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PRATIQUE DE RÉCITER LA SALUTATION ANGÉLIQUE ET SA PARAPHRASE

SomwaIRE. — 1. Prière de saint Épiphane, au sujet de l'Ave, Maria.— 2. Paraphrase de ses diverses parties : Ave. — 3. Maria. — 4, Gratia. — 5. Plena. — 6. Dominus tecum.

I. — Avant de rendre à la Vierge, Mère de Dieu, ce pieux hommage de la Salutation angélique, dites comme avant-goût ces paroles d’une prière de saint Épiphane: « Remplissez ma bouche de la grâce de votre douceur, à ma Souveraine, et illuminez mon esprit, à pleine de grâce; mettez ma langue et mes lèvres en mouvement pour que je chante vos louanges d’un cœur joyeux et ardent, et surtout cette douce mélodie angélique devenue si célèbre, que l’Ange Gabriel, sous son extérieur d’esclave, vous fit entendre en vous proclamant Vierge et Mère intacte de mon Dieu. C’est la Salutation angélique que je veux dire, le salut qui convenait et était nécessaire au monde, le remède et le secours de toutes les âmes. »

IT.— Ave! Salut! C'est-à-dire: «Réjouissez-vous, Vierge très-sainte.» Ce mot Ave est ainsi expliqué par les saints Pères : Justin, dans Tryphon ; Basile de Nysse, sur la Génération humaine du Christ; Euthymius, dans les Prolégomènes sur saint Luc; André de Crète, Discours sur l’Annoncialion; Procope sur la Genèse !.

Donc, salut, c’est-à-dire: « Réjouissez-vous, glorieuse Vierge, parce que vous êtes pleine de grâce; parce que le Seigneur est avec vous ; parce que vous êtes bénie entre toutes les femmes; parce que vous avez trouvé grâce devant Dieu; parce que le Saint-Esprit viendra en vous et que la vertu du Très-Haut vous couvrira deson ombre ; parte que vous avez conçu dans votre sein et mis au monde Jésus, le Fils du Très-Haut. Réjouissez-vous, harpe d’allégresse, parce que vous avez apporté la joie à l’univers entier, que vous avez écrasé la tête du serpent infernal et de sa race; que vous avez détruit dans le mondetoutesles hérésies. Réjouissez-vous, parceque vousavez échappé au malheur causé par Eve à tout le genre humain ; que vous avez été

4 Chap. 11L

exempte de toute malédiction et de tout péché; que vous n’avez pas éprouvé son ardeur; que vous avez enfanté sans douleur; que jamais vous n’avez été souillée dans votre âme d’une faute actuelle, pas même la plus légère ; que vous n’avez pas vu la corruption dans votre chair. Réjouissez-vous d’avoir purifié la race humaine de toute sa corruption. Réjouissez-vous d’avoir rappelé les exilés dans leur patrie.»

En tournant les lettres on tire Eva du mot Ave. Donc, comme Marie fut saluée par le mot Ave, on la met en regard de notre mère Ève, et on donne à entendre qu’elle est une nouvelle Eve. Salut done, Eve nouvelle, comparée à l’ancienne; vous qui avez changé la malédiction en bénédiction, le chagrin en joie, les tourments en consolation, la misère en félicité, la mort en vie, le péché en grâce, le châtiment en gloire! Salut, vous qui la première êtes affranchie du malheur, de la malédiction et de la damnation ! ‘

Bonne Mère, salut, vous par qui le monde est sauvé de la ruine, vous qui nous abrégez le sort mauvais de notre mère Eve!

III. — Maria, Marie. Le plus doux et le plus suave des noms, nom riche de présents sans nombre, de grâces, de mystères. C’est pour lui que les saints Pères ont employé ces belles appellations dout ils ont honoré et salué la Mère de Dieu. Je veux en citer ici quelques-unes.

Saint Éphrem, dans son Discours sur la Gloire de la Vierge, la salue ainsi : «Salut, Paradis de délices et de toute beauté ! Salut, tige de vie! Salut, clef du royaume céleste ! Salut, beau vase choisi de Dieu! Salut, Souveraine, pleine de grâce! Salut, Vierge bienheureuse entre les femmes! Salut, Étoile brillante d’où le Christ est sortil » Chrysippe dé Jérusalem, dans un Discours sur la Mère de Dieu: « Salut, lever du soleil, qui ne peut subir de couchant! Salut, armoire de la vie! Salut, Ô vous qui êtes le jardin du Père, qui êtes la prairie de toutes les fleurs du Saint-Esprit! Salut, racine de tout bien! Salut, pierre précieuse au-dessus de tout prix! Salut, vigne aux raisins vermeils! Salut, nuage de pluie qui abreuve les âmes des Saints!»

Jean le Géomètre veut que la Vierge soit ainsi dans la joie (hymner", sur ses louanges) : «Réjouis-toi, lune heureuse et qui n’a pas les dommages du Ciel, plus pleine et plus proche de ton radieux soleil.»

L'empereur Léon, d’après Louis Novarini !, la salue en ces termes et nous appelle, nous engage tous à la saluer ainsi : « Disons à la Vierge, s’écrie-t-il, ou plutôt que le chef, le maitre du chœur entier lui dise : « Salut, arche en qui le Seigneur, se reposant, s’est levé «au milieu de son repos, quand par vous il eut relevé de sa chute « l’homme, son image, œuvre de ses mains, et qu’il l’'eutremis dans son « rang (c’est pour le tirer de sa perte qu’il s’était enfermé au fond de « vos entrailles) ! Salut, montagne fertile! en voyant ta fécondité, le « Créateur et le maître du monde t'a montrée à nous comme apportant « l’abondance de tous les biens ! Salut, toi qui as porté dans ton sein « mortel le Roi qui doit régner éternellement sur son trône éternel! « Salut, toi qu’il conserva intacte quand la pluie de la vie eut baigné «toutes les frontières de la terre qui menaçaient de périr de la séche- « resse de la mort! (Ajoutons aux éloges antiques et venant de David, « d’autres donnés et répétés par les autres prophètes, et que le chœur « actuel ne dédaignera pas.) Par ta faveur, quand nous gémissions sous « le joug du plus pénible esclavage, la liberté que nous ne devions « jamais perdre nous a été rendue. Salut, verge d’où avait fleuri, « telle qu’une fleur de vie, la bénédiction! Bientôt la malédiction, « la mort de l’âme a trouvé la mort! Salut, tenailles qui avez saisi l'in- « tolérable charbon, instrument qui nous expurge de la lèpre du péché, « dès qu’il touche nos lèvres! Salut, table qui portes ce pain fait d'une « manière nouvelle etinconnue à la nature ; nous étant nourris, nous « qui périssions de faim pour avoir vécu et semé au milieu des épines; « nous avons échappé à un si grand malheur! Salut, porte préparée et « destinée seulement au Roiqui doit entrer pour nous sauver, sans tou- « cheraux barrières de ta respectable virginité! Salut, palais d’où le Roi, « s’avançantsousun extérieur modeste, a supporté le pouvoir de la mort «élevé contre nous, et a changé en repos cette très-dure et très-fâcheuse «tyrannie! Tu es rentrée aujourd’hui toi-même dans ce repos, et tu «as été élevée à cette immortalité que tu as procurée.»

IV. — Gratia, de grâce. C'est-à-dire enrichie de la grâce justifiante et des vertus théologales qui l’accompagnent, d’autres ainsi répandues

1 Chap. xxxvnr.

en elle d’une manière divine, avec les dons du Saint-Esprit et les fruits, les grâces accordées gratuitement, les priviléges et les prérogatives : le tout à un éminent et héroïque degré.

V. — Plena, pleine. Regorgeant ou surabondant degrâces; en effet, tout ce que chaque Saint a eu de vertu, d'honneur, de félicité, vous le possédez à vous seule. Pleine, parce que vous êtes un abime de grâces, un trésor de sainteté. Pleine, parce que tous les hommes reçoivent de votre plénitude: le captif, sa rédemption; l’aveugle, l’usage de la vue; le malade, la guérison ; l’affligé, la consolation; le pécheur son pardon; le juste, la grâce; les Anges, l’allégresse; le Fils de Dieu, la substance de la chair, et toute la Trinité la gloire. Et vraiment pleine, puisque dans son âme le péché ne trouve aucune place l’iniquité ne trouve aucun accès.

VI. — Dominus tecum, le Seigneur est avec vous. Ces seuls mots expriment la dignité de Marie et les droits qu’elle exerce sur son Fils. Puisqu’on le dit de tous les autres Saints et que c’est pour eux une très-grande chose d’être avec le Seigneur; ainsi dit-on qu'Énoch marcha avec le Seigneur‘, ce que font ceux qui en tout obéissent à sa volonté. Marie a eu en partage un privilége plus grand que celui de tous les autres Saints, puisque non-seulement elle est avecle Seigneur, mais encore le Seigneur est avec elle; ce qui nous donne à entendre que non-seulement elle est soumise, elle, à la volonté du Seigueur, mais aussi que le Seigneur est soumis à la sienne, comme l’a remarqué Ricard sur saint Florent’. C’est pourquoi ces paroles: « Le Seigneur est avec vous ,» sont les plus agréables de toutes à la Vierge. Une pieuse femme désirait savoir laquelle des paroles dites par l’Ange frappa le plus doucement les oreilles de la Vierge et causa le plus de joie à son cœur, la bonne Vierge voulut bien satisfaire le désir de cette femme, elle lui apparut et lui dit que de toutes ces paroles «le Seigneur est avec vous, » lui avaient été les plus douces et les plus agréables; elle lui conseilla, en outre, de les prononcer lentement et après une plus grande attention *.

