‹ Conférences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholique (volume 3)Chapitre 7 sur 11 · DÉMONSTRATION PLUS COMPLÈTE DE LA REGLE DE LA FOI CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION PLUS COMPLÈTE DE LA REGLE DE LA FOI CATHOLIQUE

Sachez comment vous devez vous conduire dans la maison de Dieu qui est l'Eglise du Dieu vivant et la colonne et le soutien de la ve'rite'. (Saint Paul, e'p. I, à Timothe'e. )

Le Christ, pour l'accomplissement de l'œuvre qu'il avait entreprise, ordonna à ses apôtres de prêcher l'Évangile à toutes les nations et d'enseigner ses préceptes; leur promettant d'être, avec eux et tous ceux qui leur succéderaient dans ce ministère, jusqu'à la consommation des siè-

clés. Celte promesse , rapprochée d'autres passages des saintes Écritures, ne laisse aucun doute sur la garantie donnée par Dieu du maintien éternel de la vérité dans l'Église du Christ.

Parmi les titres de la foi catholique , ceux-là surtout ont fixé mon attention où l'on retrouvait ce même gage de l'intervention divine pour empêcher l'Église de tomber dans l'erreur. Or là est la plus grande preuve de la vérité de notre règle de foi; loin d'avoir épuisé cette matière, combien n'aurais-je pas à dire encore ?

Je pourrais parler de toutes ces recommandations faites par le Sauveur aux apôtres lorsqu'il leur confie son troupeau , lorsque , sous tant de symboles, il leur donne les clefs de son royaume, leur prescrivant de lier et de délier. Ce principe d'autorité, il est remarquable qu'il ne forme pas seulement la base de la foi chrétienne, mais que, de degré en degré, dans l'ensemble comme dans les détails, on retrouve la même loi d'obéissance ; de sorte que la résistance ne peut se montrer quelque part sans rencontrer la répression particulière appropriée, pour ainsi dire , à cette résistance (1).

Ce qu'il faut surtout remarquer, ce sont ces

; (î)Matlh., XVIII, 17-19.

passages importants où la suprême juridiction est donnée à un seul : de là , en effet, émane toute l'autorité de l'Église; mais, plus tard, nous traiterons cette question spéciale.

Maintenant, insistons sur les passages où le Christ fait part de son pouvoir aux apôtres , lorsqu'il leur dit que, de même que son père l'a envoyé, il les envoie (1), et encore : « Celui qui vous écoutera m'écoutera, et celui qui vous méprisera me méprisera (2). ta On ne peut douter que les apôtres ne comprissent que le Christ avait reçu de Dieu le pouvoir d'enseigner ses doctrines etd'en imposer la croyance; et ce pouvoir émanait également, à leurs yeux, de sa divine nature : aussi , quand nous le voyons les nommer ses vicaires sur la terre, en leur confiant le dépôt des vérités célestes, quand nous l'entendons s'exprimer en de tels termes sur la mission qu'il leur donne de prêcher et d'enseigner, nous ne pouvons nous empêcher de sentir qu'ils ont dû se croire autorisés, en effet, à instruire l'humanité, à la soumettre à leurs décisions , et à exiger l'hommage de la raison individuelle.

Comment donc ont procédé les apôtres? Sur

(l)J.,XX, 21.

(2) Luc, X, 16.

quel principe ont-ils basé leurs instructions ? D'abord, en aucune occasion, on ne les a vus admettre la nécessité de l'examen individuel. Leur argumentation est toujours aussi simple que possible; elle se réduit à un seul point, elle est toujours ramenée à quelques preuves capitales , dont leur témoignage est la garantie. Ainsi, les doctrines du christianisme s'appuyant sur la vérité de la résurrection du Christ, les apôtres se contentaient de déclarer avoir vu le Christ après sa résurrection (4).

