvez-vous refuser cette autorité au second et au troisième? Et, ainsi, les catholiques peuvent aller jusqu'au concile de Trente, convoqué absolument comme les autres conciles, sans qu'il soit possible de trouver aucun motif de le condamner ou de le rejeter. »

Les autres répondent à cela qu'il est trop effrayant d'admettre que l'épouse du Christ se soit si tôt séparée de lui par un déplorable divorce, que, dès l'âge suivant, dès l'âge des Augustin, des Jérôme et des Basile, on ait vu prévaloir le péché et l'erreur, que l'Église visible ait si tôt cessé d'exister et que si tôt la bénédiction du Sauveur du monde se soit retirée de la terre, et cela au moment même où les voies de la Providence devaient naturellement être le plus larges et le plus ouvertes. Cependant, faute de trouver une époque intermédiaire, ils décident que l'Église, en communion avec Rome, était la véritable, en dépit de la corruption et de l'erreur, jusqu'au moment où le concile de Trente eut sanctionné ses doctrines.

Avant d'en finir avec cette opinion particulière, je dois faire encore une observation. Une théorie qui est devenue de bon goût depuis peu , et qui est de mode, pour ainsi dire, est celle qui consiste à abandonner tout le système d'accusation contre l'Église catholique, comme corrompue et antichrétienne pendant des siècles, et à lui accorder d'avoir été la véritable Église, jusqu'à ce que la sanction du dernier concile ait fixé et consacré les erreurs prétendues qui, auparavant, étaient déjà dans son sein, mais à un état vague et flottant; et ainsi l'on en conclut que ceux qui adhérèrent au

concile se séparèrent de l'Église et devinrent schismatiques (1). Mais ceux qui argumentent de cette façon oublient que la plupart des dogmes, qu'ils regardent comme définis avec une précision fatale au concile de Trente, avaient reçu, depuis longtemps , la sanction des autres conciles ; que les livres qu'ils regardent comme apocryphes, les sept sacrements, et un grand nombre d'autres points, avaient été clairement définis à Florence, en 1 439 ; la confession, au concile de Latran, la présence corporelle du Christ dans l'eucharistie, au synode assemblé contre Bérenger; et d'autres doctrines, dans la célèbre épilre du pape Nicolas V aux Bulgares, épître reçue par l'Église. De sorte que, si l'exposé de ces doctrines constitue la prétendue apostasie de l'Église catholique, à l'égard de ceux qui n'acceptèrent point cette profession de foi, c'est-à-dire d'un petit nombre d'Églises placées au nord de l'Europe, il s'ensuit que

(i) Voyez la fin du traité de Newman, sur les Ariens du ive siècle. Le révérend M. O'Sullivan a prononcé, il y a quelques jours, un sermon anticatholique dans l'église de Saint-Clément des Danois ; il avait pour but de démontrer que le papisme ou la religion romaine a eu pour origine le symbole de Pie IV. Cette doctrine doit paraître édifiante et consolante aux protestants d'aujourd'hui, lorsqu'ils se souviennent des clameurs qui s'élevaient autrefois contre la corruption complète de l'Église pendant les siècles précédents, et la qualification $ Antéchrist appliquée au pape.

toute l'Église avait apostasie, par sa décision précédente, et n'avait laissé aucune expression vivante à la vérité religieuse, car partout on s'était soumis à ses décrets, de sorte que l'on pouvait dire qu'il n'y avait plus d'Église, ce qui est la difficulté que redoutent les partisans de cette hypothèse.

Ainsi, quelle que soit votre option dans ce dilemme, vous rencontrez des obstacles insurmontables. Le fait est qu'il n'y a qu'un moyen de tout concilier , c'est de croire que le principe, adopté par les apôtres, a toujours existé dans l'Église jusqu'aujourd'hui; que l'esprit de la vérité habite et règne en elle, avec l'enseignement du Christ, transmis de génération en génération, dans la succession apostolique, et que, par là, l'erreur est impossible.

