TACHE
SomwaIRE. — 1. Avant-propos. — 2. Preuves tirées d'Ézéchiel et de Saint Luc. — 8. Tradition et croyance de l'Eglise. — 4. Raisons tirées de Jésus{Ohrist. —
5. Raisons tirées du Saint-Esprit.— 6. Raisons tirées della sainte Vierge. — 7. Raisons tirées de saint Joseph.
I. — Quoique la virginité perpétuelle de Marie ne soit nulle part exprimée clairement dans les Livres sacrés, c’est cependant un article nécessaire de foi, un dogme très-certain dans l’Église catholique, dogme qui a toujours été confirmé par le consentement imposant du monde chrétien, que la Vierge Marie, Mère de Dieu, est demeurée vierge avant l’enfantement, comme pendant l’enfantement et après l'enfantement du Seigneur. Cette croyance est fondée non-seulement sur la définition de l'Église et sur le consentement unanime des Pères, comme le pensent Érasme et d’autres hérétiques cités dans Canisius*, mais aussi sur l'autorité de l’Écriture-Sainte qui, sans établir ce dogme d’une manière claire et expresse, en fournit la preuve par voie d'interprétation et comme par conséquence nécessaire. Cette preuve n’a pas peu de poids, d'autant plus qu’elle est corroborée par l'opinion des Pères et de toute l’Église.
IT. — T1 y a d’abord, en faveur de cette vérité, le témoignage d’Ézéchiel, dans l'Ancien Testament : « Cette porte demeurera fermée ; elle ne sera point ouverte, et nul homme n’y passera, parce que le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par cette porte ?. » Nous ne pouvons appliquer ces paroles au temple matériel, car il n’y avait en lui aucune porte semblable qui fût fermée pour le prince, et par laquelle füt entré le Seigneur, notre Dieu; cette porte est donc nécessairement la bienheureuse Vierge Marie, par qui le Christ entra dans ce
4 Liv. IT, chap. xvii. — 2 XLIV, 8.
monde. Il est dit par trois fois qu’elle est fermée, parce que, avant l’enfantement, pendant l’enfantement et après l’enfantement, elle demeura vierge. Nous avons ci-dessus expliqué ce témoignage plus en détail, dans la 449° Conférence.
Un autre témoignage se trouve dans l'Évangile de saint Luce, où la bienheureuse Vierge, répondant à l’Ange, dit : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas mon mari !? » Pesez ces paroles : Je ne connais pas mon mari; non-seulement elle dit qu’elle ne connait pas son mari dans le temps présent, mais elle parle du présent et de l’avenir, c’est-à-dire : « Je ne le connais pas et il ne m'est pas permis de le connaitre jamais, » Nous avons ci-dessus examiné plus attentivement ces paroles dans la 110° Conférence.
Plusieurs Pères tirent un nouvel argument de ce que le Christ, attaché à la croix, recommanda sa Mère à Jean, disant : « Voilà votre Mère, » et, réciproquement, il recommanda Jean à sa Mère, disant : « Voilà votre Fils. » De ce fait et de ces paroles on peut induire clairement que la bienheureuse Vierge n’eut pas d’autres enfants de Joseph, autrement il est vraisemblable qu’elle aurait été recommandée à ceux-ci plutôt qu’à Jean. Et c’est pour cela que le Christ a dit au singulier : « Voici votre Fils, » c’est-à-dire celui qui remplacera votre Fils unique. On peut trouver cet argument dans saint Ambroise, sur saint Luc? et dans sa lettre cix, dans saint Épiphane ?, et dans saint Jérôme contre Helvidius.
III. — Secondement. Pour confirmer cette vérité, on tire un argument de la tradition, du consentement et de la définition de l’Église. La tradition est ce que les Apôtres, les maîtres de notre foi, nous ont appris de vive voix plulôt que par écrit, sur la bienheureuse Marie, Mère du Christ, à savoir : qu’elle a conçu étant vierge, qu'elle a enfanté étant vierge, qu’elle est demeurée vierge après l’enfantement, comme l’ontremarqué saint Basile, dans son Livre sur le Saint-Esprit, et saint Épiphane#.
