‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 115 sur 125 · CONFRÉRIE DE L'ASSOMPTION DE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

CONFRÉRIE DE L'ASSOMPTION DE NOTRE-DAME

X.— Dans cette confrérie, les prêtres se réunissent chaque semaine, lPaprès-midi, pour s’instruire sur la manière de réciter Les heures canoniales, de célébrer la sainte messe, de méditer, de prêcher, d'enseigner aux enfants et aux ignorants la doctrine chrétienne, d’entendre les confessions, de donner aux autres les exercices spirituels; de plus, ils apprennent la méthode à employer pour instruire les pères de famille, pour former aux mœurs chrétiennes les enfants et les domestiques, et autres choses semblables; ils acquièrent, en un mot, tout ce qui leur est nécessaire pour s’acquitter convenablement de toutes les fonctions sacerdotales.

Quinze associations de ce genre, reconnaissant la Confrérie de l’Annonciation de Notre-Dame pour Mère, existent dans la seule ville de Naples, au rapport d'Antoine Spinelli, Napolitain lui-même t, Cet auteur énumère en détail les belles œuvres de piété que le nombre de ces confréries accomplissent, comme de réciter l'office des morts et d’autres prières, les litanies de la sainte Vierge, par exemple, et de chantier son office; les confrères doivent assister

1 Chap, xxx.

tous ensemble au saint sacrifice; aux jours fixés, ils doivent s’approcher avec ferveur des sacrements de Pénitence et d’Eucharistie, assister aux exhortations pieuses des hommes religieux, dans lesquelles leur est servie la parole de Dieu; ils doivent se livrer à la contemplation des choses divines, méditer fréquemment dans leur esprit sur les souffrances de Notre-Seigneur, sur les douleurs de la sainte Vierge, sur les supplices éternels des impies, sur les joies éternelles des bienheureux, et sur les autres mystères de la foi chrétienne, qui sont d’une grande utilité pour vivre pieusement, réprimer les voluptés du corps et fuir les attraits de la chair; ils doivent, à certaines époques, se flageller volontairement le corps, soit dans le local de la congrégation, soit dans leurs propres demeures : c’est ce qu’on appelle se donner la discipline; ils doivent supporter certains genres de mortification très-efficaces pour conserver l'humilité et la piété; ils doivent visiter les églises, gagner les indulgences, voir les malades dans les hôpitaux, ceux que les fers retiennent captifs ou que la maladie cloue sur leur lit; ils doivent rechercher leurs nécessités et leurs besoins, les consoler par leurs paroles et leurs bonnes œuvres et les aider de tout leur pouvoir; lorsqu'ils ont rendu le dernier soupir, ils doivent secourir leurs âmes, en célébrant des messes. Ils doivent prier les uns pour les autres, procurer non-seulement leur salut, mais encore celui des autres; tous ceux qu'ils voient hésiter dans la persévérance dans l’institut ou y trouver un sujet de tentation, ils doivent Les consolider, les secourir, et les retenir par obligation de charité dans le devoir, en employant les conseils, les monitions ou tout autre moyen; par leur conseil, ils doivent les inviter et les entraîner tous aux œuvres de piété; et s’ils voient quelques clercs propres à la confrérie ou à la congrégaüon, ils doivent les attirer vers elle afin qu’ils l’étudient. Telle est la narration de Spinelli. Dieu fasse que l’exemple de ces confrères excite les autres à s’adonner à de semblables pratiques de vertu et de piété chrétienne! Si cela se pratiquait partout, la sainteté apparaïtrait plus grande dans le clergé, on verrait une dévotion plus grande dans la célébration de la messe et dans la récitation des Heures canoniales; on apporterait plus de gravité et de respect dans l’audition des confessions, le zèle pour prêcher et pour gagner les âmes serait plus grand,

la piété pour le soulagement du prochain serait plus grande, le peuple ferait plus de progrès dans la vie chrétienne, la science des choses divines et nécessaires au salut serait plus grande, l’éducation de la jcunesse serait meilleure, la charité tant envers Les vivants qu’envers les morts serait plus grande. Sauveur éternel, accordez-nous cette grâce, vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père, dans l’unité du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

DES DIVERSES FORMULES DE PRIÈRES , HYMNES, CANTIQUES, ANTIENNES, VERSETS, RÉPONS, QUE L'ÉGLISE CATHOLIQUE RÉCITE OU CHANTE DANS TOUT L’UNIVERS OU EN QUELQUES PAYS, EN PUBLIC OU EN PARTICULIER.