S'il fallait tracer une esquisse historique du christianisme pour un homme qui ne serait point, chrétien, afin de convaincre cet homme qu'un Dieu souverainement sage a fondé notre culte , qu'il a veillé à son développement, à sa conservation, à sa durée, comme à un objet digne d'occuper sa sagesse et son amour, je ne saurais penser qu'on pût se résoudre à présenter, du sort préparé à la religion, un aussi misérable tableau que celui qui ressort nécessairement du système opposé au nôtre. Le protestant pourrait, il est vrai, décrire, I. 21

sans avoir à rougir, la vie du divin fondateur de la religion ; dire son enfance, persécutée, livrée aux privations et à la pauvreté, sa vie d'obscurité, de douleur et de misère, terminée par le mépris, les tortures et la mort ; il le pourrait, car ces souffrances furent bien compensées par la gloire de la résurrection du Christ, la majesté de son ascension, et l'éclat de son triomphe dans le ciel. Mais, assurément , il n'oserait tenter un parallèle entre l'histoire du Christ et celle de l'Église, son épouse. Dirait-il qu'elle fut d'abord comme lui, humble et pauvre, persécutée et négligée ; que les princes ont eu soif de son sang et l'ont versé; que les prophètes l'ont portée dans leurs bras, que les saints ont soupiré après sa venue ; pour dire, ensuite, qu'après' la victoire elle s'est plongée dans tous les excès du vice, de la prostitution et du meurtre ; qu'elle s'est revêtue de toutes les abominations qui souillaient les peuples idolâtres; et qu'enfin, après des siècles d'opprobre, elle s'est relevée, elle a ressuscité, non comme son divin auteur, avec éclat, force et majesté, toute triomphante , toute couronnée d'une gloire éternelle, rajeunie comme l'aigle, mais plutôt qu'un rejeton étranger semble s'être greffé sur son sein, et qu'une branche vivante est sortie de ce tronc livré à la pourriture? Non, sans doute; un vrai

chrétien aimerait mieux représenter l'Église comme un noble édifice, comme un temple orné des bienfaits de Dieu, dont l'or a pu se ternir quelquefois par la négligence des adorateurs, dont la sainte magnificence a pu souffrir de la rouille et du temps, mais dont les fondements ont pour îfi-appui les collines éternelles, et n'ont à redouter ni les tremblements de terre, ni les orages du ciel. Telle, pendant tous les siècles, l'avons-nous regardée comme la] grande Église universelle, s'élevant pareille à une tour immense dans le temps qu'elle domine; de même que, dans ce pays , vous avez pu voir les antiques cathédrales de nos pères lever leur front dominateur au-dessus des édifices mesquins, sacrés ou profanes, qu'on a bâtis et rebâtis , et qui sont retombés en poussière, tandis que ces vivantes traditions du passé , fermes et inébranlables comme elles l'étaient jadis, attirent partout l'attention et commandent le respect.

Que l'on consulte l'expérience, elle dira quel est le système de foi le plus conforme à la volonté de Dieu, celui qui livre l'homme aux erreurs de son propre jugement sans autre guide que lui-même, ou celui quiHui donne pour guide une Église dépositaire de la vérité, infaillible dans ses décisions, éternelle par sa durée.

