‹ Conferences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholiqueChapitre 14 sur 20 · XIV. c. viir · texte numérisé non relu

XIV. c. viir

conque, à ce que ceux qui se trouvent dans cette situation intermédiaire, entre les splendeurs du bien et les précipices du mal, éprouvent un traitement en harmonie avec leurs mérites. Encore une fois, qu'y a-t-il dans cettre doctrine prise en elle-même, qui ait pu soulever les colères et les calomnies dont elle a été l'objet? La doctrine du purgatoire est, dit-on, contraire à l'Ecriture. Il semble que, dans l'idée de ceux qui l'attaquent, ce soit un instrument destiné à enrichir le clergé ou à l'aider à dominer l'esprit du peuple par la crainte, en créant à son usage une terreur par laquelle il agit sur les esprits.

J'ai eu occasion de faire observer tout ce qu'il y a de peu logique à vouloir que les catholiques déduisent en particulier chacune de leurs doctrines de l'Écriture. TSos premières conférences ont été consacrées à établir qu'il y avait deux sources de vérités, l'Écriture et une tradition vivante personnifiée dans l'Église, au sein de laquelle Jésus-Christ lui-même est présent, pour l'assurer à jamais contre l'erreur. C'est sur cette autorité que les catholiques appuient leur croyance au purgatoire ; cependant on retrouve cette doctrine, d'une manière indirecte, il est vrai, dans la parole écrite.

Pour envisager dans leur ensemble les preuves qui servent de base à cette doctrine, il est nécessaire de la rattacher à une autre pratique de l'Église, celle de prier pour les morts. Comme cette pratique, ainsi que nous le verrons bientôt, est essentiellement basée sur la croyance au purgatoire, ces deux sujets sont étroitement liés, et l'on ne saurait les séparer. Pourquoi le catholique prie-t-il pour des êtres chéris qui sont sortis de ce monde, sinon parce qu'il craint que, n'ayant pas été, à l'heure de la mort, dans un état assez pur pour être admis en la présence de Dieu, ils aient été soumis à ces châtiments expiatoires auxquels Dieu assujettit les pécheurs, même après leur avoir remis leurs péchés, châtiments auxquels ils peuvent échapper par l'intercession de leurs frères? Je n'hésite pas à le répéter, ces doctrines ont l'une avec l'autre des rapports si intimes et si nécessaires, qu'on ne peut démontrer la vérité de la première sans changer l'autre en évidence. Car, si nous parvenons à prouver que c'est une croyance de tout temps établie dans l'Église du Christ, que ceux qui sont sortis de ce monde peuvent profiter de nos prières et leur devoir d'être admis en la présence de Dieu, comme, d'un autre côté, c'est une croyance universelle que ceux qui ont été condamnés à des peines éternelles ne sauraient être soustraits à leur châtiment;

nous sommes logiquement amenés à conclure qu'il faut qu'il y ait, comme les catholiques l'enseignent, un état mitoyen dans lequel on puisse être privé de la présence de Dieu, sans être pour cela condamné à des peines éternelles. En effet, vous allez voir ces deux doctrines se retrouver à la fois, et l'une à côté de l'autre, dans les passages des écrivains les plus anciens, et vous entendrez ces écrivains vous assurer que les prières pour les morts ont le pouvoir et la vertu de les faire sortir d'un état de souffrance.

Pour commencer par la parole écrite , il est un passage qui n'a pu échapper à ceux qui se sont occupés de ces matières. Il se trouve dans le second livre des Machabées (chap. 12), dans lequel il nous est dit comment Judas, le vaillant capitaine, fltune quête et «envoya » douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, afin de faire un sacri- » fice qui serait offert pour les péchés des morts, pensant bien et )) religieusement au sujet de la résurrection; car, s'il n'avait pas » pensé que ceux qui avaient péri renaîtraient à la vie, c'eût été une h chose vaine et illusoire que de prier pour les morts : c'est donc » une sainte et recommandable pensée que de prier pour les morts, ); afin qu'ils soient délivrés des liens de leur iniquité ( versets .; 43-46). »

Les livres des Machabées, dira-t-on peut-être, ne font point partie du canon des Ecritures. J'écarte, quant à présent, cette question, quoique je pusse facilement prouver que les livres des Machabées ont autant de droits à être compris dans le canon des Écritures que plusieurs autres livres de l'Ancien Testament, et un plus grand nombre encore du Nouveau, car les Pères les regardent comme faisant partie de l'Écriture, et les Conciles, qui ont dressé le catalogue des différentes portions du livre sacré, les comprennent, à ce titre, dans leurs canons. Mais laissons de côté cette considération qui nous jetterait dans de trop longs développements. Du moins, tout le monde reconnaît-il que ce livre contient des doctrines utiles et édifiantes; l'Église d'Angleterre elle-même exhorte à le lire à titre d'instruction, d'où l'on peut conclure qu'elle ne croit pas qu'il renferme des doctrines opposées à la religion du Christ. D'un autre côté, personne n'oserait nier que ce livre ait une grande autorité historique, et qu'il retrace fidèlement les croyances et les pratiques des Juifs, à l'époque où il fut écrit. Il prouve dono qu'a» temps des Machabées, on était convaincu que les prières offertes pour les morts leur étaient utiles, et qu'en un mot «. c'était une sainte et recommandable coutume que