XI.— Après le culte de Dieu, le culte auquel l’Église de Dieu s’applique davantage est le culte de la bienheureuse Vierge Marie; celuilà seul pourrait l’ignorer qui ignore l’Église. Elle se sert de diverses formules de prières pour l’honorer, l’invoquer et la vénérer. Les unes sont publiques et solennelles, les autres sont particulières. Parmi celles qui sont publiques, il en est d’universelles; l’Église universelle les emploie, telles sont : la Salutation angélique, le chant du Magnificat, le grand office du samedi, le petit office ou l’office quotidien, les offices aux différentes fêtes de la sainte Vierge, le tintement de la cloche à trois heures différentes du jour, pour annoncer la Salutation angélique, les antiennes, les hymnes, les répons, les versets et Les litanies. Les formules particulières sont celles qui sont en grande dévotion dans certaines familles de religieux, telles que le rosaire, la couronne et la petite couronne. Les formules privées sont presque infinies : chacun les invente selon sa dévotion envers la sainte Vierge, et les récite ou les chante en son honneur. Pour le moment, nous ne nous occuperons que de celles que la sainte Vierge a montré par quelque miracle spécial lui être agréables, Et d’abord :

646 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGEe

24° CONFÉRENCE DE LA SALUTATION ANGÉLIQUE, DE SON EXCELLENCE ET DE SA DIGNITÉ.

SowxarmE. — 4. Avant-propos. — 92. Cette salutation a été dictée par la sainte Trinité. — 3. Elle fut prononcée par l’Ange. — 4. Elle fut répétée par Élisabeth, remplie du Saint-Esprit. — 5. Les saints Apôtres la mirent en usage. — 6. Les saints Pères la célébrèrent par de magnifiques louanges. — 7. L'Église catholique l’a augmentée et enrichie d’indulgences. — 8. Cette salutation fait les délices de la hiérarchie céleste. — 9. Elle est très-agréable à la Mère de Dieu. — 10. Elle nous est très-utile. — 11. Elle fait trembler les démons.

I. — De toutes les prières que l’Église catholique adresse à la Mère de Dieu, la première et la plus belle est cette salutation : « Je vous salue, Marie, pleine de grâces. » La sainte Trinité l’a dictée; l’Archange Gabriel, un des sept princes angéliques placés devant le trône de Dieu, prononça, au nom de la très-sainte Trinité, cette salutation à la très-sainte Vierge, lorsqu'elle fut choisie pour Mère de Dieu; Élisabeth, remplie du Saint-Esprit, la répéta; les saints Apôtres l’employèrent; les saints Pères la célébrèrent par de magnifiques louanges; l'Église catholique l’'augmenta et l’enrichit d’indulgences. Cette salutation fait les délices de la hiérarchie céleste; elle est très-agréable à la Vierge, Mère de Dieu; elle nous procure les plus grands avantages etelle fait trembler les démons. Rappelons tout en détail afin de faire connaître l’excellence de cette salutation, afin de faire naître la dévotion dans le cœur de ceux qui saluent cette grande Reine et exciter de plus en plus leur zèle à honorer la sainte Vierge.

IL. — Cette salutation a été dictée par la très-sainte Trinité. En effet, toute la Trinité a travaillé à l’incarnation du Christ. Le Père a donné à la sainte Vierge la puissance de concevoir d’une manière surnaturelle et de recevoir dans son auguste sein virginal Celui que les cieux des cieux ne pouvaient contenir. Le Fils lui-même s’est fait homme et, en entrant dans le sein d’une vierge, il ne diminua pas l’intégrité de sa mère, il ne fit que la consacrer. L’Esprit-Saint la remplit de sa grâce, l’enveloppa de son ombre, et fit de telle sorte qu’étant mère elle demeurât vierge. De là il est permis de conclure que la très-sainte Trinité a dicté cette salutation à Gabriel, son envoyé, et lui

a donné la manière dont il devait obtenir le consentement de la Vierge : c’est ce qu'établit saint Jean Chrysostome , lorsqu'il montre Dieu parlant en ces termes à l’Archange Gabriel : « Te voici, Ange; sois le ministre de ce mystère grave et profond, deviens le serviteur de ces miracles. va trouver la vierge Marie, parle à l'oreille de celle qui est mon arche vivante, afin que tes paroles me préparent l’entrée. Pends garde d’offenser ou de troubler l’esprit de la Vierge. Aborde modestement ce temple divin; que ta première parole lui apporte la joie; dis-lui: « Je vous salue, pleine de grâces,» car je suis rempli de compassion pour l’affliction d’Eve. » Au reste, nous avons suffisamment, ct suivant notre portée, indiqué et montré par des exemples, à la Conférence 86°, comment la très-sante Trinité a opéré le mystère de lincarnation du Christ dans le sein de la Vierge Marie.