C’est à peu près semblable ceque rapporte de la bienheureuse Eula-

1 Genèse, vw, 24. — 2 Liv. Ier, chap. v. — 3 Pelbart, dans son Muriale, part. IV, art. 2, chap. 1v.

lie, l’anonyme de Halès. La Vierge, Mère de Dieu, lui apparut pendan qu’elle veillait, en disant : « Dormez-vous, Eulalie? Dormez-vous, ma fille? — Je ne dors pas, dit-elle, ma très-chère maitresse; mais je vous demanderai pourquoi vous, la Reine et la Souveraine du monde, vous avez daigné venir à moi, indigne pécheresse? — Ne craignez pas, fille bien-aimée, une tendre Mère à qui vous rendez chaque jour de si fréquents hommages. Quand vous me saluez de la Salutation angélique, si vous voulez m'être agréable et vous être plus utile à vous-même, ne récitez pas si rapidement cette salutation. Sachez que je ressens alors une grande joie, surtout quand vous dites : « Le « Seigneur estavec vous.» La satisfaction dont je suisalors pénétrée est inénarrable. Il me semble avoir mon Fils présent en moi, comme je l'ai eu avant qu'il eût daigné naître de moi pour les pécheurs. Et comme alors ma joie fut ineffable, ainsi en est-il quand on me dit : « Le « Seigneur est avec vous. » À ces mots, la douce Vierge disparut et s’en retourna au céleste royaume. Puisqu’il en est ainsi, ne disons pas ces paroles sèchement , mais récitons-les à la sainte Vierge de tout notre cœur, de toute notre âme, avec une dévotion entière. Disons-lui: « Le Seigneur est avec vous, Vierge gracieuse, Vierge glorieuse, Vierge bénie. » Ce n’est pas un époux terrestre, mais le Seigneur quiest avec vous; Le Père de la chasteté, l’Auteur de la sainteté, Celui qui donne l’immortalité, Celui qui procure lasainteté; il estavec vous dans la maison comme un frère avec sa sœur ; il est avec vous à table comme un fils avec sa mère; il est avec vous dans la chambre comme un époux avec son épouse; il est avec vous dans l’exil comme un maitre avec sa servante; il est maintenant avec vous dans le royaume comme un roi avec la reine.»

Le Seigneur est avec vous. — Le Seigneur Père, le Seigneur Fils, le Seigneur Saint-Esprit. ne sont pas trois Seigneurs, mais un seul Seigneur, qui est avec vous. Avec vous est le Père, qui, avant les siècles, vous choisit pour être la Mère de vie.

Avec vous est le Fils qui a sanctifié vos entrailles de sa présence et s’est assimilé la nature humaine par votre chair. Avec vous est le Saint-Esprit qui vous a remplie de sa grâce et, avec le Père et le Fils, a sancüfié votre sein. Avec vous est la puissance du Père, qui vous fé«

<onde et qui fait votre propre Fils. Avec vous est la sagesse du Fils, qui vous enseigne admirablement, vous dispose et prépare à être jugée digne de devenir sa Mère. Avec vous est la bonté du Saint-Esprit qui vous conserve Vierge pure, chaste et sans tache,

Le Seigneur est avec vous. — Non-seulement, comme dans Les autres choses, par son essence, par sa présence, par sa puissance, et dans les justes par sa grâce, mais d’une manière toute spéciale par l'identité de chair, en effet, il s’est uni votre chair d’une manière si intime que de sa substance et de la vôtre il a formé le Christ, ou plutôt est né le Christ, comme l’expose saint Bernard, 11° Homélie sur les mots Missus est, L’Écriture ne dit-elle pas: « Ils seront deux dans une seule chair :? »

Le Seigneur est avec vous. — Avec vous dans le corps ; avec vous dans lesprit ; avec vous dans l'intelligence ; avec vous dans vos conseils; avec vous dans votre sein; avec vous par son secours; avec vous à sa naissance; avec vous à sa mort; avec vous à la fin ; avec vous sans fin.

Vous êtes bénie parmi toutes les femmes. — Vous avez été choisie parmi tant de milliers de femmes qui ont été, qui sont et qui seront, vous qui êtes mère et qui êtes demeurée vierge, mère du Verbe éternel, admirable et ineffable vierge.

Vous êtes bénie parmi toutes les femmes, vous qui avez échappé à

toutes les malédictions lancées contre les femmes, qui n’avez point éprouvé l'approche de la stérilité, qui avez obtenu la dignité de mère, sans perdre votre pudeur virginale.

\ Vous êtes bénie parmi toutes les femmes.—Ëve a été maudite parmi toutes les femmes, elle qui a transmis, à toutes Les femmes qui doivent enfanter, la sentence de malédiction qui les condamne à enfanter dans la douleur. Muis vous êtes bénie entre loules les femmes, vous qui avez changé cette sentence de malédiction prononcée envers notre première mère en bénédiction, et qui, par votre bénédiction, avez fait D. raître toute la malédiction qui nous avait été transmise par Eve, qui avez lavé la contagion de l’ancienne malédiction et qui avez apporté la joie au monde entier.

1 Genèse, 11, 24,

Vous êtes bénie entre les femmes.— Parce que toute femme qui conçoit est rendue féconde par l’amour de son mari, vous seule avez conçu par l'amour de Dieu, c’est-à-dire par l'opération du Saint-Esprit.

Vous êtes bénie entre toutes les femmes.— Parceque vous avez surpassé toutes les autres femmes en fécondité, non sans doute par le nombre d'enfants, puisque vous n’en avez mis qu’un seul au monde, mais par une manière particulière d’engendrer; car, en enfantant corporellement le Christ, vous êtes devenue spirituellement la mère d’une grande multitude de fils dont le Christ est le premier-né, « premier-né d’un grand nombre de frères. » C’est done à juste titre que tous les fidèles vous appellent leur Mère et que tous vous honorent comme leur mère.

Vous êles bénie.—Vous que les Anges et les hommes bénissent également, Gabriel vous salue, Élisabeth vous proclame la Mère de Dieu, Simon et Anne vous vénèrent et vous honorent; une femme s’écrie du milieu de la foule: «Heureuses les entrailles qui vous ont porté ! heureuses les mamelles qui vous ontallaité! » Toutes les générations vous proclament bienheureuse: « Toutes les générations m’appelleront bienheureuse. »

Parmi toutes les femmes, et non parmi les hommes, car c’est le Christ qui est béni parmi les hommes; mais tous les hommes et toutes les femmes sont bénis en vous.

Et le fruit de vos entrailles est béni. Certainement béni, puisqu’il est le Fils de Dieu béni. Béni celui que les Anges, le jour de sa nativité, Siméon et Anne dans le temple, les enfants des Hébreux le jour des Rameaux, ont appelé béni ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur! Béni celui que toute créature honore et proclame dans le Ciel, sur la terre et dans les Enfers, le fruit de vos entrailles, celui qui est sorti de votre sein, qui nous a été donné en nourriture, et dont le corps nous nourrit et nous donne des forces, nous conduit aux délices de la vie éternelle!

Jésus. Nom glorieux, nom doux comme le miel, nom admirable, saint aux yeux des Anges qui le louent, grand et admirable aux yeux des hommes, terrible et dangereux pour les démons.

Sainte Marie. Véritablement sainte, puisque vous êtes le tabernacle de toute sainteté, et tout saint, à côté de vous, est comme du

sable à côté de l'or, comme le dit Richard de Saint-Laurent‘; sainte dans votre âme, sainte dans votre corps, sainte en votre naissance, sainte pendant votre vie, sainte à votre mort,

Mère de Dieu. Cette dignité vous élève au-dessus des Anges, vous attire la confiance des hommes et fait que tous ont recours à vous, réclament vos mérites, et, dans leur misère, implorent votre Secours.

Priez pour nous, vous qui êtes notre Mère, notre avocate, qui

pouvez tout et qui ne trouvez rien qui résiste à votre puissance ; vous qui êtes la Reine du Ciel, la souveraine des Apôtres et la pa-

ironne des hommes.

Pauvres pécheurs, que vous ne méprisez pas, que vous ne re-

poussez pas, que vous ne haïssez pas; vous n’abhorrez pas les pécheurs, sans lesquels jamais vous n’auriez été digne d’avoir un tel Fils.

Maintenant, dans la vie présente, qui passe rapide en un moment comme un instant indivisible, car du temps nous ne possédons que le présent qui est la fin du passé et le commencement de l'avenir.

Et à l'heure de notre mort. C’est-à-dire, à cette heure extrême et dangereuse où le serpent antique dresse des embüches plus nom- Dreuses et s’efforce avec plus d’ardeur de nous perdre. O Mère de miséricorde, notre maîtresse, notre médiatrice, notre avocate, secourez donc maintenant et toujours ceux qui vous sont dévoués ; dans le cours de cette vie, soyez notre protectrice et notre auxiliatrice assidue; écartez de nous tous les assauts de l’ennemi, et gardez-nous dans la voie du salut. Au dernier moment de notre vie, conservez nos misérables âmes et chassez loin de nous les regards ténébreux et horribles des démons. Au jour terrible du Jugement, délivrez-nous de la damnation éternelle, et faites-nous participer à la gloire de votre Fils.