'» de prier pour les morts. » Ainsi la croyance et la pratique de l'Eglise juive viennent en témoignage à notre Église. Voyons-nous le Sauveur repousser une seule fois cette coutume des Juifs? La metil au nombre des traditions erronées que propagent les pharisiens? Fait-il entendre que c'est une des corruptions qui, semblables à une rouille, ont altéré la parole des institutions de Dieu? Non, sans doute, répondra-t-on ; mais en même temps on demandera s'il n'est pas possible d'invoquer d'autres témoignages pour établir l'existence de cette coutume parmi les Juifs. Il en existe d'autres, car les Juifs ont continué à observer cette pratique jusqu'à ce moment, quoiqu'on ne puisse soupçonner qu'ils aient rien emprunté à la religion chrétienne. Dans leur livre de prière, on trouve une oraison particulière pour les défunts, et, dans leur synagogue, on voit une table de marbre sur laquelle les noms des trépassés sont inscrits, afin qu'on prie pour eux pendant un certain nombre de sabbats. On ne saurait regarder ces pratiques comme modernes; Lightfoot reconnaît que plusieurs de leurs plus anciens écrivains s'accordent avec nous sur ce point, d'une manière si extraordinaire, qu'il est tenté de les accuser de nous les avoir empruntées. Pour rendre cette assertion spécieuse, il aurait fallu nous dire quand et comment cette doctrine a été reçue par les Juifs des mains de l'Eglise catholique. Nous voyons, au contraire. Judas Machabée la professer avant le temps de notre Sauveur, et nous sommes donc fondés à considérer son existence parmi les Juifs, comme antérieure à la venue du Messie ; or, comme jamais il ne la marqua d'une parole de blâme, et comme il ne s'agit pas ici d'une disposition législative et par conséquent transitoire, nous devons la considérer comme n'ayant pas changé. Tel est, en effet, le principe en vertu duquel le sabbat ou le dimanche est si rigoureusement observé en Angleterre. Lorsqu'on interroge les zélés j>artisans de cette observance solennelle sur la source où ils puisent leur opinion à ce sujet, ils n'ont qu'une raison à invoquer, c'est la prescription faite par Dieu dans la loi ancienne pour l'observance de son sabbat. D'où vient qu'ils continuent à suivre ce précepte sous l'empire de la nouvelle alliance? C'est qu'ils ne le considèrent pas comme une disposition législative, et que l'Évangile n'ayant pas prescrit de l'abandonner, ils pensent non-seulement que le principe de l'observance du sabbat demeure, mais que la manière de l'observer doit demeurer aussi. Tel est précisément le cas dans la question dont nous nous occupons. Si cette doctrine était en vigueur chez les Juifs, si elle était adoptée par

ceux d'entre eux qui élaient les plus honnêtes et les plus purs, par celui qui écrivit le livre dont il s'agit, comme par Judas 31achabée qui envoya douze mille drachmes destinées à célébrer un service funèbre pour les morts; si telle était la conviction de ces personnages si recommandables, s'ils avaient la ferme croyance que par ces prières et par ces offrandes on peut soulager ceux qui ne sont plus et (•ontribuer à effacer leurs péchés, et que, par conséquent, il y a hors (le cette vie un état de souffrance qui n'est pas éternel et des châtiments qui ne se prolongent point pendant l'éternité; si, d'un autre côté, rien, dans la nouvelle loi, ne condamne cette croyance basée sur des considérations tirées des principes généraux de la justice et sur les voies ordinaires de la providence de Dieu, nous sommes fondés à la regarder comme une croyance conforme à la vérité, et nous devons nous attendre à la voir se perpétuer dans l'Eglise avec ses conséquences pratiques. Si les prières et les sacrifices soulageaient les morts dans l'Ancien Testament, à combien plus forte raison aurontils celte puissance sous l'empire de l'Evangile. En effet, la communion entre les membres de l'Église du Christ n'est-elle pas plus étroite et plus forte? Les mérites du Christ ne sont-ils pas maintenant plus puissants pour assister les morts, et ses serviteurs n'ont-ils pas des moyens plus sûrs et plus effectifs d'obtenir l'application de ces mérites à l'allégement des souffrances de ceux qui ne sont plus? Quelle raison avons-nous donc de croire que celte belle et consolante communion, par laquelle ceux qui habitent encore la terre peuvent secourir ceux (}ui l'ont quittée, à été affaiblie et brisée au lieu de s'être fortifiée et d'être devenue plus étroite encore?

Lisez l'Evangile, vous y verrez que la croyance des Juifs sur ce [K)int est confirmée, bien loin d'être contredite. Notre Sauveur, dans une occasion, distingue deux sortes de péchés, et il en est une des deux qu'il appelle le péché contre le Saint-Esprit. « Quiconque, dit- ); il, parlera contre le fils de l'homme, il lui sera pardonné; mais »> celui qui parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera point par- » donné ni dans ce monde, ni dans l'autre. » Yoici un péché dont la gravité est exprimée par celle circonî^lance terrible qu'il ne sera jK)inl remis dans l'autre monde. Ne faut-il pas en conclure qu'il y a des péchés qui seront remis dans ce monde futur? Pourquoi, en effet, le Christ assiguerait-il à un genre de péché ce caractère distinctif, s'il était dans la nature de toutes les espèces de péchés de ne pas être remis daiis un autre monde? Il faut donc en conclure qu'on peut, dans

un autre monde, obtenir la rémission des péchés, et comme ce ne peut être ni dans le ciel, ni dans la patrie des châtiments éternels, nous devons donc, de toute nécessité, admettre l'existence d'une situation intermédiaire.