IIE. — Cette salutation a élé prononcée par l’Archange Gabriel. Car, dès que l’Ange eut entendu ces paroles, exécutant les ordres de Dieu, il vola vers la Vierge, alla vers sa demeure, s’approcha de la chambre où la Vierge habitait et, étant entré, de sa voix la-plus douce, il parla ainsi à la Vierge: « Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » Il est à croire que l’Archange Gabriel a prononcé cette salutation en présence de beaucoup d’autres Anges. C’est ce qu’a éloquemment enseigné avant moi un prélat d’une doctrine admirable, le bienheureux Albert le Grand?. Voici ses paroles : « Il ne faut pas croire que l’Ange vint seul, mais ce principal envoyé arriva accompagné d’une multitude d’autres esprits célestes.» Et sur ces paroles de saint Luc %, une multitude d’esprits célestes s’unit à FAnge pour louer Dieu et dire : « Gloire à Dieu dans les hauteurs, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté! » Ces lignes sont figurées par le xxrv° chapitre de la Genèse, lorsque le père Abraham, pour amener une épouse à son fils, envoya Éliézer, intendant de sa maison, qui cependant eut un grand nombre de compagnons. Ainsi le Père souverain, pour se fiancer la nature humaine, envoie un Ange des plus élevés en dignité; cependant on croit qu'il envoya avec lui beaucoup d’Anges d’ure dignité inférieure.

1 Sermon sur l’Annonciation de la Vierge. — 2 Sur le x Chapitre de saint Luc. — Sy, 8,

IV. — Cette salutation fut répélée par sainte Élisabeth, remplie du Saint-Esprit. Gabriel dit à la Vierge : «Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Dans cette salutation, Gabriel et Élisabeth furent comme deux chantres, très-habiles musiciens. Gabriel commença à chanter à la louange de la Vierge : « Vous êtes bénie parmi les femmes. » Élisabeth, donnant au chant une harmonie plus douce, répéta la même parole : « Vous êtes bénie parmi les femmes. » D'où ils furent comme ces deux séraphins d’Isaie ! : « Ils criaient l’un et l’autre et disaient : « Saint, saint, saint! » Aussi Gabriel et Élisabeth, se répondant mutuellement, chantaient: « Vous êtes bénie parmi les femmes. » Élisabeth ajouta au chant de Gabriel: « Et le fruit de vos entrailles est béni, » parce que, lorsque Élisabeth chantait, le Verbe s'était déjà fait chair dans le sein de la Vierge. En ajoutant ces paroles, elle réfuta l’erreur des hérétiques Cerdon et Marcion, qui enseignèrent dans leur impiété que le corps du Christ n’y était pas un vrai corps, mais un corps fantastique. Si le Christ est le fruit du sein virginal de Marie, il esf assurément de la même substance que sa Mère, car le fruit procède de la substance de l’arbre.

V. — Cetle salutation a été employée par les Apôtres. Saint Jacques, Apôtre et cousin de Notre-Seigneur, après avoir rempli sa liturgie de nombreuses invocations à la Mère de Dieu, la prie et la salue en ces termes : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie parmi les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni, parce que vous avez mis au monde le Sauveur de nos âmes. »

Le bienheureux Alain, de notre Ordre, dans son livre sur le Psautier de la Vierge, dit que les Apôtres se sont servis de cette salutation du vivant même de Marie. Bien plus, il assure que la sainte Vierge elle-même a employé cette salutation, comme elle le lui révéla en ces termes : « Reconnaissant moi-même la vertu de l’annonciation du Seigneur, je récitais dévotement cette salutation; selon la nature humaine, je m’adressais à Marie, considérée selon son être divin de gräce et de gloire. » Ilétait, en effet, juste d’honorer et de célébrer la

1 vi, 8,

grâce divine déposée en elle, et de rendre à Dieu les actions de grâces qui lui étaient dues. Alain ajoutait que Notre-Seigneur Jésus-Christ récitait lui-même cette salutation, non pas par nécessité, mais pour être en cela notre modèle, pour nous donner l’exemple, pour honorer et adorer dans Marie sa très-sainte Mère, son Père éternel; c’est ainsi que quelques théologiens pensent qu’il est assez probable que le Christ, en tant que homme, a adoré sa divinité.

