‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 49 sur 125 · II · texte numérisé non relu

II

tres, revôtus d’ornements réservés pour cette solennité, la portent sous un dais en drap d’or, remarquable par le mélange gracieux que: forment les diverses fleurs artificielles dont l’étoffe est semée. Tous ces monuments sacrés sont précédés des thuriféraires; ils encensent tantôt les saintes reliques, tantôt la Reine du Ciel. Aux quatre côtés du forum de. Cracovie, avec toute la splendeur et la magnificence que: leur inspirent, leur piété et leur dévotion envers Marie, les fidèles élèvent des autels sur lesquels les prêtres reposent, pendant quelque temps, le saint et vénérable fardeau de la Mère de Dieu; pendant ce temps, la musique fait entendre ses accords les plus variés pour honorer la Vierge dont tout effort humain est impuissant à louer la dignité. Ceux qui précèdent el ceux qui suivent portent chacun à la main an ciergé de cire blanche allumé, et réalisent, soit par Les. reliques. sacrées, soit pr l’image de la Mère de Dieu, soit par Les chants de louange, une belle solennité. La procession est terminée par tout ee que la ville compte d’illustre, tant parmi les ecclésiastiques que parmi les séculiers; à leur tète marche l’honorable sénat de Cracovie. Le forum de Cracovie, quoique très-vaste, peut à peine contenir toute la multitude qui vient à leur suite. Je dépasserais Les bornes si j’entreprenais de raconter en détail toutes les cérémonies qui ont coutume de se faire dans cette procession. Je passe sous silence ces pieux, gémissements, ces ferventes prières, ces douces larmes que la piété fait couler, toutes ces pieuses marques de dévotion qui brillent dans cette procession comme les astres au firmament. La procession achevée, la sainte image de la Vierge, Mèré de Dieu, est déposée au milieu de l’église; à sa vue, Les confrères du Rosaire, revêtus de:leurs sacs, s’approchent et, se prosternant aux pieds de la Reine du Ciel, ils la supplient avec plus d'instance encore de vouloir: bien se constituer la patronne de la Pologne accablée de malheurs. Ayant ensuite découvert. leurs épaules, ils se flagellent volontairement, priant leur Maîtresse et leur Avocate de prendre sous sa tutelle et sous sa protection ses dévots serviteurs. De tels vœux ne se font pas en vain. Dans les années 1632 et 1633, une peste horrible coramençant à se répandre dans la ville de Cracovie, d’après une pieuse tradition, l’image vénérée fut portée autour de la ville, et ce

+ VIERGE VÉNÉRAPIE. 339

fléau fut écarté par les prières du Saint-Rosaire. L'auteur et l’inventeur de cette procession solennelle fut le R. P. Frère Valérien, de Cracovie, qui mourut naguère provincial de son Ordre à Vilna; sa mémoire est en bénédiction.

Dans le même lieu, dans Péglise de la bienheureuse Vierge Marie située dans l’enceinte de Cracovie, on conserve une image de la Mère de Dieu invoquée sous le titre de Notre-Dame de Lorette; le peuple de Cracovie accourt en foule dans cette église et vient y offrir pieusement ses vœux et ses prières à la Reine du Ciel,

Hors des murs de la même ville, les religieux carmes de l’ancienne observance ont dans leur église une image de la Mère de Dieu qui est en grande vénération; il s’y fait toute l’année un grand concours de peuple qui vient demander des bienfaits; mais c’est surtout au jour de la Visitation et pendant toute l’octave qu’elle est honorée avec le plus de piété ; le clergé et toute la ville de Cracovie accourent à l’envi pour prier et offrir leurs vœux à la Reine du Ciel. Cette image est illustrée par de nombreux miracles de divers genres, comme l’attestent les ex-voto appendus aux murs de cette église.

