ORDRE DE CÎTEAUX
VI. — Cet Ordre est un grand rejeton de la famille bénédictine. D'äprèsle sentiment du pape Grégoire XI, il compte parmi les Ordres religieux les plus dévoués à la sainte Vierge. L'abbé Jean assure que cet Ordre a été le premier dédié à la sainte Vierge. C’est pour cela qu’elle est honorée comme la patronne, la protectrice, la souveraine, l’avocate de cet Ordre qu’elle a enrichi de faveurs, de grâces et de : priviléges nombreux. Le premier auteur de cet institut fut saint Robert. Sa mère étant grosse de lui, la Mère de Dieu lui apparut plusieurs fois pendant son sommeil, portant dans la main un anneau
Spec. lu, inst. 5.
d’or, et lui dit: « Esmengarde {c'était son nom), je veux épouser avec cet anneau le fils que tu portes dans ton sein. » Le temps étant venu, Esmengarde mit au monde un fils qu’elle nomma Robert, à peine âgé de quinze ans, celui-ci se retira dans le monastère de Saint-Pierre la Celle où il prit l’habit religieux et se consacra tout entier au service de la Mère de Dieu; il fut, dans la suite, le premier abbé de Molesmes, puis de Citeaux, qui a donné son nom à tout l'Ordre de Citeaux. Sous le patronage de la sainte Vierge, cet Ordre illustre a produit beaucoup de religieux remarquables par leur science et leur sainteté. (Surius, Vie de saint Robert, 24 avril.)
La Mère de Dieu a montré elle-même au bienheureux Bertrame, dans une vision, combien elle a compté de dévoués serviteurs dans cet Ordre célèbre. Ce religieux, étant en oraison, vit la sainte Mère de Dieu à côté de laquelle coulait sous ses pieds une source de couleur d’or; les pierres qui étaient dans le ruisseau étaient précieuses : c’étaient des émeraudes, des escarboucles, des topazes, des saphirs, des hyacinthes. Ne sachant ce que cela voulait dire, la sainte Vierge lui donna elle-même l'explication de ce qu’il voyait : « La source de couleur d’or, dit-elle, est l'Ordre de Citeaux qui, comme l'or, l’emporte endignitéet en sainteté, et qui m’a toujours donné le gage d’une affection spéciale pour moi; les pierres précieuses sont les amis que je compte dans cet Ordre : ils mettent plus de ferveur que les autres à me servir ?.
On peut voir, tant dans Césaire que dans la Chronique de Citeaux, la multitude nombreuse de serviteurs que la Mère de Dieu, Reine du Ciel, a eus dans. cet Ordre. Nous en citerons quelques-uns lorsque nous serons arrivés au titre : Reine des Confesseurs. Parmi eux, il en est un qui brilla comme le soleil au milieu des étoiles: ce fut saint Bernard, abbé de Clairvaux, que Cluny appela avec raison la forte et splendide colonne de l'Ordre monastique et même de l’Église de Dieu. La sainte Vierge, Mère de Dieu, se plut à l’enrichir de beaucoup de grâces et de faveurs; la principale est d’avoir mérité de sucer le laït des mamelles de la sainte Vierge. C’est là qu’on croit que
1 Césaire, liv. VII, chap. xxxvm.
ce grand Docteur a puisé, avec la piété, cette douceur si grande qu’il montre dans ses écrits, surtout dans ceux qui traitent de la très-sainte Vierge. Si nous admettions le suffrage de Luther, nous dirions que personne n’a mieux écrit que lui sur ce sujet, et qu'aucun moine ne
pourra limiter. Mais revenons à l'Ordre dont nous parlons.
Cette sainte famille a reçu beaucoup de grâces et de faveurs de la sainte Vierge. Innocent III ordonna à l'Ordre de Citeaux de donner la quatrième partie de ses biens mobiliers pour venir en aide à la Terre- Sainte. L'Ordre, s'appuyant sur les priviléges accordés par les prédécesseurs d’Innocent III, et ayant de graves raisons, refusa ; le Souverain-Pontife irrité voulait donner leurs biens aux séculiers. Ils se réfugient auprès de Marie, la glorieuse Mère de Dieu, et ordonnent, dans le chapitre général, des prières en son honneur; pieds nus, ils sortent du chapitre, ehantant les sept psaumes de la Pénitence avec les litanies des Saints. Voïlà que la très-sainte Vierge, apparaissant à Rayneri, confesseur du pape Innocent, lui adresse la parole en ces termes : « Tu veux détruire l'Ordre de Citeaux dont je suis l’avocate, mais c’est en vain; si tu ne renonces au plus vite à ton dessein, je te briserai, toi et toute ta puissance. » Le pape Innocent ayant reçu cette réponse de Rayneri, et sachant qu’il était un saint homme aimant la verité, fut rempli de stupeur; non-seulement il changea de dessein, mais encore il enrichit l’Ordre de Citeaux de nombreux priviléges t,
Les religieux de Citeaux, refusant de souscrire au schisme de Pempereur Fredéric et chantant très-dévotement cette antienne : « Dieu, qui gardez les trônes des cieux, qui voyez le fond des abimes, qui enfermez la terre dans votre main, exaucez-nous au milieu de nos gémissements, » Cet empereur voulait Les exiler de son empire, mais Dieu changea le cœur au coupable au point qu’il envoya des lettres pour les faire rester, et qu’il leur ordonna de prier pour l'empire ?, C’est sans doute la sainte Vierge qui obtint cette grâce de son Fils; car, apparaissant à saint Aïbéric, qui fut un des premiers religieux de
Citeaux, elle lui dit : « Je protégerai et je défendrai cet Ordre jusqu’à
1 Césaire, liv. VIL, chap. vi. — ? 10, liv. IL, chape XI,
la fin des siècles. » C’est ainsi qu’on le lit dans leur Ménologe, au 26 janvier. Ce que nous venons de dire pourrait suffire pour montrer combien Marie chérit les religieux de Citeaux. J’apporterai encore quelques exemples de cette protection.