Amen! C'est-à-dire : Qu'il en soit ainsi. Oui, qu'il en soit ainsi, notre très-douce Mère, notre très-bienveillante avocate, noire

1 Liv. I des Louanges de Marie.

666 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. médiatrice pleine de clémence; qu’il en soit ainsi, Ô notre Souveraine pleine de grâce, qui avez engendré la vie, procuré la grâce divine de notre salut. Qu’ilen soît ainsi, nous le demandons par le eôté de votre Fils et par ses blessures sacrées. Au nom de votre cœur et de votre sein sacré, par les bienveillantes entrailles de votre miséricorde, nous le demandons au nom de la grâce que vous avez trouvée et de la prérogative que vous avez méritée; au nom de la miséricorde que vous avez enfantée; préparez-nous un accès auprès de votre Fils, qu’il nous reçoive par vous, puisque c’est par vous qu'il nous aété donné. O frères bien-aimés, disons donc tous à cette Vierge: « Je vous salue; » chantons tous : « Je vous salue. » Prions tous, afin que, au nom de cette douce prière: «Je vous salue, » Jésus-Christ, le Fils de Marie, daigne nous délivrer de toute malédiction de sa part, lui qui, avec le Père et le Saint Esprit, vit et règne, Dieu pendant tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il,

246° CONFÉRENCE FAUT-IL, ET POURQUOI FAUT-IL SALUER LA VIERGE, MÈRE DE DIEU?

SOMMAIRE. — 1, Impiété des hérétiques à l'égard de la Salutation angélique. — 2. Nous devons saluer Marie; motifs tirés de l'exemple de l’Archange, d'Elisabeth, de l'Église. — 3. Fruits que nous recueiïllons de cette salutation. — 4. Honneurs que nous rendons à Marie par cette salutation.

Les hérétiques, pour se montrer les ennemis déclarés de la Vierge et les descendants de l’antique serpent dont la bienheureuse Vierge Marie a écrasé la tête, ont supprimé dans leurs catéchismes la Salutation agélique et détournent de la récitation de cette prière ceux qu’ils ont misérablement trompés. Non-contents de cette impiété, ils déchirent de toutes les façons les plus extraordinaires et les plus indignes cette Salutation agélique qui a apporté au monde un remède salutaire. Calvin, dans son Commentaire sur saint Luc, dit, au sujet de l’Annonciation, que les Papistes ont transformé, par un magique exorcisme, cette salutation en petite prière; et, dans son Harmonie évangélique, il dit que les Papistes usurpent témérairement une fonction étrangère en récitant la salutation dont l’Ange seul a été chargé, et il les appelle insensés parce qu’ils saluent la Vierge quoique absente

et qui, comme tous les autres Saints, ignore ce qui se passe ici, chez vous. Voilà ce que dit ce fanatique.

IL, — Mais les fidèles du Christ, qui ont à cœur la gloire de Dieu et de sa Mère, récitent souvent cette salutation avec l’Ange et l’offrent non sans raison à la bienheureuse Vierge :

4° Pour rappeler le souvenir de ce grand mystère de notre salut et de notre rédemption, par lequel Dieu s’est fait homme. Toutes les fois, en effet, que nous récitons la Salutation angélique, nous rendons grâce de tout notre cœur à Dieu, le Père de miséricorde, et à notre Rédempteur, qui nous a aimés jusqu’au point de nous envoyer dans ce monde son Fils unique, qui s’étant fait homme a délivré les hommes de la perdition.

2 Nous avons pour agir ainsi l'exemple de l’Archange Gabriel. Si, en effet, ce messager de Dieu a salué si respectueusement la bienheureuse Vierge avant qu’elle fût Mère de Dieu, avec combien plus de raison ne devrons-nous pas la saluer avec une foi profonde et une grande soumission d'esprit, maintenant qu’elle est devenue la Mère d’un Dieu si puissant et que, par son assomption, elle a été élevée audessus de tous les chœurs des Anges?

3 L'exemple d'Élisabeth doit nous exciter à saluer la Vierge; car de même qu’elle s’écria, remplie de l’Esprit-Saint et d’humilité : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni, » il convient que, nous aussi, nous prononcions ces paroles avec humilité et respect. Car il est agréable, pour la Reine du Ciel, d'entendre les paroles que son bien-aimé lui avait envoyées du Ciel.

4° Nous avons l'exemple de l’Église universelle qui, dès le commencement, a observé et consacré cette manière sacrée de saluer et d’invoquer la Vierge Marie, et qui par sa tradition l’a enseignée à tous les peuples et à toutes les nations, comme nous l'avons montré plus haut. Pour le moment, qu’il nous suffise du seul témoignage du prêtre Hésychius, qui, danssa rr° Homélie sur la Mère de Dieu, s'exprime ainsi : « C’est à bon droit que, sans aucun doute, tout cœur reconnaissant salue la Vierge, Mère de Dieu, et imite selon ses forces lAnge Gabriel. »

III. —5° Nous en recueillons des fruits excellents, Premièrement,

nous excitons, nous augmentons, nous consolidons notre foi au mystère ineffable de l’incarnation de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ce grand mystère et ce grand bienfait, si souvent rappelés à notre souvenir, nous enflamment pour les bonnes œuvres, provoquent notre reconnaissance et nous engagent à prier Dieu et à lui demander pour nous une étincelle de cette grâce divine que nous rappelons dans cette salutation. Troisièmement, par cette salutation nous nous rendons favorable la glorieuse Mère de Dieu; car le proverbe dit : «Salue volontiers. » Or, il est impossible que si nous saluons joyeusement et dévotement la bienheureuse Vierge, elle ne nous salue pas à son tour, et que sa salutation ne porte pas en nous des fruits spirituels. De même qu’à la salutation de Marie, Élisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint et que son enfant tressaillit de joie dans son sein, ainsi nous-mêmes, à la Salutation de Marie, nous obtiendrons la grâce de l’Esprit-Saint et, remplis d’une douceur intérieure, nous éprouverons dans nos âmes une consolation, une joie, un contentement admirables.

IV. — 6° Il faut que s’accomplissent les paroles prophétiques que la glorieuse Vierge, remplie de l’Esprit-Saint, a prononcées en disant : « Toutes les nations m’appelleront bienheureuse. » Qui donc l’a proclame bienheureuse? Les Juifs, ou les Turcs, ou les Païens? Hélas! ce n’est pas ce qu'ils font, mais le plus souvent, comme les hérétiques eux-mêmes, ils la couvrent d’ignominie. C’est donc notre devoir, à nous qui sommes hommes chrétiens,îde vénérer la Mère du Christ, de la proclamer bienheureuse et de la louer. Mais la principale et la meilleure partie des louanges de la Vierge se trouve dans la Salutation angélique, qui est de beaucoup la plus chère de toutes les prières, non-seulement à la Mère de Dieu, mais encore au Ciel tout entier, comme nous l’avons enseigné un peu plus haut,

7° Contentons-nous maintenant d'entendre saint Bernard, dans son, Homélie sur les mots Missus est. : « Le Ciel rit, les Anges se réjouissent, les démons fuient, l'Enfer tremble toutes les fois que nous disons avec respect : « Je vous salue, Marie. » Et plus loin : « @ Vierge Marie, entendre ce verset : « Je vous salue, Marie, » c’est pour vous comme une obligation de nous donner un baiser, car, à très-heureuse Mère. vous saluer par un Ave, Maria, c’est vous faire un baiser. » Il

ajoute : « Venez donc devant son image, mes chers frères; fléchissez le genou, imprimez-y des baisers et dites: Ave, Maria. »

Il y a un précepte divin qui nous ordonne d’honorer notre père et notre mère. Or, comme il ne nous a été donné aucune autre manière d'honorer la Mère de Dieu et la nôtre, nous employons cette salutation et nous la récitons comme un témoignage de notre piété et de notre dévotion envers notre Mère. Etipar ce moyen nous rendons à la Mère de Dieu et à la nôtre des honneurs dignes d’elle,

En la saluant par les paroles de l’Ange, nous reconnaissons et nous énumérons la multitude de grâces et de présents qu’elle a reçus de Dieu, et de cette manière nous louons Dieu qui, dans son infinie bonté, a daigné cacher dans uue seule jeuns Vierge un si grand trésor de grâces. En même temps, nous excitons et augmentons notre foi sur ce point, persuadés que toutes les grâces que l’Ange Gabriel a d’abord louées en Marie, se sont accrues infiniment nonseulement après la conception du Verbe, dans le sein de sa Mère, mais encore après l’assomption de la Vierge dans le Ciel. Si, dans cette vallée de misère, elle à été remplie de gràces si nombreuses, combien ces grâces ne doivent-elles pas être plus abondantes depuis qu’elle a quitté cette vie mortelle, et qu’elle vit et règne conjointement avec son Fils!

8 Enfin, l’Apôtre écrivant aux Romains ! leur adresse cette salutation : « Saluez Marie qui a beaucoup travaillé pour nous. » Si V’Apôtre ordonne de saluer et d’honorer cette femme pour quelques bienfaits privés rendus à l’Église, nous devons à plus forte raison nous considérer comme avertis de rendre le culte, la vénération ei les honneurs qui lui sont dus à la Mère de Dieu, qui règne dans le Ciel et qui autrefois a supporté pour nous avec le Christ de si grands et si nombreux travaux. Donc, que toute langue dirige des chœurs, que les lèvres pieuses s’entr'ouvrent, que les Anges fassent entendre leur voix, qu’ils s’écrient avec des transports de joie et qu’ils chantent en l’ho:neur de la très-sainte Mère de Dieu : «Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Il nous reste à voir les arçsuments ou plu-

1 XVI, 6e

tôt les délires des hérétiques, à débrouiller et réduire à néant les objections ridicules qu’ils font contre la salutation, et à refuter leurs blasphèmes. Il est très-important, pour remporter la victoire, de découvrir les embüûüches des ennemis, de découvrir leurs retraites cachées et d’avoir leurs soldats sous nos yeux. Commençons donc.