Le texte de l'Evangile est favorable à cette opinion et confirme, sur ce point, les paroles de la Bible. Ainsi l'on nous assure, dans la nouvelle loi, que «rien de souillé ne doit entrer dans la divine Jéru- )) salem. » Qu'on suppose donc qu'un chrétien vienne à mourir en ayant le poids de quelques légères transgressions sur la conscience, il ne peut entrer au ciel dans cet état, et cependant nous ne saurions admettre qu'il ait été condamné à des peines éternelles. Par quelle issue sortirez-vous donc de ce dilemme? N'est-ce pas en admettant l'existence d'un lieu dans lequel l'âme se purifie du péché et acquiert les conditions nécessaires pour entrer dans la gloire de Dieu? Direzvous que Dieu pardonne tous les péchés à l'heure de la mort? Qui nous garantira l'exactitude de cette assertion? Cette matière est importante ; il ne suffît pas d'affirmer que Dieu remet tous les péchés à l'heure de la mort, il faut apporter une preuve décisive à l'appui de cette opinion. Si l'on ne trouve rien qui réponde à cette doctrine dans la révélation, mais si, au contraire, on nous y apprend que rien de souillé n'entre dans le royaume du ciel, et subsidiairement, qu'il y a des péchés qui seront remis dans l'autre monde, vous devez admettre qu'il existe des moyens d'expiation et de purification, par l'emploi desquels le pécheur qui n'a point mérité une punition éternelle acquiert les conditions nécessaires pour entrer en jouissance de la gloire du ciel.

Je laisse de côté deux ou trois passages qu'on pourrait invoquer en faveur de l'existence du purgatoire ; parmi ces passages, il en est un sur lequel je reviendrai probablement un peu plus tard. Tous ces textes, dira-t-on, sont, après tout, obscurs, et l'on ne peut en tirer aucune conséquence certaine. Nous le voulons bien, mais ils. en disent assez pour produire une probabilité suffisante; et à qui nous adresseronsnous pour obtenir des éclaircissements plus complets, sinon à l'Eglise, surtout dans les anciens temps? Prenez pour objet de comparaison le sacrement de baptême, tel qu'il est maintenant pratiqué dans l'Eglise. Les apôtres avaient seulement reçu la mission de baptiser toutes les nations; comment tirerez-vous de ce précepte le devoir de conférer le baptême aux enfants? ou bien encore, d'où vient ce droit de s'écarter de la lettre du précepte qui règle la partie matérielle du bap-

lême, et de baptiser par aspersion au lieu de baptiser par immersion? Il y a pu avoir et probablement il y a eu des enfants dans les familles primitives dont il est parlé comme ayant été baptisées, mais cependant ce n'est là qu'une conjecture et non une certitude; et, quoi qu'il en soit, il n'y a rien là sur quoi l'on puisse appuyer une pratique importante contrairement à un précepte formel du Christ qui exige la foi comme une préparation nécessaire au baptême : « Celui qui )) croit et sera baptisé, celui-là sera sauvé. » Or, dans une institution positive dépendant entièrement de la volonté du législateur, on a droit d'exiger la preuve d'une autorité positive pour apporter des modifications à l'acte prescrit. Comment ces modifications peuvent-elles donc être justifiées, sinon par l'autorité de l'Église? De même, si l'Écriture ne nous parle point en termes clairs et précis d'un lieu de purification, et si cependant nous trouvons qu'elle parle d'un pardon accordé aux péchés dans l'autre monde, si nous voyons que les prières sont efficaces pour les morts, que rien de souillé ne peut entrer dans le royaume du ciel, et si (lepcndant une punition éternelle appliquée aux fautes légères est incompatible avec la justice de Dieu, nous possédons tous les germes de la doctrine catholique, et il ne s'agit que de la développer ; nous avons toutes les parties d'un système complet, qui, comme cela arrive dans le baptême, doit recevoir sa confirmation de l'autorité de l'Église de Dieu. Maintenant, rien de plus simple que d'établir la croyance de l'Église universelle sur ce point. La seule difficulté, c'est de choisir parmi tant de passages celui qui doit paraître le plus clair de tous.

Je commencerai par le plus ancien des Pères de l'Église latine , TertuUien-, qui donne à une veuve l'avis de « prier pour l'âme de son » mari défunt, de demander pour lui le repos et la participation à la » première résurrection, de faire des oblations pour l'anniversaire » du jour de sa mort, toutes prescriptions dont l'oubli entraînerait » une sorte de divorce entre la femme oublieuse et le mari oublié '. » Faire une oblation pour l'anniversaire du jour de la mort, prier pour obtenir le repos d'un trépassé, n'est-ce point là un usage entièrement catholique ? Par ces paroles, TertuUien ne suppose-t-il pas que nos prières profitent à ceux qui nous ont précédés dans une autre vie avec le signe de la croix? Ne nous fait-il pas une obligation de cet usage de prier pour les morts?