Eli bien, ne connaissons-nous pas tous une Église qui possède, dans ce pays, tous les instruments du pouvoir, qui fut maîtresse des temples les plus magnifiques et les plus vastes où elle réunissait des multitudes immenses? Or ceux que nous voyons aujourd'hui devant nous, vides et déserts, sépulcres d'un culte mort plutôt que temples d'un culte vivant,- ces églises, pourquoi sont-elles veuves et désolées? Comment ce triste changement s'est-il opéré? La religion qui les a élevées, dans des époques reculées, était celle de toute une famille de sœurs spirituelles reconnaissant une même mère. Cette mère a régné, pendant des siècles, par l'autorité spirituelle et ecclésiastique, et son règne fut pacifique et heureux. Mais il s'est élevé dans cette Église un esprit d'opposition, et, dans l'orgueil de son cœur, elle s'est écriée : « Je n'ai pas besoin que » les hommes honorent et vénèrent ces marques )> de l'autorité et de la règle, qui sont aussi la » preuve de ma dépendance ; qu'on rende plutôt » hommage à ma propre pureté! Je ne veux plus » autour de moi aucun des monuments tou- » chants du passé, ni les tombes des martyrs, » ni les saintes images. Qu'importent tous ces » signes extérieurs? qu'ai-je à faire des jours » qui ne sont plus? Je méprise les riches orne-

» ments, l'éclat des processions sacerdotales, les » nuaffes de l'encens et les feux des cierges al- » lûmes; je m'asseoirai seule au milieu de ma » demeure froide et nue, comme une vierge vêtue m de blanc; et les hommes m'aimeront, me » serviront et m'honoreront pour moi-même. » Quelque temps il en a été ainsi, tant que ceux-là ont vécu, qui se souvenaient de ses jours de gloire et qui aimaient en elle le vestige et le souvenir de ce qu'elle avait été. Mais, ensuite, est venue une génération qui ne connaissait point le passé; des hommes au visage sombre^ qui, les bras croisés sur la poitrine et le front sourcilleux, offraient l'emblème du doute et du scepticisme. Quand ils se présentèrent à elle, l'esprit de rébellion, qu'elle leur avait enseigné, était dans leurs regards, et, de ses lèvres, ils avaient appris les paroles de mépris et d'outrage dont elle avait poursuivi sa mère. Le pouvoir politique là soutint, il est vrai, mais pour la livrer à toutes les horreurs d'une mort lente, pour qu'elle vit, d'année en année, ses disciples diminuer, ses temples se dépeupler et ses rivales croître en puissance et en nombre. Au moment où nous sommes, les hommes ne marquent-ils pas ses dépouilles pour le partage qu'ils en préparent? ne la traitent-ils pas avec

irrévérence, ne pèsent-ils pas son utilité dans des balances de fer, et n'évaluent-ils pas en argent les âmes dont elle croit avoir la garde? Ceux mêmes qu'elle appelle ses enfants ne l'accablent-ils pas de dédain, et son existence n'estelle pas réduite à une question d'utilité politique et temporelle?

Lorsqu'on voit les offices publics de la cathédrale se réfugier dans le chœur, autrefois destiné au culte spécial des ministres de Dieu ; ou lorsqu'on voit la congrégation tout entière n'occupant qu'à demi une petite partie du temple, restauré pour son usage, tandis que le reste de l'édifice n'est qu'une ruine majestueuse , comme j'en ai été dernièrement témoin; certes, on est plus porté à déplorer qu'à louer le changement de religion qui a eu lieu depuis l'érection de ces pieux monuments. Qui peut visiter cette magnifique église dernièrement restaurée (1), contempler sa merveilleuse architecture, ses niches vides , cette décoration toute catholique de l'autel, et ne pas sentir que le grand but de tous ces accessoires a cessé d'exister. Les hommes n'auraient pas travaillé ainsi, consacré leur temps et leurs talents pour préparer le

(i) Sainte-Marie-cTOverbury ou Saiut-Sauveur.

temple où aurait dû se trouver une table de marbre ordinaire; mais il y avait là un autel que les hommes aimaient et révéraient et qu'ils tenaient à honneur d'honorer. Peut-on assister aux offices d'une cathédrale anglicane, reconnaître si souvent la trace des pratiques anciennes, mais effacée, mais décolorée par l'absence des principes anciens qui lui donnaient la force et la vie, sans regretter que la voix seule de l'orgue, et non les emblèmes de la présence de Dieu, et non l'harmonie des cœurs, remplisse la solitude de ce vaste édifice , sans pleurer sur une nation que l'on a dépouillée de tout ce qu'il y avait de plus beau, de plus touchant dans la religion, pour ne lui laisser qu'une gloire, celle de conserver le manteau déchiré de sa gloire et les débris épars d'un culte anéanti?