VI. — Cette salutation a été magnifiquement louée et regardée comme d'un grand prix par les saints Pères. De même que les saints Apôtres avaient coutume, dans l’offrande du saint sacrifice, de se servir de l’Oraison dominicale et de la Salutation angélique, comme le montre Canisius dans son Mariale‘', ainsi les saints Pères les employaient dans leurs liturgies à l’exemple des Apôtres. Saint Clément, pape, saint Basile et saint Jean Chrysostome, et les autres Pères, se sont servis de ces paroles, en composant leurs formules solennelles de sacrifice : premièrement, pour consacrer à l’exemple des Apôtres, en employant l’Oraison dominicale; secondement; pour réciter au milieu des prières cette salutation ; troisièmement, pour ajouter à cette salutation de fréquentes invocations à la Mère de Dieu, comme l’attestent leurs liturgies pieusement reçues dans l’Église orientale et saintement gardées en usage depuis un grand nombre de siècles ?.

Saint Basile et saint Jean Chrysostome attachèrent tant de prix à cette Salutation angélique qu’ils n’hésitèrent pas à lui donner, après les paroles de la consécration, la place la plus digne et la plus sainte.

Les Syriens, dans leur Sacro-sacrorum, c’est-à-dire dans la messe, ont inséré cette salutation afin d’en faire plus fréquemment mention; ce qui se voit d’après la prière de Séverin, patriarche d'Alexandrie. C’est avec raison que les saints Pères ont attaché tant de prix à cette salutation; car elle contient l’incarnation du Seigneur, la rédemption des hommes et la rénovation du monde, comme l’a remarqué saint Pierre Damien *,

Mais pourquoi insister davantage en énumérant les louanges et les éloges par lesquels les saints Pères Athanase, Grégoire de Nazianze,

1 Liv. V, chap, xvr, — 2 Canisius, liv. II, Mariale, chap. x1. — $ Sermon 11, sur la Trinité.

Chrysostome, Ambroise, Augustin, Anselme, Bernard, Thomas d'Aquin, et autres auteurs sans nombre ont célébré cette salutation? Je ne donnerai ici que la dévote salutation d’un seul, de saint Épiphane, qui, dans son Sermon sur les Gloires de Marie, en répétant souvent ces mots : «Salut, pleine de grâce,» s'exprime ainsi :« Salut, pleine de grâce, Vierge ornée de nombreuses vertus, vous qui sur votre lampe portez une lumière inextinguible, une lumière plus éclatante que le soleil! Salut, pleine de grâce, de gloire spirituelle! Salut, pleine de grâce! vous êtes une urne d’or qui contient la manne du Ciel. Salut, pleine de grâce! vous êtes une fontaine toujours ouverte étanchant par votre douceur la soif de ceux qui sont altérés. Salut, pleine de grâce, mer spirituelle! vous avez le Christ, la perle spirituelle. Salut, pleine de grâce ! vous êtes un ciel splendide, vous avez contenu dans votre sein le Dieu que le Ciel et la terre ne peuvent contenir. Salut, pleine de grâce, qui par l'éclat de la divinité êtes élevée au-dessus des trônes des Chérubins! Salut, pleine de grâce, qui contenez la circonférence du Ciel et qui contenez en vous-même, dans un espace réservé, un Dieu que rien ne peut contenir! Salut, pleine de grâce! vous êtes semblable à la colonne de nuée, vous qui avez le Dieu qui a conduit le peuple à travers le désert. Que dirai-je et qu’ajouterai-jel! De quelle manière louerai-je cette bienheureuse racine de gloire? Car vous êtes supérieure à tous, Dieu seul excepté. » Quel volcan d’amour brülait dans le cœur qui proférait de telles paroles!