Le consentement de l’Église sur cet article est merveilleux, et il devrait être suffisant pour nous porter à croire que Marie ne connut
11,84, — 2 Chap, 1er, — 3 Hérésie Lxxvine, — * Hérésie Lx1
jamais aucun homme et qu’elle demeura toujours vierge. La preuve en est dans ce titre de Vierge, mot qui, pris dans son sens absolu, est ordinairement donné par l’Église à la seule Mère de Dieu, comme par antonomase; saint Augustin en a fait la remarque dans l’'Enchiridion *. La preuve en est dans le Symbole des Apôtres, qui est la profession de foi des Chrétiens de tous les siècles, et où il est dit dans l'art, 3 : « Né de la Vierge Marie. » La preuve en est dans l’unanimité des sentiments de tous les Pères de l’antiquité, qui nous apprennent que la bienheureuse Vierge conserva une virginité continuelle et qu’elle ne connut jamais aucun homme. La preuve en est dans ce chant solennel de l'Église, qui, chaque jour, s’élève dans ses temples : « Après l’enfantement, vous êtes restée une vierge sans tache; » et encore : « Vous avez engendré Celui qui vous a faite et vous demeurez vierge éternellement. » Et dans la confession génerale : « Je me confesse à Dieu tout-puissant et à la bienheureuse Marie, toujours vierge. »
La même vérité se trouve très-souvent définie dans les conciles, comme dans le 5° concile, canon 6 : « Mère de Dieu, toujours Vierge immaculée, » et dans le 6° Concile, acte 41 : « La virginité de Marie fut à l'abri de toute souillure avant l’enfantement, pendant l’enfantement et après l’enfantement. » Le 7° concile, acte 3, dans la confession de Tarese, contient une déclaration semblable. Le Concile de Latran, tenu sous Martin [*, canon 3, le 2° Concile de Nicée, formulent cet anathème : « Si quelqu'un ne confesse pas que la sainte Vierge Marie, toujours Vierge, est véritablement la Mère de Dieu, qu’il soit anathème ! »
Cette vérité est prouvée par quatre raisons très-concluantes. La première est relative au Christ : il eût été contraire à sa nature et à sa perfection qu’un autre eût pris naissance dans ce sein divin, où luimême séjourna pendant neuf mois, lui, le Fils unique du Père selon la nature divine, réunissant toutes les perfections; il convenait done qu’il fût le Fils unique de sa Mère, comme étant d’une race trèsparfaite. C’est l'opinion de saint Thomas *,
1 Chap. xxxiv. — 2 IIIe Part., quest. xxvI, art. 2.
TV. — En outre, le Christ voulut que personne ne füt enseveli, ni avant ni après lui, dans le sépulcre où ikséjourna trois jours; d’où l'on peut conclure à plus forte raisom qu’il voulut lamême chose pour le sein de sa Mère. Il ne voulut pas souffrir certainement que ce temple saint, ce Saint des saints, füt souillé par Joseph. Aucun homme: ne fut jamais enseveli dans ce sépulere; aucun enfant des hommes ne: prit jamais naissance dans le sein de la Vierge.
V. — La seconde raison est tirée du Saint %sprit, dont le temple fut ce sein virginal où il forma: la chair du Christ : aussi ne convenaiil pas qu’il fût souillé paml'intervention de l’homme. C’est ce que dit saint Thomas dans le passage cité plus haut.
Quand un vainqueur entre dans une ville, à moinstqu’il ne soit un harbere, il prend avec soin toutes les précautions pour qu'aucun de ses soldats ne traite en:ennémies:les femmes dela ville vaincue. Julien de Castel, dans son: Hisioire desirois Goths*, donne à ce sujet des louanges: bien méritées à Scipion qui, ayant trouvé dans la ville de Carthage, prise par lui, une jeune fille merveilleusement belle, non-seulement veilla à ce qu’elle füt protégéeet entourée de grandségards, mais encore la rendit à son propre fiancé qu’il savait être général dans l’armée ennemie. Le marquis de Pescaire est digne des mêmes louanges: Villega, dans son Histoire des Pontifes ?, rapporte qu'ayant pris la ville de Gênes en Italie, il défendit, sous les menaces les plus sévères, qu'aucun des siens: fit injure à une femme; mais, ayant appris d’une manière sûre, que, contrairement à ses ordres, deux soldats avaient: tenté de faire violence à une: femme aussi chaste qu'illustre, il les fit amener devant lui et les tua tous deux de ses propres mains. Si ces chefs magnanimes furent si pleins de courage, d’ardeur, de zèle, pour préserver la chasteté des femmes, que dirons-nous de la vigilantet sollicitude du Saint-Esprit? Ne pensez-vous:pas qu'il mit un zèle bien: plus grand, une sollicitude bien: plus vigilante à garder l'honneur, l'intégrité, la chasteté de la Vierge, son épouse bien-aimée, la trèsdigne Mère de Dieu ?
