‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 54 sur 125 · DE L’IMAGE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE AU PIED DE LA CROIX · texte numérisé non relu

DE L’IMAGE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE AU PIED DE LA CROIX

VI. — Dans les images de ce genre, deux erreurs se commettent : la première, en représentant Marie à la gauche de son Fils suspendu à l’arbre de la croix ; la seconde, lorsque la même bienheureuse Vierge est peinte ou représentée sans vie, à demi-morte, ou prosternée eontre terre, ou entre les bras de Madeleine. La première peinture paraît avoir son fondement dans le Psaume oxur, où le Christ dit : « Je jetais Les yeux à ma droite et je regardaïs, et il n’y avait personne qui me connûüt. » Maïs ces paroles doivent s’entendre des Apôtres qui, ayant abandonné le Christ, prirent tous la fuite, au point que le Christ n’en vit alors aucun à sa droite. Saint Jean l’Évangéliste se tenait peut-être à gauche; c’est pourquoi il est communément placé dans les peintures à la gauche de Jésus-Christ.

Pour cette peinture qui représente Marie étendue sans vie au pied de la croix, elle contient une erreur intolérable, puisque le texte du saint Évangile dit ouvertement : « La Mère se tenait auprès de la croix de Jésus. » C’est pourquoi, comme le raconte Carthagena ?, le

1 St. Luc, n. — 2? Liv. XII, homélie vu.

VIERGE VÉNÉRABLE. 391 maître du sacré palais apostolique ordonna d’effacer et de détruire les images de ce genre, comme diminuant la magnanimité et le courage de la Vierge, Mère de Dieu.

Ou L’ON MONTRE, PAR DES EXEMPLES, COMBIEN LE CULTE DE SES IMAGES EST AGRÉABLE A LA SAINTE VIERGE.

Soumame. — 4. Lampe brûlant miraculeusement devant l'image de la sainte Vierge. — 2. La pieuse coutume d'allumer des lampes louée. — 3. Saint Hyacinthe honoré du don des miracles, par l'intercession de la sainte Vierge. — 4. La Vierge Marie parle à saint Bernardin. — 5, Dévotion des Pontifes romains envers les images de Marie. — 6. Le diable, ennemi des images de la sainte Vierge. — 7. Châtiments de ceux qui ont violé les images de la bienheureuse Vierge. — 8. Sang coulant des images de Marie. — 9. Miracles de la Vierge de Claremont,

L’honneur qu’on rend aux images ne s’arrêtant pas à l’image elle-même; mais s'adressant à la personne qu’elles représentent, il n’y a pas de doute que ce culte ne plaise beaucoup à ceux qui sont représentés, et que le mépris de ces images ne leur déplaise beaucoup, puisqu'ils sont eux-mêmes méprisés dans ces images. Les images de la sainte Vierge le montrent clairement; quiconque les a honorées a reçu de grands bienfaits de Dieu; quiconque les a méprisées a été puni de son impiété; les exemples que nous avons rapportés plus haut et ceux que nous allons citer le prouvent suffisamment.

1. — Un anachorète avancé en âge possédait dans la caverne où il faisait sa demeure une statue de Marie, Mère de Dieu, portant dans ses bras le Christ, Notre-Seigneur, souvent il allait errer dans de vastes solitudes, ou il allait à Jérusalem pour adorer la sainte croix, ou bien encore il se retirait sur le mont Sinaï pour prier. Avant de partir, il allumait un eierge devant la statue de la Mère de Dieu et lui parlait en ces termes : « Sainte Reine, Mère de Dieu, je vais faire un voyage qui durera longtemps; soignez vous-même ce cierge, conservez-le, qu’il ne s’éteigne pas : c’est ce que je désire; car c’est accompagné de votre assistance que j’entreprends ce voyage. » Après ces paroles, il partait; son voyage achevé, il revenait quelquefois au

bout d’un mois, souvent même après deux ou trois mois, son absence ne se prolongeait jamais jusqu’à cinq ou six mois, et il retrouvait toujours le cierge allumé, sans avoir subi aucune diminution. Et soit qu’il sortit de son sommeil, soit qu’il revint de ses pérégrinations lointaines, soit que du désert il rentrât dans sa caverne, il ne le vit jamais s’éteindre de lui-même‘. Cette histoire a été racontée dans le second Concile de Nicée, par le moine Étienne. Elle nous enseigne combien est pieuse et digne d'imitation la coutume de ces Chrétiens qui, dans leurs demeures, font brüler une lampe devant la Vierge, Mère de Dieu, ou qui, avant de mettre le pied hors de leurs maisons et d'entreprendre quelque voyage, ont la sainte habitude de se recommander, eux et tout ce qui leur est cher, à la sainte Mère de Dieu, devant son image qu'ils possèdent dans leurs chambres.