Assurément, en présence d'un tel spectacle et surtout de cette admiration que l'on montre pour la liturgie anglicane, dont on vante l'incomparable beauté et la sublime ordonnance, sans penser qu'elle n'est qu'un reflet de la nôtre que l'on a abolie, sans se souvenir même que la partie essentielle du culte anglican n'est, chez nous, qu'une partie secondaire et préparatoire, que les collectes, l'épitre, l'évangile ne sont qu'une introduction et une préface a un acte

plus sublime; assurément, en face de cette contradiction manifeste de la religion anglicane qui veille à la conservation des accessoires de notre culte, estime à un si haut prix le cadre où notre liturgie n'est que renfermée, je ne puis que la regarder comme une mère infortunée, touchée du doigt de Dieu, chez laquelle la lumière de la raison s'est obscurcie, qui presse encore contre son cœur le cadre qui entourait une image chérie, et qui continue à remuer le berceau vide d'un enfant qu'elle a perdu.

Si , détournant les yeux d'un spectacle de changement et de ruine, nous cherchons un contrasterons n'aurons pas de peine à le trouver. Oh! que ne puis-jevous transporter sur les ailes de la Charité dans les murs de celte cité sainte où tout ce qui est chrétien et catholique porte l'empreinte de l'immortalité! C'est vers ce point que tout catholique doit tourner ses regards pour y découvrir la meilleure preuve de l'efficacité et de l'universalité du principe de foi qui anime et dirige sa religion. Là, je pourrais vous démontrer, jusqu'à l'évidence , la ténacité de l'Église catholique dans chacune de ses doctrines ; vous vous en convaincriez à la vue de tant de soins, de tant de persévérance employés à conserver le moindre des édifices ou des monuments qui peuvent lui

rappeler le passé, ou qui portent la marque des doctrines et de la discipline , héritage sacré des beaux jours de la foi. Je pourrais vous montrer des églises encore debout, non pas semblables, il est vrai, aux magnifiques monuments que nous voyons dans ce pays, mais humbles et pauvres, quoique parfaitement conservées dans des contrées autrefois les plus populeuses de la terre , aujourd'hui presque désertes et couvertes de ruines qui ont remplacé les plus riches constructions ; je pourrais, vous montrer ces églises, isolées , agrandies par la solitude qui les entoure : ce furent les premiers temples du christianisme. Et peut-être me demanderez vous pourquoi l'on conserve ces églises des premiers chrétiens, là où il n'y a plus de fidèles qui les fréquentent : en effet, vous verriez bientôt que les édifices religieux que l'on rencontre dans les parties les plus populeuses de Londres ne sont pas plus voisins que ceux des quartiers les plus inhabités de Rome. Et vous pourriez me demander aussi ce qui les a sauvés de la ruine qui a atteint les palais des rois et réduit en poussière les monuments des empires. Vous vous étonneriez de la chute de ces édifices bâtis sur le roc, ayant pour ciment le fer et l'airain; tandis que d'autres, dont les matériaux étaient fragiles, ont

soutenu le choc des années. Et je vous répondrai que la religion a embaumé ces reliques précieuses avec le parfum de sa sainteté, qu'elle les a préservées des ravages du temps et des barbares ; qu'au milieu des invasions , elle marquait le portail des temples du sang des martyrs , et que les destructeurs baissaient la tête en passant , laissant un asile au malheur à côté des scènes de sang et de carnage de la plus terrible des époques.