Un jeune homme très-affectionné à l'Ordre de Citeaux, égaré par les faux discours de quelques-uns de ses compagnons, le déchirait et ne pouvait voir aucun Cistercien d’un œil favorable. La Mère de Dieu lui apparut un jour pendant son sommeil, et lui dit : « Méchant enfant, tu blâmes et tu décries les meilleurs amis que j'ai dans le monde entier. » S’éveillant frappé de terreur et comprenant très-bien ce dont il s'agissait, il affectionna l'Ordre comme auparavant ‘. Dans le même livre, au dernier chapitre, Césaire rapporte qu’un religieux de l'Ordre de Citeaux vit la sainte Vierge revêtue d’un manteau d’une merveilleuse grandeur, et sous ce manteau elle cachait une multitude innombrable de Cisterciens. Un autre religieux, d’une dévotion admirable, vit une femme environnée de splendeur, faisant le tour des lits des Frères pendant qu'ils dormaient; elle les bénissait tous, excepté un qu’elle ne voulait pas même voir. On lit aussi ce fait arrivé à nos Frères, comme nous l’avons déjà raconté. On voit assez quelle bienveillance et quelle affection la très-sainte Vierge a pour cet Ordre.
La sainte Vierge Marie se fit voir à plusieurs religieux de cet Ordre illustre : au bienheureux Hostrade qu’elle invita au festin de l’Agneau divin, à saint Albéric à qui elle donna une coule blanche; c’est à partir de ce moment que les Cisterciens abandonnèrent les vêtements noirs de Cluny pour prendre les habits blancs. On rapporte que le même saint Albéric reçut de la sainte Vierge les constitutions de son Ordre. C’est à lui que la sainte Vierge fit entendre ces paroles : « Je protégerai votre Ordre jusqu’à la fin des siècles. » Accompagnée de sainte Catherine et de sainte Agnès, elle apparut à un religieux en proie au désespoir, le bienheureux Guillaume, abbé, offrant le saint sacrifice dans l’église de la sainte Vierge, se fit voir à lui et elle lui recommanda le jeune Arnulphe, pour qu’il prit saintement l’habit de l'Ordre, et
1 Césaire, liv. VIT, chap. xcu.
après sa mort elle reçut son âme dans le Ciel. (Voir le Ménologe de Citeaux, 2 avril et 5 août.) Je serais trop long si je voulais énumérer toutes les preuves singulières de cet amour privilégié que la sainte
Vierge a pour cet Ordre.
Je mettrai fin à ce paragraphe par les paroles très-remarquables de Jean, abbé de Citeaux, qui s’exprime ainsi sur cette matière : « Outre les révélations et les consolations intimes que recevaient beaucoup de religieux, la très-glorieuse Mère du Seigneur, accompagnée d’un brillant cortége des habitants du Ciel, les visitait (les Cisterciens) trèssouvent, elle les consolait visiblement, elle les instruisait, elle les aidait et les dirigeait. De plus, elle les réconfortait dans leurs travaux; une fois elle recueillit dans un vase la sueur qui coulait du front des Frères, et de l’autre main elle Les essuyait, comme nous l’avons dit plus haut. Je n’omettrai pas non plus que la sainte Vierge, se montrant au bienheureux Henri, religieux de cet Ordre, lui apparut entourée d’un grand nombre de Cisterciens; elle était revèêtue de leur habit, c’est-à-dire de la coule blanche, afin de mieux montrer la grande affection et l’amour incroyable qu’elle a pour cet Ordre. Aussi la Mère de Dieu est-elle appelée avec raison la patronne, la souveraine, la protectrice et l’avocate de cet Ordre : c’est ce qu'affirme saint Bernard, très-saint religieux de cet Ordre, qui, parlant à ses Frères dans un sermon sur l’Assomption, leur fait entendre ces paroles : « Vous devez tenir de foi très-certaine que la récompense éternelle et la protection de notre Souveraine vous attendent auprès du Seigneur pour récompenser votre travail. » À son tour, cet Ordre trèsillustre montre en beaucoup de manières sa dévotion envers la sainte Vierge. Tous Les monastères et toutes les églises sont consacrés à la sainte Vierge, aussi partout la Reine du Ciel est peinte au-dessus du maître-autel, montant au Ciel, environnée d’une troupe d’Anges. De plus, les Cisterciens chantent la messe de la sainte Vierge tous les jours dans la chapelle qu’ils ont spécialement dédiée à Marie dans leurs églises. Tous les jours de l’année, sans en excepter Pâques et Le Vendredi-Saint, ils récitent au chœur son office. En outre, ils portent toujours au chœur une coule blanche, en signe de la pureté de la très-sainte Vierge qu’ils honorent avec un grand zèle. J'ai rassemblé
ce peu de mots pour montrer l’affection singulière de Marie pour ces Ordres. Dans le Ménologe et dans les Chroniques de Citeaux, on trouvera beaucoup de choses agréables à lire.