‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 48 sur 125 · EN POLOGNE · texte numérisé non relu

EN POLOGNE

‘ Parmi tous les royaumes qui font profession de la foi chrétienne, la Pologne est loin d'occuper la dernière place dans le culte de Marie. Différentes pratiques de piété montrent avec quel zèle ce royaume honore la glorieuse Mère de Dieu. Nous en avons pour preuve ces jeûnes observés tous les samedis en l’honneur de Marie, avec tous les priviléges des fêtes de la bienheureuse Vierge; ces jours, que l’Église consacre pendant le cours de l’année à la bienheureuse Mère de Dieu, sont solennellement célébrés non-seulement par le clergé, mais encore par le peuple, excepté cependant les fêtes de Notre-Dame des Neiges et de la Présentation; les messes de la bienheureuse Vierge, qui commencent par Rorate, sont célébrées chaque jour pendant tout l'Avent de chaque année avec un grand concours de peuple et beaucoup de solennité; de plus, le nom si vénérable de Marie n’est imposé à aucune femme par respect. Telles sont les principales marques de la singulière dévotion des Polonais envers la bienheureuse Vierge. Je passe sous silence la dévotion du Rosaire, pratiquée plus fréquemment et avec encore plus de ferveur; tous les samedis et tous les premiers dimanches du mois, la messe du Rosaire a continué d’être chantée dans toutes les églises qui sont le siége de cette archiconfrérie; les mêmes dimanches, ainsi qu’aux fêtes de la bienheureuse Vierge Marie, des processions où on porte Le saint sacrement avec la statue de la sainte Vierge, se font avec une majesté et une pompe très-solennelles; je tais encore beaucoup d’autres signes de la dévotion de la Pologne envers la bienheureuse Vierge, signes qu’elle partage avec d’autres provinces et royaumes.

C'est pourquoi la bienheureuse Vierge s’est plu à enrichir et à favoriser la Pologne de dons plus riches et plus magnifiques encore : nous voulons parler de ces images miraculeuses vers lesquelles le peuple accourt à l’envi comme vers des sources de grâces toujours

1 Chronique, par Bzowski, sous la date de 1326, n° 20.

ouvertes, assuré qu'il est d’y trouver dans toutes ses nécessités les remèdes nécessaires.

Parmi toutes ces images miraculeuses dont s’honore la Pologne, aucune ne surpasse en ancienneté, en dignité et en célébrité l’image de Cestochowa, peinte par saint Luc, dont nous avons parlé lorsque nous avons énuméré les images peintes par ce Saint. (Voyez le n° 6.) Outre cette image, on en compte encore plusieurs autres miraculeuses.

On met en première ligne celle de Kiew, qui parla à saint Hyacinthe Odrowaz et l’avertit trois fois de l'emporter et de prendre la sainte Evcharistie afin d’échapper,-par la fuite, aux Tartares dont les troupes nombreuses ravageaient la Russie et la Volhynie. Saint Hyacinthe obéit aux ordres de la sainte Mère de Dieu, et, revêtu des ornements sacerdotaux, il prit de la main droite la sainte hostie et de l’autre la statue de la Mère de Dieu : elle était d’albâtre et d’une hauteur trèsgrande. 5e disposant à passer dans la province de Sevarie, il erra le long des rives du Borysthène; ne trouvant pas d’embarcation, il prit le parti de se confier au fleuve malgré la rapidité de son Cours, et, chargé de la statue qui était d’un grand poids, il traversa le fleuve à pied sec malgré sa profondeur. De retour à Cracovie, il déposa dans Péglise de la Très-Sainte-Trinité, de l'Ordre des Frères prêcheurs, le précieux fardeau dont le poids ne lui avait occasionné aucune fatigue. Bzowski reporte ce fait à l’année 1241. PIüt à Dieu que cet écrivain si savant et si respectable eût indiqué dans quel endroit de l’église de Léopol cette sainte image est conservée. IL est certain que nos pères se glorifient de conserver cette sainte statue dans cette église; mais, comme je viens de l’apprendre, cette statue est petite et plus légère que celle dont l’histoire fait mention. Séparons ce qui est certain de ce qui ne l’est pas.

À Cracovie, ville royale, très-célèbre par sa piété chrétienne et par son goût pour les lettres, dans l’église de la Très-Sainte-Trinité, enrichie du corps de saint Hyacinthe, confesseur de notre Ordre, dans la chapelle du Très-Saint-Rosaire, s'offre à la vue une image de la Vierge, Mère de Dieu, pareille à celle qui est peinte à Sainte-Marie Majeure, à Rome. On y voit cette sainte image, objet d’une grande vénération

dans toute la ville, ornée des offrandes les plus magnifiques, soit en or, soit en argent. Chaque année, le premier dimanche d'octobre, jour consacré à la confrérie du Très-Saint-Rosaire, elle est portée solennellement avec beaucoup de pompe et d'honneur dans les rues de Cracovie. Pour cette procession solennelle, tout ce que l’église de la Très-Sainte-Trinité a de précieux, tout ce que son trésor renferme de magnifique est étalé, tout ce que la ville entière a de plus beau est réuni pour honorer en ce jour, d’une manière spéclale, la Reine du Ciel, l’'Avocate du très-saint-Rosaire, la Maïtresse de la cité. Tous les confrères du Très-Saint-Rosaire sont convoqués, les membres du sénat de la ville ainsi que tous les citoyens sont invités, afin d’augmenter par leur présence la pompe, la splendeur et la majesté de cette grande fête. En tête de la procession marchent les premiers les confrères du Très-Saint-Rosaire; ils sont revêtus de sacs ou de manteaux rouges, portent les étendards et l’image de Marie. Après eux vient une longue file de religieux chantant les louanges de l’auguste Mère de Dieu, faisant retentir les airs de leurs accents et remplissant la ville de leurs chants de fête. Ces religieux sont suivis d’autres frères revêtus d’ornements sacrés : les uns de chapes, les autres de chasubles, ceux-là de dalmatiques; ils portent dans leurs mains les nombreuses reliques qui sont renfermées dans des boites, dans des tabernacles, dans des coffres d’or ou d’argent, ou bien encore dans des reliquaires en forme de colonne ou de pyramide. Près d’eux, un prêtre choisi parmi les plus dignes, revêtu d’une chape d’étoffe brochée d’or, porte dans ses mains la tête de saint Hyacinthe, confesseur, pairon du royaume de Pologne, thaumaturge de l'univers entier; cette tête précieuse est renfermée dans un reliquaire de vermeil, orné de joyaux d’or et de pierreries du plus grand prix. Un autre prêtre, également revêtu de splendides ornements, porte dans un reliquaire d'argent un bras du mème Saint. Les ornements des ministres qui marchent aux côtés de ces prêtres sont aussi d’une grande magnificence.

A leur suite apparaît enfin l’image elle-même de la Mère de Dieu; elle est entourée de vases d’or et couverte de lames d'argent ; elle est décorée des joyaux les plus précieux, placée sur un brancard; des prè-

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