De plus, les images de la sainte Vierge chassent les infirmités loin de ceux qui les honorent. Saint Étienne le Jeune, martyr, ayant été prié dans l’île de Proconèse de rendre la santé à un nommé Arminius très-gravement malade, lui donna à vénérer deux images du Christ et de Marie; le malade ne les eut pas plutôt regardées qu’il recouvra entièrement la santé ?.

III. — En outre, le culte des images de la sainte Vierge a été si utile à quelques-uns qu’il leur a valu la grâce des miracles. Notre saint Hyacinthe, portant d’une main la statue de la sainte Vierge et la sainte Eucharistie de l’autre, passa à pieds secs le Borysthène, en laissant sur les eaux les vestiges de ses pieds ÿ.

IV.— Saint Bernardin de Sienne, priant souvent devant l’image de la sainte Vierge et récitant sa Couronne, mérita de voir la sainte Mère de Dieu et d’entendre sortir de sa bouche cette parole : « Bernardin , mon dévot serviteur, ta dévotion m'a plu beaucoup; en récompense, j'ai demandé à mon Fils pour toi la grâce de prêcher et de faire des miracles. Apprends que tu participeras enfin à mes joies dans le Paradis *. » Bernardin devint un prédicateur très-célèbre ; il commença bientôt à faire des miracles et à recevoir en grande abon-

. 1 Tiré du Pré spirituel, chap. ccxxx. — ? St. Damascène, dans la Vie de saint Etienne le Jeune. — 3 Le P. Séverin Lubombius, dans sa Vie. — + Pelbart, dans le Sicliarium, part, IL, art, 8.

VIERGE VÉNÉPABLE. 393 dance les faveurs célestes dont la divine Vierge se plaisait à le combler.

V. — Bien que l’Église honore les images de tous les Saints, elle entoure cependant d’une vénération spéciale celles qui représentent la Vierge, Mère de Dieu. Lorsque le Pontife romain bénit solennellement les images des Saints, il le fait sans mitre; une seule oraison et une seule aspersion d’eau bénite suffisent pour cette cérémonie. Mais s’il s’agit des images de la sainte Vierge, le front du pontife est orné de la mitre d’or; on chante des antiennes, on psalmodie des psaumes, on récite plusieurs oraisons, on fait deux aspersions d’eau bénite, on se sert de l’encensoir: tels sont les rites employés pour ces bénédictions, comme on peut le voir dans le Pontifical romain.

VI. — Aussi le démon, qui le sait bien, a-t-il pour les images de la sainte Vierge une aversion plus grande que pour les autres; il les poursuit d’une haine perpétuelle: c’est ce que va montrer l’histoire suivante. Un moine, grand serviteur du Christ, demeurant sur le mont des Olives, était fortement tenté par l’esprit d’impureté; fatigué de cette lutte continuelle, le saint vieillard demanda au démon combien de temps encore il continuerait à le tourmenter. Le démon lui fit alors entendre ces paroles : « Jure-moi de ne jamais révéler à personne ce que je vais te dire. » Celui-ci l’ayant juré, le démon lui dit : « Cesse d’honorer cette image et je cesserai de te tenter. » Le vieillard avait, en effet, dans sa demeure une image de la Vierge, Mère de Dieu, tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras, à laquelle il avait une grande dévotion. Il va trouver l'abbé Théodore et lui expose ce qui vient de se passer. L'abbé lui répond : « Tu as été vraiment trompé; en jurant au démon, tu as commis un grand péché, mais tu as bien fait de me découvrir ce secret; sar il vaudrait mieux pour toi entrer dans quelque maison infâme de cette ville que de cesser d’adorer Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu, et d’honorer sa sainte Mère. » Il lui raconta beaucoup de faits sur ce sujet, et après avoir bien affermi le moïne dans son devoir de toujours honorer l’image de la Mère de Dieu, il le renvoya. Le démon retourna vers le moine et lui dit : « Qu’y a-t-il, méchant vieillard? est-ce ainsi que tu gardes la foi que tu m'as jurée? Au jour du Jugement, tu sentiras la colère de

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