' De monogamia, c 10.

Saint Cjprien s'exprime en ces termes : « Nos prédécesseurs ont » sagement décidé qu'aucun de nos frères, en quittant la vie, ne » pourrait choisir un ecclésiastique pour exécuteur testamentaire, et » que, si quelqu'un transgressait cet ordre, aucune oblation ne serait » faite pour lui, aucun sacrifice ne serait offert, ce dont nous avons )) eu récemment un exemple '. » C'était donc une punition sévère, une exception terrible réservée aux violateurs des lois ecclésiastiques, que cette privation des prières qu'on faisait pour les morts ; par conséquent, c'était un usage général de prier pour eux. Traversons, sans nous y arrêter, une foule d'autres passages, et arrivons à Origène, qui écrivait dans le même siècle; personne n'a été plus clair et plus explicite relativement à cette doctrine : « Lorsque nous quittons » cette vie, lorsque nous emportons avec nous des vertus et des vi- » ces, recevrons-nous une récompense pour nos vertus, et lestrans- » gressions que nous avons sciemment commises nous seront-elles » pardonnécs; ou bien, nos fautes seront-elles punies et nos vertus » demeureront-elles sans récompenses? » La question est clairement posée; c'est-à-dire : quand il y aura là un mélange de mal et de bien dans notre conduite, le bien fera-t-il oublier le mal, ou ce mal feral-il oublier le bien? Voici la solution donnée par Origène au problème ({u'il vient d'énoncer : « Ni l'un ni l'autre de ces deux résultats n'in- » lerviendra. Nous recevrons la punition de nos fautes et la récom- )) pense de nos bonnes actions. Car, si, en prenant le Christ pour » base, vous avez bâti non-seulement en or ou en argent et en picr- » res précieuses, mais en bois, en herbe et en chaume, à quoi devez- » vous vous attendre lorsque l'âme sera séparée du corps? Vous » verra-l-on entrer dans le ciel avec ce bois, cette h^rbe et ce » chaume, pour déparer le royaume de Dieu; ou bien, en raison de » ces matières viles et sans prix dont vous êtes chargé, demeurerez- )) vous au-dchors et privé des récompenses qui sont dues aux œuvres » que vous avez taillées dans l'argent, l'or et les pierres précieuses? » Ni l'une ni l'autre de ces deux alternatives ne serait juste. Que » reste-t-il donc? Que vous soyez livré au feu qui consumera ces » matières légères; car notre Dieu, pour ceux qui comprennent les » choses du ciel, est appelé un feu dévorant. Cette flamme ne consume » point la créature, mais ce que la créature a construit sur son propre » Ibnds, avec les matériaux qui lui sont propres, le bois, l'herbe et

' Ep. xLvi, p. 114.

» le chaume. Il est évident, en premier lieu, que le feu détruit le » bois de nos trapggressions, et ne nous laisse plus que nos bonnes » œuvres, afin qu'elles soient récompensées '. » Ainsi, selon ce Père si profondément érudil, et qui vivait deux siècles seulement après Jésus-Christ, lorsque l'âme est séparée du corps, si elle a à se reprocher quelques transgressions légères, elle est condamnée au feu qui la purifie de ces éléments souillés et la prépare ainsi à entrer dans le ciel.

Saint Basile, ou un auteur contemporain, écrit ce qui suit sur la parole d'Isaïe : « Par la colère du Seigneur, la terre est consumée, » dit-il, c'est-à-dire que les choses qui viennent de la terre seront » la proie d'un feu qui châtie, jusqu'à ce que l'âme soit reçue en » grâce. » Il continue en ces termes : « Et le peuple deviendra comme » l'aliment du feu [ibid.]. Ceci n'est pas une menace d'extermination, » mais annonce, au contraire, une expurgation morale, suivant la » parole de l'Apôtre : Si l'ouvrage de quelqu'un est brûlé, il en souf- » frira la perte; il ne laissera pas cependant d'être sauvé, mais en « passant par le feu ^. » Or, remarquez le mot employé dans le texte grec; c'est celui de KaBapaiç, qui ne saurait se rendre que par le mot de Purgatoire. Cette expression n'est donc pas nouvelle dans la langue de l'Église. Saint Éphrem d'Edesse s'exprime ainsi dans son Testament : « Mes frères, venez à moi, et disposez-moi pour celte » séparation dernière, car ma force m'a entièrement abandonné; )> récitez avec moi des spaumes et des prières, et veuillez bien faire » sans cesse -des offrandes pour moi ; lorsque le trentième jour sera )) accompli, souvenez-vous de moi, car les offrandes des vivants )) aident les morts. « Remarquez que ce jour est précisément celui que l'Église a choisi pour le solenniser d'une manière toute particulière en priant et en offrant des messes pour les trépassés. « Si les » fils de Mathathias eux-mêmes, » continue-t-il en faisant allusion au passage des Machabées que j'ai déjà cité, « si les fils de Mathathias, » qui n'avaient que la figure et le symbole de nos réalités, pouvaient » purifier, par leurs offrandes, ceux qui étaient tombés sur le )' champ de bataille, à combien plus forte raison les prêtres du » Christ pourront-ils aider les trépassés par leurs oblations et leurs » prières'! »

' Homilia xvi , al. xii , in Jerem., t. m , p. 231 . " Conc. in c. ix d'Isaïe, p. 554.

