‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 55 sur 125 · HE · texte numérisé non relu

HE

Dieu et tu seras certainement puni de ton parjure. » Le moine lui répondit: « Je sais que j’ai juré, mais je continuerai d’adorer Jésus- Christ, mon Seigneur, je ne t’obéirai pas, bien que je te l’aie promis !. »

VII. — Les châtiments que les impies ont subis montrent assez clairement combien le culte des images est à cœur à la Mère de Dieu elle-même. En l’année 1580, Olivier Tampelius voulant soumettre à sa domination la ville de Hall, célèbre surtout par une statue de la Mère de Dieu qui était en grande vénération; un hérétique nommé Jean Zuiccius se vantait d’une voix sacrilége de couper lè nez à cette femmelette de Hall : il entendait parler de la Mère de Dieu. A peine arrivait-il près de la ville qu’une balle de plomb lui enleva son nez; aussi fut-il l’objet des plus grandes railleries de la part de ses compagnons d’armes qui souvent l’envoyaient à Hall recouvrer son nez.

Dans la même expédition, un autre hérétique nommé Jean Reselman, homme d’une fureur plus barbare et d’un langage encore plus infâme, proclamait partout qu’il amènerait la sainte image à Bruxelles, et que, placée sur un bûcher, il la ferait brüler publiquement. Il fut bientôt puni de son blasphème, car un projectile lui enleva dans ce siége la bouche et le menton; il perdit la vie peu de temps après. Lipse raconte ces deux miracles dans son Opuscule sur la sainte Vierge de Hall.

VIII. — Vers l’année de l’Incarnation de Notre-Seigneur 14377, pendant que les Iconoclastes parcouraient toute la Belgique, détruisant les églises, il arriva dans un bourg célèbre, appelé Soheren, qu'un d’entre eux s’empara d’une statue de la sainte Vierge et se mit à Pabattre. Lorsqu'ils eurent pris beaucoup de peine à la détruire, la statue en tombant punit elle-même le coupable. En effet, l'Enfant, auparavant si doux, que la Vierge-Mère tenait entre ses bras, avec sa main vengeresse que le sculpteur avait tendue en avant, tomba droit contre la tête et la joue de l’Iconoclaste et Le perça comme l'aurait fait une lance aiguë. Cette histoire nous a été rapportée dans une assemblée d'hommes honorables par des témoins oculaires et dignes de foi?,

1 Cette histoire, tirée du Pré spirituel, chap. xcv, a été confirmée par les trèsvénérés Pères du 7€ Concile. — ,2 Tilmann Bredenbach, lib. IL, des Santes Conférences, chap. xxir.

Un autre fait mémorable arriva en France. Près de Châteauroux, à Déols, est un couvent dans l’église duquel on vénère une statue en pierre de la Mère de Dieu, placée sur une colonne; une pauvre femme étant venu prier devant cette image, deux Brabançons blasphémaient en vomissant des injures contre cette femme, et l’un d’entre eux lança des pierres contre la statue et brisa un bras à l’Enfant-Jésus. Des gouttes de sang coulèrent bientôt de ce bras, comme si ce bras avait été d’un homme vivant, et celui qui avait lancé la pierre expira dans le même lieu. L'autre, voulant prendre entre ses bras son compagnon mourant, fut possédé du démon et mourut le jour suivant. Il y eut bientôt un grand concours de peuple pour voir couler le sang de la pierre. A la vue de tout le monde, la statue déchire ses vètements, c’est-à-dire les ornements de pierre qui l’entouraient, et découvre son cou et sa poitrine jusqu’au sein, afin de montrer l’ignominie et l’injure dont elle et son divin Fils venaient d’être l’objet. Ceux qui, auparavant, ont vu cette statue, attestent l’avoir vue rouge et bien colorée; on la voit maintenant blanchie par la pèleur et comme sans vie. Ce fait se passa en 1187, et celui qui à écrit ces choses affirme avoir vu le sang et l’image découverte ainsi que les vêtements déchirés !.

A Constance, un pâtre du pays, voyant dans une chapelle une image la Mère de Dieu peinte sur la muraille, s’écria : « À quoi bon cette image ? » et de l’aiguillon avec lequel il conduisait ses bœufs il arracha à l’image l’œil droit. O prodige! au sortir de la chapelle, pendant qu’il poussait en avant son troupeau, son aiguillon vola en éclat, et la partie où le morceau de fer est fixé, tombant sur lui, s’enfonça dans son œil droit. Constantin, évèque de la même ville de Constance, assistant au second Concile de Nicée, raconta ce fait en présence de tous les Pères du Concile ?.