À Casimire, à Cracovie, dans l’église dédiée à sainte Catherine, martyre, et desservie par les très-religieux Pères Augustins, on honore une image de la Mère de Dieu très-ancienne, peinte sur la muraille, à sa droite, on voit l’image de saint Augustin, évêque et Docteur de l'Église, et à sa gauche celle de saint Nicolas de Tolentino, confesseur. Cette image, comme je lai dit, était peinte dans l’église depuis très-longtemps, maïs ce ne fut que vers l’année du Seigneur 4621, au 42 novembre, qu’elle commença à être en vénération et à dèvenir célèbre par les miracles qu’elle opérait. Voici l’origine de sa célébrité : André-Laurent Szafranski, seigneur polonais, était atteint d’une paralysie telle qu’il ne pouvait marcher qu’appuyé sur des béquilles. Il avait épuisé tous les remèdes des médecins. Il avait imploré le secours de tous les Saints qui s'étaient offerts à sa pensée. Tout avait été employé en vain. C’est pourquoi il venait (quoique avec

“beaucoup de peine) dans l’église des Pères Augustins, et là, dans le temple sacré, il priait souvent et avec une grande ferveur devant cette image. Enfin, le 42 novembre de l’année 1624, comme il priait, pro-

sterné aux pieds de la sainte Vierge, lui promettant de visiter la sainte maison de Lorette si la santé lui était rendue, il se sentit comme arrosé d’eau froide et éprouva de grands frissons dans tout le corps, et au même moment il reconnut qu'il était parfaitement guéri. Aussitôt il se lève, jette au loin ses béquilles et se dirige en toute hâte vers le couvent, annonce aux Frères les grandes choses que Dieu vient d'opérer en lui, et leur montre qu’il a été parfaitement guéri avec de l’eau par le secours de la Vierge, en priant devant son image. Bientôt les peuples affluèrent auprès de cette image et ne tardèrent pas à lui offrir des ex-voto en or eten argent. Ils sont si nombreux que c’est à peine si la figure de l’image apparaît. L'auteur de ce récit en a été lui-même un témoin oculaire.

Au territoire de Gidle, campagne située dans l’archidiocèse de Gnessen, on vénère une statue en pierre de la bienheureuse Mère de Dieu; elle est si petite qu’elle atteint à peine la longueur d’un demidoigt, mais la renommée de ses miracles s’élève jusqu’au ciel. Voici l'origine de cette statue : En l’année du Seigneur 1516, Jean Cezek, laboureur au territoire de Gidle, cultivant son champ, poussait devant lui ses bœufs attelés à la charrue lorsque, proche d’un certain endroit, il les voit soudain tomber à genoux. Il les frappe à coups redoublés, mais c’est en vain, il ne peut les faire sortir de ce lieu. Voulant savoir quel empèchement il y avait, il regarde et trouve sur une grosse pierre une petite statue de la bienheureuse Vierge Marie, artistement sculptée; comme saisis de respect, les bœufs refusaient de passer outre. Cet homme simple, sans faire attention au miracle, prend la statue et la cache sous les chemises et autres hardes qu’il gardait dans un coffre. O merveille! toutes les fois qu’il ouvre son coffre, la statue qu'il savait bien avoir mise tout à fait au fond, il la trouve non pas dessous, mais sur les habits. Il ne remarqua pas le miracle jusqu’à ce qu’il sentit la main de Dieu qui le frappait; lui et ses domestiques furent atteints d’une maladie grave et privés de la vue. Une vertueuse femme, qui le visitait fréquemment, remarqua quelquefois une lumière extraordinaire sur le coffre où était cachée la statue de la Mère de Dieu; elle en avertit Jean et lui déclara que si lui et ses domestiques étaient atteints de cécité, c'était peut-être parce

qu’il osait garder chez lui quelque chose de sacré. L’attention du Paysan fut éveillée par cette femme; il approuva ses paroles, fit appeler le curé de l'endroit, nommé Pierre Vuotka, lui raconta tout ce qui s'était passé et lui livra la statue de la bienheureuse Vierge qu’il tenait cachée ; aussitôt, lui et ses domestiques furent rendus à la santé et recouvrèrent la vue. Le curé transporta la statue qui venait

de lui être confiée dans son église paroissiale dédiée à sainte Marie- Madeleine, et la mit dans le tabernacle avec le irès-saint sacrement,