VII. — Cette sulutation à été augmentée par l'Église catholique, en ces termes : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. »

L'Église ajouta cette partie vers l’an du Seigneur 430, sous le pontificat du pape Célestin. Ce Pontife, ayant de son glaive apostolique aidé Cyrille, évèque d'Alexandrie, défenseur très-ardent de la foi catholique, contre limpiété de Nestorius, remporta une victoire insigne sur l’hérésie de Nestorius; les Pères du premier concile, où fut proclamée la haute dignité de la Mère de Dieu, ressentirent une grande joie de cette victoire. [ls envoyèrent au Pontife romain le prêtre Jean et le diacre Épictète, pour le féliciter au sujet de Nestorius vaincu et de son hirésie anéantie. Les envoyés arrivèrent à Rome le

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jour même de Noël; le Pontife, rendant à Dieu d’immortelles actions de grâces pour un si grand bienfait, décréta que Marie serait partout louée et proclamée Mère de Dieu, en ajoutant à la Salutation angélique cette clause : «Sainte Marie, Mère de Dieu ,»etc. Lisez, si vous voulez, Baronius, tome V de ses Annales. Urbain IV accorda une indulgence de trente jours à tous ceux qui récitent dévotement la Salutation angélique. Le même Pontife, par un décret solennel, fit ajouter ces deux mots Jésus-Christ, et à tous ceux qui les prononceraient il accorda une indulgence de trente jours; cette indulgence fut confirmée par le pape Jean XXII. Paul IIT accorda une indulgence plénière à tous ceux qui, le matin, à midi et le soir, réciteraient trois Ave, Maria, avec les antiennes suivantes, la première : «L/Ange a annoncé à Marie etelle aconçu du Saint-Esprit; » la seconde : « Voilà la servante du Seigneur, qu'ilme soit fait selon votre parole; » la troisième: «Etle Verbe s’est fait chair, » etc. Il faut encore ajouter le verset: « Priez pour nous,» etc., et l’oraison : «Seigneur, répandez votre grâce,»etc. Léon X accorda une indulgence de mille jours à tous les fidèles qui réciteraient un Ave, Maria, en entendant sonner l'heure; Paul V confirma cette indulgence en 1611. Il y a encore de très-nombreuses indulgences attachées à cette salutation ; on peut les voir dans les passages où nous traitons du très-saint Rosaire.

VIIT, — Cette salutation fuit les délices de toute la hiérarchie céleste. Cette salutation procure maintenant encore dans les cieux une joie accidentelle à l’Archange Gabriel en particulier. En effet, nous lisons au livre IV des Révélations de sainte Gertrude : « Saint Gabriel parut aussi rayonner tout entier d’une nouvelle splendeur de la lumière divine, toutes les fois qu’on récitait l’Annonciation dont il avait été le messager. » Cette salutation apporte aussi une grande joie à toute la cour céleste; car tous les chœurs des Anges, à l'exemple de l’Archange . saint Michel, acclament cette salutation de la sainte Vierge en se félicitant. Ils savent, en effet, que par son secours la Reine des Anges a été réparée, Dieu s’est fait homme et le monde a été renouvelé. C'est ce qu’affirma avant moi saint Athanase, dans son Discours sur les Gloires de la Mère de Dieu, où il dit que cet éloge n'appartient pas tant aux hommes qu'aux Anges. Dans son vin Discours sur les Gloires de la

Mère de Dieu, saint Éphrem affirme que dans cette salutation est contenue la mélodie des Anges. De là vient que cette salutation est appelée angélique, non-seulement parce que lArchange Gabriel la chantée le premier, mais encore parce que les trois hiérarchies la chantent comme dictée par la très-sainte Trinité, comme très-agréable à l’auguste Reine dü Ciel et très-salutaire au genre humain. Notre bienheureux Alain, dans son Livre sur l’Origine et les progrès de la Confrérie, a éloquemment enseigné lorsqu'il dit : « Les saints Anges dans le Ciel offrent à la Vierge Marie ce salut salutaire, non point par la parole, mais par la pensée; car ils savent que par son secours la Reine des Anges a été réparée, Dieu s’est fait homme et le monde a été renouvelé. »

C’est ce qui mérita au bienheureux Henri Suso, de notre Ordre, comme on le raconte dans sa vie, d’être honoré de fréquentes apparitions des Anges lui faisant entendre leurs plus doux cantiques, surtout lorsque dans la cour il saluait la très-sainte Vierge. Cette mélodie est si agréable aux Anges qu’elle les attire du Ciel pour venir recueillir cette merveilleuse douceur qui sort des lèvres des dévots serviteurs de la Mère de Dieu.