Sainte Cécile parlait en cos termes de:son Ange gardion à Valérien,
4 Liv. IL, — ? Liv. VI, chap. COxxVr,. Sr Len,
MÈRE SANS TAGHE. 7 son fiancé : « J’ai un Ange, serviteur de Dieu, qui veille: sur mon corps avec le plus grand' zèle. S'il pouvait seulement soupçonner que vous avez pour moi un amour impie, immédiatement il déploierait
sur vous sx colère et vous enlèverait la fleur de la jeunesse. » Ceci est
rapporté dans sa vie, Les Anges protégèrent avec: um si grand zèle la
chasteté de beaucoup d’autres vierges saintes et préservèrent leur
pudeur de toute atteinte, de toute souillure, contre la violence et la passion des tyransdissolus, qu’ils frappaient les uns de cécité, les autres de folie, les autres de mort, d’autreswde divers châtiments : c’est ce
que nous lisons dans la vie des saintes vierges Agnès, Théophila, !
Lucie et autres. C'est une chose admirable et digne: de remarque qu'aucune de ces vierges saintes ne fut jamais outragéepar cesityrans impudiques, mais elles furent toujours préservées de toute atteinte par Dieu et les Anges, leurs protecteurs. Si donc le Saint-Esprit à mis tous ses soins à protéger les autres vierges, peut-on admettre qu’il ait montré moins de zèle et de sollicitude pour celle-là qui fut choisie pour être son temple, la demeure privilégiée du Fils, le sanctuaire choisi de l& sainte Trinité? Pouvait-il permettre qu’elle füt profanée, avilie par un homme mortel, celle que le Fils du Dieu choisit pour être son sanctuaire de prédilection, que: lui-même consacra, habita, orna de toute sainteté, de toute pureté? Qu'on: se garde de penser du Saint- Esprit des choses si indignes! Qu'on se garde de dire d’une si grande Vierge des choses si viles, si impuresil
VI. — La troisième raison est tirée de la Vierge, qui aurait montré de la légèreté, de linconstance, et, en outre, une grande ingraütude si elle-n’avait pas observé son vœu de virginité et si elle:n’avait pas été satisfaite d’avoir eu un tel Fils. Qui peut croire que cette Vierge, pleine du Saint-Esprit, qui s’était élevée: à la perfection de la pureté, ait été assez légère, assez inconstante, pour’ concevoir cette folie et renoncer à ce vœu qu’elle avait prononcé auparavant et par lequel elle. s'était saintement engagée à ne jamais consentir à s’unir avec un homme ? Certes, alors que, fiancée à Joseph, elle avait dit à l'Ange, dans sa candeur : «Je ne:connais'pas d'homme,» c’est-à-dire: « Je n’en puis pas connaître: à cause du vœu de: virginité: que j'ai fait à Dieu, » après cela, et comme lassée de son vœu, elle:se serait dit à elle-même :
« Bien que mon sein ait conçu et enfanté sans souillure le Christ,
Dieu du ciel et de la terre, cependant maintenant, après avoir mis au monde le Dieu et le Sauveur de tous, je romprai les liens de la virginité, je renoncerai à la chasteté; car il me sera agréable de connaître
un homme et de m’unir à Joseph ! » Pensez-vous que ces pensées ou d’autres semblables aient pu venir à l'esprit de la Vierge Mère de
Dieu ? Loin de nous ces pensées ! C’est un crime de soupçonner ces choses, un blasphème de les penser. La Vierge dirait plutôt : « Que Dieu me perde si je viole mon#premier vœu ; que je sois consumée dans les flammes de l’Enfer si, brülée par quelque feu impur, je mets au jour d’autres enfants après que le Fils unique et premier-né du Père éternel a daigné être le seul fruit de mes entrailles!» | A-t-il pu se faire que Celle qui fut choisie pour le très-saint mystère de notre Rédemption ; qui avait renoncé à toute affection charnelle, qui avait préparé son corps à recevoir la pureté suprême; qui ouvrit à Dieu seul, pour l’accomplissement d’un grand mystère, l’abri de son
sein comme une demeure hospitalière d’une très-grande pureté; qui.