ON DÉTRUIT LES OBJECTIONS DES HÉRÉTIQUES CONTRE LA SALUTATION ANGÉLIQUE ET SA RÉCITATION.

SOMMAIRE. — 1, Sophismes et calomnies de Brentz. — 2. Efficacité de cette prière. — 3. Sophismes de Calvin; leur réfutation.

T. — Brentz, doué d’un esprit fécond, mais pervers, attaque, dans son Homélie sur saint Luc, la Salutation angélique et s’efforce de nous en rendre la récitation odieuse par ces paroles : « Cette salutation est odieuse à Dieu et aux élus. » O hideux blasphèmel! à ignorance crassel Une œuvre sera odieuse à son auteur! Ce que la très-sainte Trinité a fait, a dicté et a confié à l’Ange Gabriel pour le porter à la Vierge, Dieu le rejettera comme une invention du démon! Je ne vois pas que ce qui a été agréable à la très-sainte Trinité doive déplaire aux élus, et que nous devions l’éviter.

Brentz continue à calomnier cette salutation. Il dit que nous la récitons pour expier nos péchés. Nous ne nions pas que la Salutation angélique, dévotement récitée, n’efface les péchés, pourvu qu’on entende la chose sainement et de la manière dont l'explique saint Augustin dans son Enchiridion, chapitre vir, au sujet de l’Oraison dominicale. Cette prière efface tous les petits péchés quotidiens, elle efface même ceux que les fidèles ont commis dans une vie criminelle, mais dont ils se sont éloignés depuis en revenant au bien par la pénitence.

Il calomnie encore la Salutation angélique en disant que, dans l'opinion de certains, elle a autant de valeur que la passion mème de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Mais il est seul à dire cela, et pour l’enseigner, il ne s’appuie et ne peut s’appuyer sur aucun auteur recommandable. Nous ne nions cependant pas, nous avouons même simple-

VIERGE VÉNÉPRABLE. 671

ment et nous enseignons ouvertement que la Salutation angélique, souvent récitée, surtout dans le rosaire où, dans une pieuse méditation, l’on parcourt tous les mystères de la passion et de toute la

-vie du Sauveur, a autant de valeur et procure même plus de mérite que la seule méditation de la passion du Christ, et nous empruntons cette doctrine à Albert le Grand, théologien d’une grande réputation qui, dans son Traité de la Messe, s'exprime ainsi : « On obtient plus de mérites en méditant chaque jour sur la passion du Christ ou en l’entendant, qu’en jeünant tous les vendredis au pain et à l’eau, qu'en se donnant la discipline jusqu’au sang et en récitant tous les jours le psautier, et ce n’est pas sans raison; car toutes ces actions extérieures ont moins d'efficacité pour purifier nos

. cœurs et les remplir de vertus et allumer en nous le feu de la charité que la méditation du Christ. »

Si donc la seule méditation de la passion du Christ est d’un si grand mérite auprès de Dieu, de quel plus grand mérite ne doit pas être la prière du rosaire, qui renferme la méditation non-seulement sur la passion du Christ, mais encore sur toute sa vie et sur celle de la bienheureuse Vierge Marie? Sila méditation de la seule passion du Christ a une grande efficacité pour expier nos péchés, la méditation de toute la vie du Sauveur en aura bien plus encore.

Il faut savoir aussi que le Souverain-Pontife Léon X, de pieuse mémoire, a accordé une indulgence de dix mille jours à celui qui parcourrait en méditant la passion du Seigneur, ou la lirait, ou en entendrait dévotement la lecture faite par un autre. Or, celui qui récite le rosaire aura une indulgence d'autant plus grande qu’il médite pieusement non-seulement sur la passion, mais encore sur la vie tout entière du Sauveur.

L’impiété et la passion de la calomnie n ont pas de trêve. Il nous accuse de prétendre qu'une ville doit bientôt périr si la Salutation angélique n’y est pas chaque jour annoncée par le son de la cloche. Nous ne nions pas qu’une ville qui proscrit complétement de sa bouche, de sa mémoire et de son cœur, la Vierge-Mère, fille et épouse de Dieu, doive bientôt périr: telles sont les villes des hérétiques; il faut qu’elles meurent bientôt. Comment pourraient-ils se

(Lt

672 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. concilier la grâce du Fils, ceux qui méprisent la Mère? Comment pourraient-ils être chers à l'Époux, ceux qui blasphèment l’Épouse? Les Anges serviront-ils de patrons et de gardiens à ceux qui méprisent leur Reine? Jésus-Christ ne permettra pas que la majesté de sa Mère soit impunément lésée. Saint Anselme dit quelque part ces belles paroles : « O Vierge, dit-il, de même que tous ceux qui se détournent et s’éloignent de vous doivent périr, ainsi il est impossible que ceux qui se tournent et regardent vers vous doivent périr. » (Voyez plus bas l’invocation Porte du Ciel.

IT. — Wigand, Luthérien, et Jacques-André Smid, apostat, exigent de nous un mandat divin qui prouve que tous nous devons saluer Marie; de sorte qu'il faudrait attendre, pour faire quelque chose,

qu'une loi vous l’impose et que notre dévotion n’offrirait rien spon- .

tanément à Dieu et à sa sainte Mère! La très-sainte Trinité a daigné, comme nous l’avons dit ci-dessus, adresser cette salutation à la bienheureuse Vierge Marie. Nous négligerions de la saluer par ces mêmes paroles ? Que signifiera ce qu’a dit la bienheureuse Vierge : « Toutes les nations m'’appelleront bienheureuse, » si les Chrétiens ne la louaient pas, eux qui sont les générations des fidèles?

Nous savons qu’il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire légitimement et louablement, quoique Dieu ne les ait pas ordonnées comme de garder la virginité, donner tout aux pauvres, prier chaque jour à genoux, recevoir l’eucharistie le matin avant toute nourriture, faire des exorcismes avant l’administration du baptème, recevoir les saints Ordres, célébrer le jour du Seigneur, élever d’après le rit

académique des jeunes gens aux grades de maîtres, de bacheliers, de.

docteurs et autres choses semblables. Nous voyons de cela un témoignage évident dans Jérémie, lorsqu'il dit ! : « Que les Néchabites, avec toute leur postérité, se sont toujours absteuus de vin, n’ont jamais bâti de maisons, ni planté des vignes, ni ensemencé des champs. Cependant ils n’étaient tenus à cela par aucun précepte divin, mais seulement humain, et pour ce motif ils furent bénis de Dieu. » De mème, quoiqu’iln’y ait pour nous aucun précepte de saluer

1 Chap. xxxv.

la bienheureuse Vierge, il est pieux et louable de le faire, comme nous l’avons montré dans notre dernière Conférence.

Étienne de Malescot, dans son Catéchisme, attaque la Salutation angélique et dit qu’on ne peut honorer la sainte Vierge qu’en l’imitant. Mais nous avons réfuté plus haut cette sotte assertion, lorsque nous avons montré que l’honneur rendu à la Vierge ne consiste pas dans l’imitation seule, mais encore dans l’amour, le respect, l’invocation, la congratulation à laquelle se rapporte la salutation. (Voyez les Conférences 222 et 223.)

III. — 4° Réfutons maintenant les sophismes de Calvin : « Les Papistes, dit-il, ont changé comme par un magique exorcisme cette salutation en prière.» O coupable témérité de langue! Qu’y a-t-il de magique dans cette salutation, ou dans l’Ange qui salue, ou dans la très-sainte Trinité qui en est l’auteur? Il ne leur reste plus qu’à faire de l’Archange Gabriel un idolâtre ou un magicien, et d'attribuer tout cela à l’Esprit-Saint. Vous voyez quel grand, quel affreux aveuglement s’est emparé du chef de la nouvelle religion; vous voyez combien grossièrement ils errent dans les choses les plus évidentes! Accuser l’Ange qui a salué Marie d’exécrable idolâtrie et de magie digne du feu! Je voudrais d’abord savoir de ces maîtres insensés et infectés du venin du serpent infernal, quelle était la mission de Gabriel, dans quel but il a salué la Vierge. C'était sans doute pour persuader à Marie de préparer son sein et son cœur à recevoir le Fils éternel et de les lui offrir. Nous, nous ne cherchons plus la Vierge dans sa demeure de Nazareth, mais nous la saluons régnant déjà dans ce vaste palais du Ciel. Et nous ne cherchons pas à lui persuader, et nous n’attendons pas, comme le fit l’Ange, qu’elle accepte l’embrassement divin, qu’elle présente au Messie qui doit venir son cœur et son corps bien préparés, qu’elle se croie en même temps Mère et Vierge; mais nous la saluons et la disons bienheureuse, parce qu’elle à cru aux paroles de l'Ange, qu’elle a obéi au désir divin, qu’elle a conçu de l'Esprit-Saint, et qu’elle a enfanté chastement le Rédempteur du monde.

Et cette salutation et cette congratulation luiconviennent maintenant d'autant mieux que, délivrée de toutes les misères du corps et de

:°; ti 43

cette vie, et élevée au-dessus du chœur des Anges, elle se réjouit dans la céleste gloire des grandes grâces qu’elle a reçues.