In Teslamenlo. t. ii, p. 234, p. 371, edit. Oxon.

Dans le même siècle, saint Cyrille de Jérusalem s'exprimait en ces termes : « Nous prions pour les saints Pères ^jLjour les évêques » qui sont sortis de cette vie, enfin pour tous ceux qui sont morts » dans notre communion, par suite de la croyance où nous sommes » que 1 ame de ceux pour qui nous offrons des prières reçoit un grand » soulagement, lorsque la sainte et formidable victime repose sur w l'autel. » Saint Grégoire de Nyssa fait ainsi contraster la marche (}ue suit la providence de Dieu dans ce monde avec la marche qu'elle suit dans l'autre. Dans la vie présente, « Dieu permet à l'homme de » ne dépendre que de son propre choix, afin qu'ayant fait l'épreuve i> du mal qu'il a désiré connaître, et qu'ayant appris par l'expérience )3 combien il a perdu à l'échange, il éprouve un ardent désir d'a- » bandonner ce fardeau de vices et d'inclinations contraires à la i> raison, de sorte que, dans cette vie, ayant été renouvelé par des » prières et par la recherche de la sagesse, ou bien qu'ayant expié )) ses fautes dans l'autre vie par les flammes du purgatoire, il puisse » recouvrer l'état du bonheur qu'il a perdu. Lorsque son âme a » quitté son corps et que la différence entre la vertu et le vice est » connue, il ne saurait être admis à s'approcher de la Divinité » jusq'à ce que le feu du purgatoire ait expié les taches dont son » âme était souillée ; le même feu détruira, dans les autres, la cori> ruption de la matière et la propension au mal. » Saint Ambroise, dans ses ouvrages, offre des passages innombrables sur le même sujet, et cite la première épître de Paul aux Corinthiens cpie nous avons déjà vue citée par d'autres Pères : « Si l'ouvrage de quelqu'un est » brûlé, il souffrira la perte ; il ne laissera pas cependant d'être sauvé, » mais il sera sauvé par le feu. » Vous l'entendez. « Il sera sauvé, » (lit l'Apôtre, parce que la substance demeurera, tandis que ses mauvaises doctrines périront. « Mais il sera sauvé par le feu, » ajoulal-il, pour montrer que son salut sera une œuvre laborieuse. Il montre qu'il sera sauvé, mais « après avoir subi la peine des flammes qui )) purifient, à la différence des flammes inextinguibles de l'enfer qui » punissent les méchants et les pervers. » Voici ses propres paroles dans Toraison funèbre de l'empereur Théodosc. « Dernièrement nous » déplorions ensemble sa mort, et maintenant, tandis que le prince » Honorius est présent devant nos autels, nous célébrons le quaw torzième jour. Quelques-uns observent le troisième et le treizième » jour, nous observons le septième et le quatorzième. Accordez, ô » Seigneur, le repos à votre serviteur Théodose, ce repos que vous

avez préparé pour vos saints; que son âme s'élève vers ce lieu dans lequel elle ne pourra plus craindre l'aiguillon de la mort, où il apprendra que la mort est, non pas le terme de la nature, mais du péché. Je l'ai aimé, je veux donc le suivre dans la terre des vivants ; je ne l'abandonnerai pas jusqu'à ce que, par mes prières et mes lamentations, il ait été admis sur la sainte montagne du Seigneur, où ses mérites l'appellent \ »

Vient encore saint Epiphane qui, dans le même siècle écrivait ce ui suit : « Rien de plus convenable, rien de plus digne d'admiration que le rite d'après lequel on fait mention des noms des morts. Ils reçoivent du soulagement de la prière offerte pour eux, quoiqu'elle ne détruise point toutes leurs fautes. Nous faisons mention à la fois des justes et des pécheurs, parce que nous pouvons obtenir miséricoi-de pour ces derniers ^ » Yoici saint Jérôme : « Comme nous croyons que les tourments des démons et des hommes pervers, qui disent dans leurs cœurs, il n'y a pas de Dieu seront punis des feux éternels, de même, pour ces pécheurs qui n'ont pas renié leur foi et dont les œuvres peuvent être purifiées par le feu, nous en concluons que la sentence du juge peut être tempérée par la miséricorde. » Citons encore un témoignage, celui du grand Augustin. « Les prières de l'Église, écrit-il, ou même celles des âmes pures, sont écoutées et profitent à ces chrétiens qui, en quittant la vie, n'étaient pas assez enfoncés dans le mal pour être jugés indignes de miséricorde, pas assez avancés dans le bien pour entrer immédiatement dans la béatitude. Lorsque viendra la résurrection des morts, plusieurs se rencontreront à qui il sera fait miséricorde, parce qu'ils auront traversé les peines auxquelles les esprits des morts sont assujettis; autrement il n'aurait pu être dit avec vérité de quelques-uns que leur péché ne leur serait pardonné ni dans ce monde, ni dans le monde à venir (saint Matthieu) . Il faut nécessairement, pour que cela soit vrai, qu'il y ait des fautes remises dans l'autre monde ^ » Ce raisonnement de saint Augustin est précisément celui que j'ai employé et dont tous les catholiques se servent. Dans un autre passage, il cite comme il suit les paroles de saint Paul : « S'ils avaient bâti en argent, en or et en pierres pré- » cieuses, ils seraient à l'abri de l'un et l'autre feu; non-seulement

' De Ohilu Theod., ibid.,p. 1197—8.