avait conservé chaste et immaculé ce vénérable sanctuaire que le Saint des saints lui-même avait habité pendant tant de mois et consacré par sa présence; at-il pu se faire qu’elle se soit déshonorée, souillée en consentant à l’union conjugale, en cédant aux passions ? Comment aurait-elle osé souiller cette demeure céleste? Comment, non contente d’avoir eu un tel Fils, aurait-elle admis un homme à partager cette hospitalité sacrée qu’elle avait donnée à Dieu? Ainsi, cette illustre lionne qui avait enfanté le Christ appelé le Lion de la tribu de Juda, à la différence des lionnes dépourvues de raison, aurait eu un second fils? Car, selon Pline, il est dans les mœurs des lionnes de ne mettre bas qu’une seule fois.
Pouvait-il se faire que Celle dont l’exemple porte les autres femmes à l'amour de la pureté, renonçât à cette vie de pureté qui, après elle, devait être proposée comme modèle aux autres femmes ?
Dites-moi, si quelqu'un de vous possédait un lit couvert d’étoffes de soie tyrienne et de mille pierres précieuses, supportant des coussins d’un très-grand prix, où ne pourrait reposer qu’un roi très-illustre ou un fiancé d’une très-grande beauté, recevrait-il däns ce lit quelque
dé
FA Fe
| "hi MÈRE SANS TACHE. 9
\ g rustre couvert de vermine et de haïllons? Ou bien, si quelqu'un de nous possédait une tunique tissue en or, dont un roi seul se fût servi, en revêtirait-il un homme roulé dans la fange, souillé d’ordure? En æ aucune manière. Qu’osez-vous donc penser de la très-sainte Vierge , qui, ayant reçu dans son sein plus grand que le Ciel lui-même, le Dieu de toutes choses, après l'avoir mis au monde, aurait reçu dans 8 ce sein un autre enfant de condition infime, misérable, souillé par le péché et son origine honteuse ? % «La bienheureuse Mère de Dieu, dit saint Methodius, fut le vêtement sans tache de Celui qui est entouré de lumière comme d’un vêtement, et elle a revêtu le Fils de Dieu de sa chair co nr e d’un vêtement très-précieux. » Pouvait-elle couvrir de ce même vêtemen un fils de Joseph, souillé de la fange du vice? Isaïe prophétisait ainsi : « Car le lit est si resserré que si deux personnes s’y mettent, l’une tombera, et la couverture est si étroite qu’elle n’en peut couvrir deux'.v C'est-à-dire, ce lit sans tache, sans souillure, dans lequel ä reposera le Messie, sera nécessairement trop étroit pour qu’un autre enfant y trouve place. Il ne pourra recevoir un autre enfant ni de k Joseph ni de qui que ce soit. Cette couverture, faite du nes de la trèspure Vierge, sera trop étroite pour couvrir deux enfants, € est-à- dire que la matière serait insuffisante pour la conception de deux enfants. à si VII. — La quatrième raison est tirée de saint Joseph. Qui pour- v rait croire que saint Joseph, homme juste, qui avait entendu ces paroles de l’Ange : « Ce qui est né dans elle est l'ouvrage du Saint- Esprit,» ait pu ‘concevoir la pensée de souiller ce temple saint, ce - sanctuaire du Saint-Esprit? Qui pourrait croire que celui que Dieu avait jugé digne de tant de miracles, celui que, à cause de ses mérites, il avait rendu spectateur et témoin de tous les miracles qui s’accomplirent autour du berceau du Christ, ait pu convoiter de s’unir avec Marie? Comment aurait-il pu outrager ce corps très-saint dans lequel Dieu avait habité, après l’enfantement sans douleur, après le coñcert angélique, Gps l'apparsss de LEE pres la venue des »magees,
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" 40 CONFÉRENCES SUR LES: LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. aprèsiles prophéties: qu’il avait entendues dela bouche de Simon le: Juste et d’Anne?
