MOIGNO
M. MoiGNO a aussi traduit avec la science , Télégance et la clarté qui lui sont habituelles , Touvrage de Tyndall qui traite particulièrement des rapports de la chaleur et du mouvement , ainsi que l'indique son titre : La chaleur considérée comme un mode de mouvement , par John Tyndall , membre de la Société royale de Londres.
semble-l-il , autour d'elle, dans les phénomènes de la nature et de rcxpérimentaiion , des arguments puissants en sa faveur, est-elle en réalité à l'abri du doute? Nous voudrions pouvoir l'affirmer avec pleine certitude, en nous laissant entraîner, si non séduire, par cette tendance à accueillir comme vrai, un fait si grand, qui serait si fécond dans ses résultats. Mais on comprendra aisément que celte thèse ne puisse être marquée du sceau de la vérité dans notre esprit , qu'à la condition expresse que nous puissions à l'avance appuyer le fait d'une transformation aussi générale, sur la connaissance précise de la nature intime de chacun des agents. Or, l'état de nos connaissances scientifiques n'a pas encore atteint ce haut degré de perfection, ainsi que le prouve la conclusion d'un travail que nous avons déjà eu occasion de citer, V Examen des théories relatives à la nature des agents 'physiques , par M. Docq «. Le lecteur prendra un vif intérêt , nous n'en doutons point, aux citations suivantes de ce beau travail.
« La lumière et la chaleur, dit M. Docq, sont des » manifestations d'un même principe; la lumière n'est » que la chaleur lumineuse. Ces propositions ne
" Voir page 8 de ce résumé.
» peuvent plus guère être révoquées en doute quand
» on considère : que les causes immédiates de ces
» deux manifestations sont communes , que leurs lois
» sont les mêmes, que celles de leurs propriétés qui
» sont comparables se montrent identiques , qu'il est
» impossible de séparer les rayons de lumière des
» rayons calorifiques compris entre les limites du
» spectre lumineux, que la chaleur obscure ultra-
» violette peut être convertie en chaleur lumineuse
» par certaines substances fluorescentes , qu'enfin on
» peut expliquer les phénomènes qui avaient paru
» d'abord exiger une distinction radicale entre ces
» deux impondérables.
» La cause première des phénomènes, soit lumineux
» soit calorifiques , réside dans un mode et non dans
» une substance, dans un état vibratoire de la
» matière et non dans une matière spéciale. Le sys-
» tème de l'émission lumineuse de Newton heurte
» contre des difficultés insurmontables...
» Considérées à leur source , la lumière et la
» chaleur consistent en un état vibratoire des éléments
» de la matière. L'hypothèse des ondulations , la seule
» qui puisse suffire à l'interprétation des phénomènes,
» mène droit à celte idée sur les foyers lumineux et
calorifiques. Considérées à l'état de trammission, la lumière et la chaleur consistent en ondulations transversales d'un même milieu élastique. L'exclusion du système de l'émission nous réduit à la nécessité d'accepter ce milieu, à moins que nous ne lui préférions les principes transcendants. Si nul moyen ne nous le révèle directement, aucune raison du moins ne nous fait un devoir d'en nier l'existence. En lui-même il ne présente rien d'invraisemblable; si on le considère comme être hypothétique appelé au secours de la physique rationnelle , il s'impose avec des caractères qui lui donnent droit de cité dans la science... On pourra modifier encore l'idée qu'on s'est faite de l'éther , mais on ne parviendra pas à la faire abandonner.
» La chaleur à l'état de conduction dans les corps, comme la lumière qui s'y est éteinte et transformée, consiste en un mouvement invisible de leurs molécules. L'examen des causes qui peuvent faire d'un corps un foyer de chaleur ou un centre de lumière , l'étude des circonstances de cette transformation, enfin, le contrôle de la théorie du mouvement moléculaire calorifique par les faits qu'elle est appelée à expliquer , nous autorisent à considérer cette
théorie comme hautement probable. Elle est pour la chaleur thermométrique dans les corps ce qu'est le système des ondulations pour la chaleur rayonnante dans les milieux diathermanes. A ce titre elle a sa place à côté de la théorie de Fresnel , et elle complète avec elle la science de la chaleur. Il faut Taccepter ou tomber dans le scepticisme scientifique. . . » On peut rattacher le magnétisme à l'électricité comme la chaleur à la lumière. La question de la nature des quatre agents incoercibles est ainsi ramenée à ces deux termes : Qu'est-ce que la chaleur, et, qu'est-ce que l'électricité? Il est humiliant, mais il est nécessaire de le dire : cette dernière question n'a point reçu jusqu'ici de réponse satisfaisante. La théorie des deux fluides électriques ne mérite d'ailleurs qu'une faible confiance ....