* Hceres. lib. V, suc. lxxv, t. i, p. 911. ^ De Civil Dei, lib. XXI, c. xxiv, p. 612.

» de celui dans lequel les méchants doivent subir un châtiment » éternel, mais aussi de celui qui doit purifier ceux qui ne peuvent » être sauvés que par les flammes. Cependant, comme il est dit : Il » sera sauvé : ce feu est considéré comme étant peu de chose, quoique » cette souffrance doive être plus terrible que toutes les peines que » l'homme peut endurer dans cette vie. »

Ces passages contiennent précisément la doctrine que l'Église c*itholique enseigne aujourd'hui, et le sentiment de tous ces écrivains ne saurait concorder avec les opinions d'aucune des sectes dissidentes.

Je dois faire observer qu'il est un texte sur lequel je n'ai fait que passer en courant, et qui pourrait prêter à des remarques plus étendues. Je veux parler du passage de saint Paul où il est question de construire, sur sa véritable base, un édifice d'or, d'argent et de pierres précieuses, ou de bois, d'herbe et de chaume, passage dans lequel il dit que le feu éprouvera toutes les œuvres humaines, que tout ce qui est fragile sera nécessairement consumé, tandis que les fondations demeureront. Plusieurs Pères, comme on l'a vu, rapportent ce texte à la doctrine du purgatoire. Cependant un écrivain, en commentant la doctrine de l'Eglise catholique sur le purgatoire, a cité ce passage comme un exemple de la manière dont l'Église romaine détourne les Écritures de leurs sens, ce sont ses expressions, jK)ur établir ses opinions particulières. Suivant lui, nous avons construit tout l'édifice de notre système, touchant le feu du purgatoire, sur ce texte qui ne se rapporte nullement aux peines d'une autre vie, mais qui a trait uniquement aux tribulations que nous devons supporter dans la vie présente '. Il est évident qu'il y a là un cercle vicieux, et l'auteur dont il s'agit se trouve en face de ce dilemme : ou l'Église de Rome n'a pas été la première à invoquer ce texte pour prouver l'existence d'un purgatoire, et alors son assertion est étrangement inexacte; ou les Pères que j'ai cités doivent être c(mipris dans l'Église de Rome, et, par conséquent, il faut les considérer comme ayant professé les doctrines catholiques. Il n'est pas nécessaire à notre croyance que ce texte se rapporte au dogme du purgatoire ; mais ce texte est d'une haute importance en ce qu'il montre la doctrine de saint Paul touchant la conduite de Dieu en punissant le péché, et en distinguant les offenses graves et les erreurs

' Home, vol. Il, j). 475, 7* édh.

capitales de celles qui ont une moindre importance, distinction qui suppose l'existence d'un état intermédiaire dans lequel les imperfections qui ne sont pas en opposition complète avec la loi de Dieu sont effacées par une épreuve temporaire.

A l'appui de tout ce qui précède, je ferai observer qu'il n'existe pas une seule liturgie, soit que nous remontions jusqu'aux âges les plus antiques de l'Eglise primitive, soit que nous portions nos regards sur les contrées séparées par les distances les plus considérables, où l'on ne trouve l'empreinte de cette doctrine. Dans toutes les liturgies de l'Orient, il y a des parties de l'office où le prêtre ou l'évêque doit prier pour l'âme des fidèles qui ont cessé de vivre , et l'on conservait autrefois, dans les églises, des tables, appelées Diptyques, sur lesquelles les noms des trépassés étaient inscrits, afin qu'on pût en faire mémoire dans le sacrifice de la messe et dans les prières des fidèles.

Quant au mot àe purgatoire, il s'explique de lui-même. Nous savons qu'on a dit qu'il ne paraît nulle part dans l'Écriture; mais y trouve- t-on davantage le mot de trinité, ou celui d 'mcarnaf ton .''N'est- il pas vrai de dire que plusieurs autres mots, tenus pour saints et sacrés et d'une importance extrême dans le christianisme, ne se rencontrent pas non plus dans l'Ecriture? Sans doute, on y trouve toutes les doctrines exprimées par ces mots; mais les mots eux-mêmes ne nous ont été donnés qu'au moment où ils sont devenus nécessaires. Nous voyons que les Pères de l'Eglise ont parlé d'un feu qui purifie ; d'un lieu d'expiation, de purification, d'expurgation, qu'on nous passe ce terme. L'idée du purgatoire est là tout entière, et vous voyez même apparaître le mot à côté de la chose.