Peut-être serez-vous offensé de ce que nous avons fait une courte prière de cette salutation? S'il ne s’agit que des paroles’ de Gabriel et d'Élisabeth, nous ne les appelons pas absolument une prière, mais une salutation. Mais il n’y a rien d’absurde à leur donner le nom de prière; elles sont, en effet, une action de grâces par laquelle nous rappelons souvent à notre souvenir l'immense et ineffable bienfait de l’incarnation, et nous rendons à Dieu pour ce bienfait toutes les actions de grâces que nous pouvons, afin que nous ne soyons pas accusés d'ingratitude.

Or, qui ne sait que l’action de grâce est la principale partie de la prière? Saint Augustin, sur l'Esprit et la lettre, chapitre xx, dit : « Le culte de Dieu consiste principalement en ceci, que l’âme ne se montre pas ingrate envers lui. » Aussi, dans le sacrifice de la messe, le seul vrai, et quand le prêtre nous avertit de rendre grâces à Dieu, notre Seigneur, lorsque au canon il dit, en s'adressant à tous ceux qui sont présents : «Rendons grâce à Dieu, notre Seigneur, » etque le ministre répond : « Cela est convenable et juste, » comment Calvin lui-même, dans son Institution de la prière, chapitre xvr, n’établit-il pas deux parties, la demande et l’action de grâce?

Enfin, aux paroles de l’Ange et d'Élisabeth, l’Église a ajouté une formule simple et facile de prière, utile à tous les gens de bien et inaccessible aux attaques des hérétiques : « Sainte Marie, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. » Ces paroles font que la salutation n’est plus seulement une action de grâce, mais la transforment en une prière courte sans aucun exorcisme magique.

5° Calvin continue ses inepties : « Les Papistes, dit-il, s’attribuent témérairement une mission étrangère que Dieu n’a confiée qu'à l’'Ange. » C’est lui qui est téméraire en disant cela sans le prouver; mais j’accorde qu’il prétende l'avoir prouvé, faut-il croire que ce qu’ont dit et fait le Christ, les Anges, les Apôtres et les autres Saints, et que nous lisons dans les Écritures, ne regardait rien qu'eux? Comment serait vrai ce que dit l’Apôtre ! : « Tout ce qui est écrit a été écrit pour

1 Aux Romains, xv, 4.

VIERGE VÉNÉPRABLE. 675

notre enseignement? » Devons-nous seulement être les auditeurs de la loi, et non l’exécuter et la mettre en pratique? Loin de nous pareille doctrine, car ce ne seront pas les auditeurs de la loi qui seront

justes aux yeux de Dieu, mais les exécuteurs de la loi qui seront justifiés 1,

D'ailleurs, si nous chantons avec les Anges : « Gloire à Dieu dans les cieux, » pourquoi ne saluerions-nous pas, avec l’Ange, la Vierge Marie? L’Ange Saluait Gédéon, occupé à battre le blé, en lui disant: « Le Seigneur est avec vous ?.» Nous faisons de mème lorsque nous saluons respectueusement quelqu'un. Raphaël a dit à Tobie : « Que la joie soit avec vous. » Nous avons coutume de faire de même. Si donc il nous est permis d’imiter officieusement l’Ange saint Raphaël, pourquoi n’imiterions-nous pas religieusement Gabriel? Calvin déraisonne donc, lorsqu'il pense témérairement que cette manière de saluer la Vierge n’a été ordonnée qu’à l’Ange, et qu’il n’est permis à personne de répéter cette salutation ?

6° Mais il ne parle pas d’une manière moins insensée, lorsqu’il dit : «Ambition deux fois insensée de saluer la Vierge absente. » Trois fois et quatre fois insensé Calvin, qui pense que 1a bienheureuse Vierge est éloignée de nous et ne sait pas ce qui se fait parmi nous. Comme si la bienheureuse Vierge était exilée chez les Garamantes el chez les Indiens, ou comme si elle voyageait dans les îles Fortunées, ou dormait à la manière des hommes ou des morts qui ne sont pas encore heureux dans le Ciel, et ne pouvait entendre nos prières! Nous pensons le contraire avec les saints Pères, dont nous allons citer les ‘paroles mêmes. Saint Germain, de Constantinople * s’exprime ainsi : «Votre esprit, Ô Marie, vit éternellement et votre chair n’a point subi de corruption dans le tombeau. Vous observez tout, vous voyez tout, et votre regard se porte vers tous les hommes; et quoique nos yeux

, embarrassés ne puissent vous voir, vous vous montrez à ceux qui en sont dignes et vous vous insinuez facilement en eux par cette manifestation. »

L'auteur d’un traité sur le Salve, Regina, contient ce passage cité par

* Aux Romains, 1, 13, — 2 Judith, vi, 12. — 8 Sermon ue, sur lAssomption.

saint Bernard : « Il faut que nous regardions comme présent en nous celui que nous saluons comme présent, et que nous dirigions la trinité entière de notre âme vers celle que nous prions si dévotement. » Elle reconnaît certainement et aime ceux qui l’aiment et est véritablement tout près de ceux qui l’invoquent, et surtout de ceux qu’elle voit lui ressembler par la chasteté et l'humilité.

Quant aux Anges et aux Saints, nous avons dans l’Écriture des preuves évidentes qu’ils nous sont présents, qu’ils entendent nos prières et qu’ils les présentent à Dieu. L'Ange Raphaël dit à Tobie en parlant de lui‘: « Lorsque tu priais avec larmes, j'ai présenté ta prière au Seigneur. » Ils connaissent aussi le repentir intérieur et la conversion des pécheurs, car les Anges se réjouissent lorsqu'un pécheur fait pénitence?. Ilsnese réjouiraient certainement pas, si la pénitence des pécheurs leur était inconnue. Ils connaissent encore tout le culte que nous rendons à Dieu : « En présence des Anges, dit le Psalmiste, je chanterai vos louanges, Ô mon Dieu *.» Enfin, ils connaissent le vêtement et l'honnêteté des femmes dans les assemblées publiques : « C’est pourquoi la femme doit porter un voile sur la tête, à cause des Anges ?. »

Ce qui est dit des Anges s’applique aussi aux hommes qui, dans l'état de béatitude, sont semblables aux Anges 5. Ainsi, ce que nous lisons dans l’Écriture au sujet des Anges, nous le lisons pareillement pour les Saints. Samuel connut tout ce qui était dans le cœur de Saül #. Élisée savait tout ce que faisait son serviteur absent . Le même Élisée connaissait tous les secrets desseins du roi de Syrie et les révélait au roi d'Israël. Daniel connaissait le songe secret de Nabuchodonosor, et raconta au roi son interprétation de ce songe ?. L'Apôtre Pierre connaissait le mensonge d’Ananie et de Saphire sur le prix ‘, Si done les Anges connaissent ces choses, si les Saints qui sont encore dans cette vie mortelle les voient, ils pourront certainement les connaître lorsqu'ils seront dans le Ciel.

Car il n’est pas vraisemblable qu’ils aient été dans une meilleure

Uxn, 19. — 2 St. Luc, xv, 10. — 3 Ps. cxxxvit, 4. — #Ire Aux Corinthiens, xt, 10. — 5 St. Luc, xx, 36. — 61: Livre des Rois, 1x, 19. — 7 IVe Ibid., v,"20. — 8 Ibid, vi, 2. — 9 Daniel, n, 29, — 10 Actes, v, 1.

condition pendant leur exil que maintenant dans la patrie. Ici, éloignés de la présence de Dieu, ils ont connu beaucoup de choses par une révélation divine. Combien plus facilement ne peuvent-ils pas les connaitre maintenant qu’ils sont dans la cour céleste en présence de Dieu? Or, tout ce qui a été accordé en perfection aux Anges et aux Saints, soit dans cette vie, soit dans le Ciel où ils règnent, n’a pas été refusé à la Vierge Marie, Mère de Dieu, Reine des Anges et de tous les Saints. Quoiqu’ils fussent absents par le corps, Dieu leur a accordé la présence de l'esprit; donc cette présence de l’esprit a aussi été accordée à la bienheureuse Vierge. C’est pourquoi j’appliquerai à Marie ce que saint Maxime, dans un sermon sur saint Nazaire et saint Celse, dit du martyre, me contentant de changer le dernier mot : « Elle n’est point enfermée dans un lieu particulier, ses mérites ne dominent pas par la diffusion. Invoquez Marie quelque part que ce soit; celui qui est honoré en Marie exaucera votre prière. »

Que le Luthérien Guillaume Radingius se taise donc et qu’il n’ose plus faire ainsi parler la bienheureuse Vierge : « Cesse de me saluer et de m’honorer par tes salutations; cesse d’honorer les sourds et les morts. Nous avons en exécration ta salutation et tes prières. Quelque part que tu sois, quoi que tu fasses, que tu vives ou que tu sois mort, nous l’ignorons et nous ne nous en soucions pas, tant nous sommes loin d’exaucer tes prières. » C’est Radingius qui dictait ces paroles et non la très-pure Vierge Marie. Nous devons donc saluer la glorieuse Vierge, Mère de Dieu.

Il existait autrefois une coutume particulière de saluer les empereurs. Mais aucun culte d’adoration n’était rendu à l’impératrice, comme le dit Procope dans son Histoire secrète, livre II. Qu'il n’en soit pas ainsi de la Vierge, Mère et Épouse de Dieu, le grand Souverain. Nous devons donc lui rendre, tous d’une manière spéciale, un culte de vénération, de respect, et la saluer tous, puisqu'elle a enfanté pour nous tous la vie et le salut, Voyons maintenant

PAR QUI ET COMMENT DOIT ÊTRE SALUÉE LA GLORIEUSE VIERGE MARIE, MÈRE DE DIEU.