La statue n’y resta pas, mais elle fut miraculeusementtransportéedans ce champ où pour la première fois elle avait été trouvée par le laboureur. Le curé fit élever en ce lieu une très-grande colonne en bois, y placa un crucifix, la fit convenablement couvrir d’un toit, comme cela se pratique en Pologne, et renferma la statue miraculeuse dans une niche creusée dans la colonne. Depuis cette époque, de nombreux miracles rendirent cette statue célèbre, les peuples venant en foule vers elle lui offrir leurs vœux. Bientôt ce lieu vit s'élever une chapelle due aux soins d’un noble propriétaire nommé Martin Gidzcelski qui voulut bien en supporter tous les frais. Pendant son séjour dans une campagne nommée Jordanovumkyn, en Silésie, auprès de la ville de Swidniza, ce noble seigneur fut pris innocemment pour le meurtrier d’un nommé Germain Bierka qui venait d’être mis à mort par Smigulski, et, ayant été jeté en prison, il souffrit longtemps de la faim. Pendant qu’il implorait l’assistance divine par l’intercession de la sainte Vierge pour laquelle il avait une grande dévotion, la Mère de Dieu daigna l’honorer d’une vision dans laquelle elle l’avertit de penser sérieusement à bâtir une église dans sa propriété de Gidle où sa statue avait été trouvée, s’il voulait être libre. Rassuré et fortifié d'une manière étonnante par cette vision, il fit vœu à la Reine du Ciel de lui élever un temple selon ses ressources, aussitôt qu’il serait de retour chez lui. Arrivé dans ses terres, par reconnaissance pour la protection que Dieu venait de lui accorder, il s’empressa de faire bâtir une église à la place même où la statue de la bienheureuse Vierge avait été trouvée. Ses successeurs se plurent à l'agrandir, à l’orner et à l’enrichir de nouvelles constructions. Ils la donnèrent enfin à nos Frères pour la posséder à perpétuité; ils éle-

vèrent bientôt une église magnifique. Les pèlerins qui affluaient par bandes dans ce lieu, marchaïent en troupes rangées, arrosant les chemins de leurs larmes, remplissant le ciel de leurs soupirs, et, per leurs chants et leurs paroles, enseignant aux forêts d’alentour à redire le beau nom de Marie.

Dieu se plut à honorer ce lieu de nombreux miracles. Souvent cette église où on honore la statue de la Mère de Dieu parut briller pendant la nuit d’une lumière extraordinaire. Une fois, les paysans furent éveillés par le tintement de la cloche comme pour éteindre un incendie qu’ils croyaient être le résultat de quelque accident; ils accoururent, et ils furent tout surpris, la lumière céleste se retirant, de trouver l’église de la Mère de Dieu encore entière; très-souvent on vit paraître sur l’autel, devant la statue vénérée, comme deux cierges allumés; à la vue de cette lumière, les habitants s’empressaient d’accourir, maïs la lumière miraculeuse disparaissait, privant l’église de son éclat comme pour attester la présence de la grâce divine.

Je passe sous silence les grâces innombrables et les bienfaits signalés que la bienheureuse Vierge se plait à accorder du haut du Ciel à ceux qui viennent dans ce lieu adresser leurs vœux et leurs prières à Dieu et à sa sainte Mère. Là, les aveugles voient, l'usage de la langue est rendu aux muets, l’ouiïe est accordée aux sourds, les paralytiques et les fiévreux sont guéris, ceux que les abimes des eaux ont engloutis sont rendus à la vie, ceux dont les précipices ont occasionné la mort sont ressuscités, tous ceux, en un mot, que divers genres de maladies tourmentent, trouvent du soulagement à leurs souffrances auprès de cette statue. Je serais trop long et je devrais faire un volume entier si je voulais raconter et énumérer tous les miracles et tous les prodiges rat en ce lieu. Si le temps m'est donné en partage et si Dieu | je composerai quelque ouvrage sur cette statue de Gidle où je raconterai plus au long les prodiges et les miracles dont la puissance divine a illustré ce sanctuaire. Mais je viens de m’apercevoir que le R. P. Georges Trebnie, docteur en théologie, m’a épargné ce travail : il a un 4 jour un ouvrage sur cette statue écrit en langue polonaise; il a décrit fort au

VIERGE VÉNÉRABLE. 343 long cette histoire ainsi que les miracles qui s’opèrent auprès de cette image si vénérée. |