Et, quoiqu'on puisse dire que les miracles qu'ils opéraient fussent des moyens de conviction, il n'est pas moins vrai que la première base de la foi nouvelle était réellement cette autorité, dont ces miracles mêmes prouvaient qu'ils étaient revêtus. Il ne faut point oublier ce que j'ai déjà dit à cet égard dans une de mes précédentes conr férences; car, si, à la vérité, un grand nombre des premiers fidèles ont cru aux prédications apostoliques, par suite des miracles que faisaient les apôtres, il n'en est pas moins certain que leur foi ne devait point avoir ces miracles pour cause, mais la vérité des doctrines que leur enseignait le christianisme. Après avoir eu ces premiers motifs

(1) Actes ii, 32 ; iii, li>, 30, 32 ; xiii, 30 ; xviii, 31, etc.

de l'embrasser, aucun doute n'existait plus, pour eux, sur l'ensemble de la religion et ses développements. Comme la principale preuve était limitée à un seul point, la résurrection, il est évident que, dans l'Église naissante, il y avait, en outre, un principe qui, une fois admis, entraînait l'assentiment des nouveaux convertis à tout un corps de doctrines. Ce ne pouvait être que le principe de la soumission aux enseignements des apôtres, en d'autres termes le principe catholique de l'infaillibilité.

En second lieu, nous ne voyons pas que, dans leurs prédications, ils aient jamais conseillé aux chrétiens, en aucune manière, d'avoir recours à un certain livre, et qu'ils leur aient enjoint de l'étudier, de l'examiner, de le prendre pour unique base de leur foi.

Ils en appellent à l'Ancien Testament lorsqu'ils s'adressent au peuple juif, parce qu'il y a là des vérités admises parles Juifs, et dont le complément nécessaire se trouve dans l'Évangile , auquel ces vérités doivent amener. Mais jamais nous ne voyons, dans les livres apostoliques, la moindre insinuation que l'histoire de la vie du Sauveur, ou les doctrines qu'il a enseignées, dussent être nécessairement transmises par écrit, et, ainsi, livrées à l'examen individuel.

Au contraire, nous avons à signaler un autre fait beaucoup plus important, c'est que, partout où ils allaient, ils établissaient des pasteurs chargés de pourvoir à l'enseignement des Églises qu'ils avaient formées. Or il est indubitable que ces pasteurs avaient été investis du pouvoir et de l'autorité, qui leur donnaient le moyen d'enseigner et de gouverner. On leur recommande de ne souffrir le mépris de personne à cause de leur jeunesse; ils peuvent recevoir des accusations même contre les prêtres, et déjà les formes de la procédure ecclésiastique sont établies (1). Ceci, à la vérité, appartient à la discipline; mais on en conclura que, dès les commencements de l'Église , tout le système chrétien reposait sur le principe de l'autorité et de l'autorité active. Ce n'était pas encore assez : nous voyons les apôtres ne négliger aucun détail dans les instructions qu'ils donnent aux Églises et aux chefs des Églises, pour démontrer, non pas que la parole de Dieu est toute dans l'Évangile, ce dont il n'est jamais question, mais qu'ils doivent conserver les doctrines dont le dépôt leur a été confié.

Saint Paul s'adresse ainsi à Timothée, son disciple favori : « 0 Timothée , gardez ce qui vous est confié; évitez les nouveautés profanes dans les

(1) Tim., iv, 12, v. 19.

paroles, et les dangers d'une fausse science; plusieurs, qui promettaient mieux, se sont ainsi trompés sur la foi (1). » C'est-à-dire, souvenezvous des doctrines que je vous ai transmises, et mettez-vous en garde contre les paroles qui en altéreraient le sens ; ayez soin d'être fidèle, même à la forme , en enseignant ce que vous avez appris de moi , afin que mes leçons n'aient point à redouter la corruption des faux systèmes. Saint Paul fait ici allusion au Gnotisme, et aux premières erreurs qui s'étaient introduites dans l'Eglise. Sa pensée n'était pas que les doctrines de la religion dussent être renfermées dans un livre, et que les paroles de ce livre dussent être le seul texte qui pût servir de base à la religion; bien plus, s'il avait cru que, dans cette épitre même qu'il écrivait, il eût publié une partie de ce nouveau code, s'il avait pensé qu'il était ainsi en son pouvoir de prévenir le danger de l'erreur, assurément il n'aurait pas jugé nécessaire d'inculquer, avec tant de soin, dans l'esprit d'un disciple, le souvenir même des paroles qu'il lui avait fait entendre. Il faut encore remarquer qu'il ne confie ses doctrines ni à chaque membre de l'Église, ni à la congrégation tout entière, mais à un seul homme qu'il

(l) 1, Tim., vi, 20.

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