IX.— Celle salutation est très-agréable à la Vierge, Mère de Dieu. Autant de fois que la sainte Vierge entend cette Salutation angélique, autant de fois elle est remplie d’un sentiment exquis; elle reçoit une joie accidentelle, comme elle l’a fait connaître, selon ce que rapporte Guillaume Pépin, dansle Rosaire d’or de la sainte Vierge, sermon xLvrr. Une nuit, une femme de la Confrérie de Sainte-Marie, reposant dans son lit, la très-sainte Vierge lui apparut, en disant : «Ma fille, ne crains pas ta bonne Mère que tu sers si dévotement chaque jour, mais je t'en avertis, persévère ; car apprends que la Salutation angélique me cause une joie telle qu'aucun homme ne saurait le dire. »

Ce fait est confirmé par une vision faite à sainte Gertrude et insérée au livre IV des Révélations, chapitre x1r, où on lit ce qui suit : « Aux matines de la fête de l’Annonciation de la sainte Vierge, pendant que, dans le monastère de religieuses où habitait Gertrude, on chantait l’Ave, Maria, elle vit elle-même trois ruisseaux très-abondants qui procédaient du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, pénétrer dans le

sl!

cœur de la Vierge Mère, avec une impétuosité pleine de douceur et reprendre, au sortir de ce même cœur, une impétuosité aussi abondante; et que cette influence de la sainte Trinité accordait à la sainte Vierge d’être la plus puissante après le Père, la plus sage après le Fils et la plus miséricordieuse après le Saint-Esprit. » Elle sut aussi que toutes les fois que cette Salutation angélique, ou Ave, Maria, est récitée avec dévotion par les fidèles, les susdits ruisseaux, coulant avec une impétuosité très-efficace, entourent la bienheureuse Vierge et vont rentrer de l’autre côté dans son cœur très-saint; c’est ainsi qu'avec uhe merveilleuse allégresse ils regagnent leur source, et de cette redondance rejaillissent des effluves de joie et de salut éternel sur la personne des Saints et des Anges, aussi bien que sur la personne de ceux qui sur la terre répètent cette salutation, laquelle renouvelle en chacun d’eux tout le bien qu’ils ont jamais retiré de la salutaire incarnation du Fils de Dieu.

Sainte Mechtilde, religieuse de l'Ordre de Saint-Benoît, eut aussi une vision semblable. Un samedi, pendant que dans l’église on chantait l’antienne Salve, sancta Parens! Salut, sainte Mère! cette femme, si dévouée à Marie, dans l’ardent transport de son âme, dit à la Vierge, Mère de Dieu : «Si je pouvais, Ô Reine du Ciel, vous saluer de la plus douce salutation que le cœur de l’homme ait jamais pu imaginer, je le ferais volontiers. » La sainte Vierge lui apparut aussitôt, ayant sur la poitrine la Salutation angélique écrite en lettres d’or, et elle lui dit: « Cette salutation surpasse tout ce qu'ont fait les hommes, et personne ne pourra me saluer avec plus de douceur que celui qui me salue plein de ce respect, avec lequel Dieu le Père m'a saluée par cette parole. » Et là, elle lui enseigne aussitôt la manière de réciter cette salutation; nous aussi, nous ferons connaitre dans la Conférence suivante cette manière et cette pratique. J’ajouterai encore un exemple tiré de Denis le Chartreux !.

Un religieux de Citeaux avait une si grande vénération pour la sainte Vierge, que chaque soir, avant de se coucher, fléchissant le genou cinquante fois, il la saluait en disant l’Ave, Maria. Un jour que,

4 Sermon 1e° sur l’Assomption de Notre-Dame.

par oubli, il n’avait pas fait les salutations accoutumées, se levant aussitôt, il se mit à fléchir les genoux pour s’acquitter envers la sainte Vierge de sa tâche ordinaire. La douce Vierge lui apparut revêtue d’un brillant manteau sur lequel étaient écrites tout entières et en lettres d’or les Salutations angéliques. Il s’effrayait, quand il entend la sainte Vierge lui dire ces aimables paroles : « Voici toutes les Salutations angéliques que tu m’as données; elles sont écrites sur ce manteau. » La très-noble Vierge lui montre ensuite la partie à l’envers du manteau et lui dit : « Quand cette partie-là sera aussi remplie de Salutations angéliques, je te prendrai dans le royaume de mon Fils bien aimé. » Et ce fut fait ainsi. (Rapporté par Denis le Chartreux.)