Sowmare. — 1, Avant-propos. = 2. Celui qui salue Marie doit être exempt de péché mortel. — 3. Celui qui veut saluer Marie doit être détaché de toute affection terrestre. — 4, Quiconque veut saluer Marie doit être pur.

I. — Tout le monde sait queles différentes nations ont différentes manières de saluer, Les uns remplissent ce devoir en se découvrant la tête; d’autres selèvent et s’inclinent tout entiers vers la terre ; d’autres baisent les mains ‘ou la figure de celui qu’ils saluent ; d’autres tombent à genouxetinelinent le front jusqu’à terre ; d’autres élèvent leurs mains enfermées dans les manches de leur toge, en prononçant cette double syliabe : Zin! sin! qui ne signifie rien, mais qui exprime seulement une formule de politesse ; ainsi font les Chinois dont parle Nicolas Trigault'; d’autres ne se lèvent pas pour saluer comme nous, mais s’arrètent en secouant légèrement leurs sandales; ils saluent leur ami en écartant les pieds, comme font les Japonais dont Pierre Maffée raconte cette coutume?; d’autres se saluent en joignant leurs mains droites, ce qui se fait chez nous ; d’autres se pressent trois fois la lèvre avec un doigt, comme les chefs turcs, ce que rapportent Cuspinien et autres. Parmi tant de manières de saluer, il doit en exister une toute particulière pour saluer la glorieuse Vierge Marie, Reine du Ciel. ir -nid

1° Celui qui prononce la Salutation angélique doit s’efforcer d’imiter l’Ange dans ses mœurs. Cest ce que dit Hugues de Saint-Cher qui, dans son commentaire sur le 1 chapitre de saint Lue, nous a laissé ee conseil : « Si vous voulez avoir accès auprès de la Vierge et la saluer, il faut que vous soyez un ange. » C’est pourquoi Dieu a envoyé un Ange pour saluer Marie, pour nous montrer d’une manière évidente que celui qui désire voir accepter de bon cœur sa salutation par la sainte Vierge doit tâcher d’imiter la vie de l’Ange et de res-

; 1 Liv. Ier de l’Expédition chrétienne, chap. vir. — ? Liv. XII, de son Hislotre de ’Inde,

NIERGE VÉNÉRABLE. 679

sembler à Ange par ses mœurs. Or, trois choses constituent principalement l’Ange : la pureté, la charité et l'humilité. L’Ange est pur parce qu’il n’a été souillé ni de la plus légère tache du péché, ni par une affection terrestre, ni par un commerce charnel. Tel doit être celui qui salue la Vierge très-pure s’il désire lui plaire, car la ressemblance est un motif d'amour. Ainsi, plus la Vierge est pure et élevée en sainteté au-dessus des autres créatures, plus doit être grande la pureté de celui qui la loue et la salue.

IT. — Ildoiït, premièrement, être pur de toute contagion et souillure du péché, au moins mortel. Les éléphants, au témoignage de Solino, dans Pierre Bercaire au verbe Saluer, saluent le lever du soleil par certains signes, mais ils ne le font pas avant de s’être auparavant lavés dans l’eau.

La Vierge, Mère de Dieu, revêtue du Soleil, représente le Soleil. Aussi saint Thomas de Villeneuve ‘ dit-il : « Enlevez le soleil, que reste-t-il sur la terre autre chose que des ténèbres ? Enlevez Marie de l'Église, que reste-t-il, si ce n’est l'obscurité? » Donc, celui qui la salue doit auparavant se laver dans Les eaux des larmes et de la pénitence, afin qu’il soit non-seulement exempt du péché, mais qu’il ait encore l'éclat des vertus.

Notre Seigneur et Rédempteur, avant de parler de la prière et d'y exhorter ses disciples, leur enseigna et ordonna d’abord d'éviter la vanité, la vaine gloire, l'hypocrisie, les conversations inutiles et fit précéder son enseignement sur la prière d’une instruction sur les vertus ?, nous indiquant par là qu'avant de prier et de saluer Dieu et, après lui, la bienheureuse Vierge, il faut purifier son âme, son cœur et sa conscience. :

On avait observé que chez les Romains, ceux qui devaient saluer l'empereur étaient examinés par les courtisans et fouillés, afin de s’assurer qu’ils ne portaient aucune arme avant d’être admis en la présence du souverain, comme le dit Alexandre d'Alexandrie *:«Vousaussi, qui devez saluer la Souveraine de luniversentier,soyez votre propre courtisan scrutateur, examinez les replis intérieurs de votre conscience afin

1 xer Sermon sur lAnnonciation. — ? St. Matth., vi. — 3 Liv. V, des Jours de fête, xxav.

de voir s’il n’y aurait pas quelque trait horrible et des dards du péché dont vous perceriez et crucifieriez de nouveau le Fils de Dieu et de Marie. »

En effet, quiconque pèche contre lui le crucifie de nouveau, au témoignage de l’Apôtre qui dit : « Crucifiant de nouveau en euxmêmes le Fils de Dieu et s'en faisant vanité’ .» Une salutation est suspecte lorsque sous les dehors du respect se cache un cœur ennemi. La Vierge aussi regardera comme suspecte une salutation qui procèdera d’un cœur impur, quoiqu’elle contienne les paroles de l’Ange.

III. — Secondement, celui qui salue Marie doit, comme l’Ange, n'être souillé d'aucune affection terrestre. Lorsque Moïse regardait dans le buisson ardent, Dieu lui dit : « Enlève les souliers de tes pieds ?. » Ce buisson désignait la glorieuse Vierge, comme le disent tous les Pères et comme le chante l’Église : « Le buisson que Moïse voyait brûler, nous savons qu’il représente la précieuse virginité que vous avez conservée pure, Ô Mère de Dieu. » Les souliers, qui sont faits avec la peau des animaux morts, représentent les choses mortelles et périssables; en ordonnant donc ici de déposer ses souliers, Dieu lui ordonne de dégager son cœur des affections terrestres ; car les pieds signifient l’affection, d’après ce proverbe si connu de saint Augustin : « Mon pied, c’est mon affection. » De la même manière, celui qui s'approche du buisson mystique, la glorieuse Vierge, doit avoir un cœur dépouillé de toute affection aux choses mortelles, terrestres et mondaines.

On compare ordinairement Marie à une échelle par laquelle on monte facilement au Ciel. C’est ainsi que l’appellent saint Pierre Damien ?, saint Augustin *, saint Fulgent5, Mais quoique la Vierge puisse être comparée en général à toute échelle qui conduit au Ciel, elle a cependant été figurée principalement par l'échelle que Jacob vit pendant son sommeil dont le haut touchait le ciel et par laquelle les Anges montaient et descendaient 5, Observez que Jacob n’a vu monter et descendre, par cette échelle, que des Anges, afin que nous compris-

1 Aux Hébreux, vi, 6. — 2? Exode, 1, 4. — 3 Homélie sur la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, — * xye Sermon sur le Temps. — 5 Louanges de Marie. — 6 Genèse, 11, 8.

| VIERGE VÉNÉRABLE. 681 sions que, pour monter au Ciel au moyen de Marie, comme par une échelle, nous devons ressembler aux Anges. Ce qui ne laisse pas aussi d'être mystérieux, c’est que Jacob ait vu cette échelle pendant son sommeil. Par là, nous pouvons comprendre que celui qui s’approche de Marie pour la saluer doit s'endormir sur les choses terrestres, abandonner le souci des choses de ce monde et avoir fe cœur pur des affections terrestres.

IV. — Par conséquent, quiconque se propose de saluer la Vierge doit être exempt de toute souillure de la chair ; que sa bouche soit pure de toute expression malhonnête, son cœur de toute pensée honteuse et sa personne tout entière de toute tache d’impudicité. Lorsque quelqu'un parle d’une personne noble et élevée en dignité, on a coutume de lui dire : « Allez avant laver votre bouche. » De même, celui . qui désire saluer la noble Vierge Marie doit, avant de proférer son nom vénérable, renoncer à toute infection charnelle et à toute impureté, afin de ne pas célébrer dans cet état d’impurcté les louanges de la Vierge très-pure et de ne pas proférer avec des lèvres immondes le nom très-saint de Marie.

L'empereur Sévère, d’après ce que dit Lampridius, défendit aux femmes perdues d'honneur de saluer sa mère et son épouse. Dieu ne défend pas aux femmes impures de saluer sa Mère et son Épouse, mais il aime mieux la voir saluer par les personnes pures et les gens de bien. Comme figure de cela, il a dit de Jahel ! : « Jahel, épouse de Haber le Cinéen, est bénie entre les femmes, et qu’elle soit bénie dans sa tente.» La version chaldaïque traduit : « Tu seras bénie de la bénédiction des femmes de bien. »

Personne d’impur, de sale, d’immonde, ne parlera du mystère de l’Incarnation. Aussi Isaïe ?, lorsqu'il voulait parler de l’Incarnation du Verbe, détestant son impureté, s’écria : « Maineur à moi, parce que mes lèvres sont impures ! » et ensuite il demanda à Dieu de vouloir bien lui envoyer un Ange du Ciel, qui, touchant ses lèvres, purifieraient sa bouche et son cœur. Or, quiconque récite la Salutation angélique parle du mystère de l’Incarnation; aussi faut-il que sa bouche, ses lèvres et son cœur soient purs.