Dans la ville de Socal, située en Russie sur les rives du Bug, on conserve une image insigne de là Mère de Dieu, célèbre par de nombreux miracles; son origine, je la trouve ainsi : En l’an du Seigneur 4399, Jacques Vaezyk, peintre célèbre de la Lithuanie, ayant perdu la vue à force de peindre, se voua à l’image de la bienheureuse Vierge de Claremont, peinte par saïnt Luc, dont nous avons déjà parlé. Ayant recouvré la vue et voulant prouver sa reconnaïssance, il promit de peindre le plus habilement qu’il pourrait une image semblable à celle qu’on honore à Claremont, et de la placer dans quelque église pour la gloire de Dieu et de sa Mère. De retour chez lui, il fut reça au milieu des félicitations des siens, ‘se mit à préparer ‘une toile à peindre, et, confiant dans Les ressources que lui ‘offrait habituellement sa mémoire, il commença à tracer les lignes et à marquer les proportions. Sa vue s’égare, il corrige, il change, il efface; il trace de nouvelles lignes, il se trouble «et finit par oublier l'idée qu'il avait conçue. Une grande inquiétude de ne pouvoir s'acquitter de son vœu s’empara de ce dévot serviteur de là sainte Vierge. Afin de mieux mettre dans sa tête et de mieux retenir l’idée de cette image, il entreprend un nouveau pèlerinage à la Vierge de Ciaremont. Il supplie la bienheureuse Vierge de le secourir et de lui obtenir la grâce de peindre son image, afin qu’il püt s’acquitter de son vœu. Ayant attentivement æonsidéré la peinture de saint Luc, il met dans sa mémoire tout ce qui pouvait servir à rendre cette image ; plein d’espérance, il retourne chez lui et met la main à l'œuvre. Après y avoir mis tout son soin, après avoir tenté l’œuvre à plusieurs reprises, l’ayant corrigée, ayant tracé et retracé des lignes, il ne puteen faire plus que la première fois. Au désespoir, il renonce avec beaucoup de regret à l’œuvre qu’il avait entreprise. Poussé par les instances de quelques dévoués serviteurs de Marie, il ne put faire autrement que d’aller une troisième fois à Claremont, afin d'y prendre le modèle de la sainte image et de peindre celle qu'il avait promise. Muni des instruments de son art, il va à Claremont, regarde avec soin la sainte image : la forme, la couleur, les proportions, les ombres, jusqu'aux plus petits détails, tout est noté et

confié à sa mémoire, et, craignant les oublis anciens, il retourne chez lui en toute hâte. De retour, il entre bientôt dans l'atelier où il avait renfermé les instruments de son art ainsi que la toile sur laquelle il voulait tracer l’image; il la voit toute resplendissante d’une lumière merveilleuse, et, sur la toile qu’il avait laissée rase et nue, il aperçoit l'image de la Vierge, Mère de Dieu, peinte avec beaucoup de grâce; un cierge allumé était devant elle. Frappé de terreur, saisi de respect, il se prosterne à terre. Il entendit une voix qui lui dit : « Ton zèle à honorer la divine Mère a plu à Dieu; cette image que tu désirais tant peindre; reçois-la peinte de la main d’un Ange et place-la dans une église dela ville de Socal. » Jacques obéit, la transporta avec beaucoup de respect à Socal.et la donna à conserver aux prêtres russes; ayant fixé son domicile auprès du lieu où elle était placée, il y vécut jusqu’à sa mort. Elle sortit intacte des mains des T'artares ainsi que d’un incendie qui consuma la chapelle qui était construite avec des poutres et de l'argile. Une église magnifique fut bientôt construite au même lieu; elle est confiée à la garde des Frères mineurs de l’observance. La sainte image est honorée dans cette église avec un grand concours de peuple et illustrée par de grands miracles. (Tiré de l’histoire de cette image.)