,( La théorie des vibrations élhérées longitudinales , jouant le rôle de l'électricité manque de la qualité la plus indispensable, puisqu'elle ne peut rendre compte de la généralité des phénomènes. Si on la considère de loin , dans son ensemble , elle paraît solidement appuyée sur l'analogie ; mais qu'on l'observe de près, dans ses détails et en regard des faits , on la voit crouler de toutes parts et on l'abandonne. Point d'il-
[usions ! toutes nos hypothèses sont impuissantes, et réiectricité reste un défi, à Tétat de transmission comme rétat de tension. Si nous essayons de la matérialiser, il nous souvient que ni Télincelle ni le courant voltaïque ne se comportent, soit dans leur mouvement soit dans leur action, corformément aux lois delà dynamiquequi régit la matière. Si nous Voulons l'assimiler à un mode où état vibratoire d'un milieu, nous songeons bientôt que Tétincelle des nuages produit des effets désastreux, incompréhensibles dans cette supposition ; nous nous rappelons que sa décharge jaillit aux angles des paratonnerres comme un corps inerte qui suit la ligne droite en vertu de sa vitesse acquise ; nos yeux croient voir encore l'étincelle d'induction tombant comme une pluie de lumière violâtre sur le conducteur de l'œuf électrique, et y rebondissant comme un corps élastique. Pleins de ces souvenirs, pouvons-nous accepter sans réserve soit l'hypothèse des fluides matériels soit celle des ondes élhérées électriques ? Rien d'ailleurs , absolument rien ne rappelle , dans les phénomènes électriques , la réfraction , la dispersion ou la polarisation : dès lors l'assimilation de l'électricité à la lumière semble hasardée et injustifiable, et l'unité des impondérables
» apparaît, une fois de plus, comme une illusion et » non une conclusion , un rêve de Thomme et non » le secret de Dieu. Nous n'ignorons pas qu'il s'est » rencontré quelques physiciens qui ont su trouver » des apalogies entre la réflexion et certaines réactions » électriques, entre la réfraction et l'induction supposée » produite suivant des lignes courbes , entre Tinter - » férence et les figures électriques, entre la polarisation » et les phénomènes magnétiques. Mais quelle chose ne » voit-on ])as quand on veut la voir ?. . .
» Concluons : la question de la nature de l'électricité » et du magnétisme n'est pas résolue. Sans doute , » quelque donnée importante, indispensable pour la » résoudre, manque encore. Sans doute, une matière, » une force, un mode, une loi, une inconnue enfin, qui » se dérobe toujours et qu'on ne devine point, dérobe » en même temps à l'œil et à l'intelligence des » physiciens le merveilleux mécanisme des phénomènes » soit électriques soit magnétiques. Et les théories se » succèdent et tombent tour à tour, comme des édifices » qui manquent de leur pierre angulaire.... »
Quant à la question de la corrélation des impondérables, voici un extrait de quelques considérations émises par M. Docq sur cette thèse, dans le cours du môme travail.
« Grove admet que les relations des impondérables sont définies. Elles le sont dans la nature, mais non encore dans notre esprit. Nous Tavons reconnu : la formule générale des rapports des impondérables est une expression transcendante qui nous échappe, la formule particulière des rapports du magnétisme n est qu'entrevue, celle de Télectricilé est incomplète. Ces relations sont comme toutes les grandes lois qui président àJ*harmonie du monde ; elles apparaissent avec assez de clarté pour être devinées , avec assez d'ombres pour laisser toujours notre intelligence inquiète. On dirait que celle-ci est trop étroite pour comprendre les vérités dans lesquelles gît le secret du mécanisme de Tunivers, trop peu élevée pour atteindre les hauteurs qui dominent toute la création ; elle s'en approche successivement, de plus en plus, toujours, comme certaines courbes de leurs asymptotes. Grove pose en principe l'impossibilité de Tannihilation de la force ; il défend la matérialité des agents incoercibles et leur identité de nature avec la matière pondérable ; il considère comme une vérité acquise qu'ils se transforment mutuellement et qu'ils ne diffèrent pas essentiellement l'un de l'autre. Ces idées , entrevues en
Allemagne en même temps qu'en Angleterre , sont depuis vingt ans Tobjet des complaisances des physiciens; ils les expriment avec plus ou moins de netteté et de hardiesse , et ils en font la base de la Physique actuelle... »