1 Juges, v, 24, — 2 vi, 5.

La très-pure Vierge Marie elle-même déteste l’impureté. C’est pourquoi l’Écriture la compare à une abeille ‘ : « L’abeille est petite parmi les volatiles, mais ce qu’elle produit surpasse toute autre chose en douceur. » L’abeille aime tant la propreté et déteste tant la saleté qu’elle ne s’arrête jamais dans un lieu sale ou qui répand de mauvaises odeurs, comme l’atteste Varron, en parlant des abeilles. Et Élien *raconte au sujet des abeilles qu’elles attaquent les femelles, surtout celles qui ont eu le plus souvent commerce avec les mâles. Notre abeille spirituelle, la bienheureuse Vierge, déteste et fuit bien plus encore toute souillure et surtout toute infection impudique. Elleest, en effet, la Mère de la pureté, un modèle de sainteté et l’amante de la pudeur et de la chasteté.

Nous pouvons rappeler ici l’exemple cité d’après Albert Castelan ?, à propos d’un jeune homme dévot envers la sainte Vierge, maïs trèsléger : « La Bienheureuse Vierge, lui apparaissant, lui présenta une boisson délicieuse dans un vase dégoûtant de saleté, et lui dit : « Ta « prière ressemble à ceci, tu récites en mon honneur le rosaire qui « m'est très-agréable, mais tu me le rends détestable par ta vie im- «pure.» Que personne d’impur ne s’approche donc jamais de la trèspure Vierge pour la saluer. On la compare aussi avec raison à un jardin fermé et à une fontaine scellée * : « Jardin fermé et source close. » Le jardin est clos et par conséquent fleuri et délicieux. On ne peut donc pas en approcher avec des pieds chargés de boue, c’est-àdise avec des affections sales et impures. La source est scellée et par suite limpide et très-pure; il ne faut donc pas y puiser de l’eau avec des mains impures. Qu'il soit donc un ange par la pureté, celui qui désire honorer et saluer Marie.

En outre, celui qui veut saluer dignement la Vierge doit imiter la charité et l’union des Anges. Parmi les Anges règnent une grande paix, une parfaite concorde; le plus élevé n’opprime pas linférieur. De la même manière doivent régner la paix et l’union entre ceux qui saluent la Vierge.

Pour cela, le mystère de l’Incarnation est une promesse de paix;

1 Ecclésiastique, x, 3. — 2? Liv. IL, chap. vu. — 8 Livre du Rosaire. — # Cantique, 1v, 12.

VIERGÉ VÉNÉRABLE. 683

c’est dans ce but, en effet, que Dieu a fait la paix avec les hommes, et, comme preuve, que le Fils de Dieu est descendu sur la terre, doucement et sans bruit, comme la pluie sur une toison, selon le Psalmise ‘. À cette fin, il s’est choisi sa Mère, au moyen de laquelle il a brisé la force des arcs, les boucliers, les épées, et qu’il à éteint la guerre ?, c’est-à-dire tous les instruments de combat et de guerre, toutes les semences de discorde. Or, quiconque récite la Salutation angélique rappelle à son esprit le mystère de l’Incarnation; il doit être jaloux d’imiter la paix, l’amour, la charité des Anges; il doit éviter les différends, les luttes, les querelles qui rappellent plutôt le démon regardé comme un ennemi ; de la sorte, on le jugera comme honorant vraiment la Vierge qui a apporté la paix au monde, qui a enfanté l’auteur de la paix.

Enfin, que celui qui salue la Vierge rivalise avec les Anges en humilité. L’humilité est sympathique aux bons Anges, puisque les mauvais sont tombés par orgueil, et les bons, persévérant dans l’humiité, sont restés dans la béatitude. De plus, les bons Anges rendirent hommage à notre Sauveur naissant, en voyant sa majesté divine humiliée dans un faible corps humain, couchée dans une crèche enveloppée de langes, vagissant de froid sous les traits d’un petit ‘enfant, ayant en quelque sorte oublié son élévation et sa dignité; ils ne dédaignèrent pas de se joindre dans l’étable à des bergers, gens de condition vulgaire, et même à des animaux, d’adorer ensuite parmi les bergers et les animaux leur Seigneur, dont parle l’Apôtre ? : « Et encore, lorsqu'il introduit son premier-né dans le monde, il dit : « Que tous les Anges de Dieu l’adorent. » Qu’il imite cette vertu, celui qui désire saluer dignement la Vierge avec l’Ange. L’honorable Gabriel salue la Vierge humble. Des auteurs croient qu’il salua Marie en fiéchissant les genoux avec grande révérence et prostration. De là, la plupart des personnes, chaque fois qu’elles terminent la Salutation de l’Ange, ont l’habitude de fléchir le genou ; ce que faisaient, lisons-nous, sainte Catherine de Sienne, qui, montant l'escalier de sa maison, saluait la Vierge en fléchissant le genou à chaque marche;

1Ps. Lxxt, 15, — 2 Ps, chap. Lxxv, 3. — 3 Aux Hébreux, 1, 6.

Sainte Marie d’Oignies, qui tous les quatre jours saluait de nuit et de jour cent mille fois la Mère de Dieu en fléchissant le genou au commencement de chaque salutation; la bienheureuse Marguerite, Dominicaine, fille du roi de Hongrie, qui, les jours de fête de la Mère de Dieu, récitant un millier de fois la Salutation angélique, pliait les genoux avec une grande piété en commençant chaque salutation. Faites ainsi, imitez et reproduisez, par la vertu de l'humilité, cet Ange Gabriel dont vous êtes l’image, par vos paroles et votre salutation.

Celui qui veut bien saluer Marie doit prendre ses habitudes morales et vivre comme elle, et il faut que celui qui honore et vénère la Vierge s’embellisse de ses vertus, conserve purs et sans souillure ses yeux, sa langue, ses mains, ses pieds, et reproduise, par la sainteté de sa vie, la très-sainte Mère de Dieu. C’est ainsi que la salua Gabriel; pur, chaste, humble, pudique, saint, il aborda la Vierge pure, chaste, humble, pudique, sainte, pour servir lui-même d’exemple à tous ceux qui la saluent. Ceux qui ne prennent pas les habitudes des Anges, mais qui vivent comme les brutes, fiers comme les lions, rapaces comme les loups, charnels comme les boues, violents comme les chiens, astucieux comme les renards, qu’ils ne comptent pas s’approcher de la Vierge et la saluer; ils pourraient être punis de leur témérité. Il est inepte et indigne celui qui, pour venir saluer la Vierge, fait entendre, au lieu de la voix de l’Ange, le rugissement du lion, le mugissement du bœuf, l’aboiement du chien; or, c’est ce que fait celui qui vit semblablement aux brutes; il montre la voix “e la bête puisqu'il en suit les instincts.

Fulgose! raconte un fait ingénieux sur Paul Cuphore, gouverneur de l’empereur Sigismond. Il ne saluait Ervoya, commandant de Spolète, jamais autrement que par le vrai mugissement du bœuf, le désignant ainsi comme un paysan. Il arriva que le chef Ervoya, ayant fait défection à l’empereur Sigismond, lui prit plusieurs de ses généraux et gouverneurs ; par humanité, il les renvoya tous sans rançon et ne garda que Cuphore, qu'il fit mettre à nu et revêtir d’une peau de bœuf, et ordonna qu’on le fit marcher ainsi, en disant qu’il voulait

1 Liv. IX, chap. x,

faire correspondre l’extérieur du personnage à sa voix. Action spirituelle et plaisante; car le dehors doit, en effet, être en rapport avec les paroles de celui qui salue. Ceci peut s’appliquer à ce que nous disons de la Vierge. Celui qui vit à la manière des brutes ne fait pas entendre à la Vierge un Ave, salut angélique, mais la voix de cette brute que révèlent ses habitudes; il doit donc, comme un sot et un indigne, être écarté de la salutation de cette illustre Vierge.

Mais celui qui la veut saluer comme il faut, doit faire précéder son hommage d’une conduite pieuse, et il faut que sa vie rappelle l’Ange qu’il reproduit par les paroles et la salutation ; il doit revêtir la conduite et la vie de Marie que sa voix salue.

Nous devons saluer la bienheureuse Vierge de telle sorte que la salutation parte du cœur et non pas seulement des lèvres. Richard de Saint-Laurent! s'exprime ainsi : « Qu'on la salue du cœur, de la bouche et des œuvres, pour que la sainte Vierge ne puisse, avec raison, dire ceci ? : « Ce peuple me glorifie des lèvres et son cœur est « éloigné de moi. » Celui qui salue seulement à l’extérieur ne salue pas en réalité, mais se moque et trompe : la salutation ne peut être réelle en dehors du cœur, elle se perd aussitôt, la salutation vraie à ses racines dans le cœur, sans cela elle ne peut se développer; il n’y a de profitable, en effet, que le salut demandé du fond du cœur. Il est deux fois trompeur celui qui ne salue qu’extérieurement, car il nourrit la fraude dans son âme et sa bouche profère le mensonge. Ceux qui saluent seulement en apparence et à l'extérieur, saint Grégoire de Nazianze les compare à ces femmes qui, privées de la beauté naturelle, se fardent le visage et ont recours à des ornements d'emprunt. De même qu’elles se montrent sur des théâtres pour être agréables aux hommes au moyen d’une beauté dont elles manquent, ainsi ces menteurs saluent de la bouche pour se montrer dévoués, quand pourtant ils ont un cœur ennemi et une âme pleine de haine et de fourberie. Il sera donc sage et même nécessaire de rejeter, en saluant la Vierge, toute fausseté, de faire disparaitre tout fard de notre cœur, et de dire à la Vierge d’un cœur sincère et dévoué : « Ave! Salut! »

1 Liv. Ilf, sur l'Éloge de la Vierge. — ? Isaïe, xxx, 18.

QUI À ÉTABLI L'USAGE DE FAIRE PRÉCÉDER LES SERMONS DE LA SALUTATION ANGÉLIQUE ET POUR QUELS MOTIFS ?

