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sortaient. En second lieu, une traduction catholique de la Bible fut imprimée par Fust, en \ 472 , près de soixante ans avant que la traduction de Luther fût parachevée; une autre avait paru en 1467; une quatrième en 1472, et une cinquième en 1493. A Nuremberg , il y eut une version publiée en 1477, qui eut trois éditions successives , avant que la traduction de Luther parût. Il en parut une à Ausbourg, dans la même année, qui eut huit éditions, toujours avant qu'il fût question de celle de Luther. A Nuremberg , Koburg en publie une en 1/J83 et en] 1488; il y en eut une encore à Ausbourg, qui parut en 1518 et fut publiée de nouveau en 1 524, dans la même année où parurent les premiers livres de la traduction de Luther. Les éditions de cette dernière session d'Ausbourg se sont succédé si nombreuses jusqu'au temps où nous sommes , que je n'entreprendrai pas de vous en indiquer le chiffre.
En Espagne, une traduction de la Bible parut en 1478, avant le travail de Luther, et presque avant sa naissance. En Italie, dans le pays le plus directement soumis à la domination papale, les Écritures furent traduites par Malermi, à Venise, en 1471, et cette version eut dix-sept éditions consécutives, avant la fin du
siècle, et trente-trois avant l'apparition de la Bible de Luther. Une seconde version d'une partie des Écritures fut publiée en 1472, une troisième à Rome en 1 471 , une quatrième , par Bruccioli, à Venise, en 1 532, et une édition revue et corrigée, par Marmochini , en 1 538, deux ans après que Luther eut complété la sienne. Et toutes ces traductions de la Bible furent publiées, non-seulement avec les approbations et les autorisations ordinaires, mais avec celle de l'inquisition, qui approuva qu'elles fussent publiées, distribuées et répandues.
En France, une traduction fut publiée en 1 478; une autre, par Ménand, en 1484; une autre, par Guiars de Moulins, en 1 487 : on pourrait plutôt appeler celle-ci une histoire de la Bible; enfin une dernière, par Jacques Lefebvre, en 1 512. Cette dernière eut plusieurs réimpressions.
Une traduction de la Bible, en langue flamande, fut publiée à Cologne en 1 475, et, avant 1488, elle avait obtenu, trois éditions; une seconde traduction parut en 1 51 8.
Il y eut aussi une traduction bohémienne publiée en 1 488, et trois fois réimprimée avant Luther ; sans parler encore des versions orientales. En Angleterre, il est connu qu'il y avait des traductions de beaucoup antérieures à celle de ï. 11
Tyndal et de Wicklef. Sir Thomas More a fait observer que la sainte Bible, longtemps avant les jours de Wicklef, fut traduite en anglais et fut lue par les fidèles avec une grande dévotion et un grand fruit; et, si l'Ecriture sainte fut si peu répandue, il faut l'attribuer à l'insuffisance des moyens mécaniques et au petit nombre des personnes qui savaient lire.
J'ai rappelé ces faits pour montrer combien est erronée l'assertion de ceux qui prétendent que c'est la réforme qui a donné l'essor aux traductions de la Bible, combien est injuste cette accusation si souvent renouvelée contre l'Église, d'avoir fait ses efforts pour ôter l'Ecriture sainte des mains du peuple ; mais remarquez le changement qui s'est opéré à cet égard : les saintes Écritures ont été répandues parmi les fidèles; elles auraient pu continuer à l'être, si de dangereuses doctrines venant à s'élever, on n'avait pas enseigné aux hommes que , secouant le principe de toute autorité, ils devaient s'établir juges suprêmes en matière de religion; système que nous avons vu enfanter tant et de si effroyables conséquences , qu'il n'est pas étonnant que , par une précaution disciplinaire, on ait arrêté pour un temps la diffusion des Ecritures , devenues dangereuses en présence de ce mauvais principe. Sir Thomas
4G3 More fait observer, avec raison, qu'en se reportant à l'acte du parlement relatif à cet objet, on trouve que ce n'est pas l'autorité ecclésiastique, mais l'autorité civile qui intervint la première. Ce fut lorsque les Écritures commencèrent à être lues et commentées sous l'inspiration de ce mauvais principe , au temps de Wicklef , qu'on vit naître cette doctrine, que les magistrats de Tordre civil perdaient toute leur autorité lorsqu'ils avaient commis un crime, et qu'aucun homme ne pouvait exercer légitimement aucune juridiction civile ou ecclésiastique, s'il était en état de péché. Lorsque ces doctrines eurent armé le bras des fanatiques contre l'ordre social, l'autorité civile appela à son secours l'Eglise ; et, cependant, dans le premier moment, l'Église ne prohiba point la diffusion des Écritures.