Un Iconoclaste, voyant une statue de la sainte Vierge, se mit à lui jeter des pierres; la sainte Vierge lui apparaissant dans son sommeil, l’interpella avec ces terribles paroles: « Ce que tu as fait contre cette statue, tu l’as fait contre toi. » En effet,il fut peu de temps après frappé d’une pierre et écrasé comme l’avait été la statue.

1 Vincent de Beauvais, Liv, VII, Miroir historique, chap. cx. — ? Art, 4.

Les Sarrasins, étant entrés dans une basilique dédiée à la bienheureuse Vierge Marie, se mirent à percer de la pointe de leurs lances les images des Saints, coupant à celui-ci un œil, à celui-là le nez ou un pied. Lorsqu'ils arrivèrent vers l’image de la sainte Mère de Dieu, ils ne purent lui faire aucun mal, malgré tous leurs efforts; car leurs mains furent enchainées, soit qu’elles fussent saisies par la peur, soit que leurs forces fussent épuisées !.

Dans une ville du diocèse de Trèves, il y avait une statue de la Mère de Dieu réchauffant son Fils sur son sein; c'était, comme art, une œuvre bien imparfaite, mais elle était douée d’une grande vertu. Une dame de cette ville, regardant cette statue, s’indignant contre cette sculpture, s’écria : « Pourquoi laisse-t-on là cette vieille caricature? » Mais la Mère de Dieu, s'adressant à une autre dame, lui dit : « Puisque cette femme, en prononçant mon nom, m'a appelée vieille caricature, elle sera malheureuse tant qu’elle vivra. » Peu de temps après, en effet, son fils la dépouilla de tous ses biens et la réduisit à la mendicité; c’est ainsi qu’elle fut punie de ses paroles insensées ?,

A Trapani, un homme perdit tous ses biens en jouant aux dés. Plein de fureur, il vient au lieu où étaient les statues de la sainte Vierge et de saint Albert, de l’Ordre des Carmes, il vomit contre elles mille blasphèmes, se plaignant de ce qu’elles n’exauçaient pas se prières, et, ayant pris un glaive, il frappe les deuxstatues. Du sang en jaillit aussitôt en grande abondance. Un enfant, qui vit ce prodige, se mit à élever la voix et à crier contre le sacrilége. Celui-ci, en entendant ces cris, sort de l’église, mais tout à coup un coup de tonnerre terrible se fait entendre, et la foudre réduit son corps tout entier en poussière devant la porte de l’église ?,

IX.— J'ai encore à raconter deux miracles opérés auprès de l’image de la sainte Vierge, vénérée à Claremont. Cette image, peinte par saint Luc, comme le rapporte la tradition, était conservée en premier lieu à Belsano; elle y avait été apportée par Léon, duc de Russie. Les Tartares, selon leur coutume, pleins de confiance dans leurs forces et dans la

1 Vincent de Beauvais, Histoire, liv. VII, chap. cx. — ? Césaire, liv. VIE, chap. xLV.— 3 Surius, dans la Vie de saint Albert de l'Ordre des Carmes, le 7 du mois d'août.

VIERGE VÉNÉPABLE. 851

célérité de leur fuite, s'étaient répandus sur le territoire russe, mettant tout à feu et à sang, Ladislas, prince d’Opolie, se trouvait alors à ‘Belsano; s'étant retiré dans la citadelle, il se prosterna au pied de image de la sainte Mère de Dieu, implorant en sa faveur l'assistance divine contre les Barbares. Les Scythes accourent, et rangés en batail- Jon, ils font le tour de la citadelle pour l’assiéger. Un des Barbares tend son arc vers la chambre haute de Ladislas, où se trouvait l’image, la flèche part, et, sans faire de mal au prince en prière, elle vint frapper contre le cou de l’image. Ladislas ressentit une douleur plus vive de l’injure qui venait d’être faite à l'image de la sainte Vierge que si le dard avait percé sa propre poitrine. D'une voix retentissante, il s'écria : « Sainte Reine, ne vengez-vous pas votre injure? » A peine eut-il dit ces paroles qu'une nuée très-épaisse enveloppa la ville et la citadelle; on en vit sortir des soldats bien supérieurs aux Scythes par leurs forces, leur grandeur et leur magnificence. Les PBarbares, étonnés d’un tel prodige, cherchèrent leur salut dans la fuite. Ladislas, ayant recouvré ses forces et son courage, se mit à la poursuite des fuyards; les uns furent taillés en pièces, Les autres mis en fuite. Ainsi furent dispersés les Barbares'. |