SOMMAIRE. — 1. Que cet usage date de saint Dominique, qui en serait l’auteur. — 2. Il est fondé sur l’imitation de l’Ange, — 3. Le désir de profiter de la parole de Dieu. — 4. D’obtenir le secours et la protection de la Vierge. — 5. D'éviter un danger. — 6. De graver dans le cœur la parole de Dieu. — 7. D'écarter le démon, adversaire de la prédication évangélique.

I. — D’après une ancienne coutume de l'Église, ceux qui vont prêcher saluent et invoquent auparavant la bienheureuse Vierge Marie. Notre Père saint Dominique aurait été l’auteur de cette pieuse et dévote coutume, lisons-nous dans un ouvrage écrit en Italie sur les Miracles du saint Rosaire, et à peu près de cette manière : Saint Dominique prèchait à Toulouse contre l’hérésie des Albigeoïis, et il ne recueillait aucun fruit spirituel. Plein d'inquiétude, il demandait à la très-sainte Vierge quel était le motif de son insuccès. La Reine du Ciel lui apparaît et lui répond en ces termes : « Dominique, mon fils, ne soyez pas surpris de n’obtenir aucun bon résultat de votre prédication, vous labourez une terre non rafraichie par la pluie. Quand Dieu résolut de renouveler le monde, vous savez qu'il fit d’abord tomber la pluie de la Salutation angélique, et qu’ainsi le monde produisit des fruits salutaires. De même, dans vos sermons, invitez les hommes à réciter mon Rosaire, et vous recueillerez une abondante moisson d’âmes. » Le saint Père Dominique fit ainsi et il recueillit des fruits abondants. C’est de là que prit naissance cette célèbre coutume de saluer par la Salutation angélique, avant le sermon, Marie, la glorieuse Mère de Dieu. Je montrerai en peu de mots combien cette coutume est pieuse et s’accorde avec le reste, et je combattrai ensuite les efforts des hérétiques qui voudraient la détruire.

Il y a divers motifs qui ont porté l’Église à faire précéder de la Salutation angélique les sermons et les prédications en public.

IT. — D'abord, pour suivre l'exemple de l’Ange, l'Église militante, qui est sur la terre, veut faire pratiquer la vie angélique; elle imite les

habitudes des Anges et elle enseigne aux hommes à les reproduire par la sainteté, la pureté et les autres vertus. Il est juste, en effet, que nous nous proposions pour modèle, sur la terre, la vie et le caractère de ceux avec qui nous sommes appelés à vivre éternellement dans les cieux. Cela doit être surtout quand il s’agit de saluer et d’honorer Marie. L'Ange, avant de lui donner la bonne nouvelle et de lui dire : « Voici que vous concevrez dans votre sein et que vous mettrez au monde un Fils, » la salua avec respect et lui dit : « Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous. » Il convient donc que l’Église, pour imiter la salutation de l’Ange, commence par invoquer la sainte Vierge et la salue avant d’évangéliser.

1IT. — Le second motif est le désir de profiter de la parole de Dieu qu’on doit entendre. Quand le prédicateur annonce la parole de Dieu, il remplit une ambassade comme un autre Ange auprès de Marie. Toute âme fidèle, en effet, qui est contrite de ses péchés commis, qui est pleine de douleur et d’amertume, est une Marie, car ce mot Marie signifie mer amère, comme nous l’avons longuement expliqué précédemment, dans la 92° Conférence. Donc, de même que Marie, par l'excellence de sa foi et son extraordinaire obéissance, accorda à lAnge son consentement pour le monde entier, ainsi devons-nous, par notre propre foi et notre volonté, ratifier ce consentement pour que l’audition de la parole de Dieu nous soit profitable. Et pour recevoir la parole de Dieu de la bouche du prédicateur, comme d’un Ange envoyé vers nous du Ciel, pour lui accorder, par la foi, notre consentement, en prenant comme Marie le Christ dans notre cœur, il nous faut demander à Marie elle-même d’obtenir de Dieu, par ses glorieux mérites et ses prières, que nous puissions en quelque sorte devenir des mères du Christ en le concevant par la foi et en l’enfantant par les bonnes œuvres.

IV. — Le désir d’ohtenir le secours et le patronage de la Vierge. L'Évangile prouve que la Salutation de la Vierge a été efficace. En effet, à sa voix, sainte Élisabeth fut remplie de l’Esprit-Saint, l’Enfant tressaillit de joie dans son sein #, et, dans les Actes des Apôtres ?,

1 St. Luc, 1. — 217, 4

on lit qu’elle resta à prier, ensemble avec les Apôtres, pour obtenir que le Saint-Esprit leur fût envoyé du Ciel; de la mème manière, par sa prière et sa salutation, elle remplit de l’Esprit-Saint la maison de Zacharie.Done, puisque rien n’est plus nécessaire, soit au prélicateur pour bien exposer la parole de Dieu, soit à l’auditeur pour la recevoir avec fruit, demandons à Dieu, avec juste raison, que l’Esprit-Saint nous soit donné par Celle qui est remplie de la grâce de l’Esprit-Saint, selon le Dieu tout-puissant, et que nous croyons notre avocate, notre protectrice, notre patronne et notre souveraine. Le bienheureux François en fit l’expérience. Comme il prêchait devant les cardinaux, et que, malgré une soigneuse préparation, il ne pouvait s'exprimer, il obtint, par son recours à la sainte Vierge, de parler éloquemment et à l’admiration de chacun !. °

V.— Pour éviler le danger. Iy a un grand danger dans l’Église à parler et à énoncer la parole de Dieu, de peur qu’on ne la remplace par des discours profanes et qu’on ne se laisse aller à des mots piquants, proverbes, facéties et autres qui trahissent l’habileté humaine; il y a à craindre de faire de l'Évangile de Jésus-Christ, par une méchante interprétation, un évangile des hommes, ou, ce qui est pire, du démon, de se faire valoir soi-même en recherchant plutôt les applaudissements du peuple que le résultat spirituel, et, en se laissant entrainer à cette pente mauvaise, de tomber dans les tentations et les piéges du démon. Nous avons donc recours à la très-sainte Vierge qui fut d’une foi remarquable et extraordinaire ; qui n’écrasa pas seulement la tête du serpent, mais de toute sa race, c’est-à-dire des hérétiques; qui seule détruisit toutes les hérésies dans le monde entier; qui enseigna les Apôtres et instruisit les Évangélistes. C’est elle que nous invoquons et que nous saluons pour guider notre esprit, éclairer notre intelligence, former notre jugement, délier notre langue et disposer nos paroles. Car le nom de Marie signifie celle qui éclaire, ainsi que nous en avons donné la preuve précédemment, à la 94° Conférence.

VI. — Un autre motif est que ceux qui entendent la parole de Dieu ne l’écoutent pas seulement des oreilles, mais la reçoivent dans

1 St. Bonaventure, chap. xvit de sa Vre,

Vesprit, la retiennent, la conservent, et, à l’exemple de la Vierge, Mère de Dieu, amassent ce qu’elle recueillait dans son cœur, ce qu’elle apprenait de Jésus-Christ ou des bergers, ou des Anges, ou des prophètes dans les Écritures, ou de Siméon et d’Anne dans le temple, comparant ce qui a précédé avec ce qui a suivi, les choses anciennes avec les nouvelles, les figures avec les évenements, ce que l’on sait d'avance avec ce que l’on voit, et cela, tantôt pour conserver ces observations comme des pierres précieuses, tantôt pour en tirer des fruits de consolation, comme l’interprètent en divers endroits les saints Pères.

Le prédicateur de l'Évangile ne doit avoir en vue que de tourner vers Dieu les cœurs de ceux qui l’écoutent, de porter les hommes à aimer Dieu, à observer ses préceptes, à fuir le péché, à chercher la perfection, à accroître leurs vertus ; 11 ne doit pas viser à frapper les oreilles, à enseigner des choses élevées, à s’attirer par son éloquence les applaudissements du peuple, à entendre dire qu’il a parlé avec élégance, mais son but doit être de briser par son souffle ardent et par son zèle, comme un maillet, les cœurs endurcis des hommes; de secouer les pécheurs du sommeil du péché, de les rappeler de la mort à la vie. Or, comme le patronage de la Vierge, Mère de Dieu, aide beaucoup à obtenir ces bons effets, ainsi que nous le montrerons ci-après à l’invocation Refugium peccatorum, c’est avec raison que les prédicateurs font précéder de la Salutation angélique leurs sermons, pour s'assurer l'assistance et le secours de la Vierge, Mère de Dieu.

VII. — Pour expulser au loin le démon, ennemi du genre humain et l’agresseur de la prédication évangélique. C’est le rôle du malin esprit d’embarrasser le prédicateur, de troubler les auditeurs et d’enlever de leurs âmes le fruit de la prédication ; nous en avons la parole de Jésus-Christ qui dit : « Ceux qui sont marqués par ce qui tombe le long du chemin sont ceux qui écoutent la parole de Dieu; vient ensuite le diable qui enlève cette parole de leur cœur, de peur qu'ils ne croient et ne soient sauvés. »

Done, pour chasser un si méchant ennemi, on récite la Salutation angélique avant le sermon. Nous avons montré un peu plus haut, dans

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