Que si, avant l’admirable: nativité-du' Christ, se sentant indigne de: vivre avec Marie, il voulait seséparer d'avec elle, se disant em luimême ces choses ou d’autres semblables: : « Pourrai-je vivre: dans des relations étroites avec celle qui est pour moï et pour tous:le miroir, l'exemple vivant d’une: si grande austérité,. d’une si exquise pureté, de toutes les vertus, que nous pouvons admirer’ plutôt qu’imiter? Peut-être at-elle conçu du: Saint-Esprit?! Aussi, bien loin: d’être son mari, suis-je digne de. remplir seulement auprès d'elle les fonctions d’un très-humdble: serviteur? Il faut donc que'je-m’éloïgne plutôt que d’habiter avec une femme d’une si grande vertu. » Et c’est pour cela, comme lerapporte le saint Évangéfiste, « qu’illse proposa de la quitter secrètement ‘. », Celui-là donc: qui, avant que: la Vierge eût enfanté, se jugeait indigne même d’habiter avec elle, aurait osé, aprèss l’enfantement de Dieu et, s’oubliant lui-même, inviter la Vierge à un commerce: charnel, pouvait-il tomber: dans une si grande démence qu’il osât s'unir à la Mère de Dieu? Loin de nous l’hérésie impief! Nous confessons que la glorieuse Mère de Dieu, après l’enfantement de même qu'avant, ne connut jamais aucun homme, et nous soutiendrons: constamment qu’elle demeura toujours une: vierge pure et chaste, sans souillure et sans tache.
Mais comme les fiançailles: de Marie’avec Joseph choquent les hérétiques, pour leur faire reconnaître la pureté sans tache de la Vierge Marie, jai été amené à démontrer ce qui suit :
1St. Matth, 1, 49,
ad” à
j MÈRE SANS TACHE, | Al $ #t 475° CONFÉRENCE
LES FIANÇAILLES DE MARIE AVEC JOSEPH NE PORTENT PAS LA PLUS LÉGÈRE ATTEINTE À SA PURETÉ SANS TACHE.
SomwaiRe. —:1. Avant-propos:.—2.. Le mariage de Marie et de'Joseph représenté par l’arche de l'Ancien Testament. — 3. Par l'union d'Abigaïl avec David, — 4. Par les palmiers de Cadès, — 5, La chasteté de ce mariage est célébrée dans le Cantique: des cantiques.
T. — Les hérétiques, aveuglés par la chair et ne comprenant pas que le mariage puisse exister sans l’union charnelle, pensent, dans leur erreur et leur impiété, que. Marie et Joseph, qui ont été de véritables époux, comme l’enseignent l’Écriture et les Pères, s’étaient adonnés quelquefois:au commerce charnel. Nous avons réfuté ces inventions insensées et impies dans les Conférences précédentes et surtout dans la 145°, où nous.avons démontré que le véritable mariage peut. exister sans l’union charnelle, et qu’ila véritablement existé ainsientre Marie et Joseph.
Nous voulons maintenant traiter le même sujet d’une manière plus étendue, non pas avec les rigueurs de la scolastique, mais avec les formes oratoires.
Nous voyons la pureté des fiançailles de Marie retracée dans les Écritures par des.images et des allégories magnifiques.
IL.— Dans l’arche de l'Ancien Testament. Cette arche était recouverte, à l’intérieur et à l’extérieur, d’un or éblouissant *.
Dans la bienheureuse Vierge et dans Joseph, son époux, brillait au dedans comme au dehors l’or spirituel, c’est-à-dire la candeur, la chase teté pure et parfaite non-seulement du corps, mais aussi de l’âme. « De même qu’il fallait, dit Gerson, que la Vierge brillât. d’une grande pureté, il fallait de mème qu’elle eût un fiancé très-pur comme elle et qui demeurât vierge avec une épouse toujours vierge. »
Deux Chérubins supportaient cette arche, dont l’un avait les dehors d’un homme, l’autre les dehors d’une femme, comme Arias Montanus en a fait la remarque dans son Livre de Noé, au chapitre du Propitia-
1 Exode, xxv, M,
toire. Par suite de ce mariage, Marie et Joseph. étaient les deux personnes qui portaient dans leurs bras l’arche de la divine humanité du Christ; c’est le nom que lui donne David : « Levez-vous, Seigneur, pour entrer dans votre repos, vous et l’arche où éclate votre sainteté. »
Ces deux Chérubins, ne se détournant jamais du propitiatoire, se regardaient l’un l’autre : Marie et Joseph ne se détournant jamais du Christ, qui est la propitiation de nos péchés, se regardaient avec amour. Aussi y avait-il entre eux un véritable mariage qui ne consistait pas dans l’union des corps, mais dans l’union des promesses conjugales, dans l’union admirable des esprits.