ka, de Bohème, plus semblable à un monstre affreux qu’à un homme, ayant déclaré la guerre aux personnes et aux choses saintes, réunit sous ses étendards une armée nombreuse de Hussites et vint à Claremont. []s entrent dans l’église, les uns massacrent les religieux, les autres les dispersent ; ils mettent la main sur tout ce que le trésor de l’église a de plus précieux, ils n’épargnent pas même l’image de la saint: Vierge, entourée de nombreux ornements d’or. Ils dépouillent Pimage vénérée et veulent l'emporter avec eux, mais elle demeure immobile. Ils la tirent, ils la poussent, ils l’enlacent : elle résiste à tous leurs efforts. Un des hérétiques, tirant alors son cimeterre, frappa de deux coups le côté droit de la Vierge. Deux peintres furent appelés par Ladislas pour fermer les blessures avec leur pinceau, ce fat en vain. Marie voulut laisser subsister dans son image ces marques de l’impiété pour montrer qu’elle sait triompher des hérétiques.

4 Abrahara Bzowski, dans son Collier de perles, sermons 1°r et vie, vers la fin,

Aïdée du secours de la Vierge puissante, l’armée de Ladislas remporta peu de temps après sur eux une victoire signalée !.

Ces miracles indiquent assez clairement combien le culte de ses images plait à la Mère de Dieu. Car pourquoi la justice divine sévitelle ainsi contre les Iconoclastes, si ce n’est pour montrer que ces images de la Mère de Dieu, que les impies s’efforcent de profaner et de renverser, elle veut les voir partout considérées, honorées et vénérées? Antoine Spinelli, dans son Traité des Miracles de la sainte Vierge, n° 37 et suivants, nous rapporte encoie beaucoup de châtiments infligés aux blasphémateurs de la sainte Vierge, Toutes ces histoires sont tirées d'auteurs recommandables.

299° CONFÉRENCE DES FÊTES INSTITUÉES EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE, Sowmmame. — 1. Introduction. — 2. Énumération des fêtes de la Vierge 2.

I. — C'était autrefois une prescription chez les Juifs de célébrer par des sacrifices plus nombreux la solennité des Calendies ou de la Néoménie, qui avait lieu à chaque nouvelle lune; le peuple devait par ses chants relever l'éclat de cette fête. Aussi dit-on au Psaume Lxxx, verset 3 : «Sonnez de la trompette en ce premier jour du mois, en cejour le plus grand de votre solennité. » Cette solennité fut instituée pour célébrer les bienfaits que la divine Providence nous donne par linfluence que le soleil, la lune et les autres corps célestes ont sur la terre.

Cette célébration de la nouvelle lune présageait une nouvelle créature : Marie, la très-sainte Mère de Dieu. C’est elle qui est la vraie lune. De même que la lune reçoit sa lumière du soleil, ainsi Marie, revêtue du Christ, le brillant Soleil de justice, resplendit de toute part d’une lumière éclatante. La lune préside à la nuit: elle éclaire les pécheurs plongés dans la nuit de leurs crimes ; des rayons de son amour et de sa clémence, elle dissipe et écarte loin d’eux les ténèbres

1 Bzowski, au lieu déjà cité.

2 Le lecteur n’oubliera point la date de la composition de cet ouvrage en lisant cette Conférence que, par respect pour l'intégrité du texte, nous avons traduite tout entière, (Note du Traducteur.)

obscures du péché. Aussi le Cantique des cantiques ‘ l’appelle-t-il belle comme la lune. C’est avec raison qu’elle est nommée la nouvelle lune ; elle n’a été souillée d’aucune des taches de l’ancienne Ëve. La solennité de la Néoménie a été instituée pour rappeler le souvenir des bienfaits de Dieu : par la sainte Vierge, Dieu fait couler sur le genre humain une source abondante et continuelle de bienfaits. C’est à juste titre que l’Église a institué de nombreuses solennités en l'honneur de la Mère de Dieu; c’est pour que le peuple chrétien remercie Dieu de ses dons avec plus de piété et de dévotion; car il ne convenait pas que les Juifs l’emportassent en ce genre de piété et de reconnaissance sur les Chrétiens. Les Juifs fêtaient par le son des trompettes la solennité de la Néoménie, c’est-à-dire de la nouvelle lune : les Chrétiens célèbrent avec beaucoup de joie et d’allégresse les solennités de la sainte Vierge. De là cette parole de l’Église : « Votre Conception, ou votre Nativité, ou votre Annoncialion, a annoncé la joie à l’univers entier. » Et celle-ci encore : « Célébrons avec joie la Conception, etc., de la bienheureuse Vierge Marie. »