En outre, de remarquables prodiges confirment que cette salutation est très-agréable à Marie. Il y a encore ce fait mémorable qui concerne le bienheureux Jean, religieux convers de l’Ordre de Citeaux. Il ignorait tout à fait Le latin, et, d’une intelligence rétive, il ne put mettre que ces deux mots dans sa mémoire, Ave, Maria; mais à chaque instant du jour, à chacun de ses pas, soit qu’il assistât aux louanges de Dieu, soit qu’il fit quelque autre chose, soit qu'il se reposât du travail manuel, il les récitait dévotement. Cet honneur de la part de son humble client fut si bien reçu de la Mère de Dieu, qu’aussitôt après sa mort un lis parut au-dessus de son tombeau, sortant de la bouche même du religieux enterré, et chaque feuille de ce lis était ornée du nom de la sainte Vierge et de ces mots: Ave, Maria,

tracées en lettres d’or. C’est écrit par Seguin !,

Jean de Longoez raconte la même chose d’un enfant. Bernard Brito l’écrit aussi du bienheureux Guillaume, dans sa vie, et nous en lisons autant dans le Catalogue des Saints de la Pologne sur le bienheureux Ladislas, de l'Ordre de Citeaux; au-dessus de leur tombe s’élevèrent miraculeusement de très-beaux lis, et sur les feuilles on voyait distinctement écrite en lettres d’or la Salutation angélique, Ave, Maria; c'était un témoignage de leur dévotion envers la sainte Vierge et de la récitation fréquente qu’ils avaient faite de la salutation angélique en son honneur,

1 Liv. HT, des Saints de l'Ordre de Citeaux,chap. xcxnr.

se ss

VIERGE VÉNÉPRADLE, 655

Je ne dois pas omettre un miracle semblable accompli depuis quatre cents ans en Pologne, qui fait valoir la dévotion des anciens Polonais et condamne la tiédeur des modernes. Césaire, religieux de l'Ordre de Citeaux, homme très-sérieux et qui a écrit une foule d'exemples et de miracles, florissant en l’année 4222, était venu de France pour visiter la Pologne; dans une homélie du neuvième dimanche après la Pentecôte, il raconte ceci qu’il avait vu de ses propres yeux : « Il y avait en Pologne, dit-il, un laïque convers dans notre Ordre (c'était, je crois, le bienheureux Ladislas), qui ne savait aucune prière; or, c’est la coutume de ce pays, quand on entre dans les églises, de se heurter la tête contre le pavé, de se battre la poitrine et de se retirer en faisant de même. Comme il s'était agi d’instruire le convers, et qu’il ne pouvait apprendre ni le Miserere mei, Deus, ni lOraison dominicale, on lui proposa la Salutation angélique, ce à quoi il répondit : « Cette prière est si douce à prononcer, que j'espère bien pouvoir l’apprendre. » Bref, il l’apprit promptement et il la répéta sans cesse le jour et la nuit, quand il veillait, y trouvant le plus grand charme. Dernièrement cet homme est mort et a été enseveli, et voilà qu’un très-bel arbre, pourvu comme il faut de branches et de feuilles, est sorti de son tombeau. Chacun s’étonnant de ce fait et demandant ce qu’il signifiait, on adhéra à l'avis d’un grand nombre de laïques, même alors présents, qui désiraient savoir d’où venaient les racines de cet arbre. On creusa la terre, et tout le monde vit que la racine principale sortait du cœur de l’homme. Ceux qui Vavaient connu dans sa vie en comprenaient la cause, car, sur chaque feuille apparut en lettres bien marquées le mot Ave, Maria. » Voilà ce que dit Césaire. On pourrait apporter encore d’autres exemples semblables, mais ceux-là suffisent pour notre but; en effet, avec ceux qui suivent, ils peuvent convenablement entretenir la piété des fidèles envers la bienheureuse Vierge Marie, et les exciter à lui rendre facilement et de bon cœur l'hommage de la Salutation angélique.

X.— Elle nous est très-utile. Celui qui la récite avec dévotion ne peut faire autrement que d’éprouver une sorte d’incroyable volupté de cœur et d'esprit, comme l’aflirme l’onctueux saint Bernard en disant : « O grande, Ô tendre, à très-louable Vierge Marie, on ne

peut te nommer sans que tu n’enflammes ; on ne peut même penser à toi sans que tu ne ravives l'affection de ceux qui t’aiment déjà. Tu ne t’empares jamais d’une mémoire pieuse sans répandre dans toute la personne une douceur que l’on sent venir de toi. »

Saint Damascène en dit autant, bien avant saint Bernard, dans son i® Discours sur le Sommeil de la Vierge : « Ceux qui s’entretiennent pieusement de ton souvenir, qui gardent le don très-précieux de ta mémoire, de quelle volupté, de quel bien-être ne sont-ils pas remplis, pour avoir ainsi fait de leur cœur un sanctuaire de ton souvenir sacré?»