Devant cette arche était suspendu un voile où se mêlaient avec une admirable variété l’hyacinthe, l’écarlate et le lin. Devant la Vierge, Mère de Dieu, et devant Joseph, Dieu suspendit le voile d’un saint mariage, afin que l'éclat de leur virginité, le mystère très-caché de l’Incarnation fussent couverts, l’honneur des deux époux protégé. Oh! avec quelle admirable variété ce voile fut tissé par le Saint-Esprit avec l’hyacinthe céleste, avec la pourpre royale et le lin éclatant de blancheur! Il fut bien céleste comme l’hyacinthe, ce mariage consacré au service du Roi des cieux! Il fut royal comme la pourpre, ce mariage qui, par un nœud indissoluble, unit à Joseph la Reine du monde entier! Il fut candide comme le lin, ce mariage qui fut toujours empreint d’une candeur virginale! Aussi Rupert, à la lecture du chapitre 1° de saint Matthieu, s’écriait avec raison : « O mariage réel, mariage saint et céleste et non terrestre! Un même esprit, une même foi étaient en eux, ils furent seulement préservés de la corruption de la chair. » |
Le voile antique couvrait l'arche, le propitiatoire et Le chérubin ; c’est-à-dire qu’il dérobait aux regards la Vierge Mère de Dieu, le Dieu incarné dans son sein, et Joseph, ce glorieux chérubin. Là, on voyait le voile, mais le propitiatoire, l’arche et le chérubin étaient cachés ; ici, le voile du mariage est apparent : tous connaissent que la Vierge et Joseph sont époux; mais le propitiatoire, c’est-à-dire lincarnation du Verbe dans le sein de la Vierge, est ignoré, la virginité de la Mère de Dieu et de Joseph est cachée. Qui pouvait croire, en effet, que Joseph avait conservé la pureté de son corps? Qui pou-
vait, en voyant la grossesse de la Mère de Dieu, lui attribuer l’honneur d’une virginité sans tache ?
C’est ce qu’elle dit elle-même dans le Cantique des cantiques : «Jesuis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem ‘; » et, dans le verset 5 : « Ne considérez pas que je suis devenue brune, car c’est le soleil qui m'a Ôté ma couleur; » c’est-à-dire : « Voyez en moi autre chose, croyez autre chose; je suis noire, mais belle. Je paraïs noire à vos yeux, votre foi doit me trouver blanche. Je suis noire aux yeux de ceux qui sont dans l’erreur, mais belle à l'esprit des fidèles. Les hérétiques prétendent que je suis noire, mais les catholiques confessent que je suis belle. Je suis noire pour ceux qui sont dans l'ignorance, je parais avoir perdu ma virginité; mais je suis belle, parce que je porte conçu dans mon sein le Fils de Dieu, en conservant tout l’éclat de ma virginité. » Ne considérez pas que je suis devenue brune, c’est-à-dire : « Ne jetez pas les yeux sur mon mariage, ne pensez pas qu’il en est résulté pour moi quelque souillure, parce que j’ai conçu; ce n’est pas l’œuvre d’un homme, car je ne connais pas d'homme. Le soleil m'a ôté ma couleur, le véritable soleil, Dieu, plus beau que le soleil, m'a Ôté ma couleur, dis-je, parce qu’il m'a remplie de lui-même. »
Est-ce là perdre sa couleur, Ô Vierge très-sainte? Elle ne la perd pas pour vous, à filles de Jérusalem, qui avez des yeux simples, mais pour les filles de Babylone, c’est-à-dire de la confusion et de l’orgueil comme Ébion, Cerinthe, Jovinien, Helvidius, Beze, Pseudomartyr, et les autres hérétiques semblables. Pour vous, filles de Jérusalem, c’est-à-dire fidèles, cette Mère bénie par-dessus toutes n’a pas perdu sa couleur; elle n’est pas noire, mais belle. Car son mariage ne lui Ôte pas sa couleur, ne la rend pas noire, mais l’embellit.