Les théologiens de l'Église d'Angleterre affirment, nous le savons, que ces deux doctrines des prières pour les morts et du purgatoire, que je vous ai montrées comme indissolublement unies, n'ont pas des rapports nécessaires, et qu'en effet on ne les rattachait point l'une à l'autre dans l'ancienne Eglise. Nous laissons à ceux qui ont lu les nombreux passages des Pères que nous avons cités le soin de répondre à cette assertion. Certes, il est impossible de le nier en présence de textes si positifs, les Pères ont parlé d'une expiation, d'une purification par le feu après la mort, de souffrances par lesquelles les taches qui restent sur notre vie sont lavées, et à l'aide desquelles nous achevons de satisfaire à Dieu pour des offenses qui n'auraient pas été suffisamment expiées. Ils parlent, en même temps, de nos

prières comme pouvant profiter à ceux qui, en quittant ce monde, étaient dans un état de péché, et ces deux propositions renferment toute la doctrine catholique sur le purgatoire. On nous objecte encore que la religion établie, ou, en d'autres termes, le protestantisme n'interdit point les prières pour les morts tant qu'elles ne se lient point à la croyance au purgatoire, et on affirme que le protestantisme est d'accord, à cet égard, avec la primitive Eglise. C'est là une distinction à la fois fallacieuse et illusoire. La religion doit être une institution vivante et publique, et, quand il s'agit de la juger, les éléments naturels de ce jugement il faut les chercher dans les pratiques généralement observées, dans les dogmes universellement admis, et non dans les opinions exceptionnelles de quelques docteurs. Je ne craindrai pas d'en appeler à la bonne foi de tous les protestants : est-ce là la doctrine de leur Église, telle qu'ils l'ont comprise, telle qu'elle leur a été enseignée? Dans les termes des offices auxquels ils ont assisté, dans les expressions des catéchismes qu'on leur a fait apprendre, dans les paroles des sommaires de leur religion, ontils surpris un mot qui eût pu leur donner à croire que l'usage de prier, même d'une manière générale, pour les morts, ne fût pas une particularité propre au catholicisme, mais une pratique autorisée par le protestantisme? Parmi leurs coreligionriaires, en est-il un seul qui accomplisse cet acte de dévotion? Et si les protestants ont toujours cru que, tout au contraire, cette pratique de prier pour les morts était un des caractères distinctifs de la religion catholique, qu'importe que l'évêque Bull et deux ou trois autres théologiens aient avancé que cet usage était admis aussi par l'Eglise d'Angleterre? Vous dites que la permission de prier pour les morts est tacitement donnée. D'abord, on pourrait en douter, en voyant les prières pour les morts qui étaient demeurées dans l'ancienne liturgie anglicane en être formellement retranchées après une révision. Puis, quand même il serait vrai, quelle comparaison peut-on faire entre la permission tacite de l'Eglise anglicane et l'injonction positive de la primitive Eglise, entre la tolérance de l'une et la prescription éclatante et publique de l'autre qui a placé les prières pour les morts dans la partie la plus apparente et la plus solennelle de sa liturgie * ?

' Le docteur Pusey a écrit récemment ce qui suit : « Depuis que Rome a confondu la ). cruelle invention du purgatoire avec l'usage primitif de prier pour les morts, ce n'est pas » dans sa communion qu'on demande quelque consolation à ce rite. » ( Vive remontrance d

Si l'on considère, dans ses effets pratiques, cette doctrine du catholicisme, il faudra reconnaître combien l'influence qu'elle exerce est consolante pour l'humanité, combien digne d'une religion des-

iauteur de la lettre pastorale du pape, 1836, p. 25.) L'opinion du docteur Pusey est, I ° que, dans l'ancienne Église, les prières étaient offertes pour la généralité des morts, y compris les apôtres et les martyrs; 2" que ces prières avaient pour but non d'alléger les peines, mais d'augmenter la béatitude et de hâter le moment de la joie parfaite dont les morts ne devaient pas jouir avant la fin du temps; 3° que la cruelle invention du purgatoire date des temps modernes ; que l'Église d'Angleterre admet les prières pour les morts sous cette forme générale.

Quant au premier point, il n'est plus douteux que, dans les anciennes liturgies, on faisait mention des saints et des autres fidèles décédés, dans la même prière, en raison de celle simple circonstance qu'avant que le suffrage public de l'Église eût proclamé leur prééminence, les saints étaient confondus dans la grande famille des trépassés. Il est vrai encore que l'Église priait alors comme elle prie encore aujourd'hui pour la consommation de leur béatitude après la résurrection. Mais il n'est pas moins vrai que les anciens liraient une ligne de démarcation entre l'état des saints et celui des autres morts, et que leur conduite à cet égard était précisément semblable à la nôtre. Saint Èpiphane, cité dans le texte, faisait celte distinction en disant : « Nous faisons en môme temps mention des justes et des pécheurs » afin d'obtenir miséricorde pour ces derniers. » Sainl Augustin écrit dans le même sens: « Lors donc que le sacrifice de l'autel ou des aumônes sont offerts pour les trépassés à » l'égard de ceux donl la vie à été pure, de telles pratiques deviennent des actions de grà- » ces; pour ceux qui sont demeurés chargés de quelques fautes, des actes de propitiation • u et, quoique les méchants ne puissent pas en profiter, du moins en revient-il quelques avan- ') tages aux vivants (Enchirid. cap. c. X). » Les trois situations différentes où peuvent se trouver les âmes de ceux qui ne sont plus sont ici indiquées avec les effets que produit le sacrifice de la messe dans chacun de ces trois cas. Le docteur Pusey doit connaître aussi celle parole du même Père : « Celui-là qui prie pour un martyr fait injure à ce martyr- in- » juriam facil martyri, qui orat pro marlyri. »