Le bienheureux Alain, dans son Livre sur le Psautier de la Vierge, chapitre x1, cite sur ce sujet une pensée bien frappante qu'il recueillit de la bouche même de la sainte Vierge : « Sache, lui dit-elle, et comprends bien, et fais-le savoir à tous, aussi loin que possible, que c'est assurément un signe probable et pressant de la damnation éternelle d’avoir de la répulsion, de la tiédeur et de la négligence pour la Salutation angélique qui doit renouveler le monde entier. » Et, chapitre Lxix, il raconte d’une religieuse très-dévote à la sainte Vierge: « Elle apparut après sa mort à une de ses sœurs avec qui elle causait souvent des avantages de la Salutation angélique, et elle lui dit ces paroles précieuses à garder : « Si je pouvais reprendre mon « corps et réciter comme prière un seul Ave, Maria, mème sans une « grande dévotion, je voudrais, à cause de sa valeur, supporter tous les « tourments que j’ai eu à souffrir avant la mort. »

Un seul exemple suffit pour montrer quel avantage et quelle consolation éprouvent ceux qui récitent dévotement la Salutation angélique. Un religieux de l’Ordre de Citeaux, nommé Eustache, étant mort, son corps était là, dans la cour de la maison. En présence de l'abbé et des autres religieux, chacun put voir en toute évidence la Salutation angélique, soit l’Ave, Maria, écrite en lettres d’or sur sa langue qui, par une permission de Dieu, était sortie de sa bouche. Or, ce Frère, pendant son existence, chaque fois qu'il passait devant l'autel de la sainte Vierge, la saluait en disant : Ave, Maria! Je passe sous silence les différentes graves infirmités guéries par la Salutation angélique, (Lisez la Vie du bienheureux Salvator ab Horto, des Frères précheurs.)

XI. — Redoutable œux démons. Le bienheureux Alain le confirme par son important témoignage dans son Livre sur le Psautier de la Vierge *, où il s'exprime ainsi : « Le Ciel est dans la joie, toute terre s’étonne quand je dis : Ave, Maria. Satan fuit l'Enfer, tremble quand jete dis : Ave, Maria. Le monde n’est plus rien, mon cœur fond en amour quand je dis : Ave, Maria. » Je veux le corroborer par un seul exemple : Thomas à Kempis, homme d’une piété et d’une sagesse supérieures, rapporte de lui-même que le démon avait l’habitude de venir l’effrayer, quand il priait la nuit, et de lui jeter sous les yeux divers fantômes. Mais dès qu’il lui opposa d’une voix tremblante la Salutation angélique, il prit la fuite en poussant un cri horrible ?.

Donc, puisque cette salutation est si excellente, si profitable, si efficace, ayons soin de la prononcer plus souvent, de la réciter debout, assis, en fléchissant le genou et même en marchant; en effet, un miracle particulier peut montrer combien cette habitude est agréable à Dieu et à la sainte Vierge. Césaire le mentionne en ces termes: « Un habitant de Cologne avait cette bonne coutume, quand il était seul, de toujours prier allant à l’église, soit en retournant, même en se promenant dans ses appartements, et il répétait principalement la Salutation angélique. Étant mort, il apparut à une sienne petite fille; il était vêtu splendidement, et sur tous ses habits, mais spécialement sur sa chaussure, il y avait écrit en entier le petit verset Ave, Maria, gratia plena, etc. C’est parce qu’en se promenant il avait plutôt répété cette première ligne de l’Ave, Maria, qu’on le voyait écrit plus de fois sur ses jambes et ses pieds. » Aïnsi le raconte Césaire.

À l’œuvre sont proportionnés le salaire et la récompense. Il était juste, en effet, qu’on vint s'attacher aux pas de cet homme, puisqu’illes avait embellis par la récitation continuelle de la Salutation angélique. Nous lisons qu'un Ange compta les pas d’un anachorète et que, sur cette indication, Dieu lui accorda ensuite pour chaque pas une récompense. Bien plus, les Anges compteront nos pas, s’ils ont été embellis et sacrés par la récitation fréquente de la Salutation angélique. Ainsi soit-il,

1 Chap. Lxx. — 2 Thomas à Kempis, Sermon ne aux Novices. — 3 Liv. XII des Exemples, chap. 1.

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