III. — L'’admirable chastelé de ce très-saint mariage est figurée dans le mariage de la Sunamite Abigaïl et de David. David prit pour épouse la Sunamite,non pour satisfaire sa passion, ni pour se donner une postérité, car il est dit au HI° Zivre des Rois : « Et le roi la laissa toujours vierge?. » Ce ne fut pas par concupiscence ni par le désir de se donner une postérité, que Joseph fut amené à épouser la
\ 44 CONFÉRENGES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE, . bienheureuse Vierge Marie; aussi ile :saint Évangéliste dit : «« Et : Joseph ne la connaissait pas » La Sunamite fut donnée pour épouse à David afin de réchauffer, de ranimer:avec la chaleur de son jeune corps le vieillard glacé par un froid excessif; Joseph fut donné pour époux à Marie, afin de faire respecter son honorabilité et:sa renommée, et non pour en avoir des enfants.
IV. — La chasteté de ce mariage est:démontrée:&'ane manièresqni est loin d’être obscure, par ces paroles della Sugesse que l’Église applique à la bienheureuse Vierge: « J'ai poussé mes branches en:haut -comme les palmiers de Gadès2. » :Ces palmiers sont ‘connus pour ‘être doués de cette propriété singulière, que l’un étant mâle «et l’autre femelle, ‘aucun ‘de ‘ces :atbres ne peut produire de fruits sans la présence de l’autre ; «et, pour produire des fruits, iln’est pas nécessaire qu'ils setouchent parleurs racineset parleurs branches ; il suffit qu’ils soient en présence. Le symbole leiplus remarquable de cette frès-sainte union est Joseph, qui estreprésenté par le palmier, parce qu'il est juste. ILest dit, en effet : «Le justerfleurira comme le palmiers. » La bienheureuse Mère de Dieu est aussi un palmier : « J'ai poussé mes branches commele palmier.» Le palmier porte:son fruit sans aucun contact avec le mâle,mais par cela seul:qu’il est en sa présence. La bienheureuse Vierge, sans entrer dans la couche conjugale, mais par le seul effet de son mariaget de sa cohabitation avec Joseph, a produit le fruit béni deses entrailles.
V.— Le Cantique des eantiques fait une bélle-allusion à la chasteté de ce mariage, dans ces paroles par lesquelles l’époux vante la beauté de l'épouse’: « Vos joues:ont la beauté de laitourterelle“, »:Cette tourterelle exprime la pureté ‘sans tache.de Marie. La tourterelle, après une première:union, ne.connait point d'autre époux, la bienheureuse Vierge, après soniunion avecle Saint-Espritipar da vertu-duquel elle a conçu le Fils, ne:connut aucun autre époux, puisqu'elle fut toujours respectéerpar Joseph.
« Votre sein est comme un monceau de froment tout environné de lis.» Le sein très-divin de la Mère de Dieu est comie un gre-
1 St. Matth, 1, 25. — ? Ecclésiastique, xx1v, 18. — 3 xcx, 12. — 41, 9, — 5 Cuntique, VU, 2.
LE MÈRE SANS TACHE. 45 nier ; ce grenier Dieu l’a ouvert pour nourrir le monde accablé par la faim, lorsqu'il en fit sortir le Sauveur. Mais, afin qu’on comprit bien que Joseph n’avait point mis le froment dans ce grenier, il est dit que le sein ‘de la Mère de Dieu est-«environné de lis; » ces!lis marquent la ‘très-parfaite pureté de la Vierge. Aussi Rupert, commentant ces paroles du Cantique: « Mon Bien-Aimé qui se:nourrit parmi les Tist, » appelle avec raison Marie-et Joseph des lis éclatants de blancheur. Marie n'est-elle pas un lis de chasteté, elle dont la vie et la glorieuse virginité sont imitées, comme l’idéal de la chasteté, par les époux, les veuves et les vierges? N’est-élle pas un lis, élle qui a ‘adopté une vie sans exemple dans les siècles antérieurs? elle qui, s’élevant au-dessus de'la nature humaine, a eu dans le mariage-une vie angélique en $’abstenant de ‘toute liaison charnélle? N’est-élle pas un lis, célle qui fut une vierge si pure, si chaste, Si sainte, si parfaite, que rien dans la création n'a pu être trouvé qui puisse être comparé à sa virginité, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ, ‘la source de toute pureté, l'a choisie pour sa Mère? ,
L'Ange vit la vierge comme environnée de lis, lorsqu'il dit à Joseph tout rempli d'inquiétude et songeant à se séparer de Marie : « Ne craignez pas de prendre chez vous Marie, votre femme ; car te qui est né dans elle est l’ouvrage du Saint-Esprit.» Voilà qu’il déclare lui-même que le sein de Marie est si bien gardé qu’il ne re-
“connait à personne, si ce n’est au Saint-Esprit, la possibilité d’en
approcher.