Je m'arrête ici; pour le moment, ce que je vous ai dit peut suffire. En examinant la règle de foi proposée par le protestantisme, j'ai évité de m'en référer à la décision de l'Écriture elle-même. Je me suis tenu en dehors de la théologie, j'ai traité moralement et philosophiquement la question. J'ai simplement déduit de la règle les caractères qui l'empêchent d'être satisfaisante. J'ai déroulé ces difficultés devant vos yeux, et je vous ai montré que les obstacles qu'on rencontre quand on veut
l'appliquer sont si grands, les problèmes si nombreux et si insolubles , qu'on ne saurait justifier l'institution d'une règle si impraticable et si ardue , de la part de la souveraine justice. Maintenant où se trouve cette autorité divine, je ne l'ai point encore cherché ; car je n'ai point encore commencé l'étude des passages qu'on invoque pour prouver que l'Écriture est une règle de foi satisfaisante. Je réserve ce grand sujet pour d'autres conférences. Après avoir d'abord repoussé le système des autres, j'entrerai dans le mode d'argumentation que je considère comme le seul vrai, comme le seul légitime, et qui consiste à formuler son symbole et à démontrer la vérité de ses croyances; vous jugerez alors entre le symbole protestant et le symbole catholique.
Le système protestant dont je vous ai parlé jusqu'ici et dont j'aurai à vous parler encore vous a, j'en suis sûr, produit l'effet de ces objets qui, au premier coup d'œil, ont quelque chose de régulier, de bien ordonné et de beau. On peut le comparer à un de ces édifices modernes, dont la faeade majestueuse et les proportions extérieures frappent le passant d'admiration et de respect, par l'uniformité qu'elles annoncent dans l'ensemble et l'harmonie qu'elles indiquent dans les détails; mais, si vous pénétrez dans Fin-
térieur, comme j ai essayé de vous y faire pénétrer aujourd'hui, vous ne découvrez que sombres et tortueux passages, choquantes disparates dans les ornements, et, dans la distribution, des bévues architecturales qui rendent cet édifice si séduisant au dehors, inhabitable au dedans. En sortant de ce monument si mal construit, je vais vous conduire à un édifice d'une beauté bien supérieure, et dont l'autre édifice ne vous paraîtra plus qu'une copie infidèle et imparfaite, l'ouvrage d'un architecte qui n'a été à même de voir que les dehors du modèle, sans réussir à pénétrer au dedans. Peut-être, dans les premiers instants, remarquerez-vous avec surprise, à la surface de l'édifice dont je vous parle, les traces du passage des siècles; mais, à mesure que vous vous en approcherez, le respect succédera à la surprise, en présence de ces marques d'une haute et sainte antiquité et de ces vénérables cicatrices du temps. Et, lorsque vous aurez pénétré dans le sein de l'édifice , vous ne verrez partout que symétrie , grandeur, proportions, harmonie dans l'ensemble, beauté dans les détails, et vous parcourrez, avec reconnaissance, toute une suite de pièces où vous trouverez tout ce qui peut réjouir le cœur de l'homme et embellir son existence. Alors vous conclurez, je n'en doute pas, que, si ce que je
vous ai montré tout à l'heure est l'ouvrage de l'homme, ce que je vais vous montrer maintenant est l'ouvrage de Dieu.