A Skape, ville du territoire d’Obrinski, on a une grande vénération pour une image de la Vierge Marie, Mère de Dieu; en voici l’origine telle que je la trouve :

Nicolas Koscieleky, seigneur de Crazivickz, avait une fille gravement malade depuis longtemps; la maladie avait tellement paralysé ses pieds qu’elle avait perdu toute faculté de marcher. Ses parents la vouent à un sanctuaire de la bienheureuse Vierge nouvellement construit, et, aussitôt que le temps opportun est venu, ils s’empressent de l'y faire transporter afin de s’acquitter de leur vœu. Voici qu'au milieu du voyage la jeune fille s’écrie : « Laissez-moi marcher, grâce à l’immaculée Vierge Marie, je me sens parfaitement guérie. » A ces mots, les porteurs s'arrêtent, elle saute à bas de sa litière et elle arrive toute joyeuse au sanctuaire où elle rendit de nombreuses actions de grâces au Dieu tout-puissant et à la bienheureuse Vierge Marie, ainsi qu’à tous ceux qui l’avaient accompagnée. Voulant se

montrer reconnaissante à Dieu et à la bienheureuse Vierge pour un si grand bienfait, elle se hâta d’aller à Posnanie afin de voir si elle pourrait y trouver quelque image de la sainte Vierge aussi bien peinte qu'elle le désirait. Mais étant allée d’un peintre à un autre et n'ayant pas trouvé d'image sur laquelle ses yeux pussent fixer son choix, elle se mit à en importuner un qu’on croyait plus habile que les autres, Le peintre, vaincu par ses instances importunes, lui ouvrit enfin son atelier et lui ordonna d’en parcourir tous les coins, assurant à plusieurs reprises qu’il n’avait aucune image de ce genre. La jeune fille étant entrée dans l'atelier vit tout à coup une image très-habilement peinte : la bienheureuse Vierge Marie avait les mains jointes et paraissait âgée de trois ans. Cette image plut d’une manière étonnante non-seulement à la jeune fille qui la cherchait avec tant de soin, mais encore au peintre lui-même qui ne pouvait assez s'étonner d’un miracle si subit et si inespéré. La jeune fille, désirant obtenir une toile si belle et si remarquable, promet à l'artiste de lui donner le prix qu’il en demandera, n’importe lequel. Celui-ci jure qu’il n’a jamais touché cette toile, qu’il ne l’a jamais vue de ses yeux, pense qu’il n’est pas permis d’en recevoir le prix et avoue qu’il est manifeste que c’est Dieu qui la lui a envoyée. Il supplie avec instance la jeune fille d’emporter avec elle et de placer dans le sanctuaire de la Reine des Anges un don qui lui a été manifesté par le ministère des esprits célestes. Celle-ci toute joyeuse prend ce présent que Dieu vient de lui accorder, et, toute transportée d’allégresse, elle retourne chez ses parents avec l’image, et la place dans une chapelle qui venait d’être ‘édifiée en ce lieu et qui avait été consacrée tout récemment. Ce fait se passa en l’année du Seigneur 1496, comme l’atteste le chiffre placé au bas de cette image. Dès qu’on eut connaissance d’une image illustrée par de si grands miracles, il s’y fit de tous côtés un grand concours de personnes des deux sexes qui, réjouies par les consolations qu’elles avaient désirées, se plaisaient à proclamer, à divulguer et à exalter la miséricorde de Dieu ainsi que la puissance de sa sainte Mère. La dévotion à cette image grandit bientôt d’une manière étonnante dans le cœur des fidèles; elle grandit encore tous les jours de plus en plus.

Notre royaume de Pologne possède encore plusieurs autres images

de Marie; célèbres par les prodiges qu’elles opèrent, elles montrent suffisamment combien la Mère de Dieu aime et chérit les Polonais. La sainte Mère de Dieu s’étant choisi, dans presque toutes les provinces de notre royaume, des lieux consacrés au culte de Dieu et à l’honneur de son nom, où les hommes malheureux trouvent le remède le plus puissant à leurs afflictions, à leurs infirmités et à leurs adversités, quelque grandes qu’elles soient, il nous est facile de nous persuader avec quel soin elle s’occupe de nous. La Pologne supérieure possède Gostinum, Lubassum, Tulce, Dembie, Raïsko, Shalmiercyce, Borex. La Pologne inférieure, outre les images très-célèbres de Cestochowa et de Cracovie, possède encore beaucoup d’autres images miraculeuses de la Mère de Dieu, dont nous ne pouvons faire une mention spéciale.