Quant aux second el troisième points, je m'en réfère aux textes cités dans le cours de cette conférence. Saint Augustin emploie le terme propre : Purgaloris pœnas (de Civit. Dei, lib. XXI, c. 16). Les passages que nous avons reproduits sont suffisants pour prouver qu'il y a un état de souffrance temporaire pour les âmes qui n'ont pas atteint un degré assez élevé de perfection. Il est une autre réflexion non moins importante. Les Pères parlent de leurs prières comme procurant un soulagement immédiat à ceux pour lesquels ils les offrent soulagement assez efficace el assez complet pour les transférer d'un état dans un autre. Saint Ambroise exprime ces effets de la prière, lorsqu'il dit, en parlant à Théodose : « Je ne l'a- » bandonnerai point jusqu'à ce que, par mes prières et mes lamentations, il soit admis sur » la sainte montagne de Dieu. » Certes, il ne saurait être question ici d'un résultat éloigné, ou seulement d'un degré plus parfait de béatitude.

Pour le quatrième point, j'ai peu de choses à ajouter à ce que j'ai déjà dit. Je me bornerai à exprimer le désir qu'on vienne à savoir d'une manière un peu plus générale que l'Église d'Angleterre considère les prières pour les morts comme légales et comme pouvant, en outre, leur profiler; car une décision judiciaire a dernièrement annulé un legs institué en

cenduo du ciel pour seconder le développement des sentiments les plus purs de noire âme. La nature elle-même semble se révolter à la pensée que les liens d'un attachement qui a uni deux âmes pendant cette vie terrestre puissent être rudement brisés par la main de la mort, qui a perdu son aiguillon depuis la victoire de la croix. Mais ce n'est point à la dépouille froide et défigurée des morts que s'attache cette affection. C'est une douleur toute terrestre, une douleur où il n'y a rien de chrétien que celle qui éclate en sanglots, lorsque la tombe vient à se fermer sur le cercueil qui contient les restes d'une personne bien chère. L'âme s'élève dans la sphère d'une affection plus spirituelle, et ce sont les liens qui l'attachaient à l'esprit qui vient de s'envoler, qu'elle ne veut point consentir à croire pour jamais brisés. Aussi froide et aussi sombre que la voûte du sépulcre, elle nous glace le cœur cette idée désolante que tous les rapports sympathiques des âmes se rompent avec ce corps qui se dissout ; qu'il n'y a plus lieu à un échange d'affections et de services mutuels entre ceux qui dorment du dernier sommeil, et ceux qui, pendant quelques moments encore, peuvent répandre des fleurs sur leurs tombeaux. Mais quelle douce consolation pour le mourant, lorsque le souvenir de ses imperfections lui revient à la mémoire, de pouvoir penser que, maintenant môme que les courtes heures pendant lesquelles il lui a été donné de mériter devant Dieu touchent a leur terme, d'autres hommes ])Ourront intercéder pour lui ! Quelle douce joie aussi, pour ceux qui lui survivent, de savoir qu'au lieu de larmes stériles, ils possèdent un moyen puissant de soulager elFicacement leur ami, et de l'enfanter au bonheur éternel par une prière féconde! Ce sentiment est si puissant, que, dans les premiers moments dune grande douleur, il a fait souvent fléchir le genou à l'incrédule, et lui a arraché une prière involontaire pour le repos de celui qu'il avait aimé. Il y a un instinct de la nature qui coïncide ici avec une vérité révélée. Mais cet instinct n'est qu'une lueur mélancolique et passagère, assez semblable à ces

faveur d'une chapelle catholique, sous la condilion qu on dirait des messes pour la leslatrire |'16 avril 1835). Le chancelier décida, dans l'affaire de "SVest et de Schutlleworth, que, comme la testatrice ne pouvait tirer aucun avantage de pratiques de cette nature, on devait les regarder comme superstitieuses, et il se fonda sur cet argument pour déclarer le legs nul et sans valeur. Or, si sa seigneurie avait été avertie que l'Eglise d'Angleterre admettait les prières pour les raoris et croyait a leur efficacité, sa seigneurie eût rendu, sans doute, un tout autre arrêt.

feux qui brillent par une nuit sombre au-dessus des tombeaux, tandis que le sentiment catholique si précis, si clair, si fondé en raison, ressemble à ces lampes éternelles que la piété des anciens allumait, dit-on, devant la tombe des morts qu'ils pleuraient. Ce sentiment prolonge les affections les plus tendres à travers les obscurités du sépulcre ; il nous donne l'espoir que l'assistance que nous pouvions apporter ici-bas aux souffrances de nos frères nous sera complètement rendue par eux quand ils auront atteint le séjour de leur repos; il nous apprend à nous faire des amis, qui, lorsque notre dernier jour sera venu, nous recevrons dans les demeures de l'éternité.

DOUZIEME COINFÉRENCE.

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