Que l’hérésie impie cesse donc de combattre la virginité sans tache de la Mère de Dieu, qui est une vierge très-Chaste, ‘très-pure, sans souillure et sans tache + T'Écriture le démontre, la raison ile prouve, ‘la dévotion de ‘tous ceux qui veulent obtenir, par son intercession,
Ÿ la miséricorde divine, le rend évident.
DACyr, 2,
ne
ie, 16 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERST
Les OBJECTIONS QUE LES HÉRÉTIQUES ÉLÈVENT CONTRE LA VIRGINITE SANS TACHE DE MARIE SONT EXPOSÉES ET RÉFUTÉES.
SOMMAIRE. — 4. Avant-propos. — 2. Réfutation de l’hérésie qui attribue à saint Joseph la paternité du Christ. — 3.Le Christ n'avait point de frères, selon saint Matthieu. — 4. Réfutation de l’objection tirée de ces mots : Antequam conventi-
… rent. — 5. Réfutation de l’objection tirée de ces mots : Donec peperit.
I.—Les hérétiques, ainsi que les Juifs, tirent une grande vanité des “textes de l’Écriture sur lesquels ils appuient leurs dogmes pervers et
leurs folles inventions. Mais comme ils lisent les Écritures en dehors de l’Église, ils ne peuvent pas en trouver le véritable sens. On
-peut en voir un exemple dans cette question de la virginité sans tache
de Marie, dans laquelle les hérétiques citent avec grand bruit les textes mêmes des Écritures dont ils sont loin de comprendre le sens; bien plus, ils se préparent à eux-mêmes des piéges dans lesquels viennent s’embarrasser leurs malheureuses intelligences.
IT. — Ainsi, ceux qui pensent avec les Juifs que le Christ est issu de la race de Joseph objectent que le Christ est appelé manifestement le fils de Joseph par les Évangélistes : « Le père et la mère de Jésus admiraient ce qui se disait de luit. » La Vierge elle-même dit : a Nous vous cherchions, votre père et moi, et nous étions en peine. de vous ?. » Et Philippe dit dans saint Jean : « Nous avons trouvé Jésus de Nazareth, fils de Joseph #. »
Leur raisonnement est ridicule et tout à fait absurde : Joseph est appelé, dans l’Écriture, le père du Christ, donc il a engendré le Christ. Comme si, dans l’Écriture, ceux-là seuls sont désignés par le nom de père qui ont engendré ceux dont ils sont appelés les pères !: Nous avons montré par beaucoup d’ exemples, dans la Conférence 26°, que le nom de père est employé dans plusieurs sens. Joseph est appelé le père du Christ, non au point de vue de la génération, mais à” cause de l'opinion commune. Joseph, en effet, était cru et appelé le le père du Christ par tous ceux qui ignoraient le mystère de l’Incar-
1 St. Luc, 11, 83. — 2 Chap. xLvur, — 5 1, 45,
nation. Aussi saint Luc et la Vierge elle-même appellent Joseph le père du Christ, parce que telle était l'opinion commune; car, comme rien de ce qui concernait l’incarnation n’était connu des hommes, on ne pouvait pas supposer qu'un autre que celui qui était uni à . Marie par le lien du mariage, fût le père du Christ. Et c’est dans ce sens que Philippe appela le Christ fils de Joseph, par suite, dis-je, de la commune croyance qui est constatée par saint Luc en des termes exprès : « Comme on le croyait, dit-il, fils de Joseph‘.» On
le croyait, mais il ne l'était pas. Le Christ, répondant aux reproches