La Russie, outre l’image de Socal dont nous avons déjà parlé, se glorifie d’en posséder une autre non moins miraculeuse à Lézaiek.

La Masovie, ainsi que le palatinat de Plock, vient acquitter ses vœux à Seiprez, dans un temple consacré à Marie et doté d’une image miraculeuse de la Mère de Dieu. ;

La Prusse montre avec honneur une église située dans une plaine immense, entre la nouvelle ville et Le château de Bratzano, célèbre-par les miracles qui s’y opèrent et par la dévotion qu’elle inspire aux peuples.

Le grand duché de Lithuanie à en grande vénération, à Trocoz, une image miraculeuse de la bienheureuse Vierge Marie, aux pieds de laquelle chacun trouve la consolation dont il a besoin dans toutes ses adversités, Puisque la main. si prodigue de la Mère de Dieu s’est plu à combler la Pologne de dons nes si nombreux et si magnifiques, il est donc juste que la Pologne s’en félicite et rende les plus grandes actions de grâces à Marie; il est ( donc juste que le cœur et Les affections de ce royaume soient pour une maîtresse si bonne et si miséricordieuse. Il n’y a donc rien d’étonnant qu’il la chérisse de plus en plus, qu’il la loue, qu'il la célèbre avec un zèle toujours plus grand, qu'il l’honore avec plus d’empressement, qu’il la vénère et la recon- . naisse comme la mère la plus tendre, la plus libérale et la plus atten-

tive aux besoins de ses enfants. wi j 4 oc #4

CE QU'IL # À A CORRIGER DANS LES IMAGES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.

SommatRe. — 1, Avant-propos; Immaculée-Conception. — 2. Présentation au Temple.— 3. Mariage de la sainte Vierge.— 4et 5. Annonciation et enfantement de la bienheureuse Vierge Marie. — 6. La Mère des Douleurs au pied de la Groix.

Il a été réglé par un décret du saint Concile de Trente, au commencement de la vingt-cinquième session que, si quelques abus se sont glissés dans les saintes et salutaires pratiques de dévotion, le saint concile désire vivement les abolir entièrement, de sorte qu’on n’expose plus des images renfermant l'expression d’une croyance fausse ou fournissant aux ignorants l’occasion d’une erreur dangereuse. Comme de nombreuses erreurs ont pénétré dans les images de la bienheureuse Vierge Marie, soit sculptées, soit peintes, soit fondues, j’ai pensé qu'il était à propos de travailler à faire disparaître cEpérreurs, afin que les peintres et les statuaires ne prennent pl Jicence dans les images de ce genre, ce qu’un poëte a très-bien rendu en disant : « Les peintres et les poëtes ont toujours eu Le pouvoir de tout oser. »

Nous allons done commencer :

DE L’IMAGE DE L'IMMACULÉE CONCEPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE. 31

1. — Quelques peintres peignent ainsi l’immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie : Anne et Joachim s’embrassent sous la porte d’or, au bas est cette inscription : « Ainsi a été conçue la bienheureuse Vierge Marie. » Cette erreur vient d’un livre apocryphe ayant pour titre Premier Évang gile de saint Jacques, où est écrit ce qui suit : «Anne se tenait à la porte, lorsque voyant venir Joachim avec ses troupeaux, elle accourut et se jeta à son cou en disant : «Je connais main- «tenant que Dieu a versé sur moi ses plus sx bénédictions: moi «qui étais stérile, j’enfanterai.» Ce qui est une fable et une pure fiction, puisque, de l’avis de tous les Docteurs de l’Église, Marie n’a pas | été conçue d’une mänière . ‘< ”

Phel

Je crois qu’on peut représenter convenablement la conception de la bienheureuse Vierge Marie, si on sculpte ou si on peint l’Archange Gabriel apparaissant à saint Joachim dans le désert, et à sainte Anne dans sa maison, ou dans son jardin. Pantaléon, dans Métaphraste, au sujet de saint Michel, rapporte de saint Gabriel qu’il visita la mère de Marie, Anne, encore stérile, et lui prédit, pendant qu’elle priait dans son jardin, qu’elle mettrait au monde une fille illustre qui serait la Mère du Rédempteur.

Page 1