Et vous verriez qu'à dater de ce temps, on a pris le soin le plus religieux de ces vénérables monuments; que toutes les dispositions intétérieures qui font supposer une discipline particulière à l'époque , on peut les étudier; vous reconnaîtriez la place des catéchumènes , celle des pénitents des différentes classes, lorsqu'ils imploraient les prières des fidèles; les chaires où l'Évangile était lu par les saints, celle où prêchait saint Grégoire docteur ; enûn l'Église entière, avec son aspect de majesté et de solennité antiques, qui reporte l'esprit à ce principe de paix et d'unité qui était la base spirituelle de tous ces édifices catholiques. Et quel est le principe que ces lieux rappellent? Ne croyez pas qu'ils racontent seulement les événements des temps passés , n'excitent que l'émotion que cause le souvenir

d'un temps meilleur; mais ils sont un gage que le même esprit qui les a conservées intactes conservera, à plus forte raison, les doctrines dont ces églises ne sont que le corps, le symbole de marbre ou de pierre.

Remarquez bien , aussi , à coté de cette persévérance puissante qui appartient a l'Église catholique, quelle vigueur, quelle élasticité, pour ainsi dire, existent dans le principe qui fait sa force, pour relever ce qui est abattu, reconstruire ce qui est détruit. Vous avez vu que l'Église de ce pays montrait déjà des symptômes avérés de décadence, qu'elle cédait au principe funeste de scission et de ruine qui est dans son sein; eh bien, jetez les yeux sur le pays et la ville , où je vous ai transportés en esprit, et souvenez-vous qu'à peine il s'est écoulé vingt ans depuis le triomphe des ennemis du saint-siége et de la religion, qui pillaient les temples et mettaient leurs ministres sous un joug de fer. Mais le catholicisme était accoutumé, dès longtemps, à ces catastrophes, et il n'en pouvait redouter les conséquences. Il savait que les invasions des barbares n'avaient été, pour lui, jadis, qu'une de ces inondations du Nil qui laissaient après elles la terre plus fertile, et que le limon de la persécution était comme un terrain choisi où croissait la semence de sa doc-

tri ne. Maintenant , voyez comme ces sanctuaires ont été rétablis, ces monuments restaurés , ces églises presque entièrement rebâties ! Voyez comme ,' depuis le matin jusqu'à la nuit, ces magnifiques temples sont ouverts , et quelle foule assiste aux offices de chaque jour, comme si rien ne s'était passé pour cette génération qui pût troubler sa foi et lui ravir les moyens de la professer! Et d'où provient cette différence? D'une cause unique : il y a là une religion dont l'autorité exerce un pouvoir absolu sur le jugement et la croyance des hommes, et qui parle aussi à leurs sens, à leurs sentiments et à leurs cœurs. Car c'est là une ville, mes frères, dès longtemps accoutumée à la règle, mais à la règle adoucie par l'affection. Se croyant, j'ose le dire avec raison, investie par Dieu du pouvoir d'enseigner toutes les nations, elle s'est servie de ce pouvoir pour tout ramener à l'unité de la foi, donnant aux Américains et aux Chinois le même Évangile et le même symbole qu'elle avait donnés aux Africains et aux anciens Bretons. Le sceptre qu'elle tient avec une inaltérable équité , elle ne craint pas de l'orner de pierres précieuses. Elle sait que l'or, l'argent et les parfums appartiennent au Seigneur, et qu'il les a donnés à la maison où il a habité. Elle les emploie à son service , elle aime tous les arts et

appelle ces fils brillants de l'intelligence humaine à honorer l'intelligence suprême; elle s'illumine de toutes les splendeurs et se pare de toutes les beautés, de sorte qu'elle se fait aimer par les humbles et qu'elle impose aux superbes. C'est ainsi qu'assise sur la promesse du Christ , comme sur un roc inébranlable, elle ne craint ni les décadences de la terre, ni la colère des puissances de l'abîme : elle est à l'abri des unes parce qu'elle est l'accomplissement de l'ancienne loi, la réalisation des types et la réalité des symboles; à l'abri de l'autre, parce qu'elle est le symbole et l'image du royaume divin de l'éternel amour.

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