Les Païens, entraïnés dans l’idolâtrie par de nouvelles erreurs, célébraient solennellement en l’honneur de la mère des dieux le jour de l’équinoxe du printemps, qui arrive le huitième des calendes d’avril; c’est saint Denis l’Aréopagite qui le rapporte dans ses Lettres. Avec combien plus de raison et de justice ne devons-nous pas célébrer les fêtes de la très-sainte Vierge, qui est la Mère de Dieu !

Les solennités en l’honneur de la sainte Vierge se divisent en deux parties : les unes sont universelles, les autres sont particulières. On appelle universelles celles qui se célèbrent solennellement dans toute l'Eglise catholique. Elles sont au nombre de huit : la Conception, la Natüvité, la Présentation, l’Annonciation, la Purification, la Visitation, l’Assomption et la solennité de Notre-Dame des Neiges. Dans la IVe partie?, saint Antonin joint à ces huit fêtes celle de tous lesSaints, parce qu’autrefois on l’appelait la fête de sainte Marie aux Martyrs.

Les fêtes particulières sont celles qui, pour des raisons particulières, se célèbrent en certains royaumes, en certains diocèses, ou en

1 Chap. vr, ÿ. 9. — 2 Tit, XV, chap. xxiv, 8 8.

certaines familles religieuses; telles sont : la fête du très-saint Rosaire; celle du Mariage de la bienheureuse Marie; celle de la Dédicace de Sainte-Marie aux Martyrs; celle de l’Attente du divin enfantement; celle de sainte Marie Hodigitrix; celle de la Déposition des vêtements de la sainte Vierge, de la déposition de sa ceinture; celle de Sainte- Marie des Anges de la Portioncule; celle de Notre-Dame du Moni- Carmel ; celle des Sept-Douleurs; celle des Joies de la Vierge Marie ; celle de sa Descente; celle de Sainte-Marie au Commencement; la fète de la Vierge-Mère; la fête de Notre-Dame de la Victoire, à Chartres. Cette même fête se célèbre à Bruxelles; les Minimes fêtent Notre-Dame des Maures; on trouve encore la fête des Ardenis;

celle de l’Invention du manteau de la sainte Vierge Marie; celle de la Translation à Lorette de la sainte maison!.

Re de ces fêtes l’emportent sur les autres; non-seulement le clergé, mais encore tout le peuple est tenu, d’après une loi, de les célébrer solennellement. Elles sont au nombre de quatre, selon }5 diverses saisons de l’année : l’Annonciation se célèbre au prin-

mps, lP'Assomption en été, la Nativité en automne, et la Purification en hiver. Anciennement, l'Église ne célébrait que ces quatre fêtes, ‘ant pour mettre les quatre saisons de l’année sous la protection particulière de la sainte Vierge, que pour placer comme quatre pierres précieuses sur la couronne de l’année, soit qu’elle voulàt enfin que ces fètes de la bienheureuse Vierge fussent pour l’année entière une source de fécondité, comme létaient les quatre fleuves qui arrosaient le Paradis terrestre.

De plus, de même que les quatre vents principaux soufflent dans les quatre parties du monde, de même aussi l’Église a voulu que les quatre saisons de l’année fussent ornées et embellies par les quatre principales fêtes de la Vierge, Mère de Dieu; elle a voulu aussi que les mérites et les prières de cette Vierge bénie nous raffermissent, nous protégent et nous conservent sains et saufs pendant les quatre saisons de l’année ?,

1 Plusieurs fêtes indiquées par notre auteur comme fêtes particulières sont dévenues universelles dans l’Église, (Note du Traducteur.) 2 Ostie, cap. Conquestus,

En Pologne, où le culte de Marie est en si grand honneur, toutes les fêtes universelles de la sainte Vierge, excepté celle de Notre- Dame des Neiges et de la Présentation, sont solennellement célébrées avec vigile et jeûne, non-seulement par le clergé, mais encore par tout le peuple : chaque nation célèbre solennellement, selon sa dévotion, les fêtes de la sainte Vierge qui lui sont particulières. Nous allons parler spécialement de chacune des fêtes que nous avons citées plus haut.

Page 1