‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 60 sur 125 · FÊTE DE L’ANNONCIATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

FÊTE DE L’ANNONCIATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE

Par cette fête, l'Église honore la glorieuse Mère de Dieu, et en même temps elle honore ce mystère où, à la parole de l’Ange, Dieu se fit homme pour sauver le monde et où la Vierge devint vraiment la Mère de Dieu. Cette fête est de premier ordre, privilégiée et trèsancienne, comme nous le prouvent les ouvrages des anciens Pères, saint Ambroise, saint Augustin, saint Athanase, et surtout saint Grégoire le Thaumaturge, qui vivait en l’année 230. Cette fête était autrefois célébrée en Espagne le quinzième jour des calendes de janvier, c’est-à-dire le 48 décembre, comme on peut le voir dans le Concile de Laodicée !, et dans le 10° Concile de Tolède ?, parce que le 25 mars, jour où le Christ a été conçu, tombe le plus souvent pendant la Semaine-Sainte, qui doit être plutôt consacrée à la tristesse et à la douleur à cause de la passion de Jésus-Christ qui se célèbre pendant ce temps-là. Il est prouvé que cette fête se célébrait le même jour, à l’époque des Apôtres. De même, l’église de Saint-Ambroise, pour le même motif, célébrait cette solennité le dimanche qui précède immédiatement le jour de la Noël, au témoignage de Gélase*. Ildefonse, archevèque de Tolède, changea cette solennité en la fête de l’Attente de l’enfantement dont nous parlerons plus bas. Mais l’Église catholique, tant grecque que latine, célèbre cette fête le huitième jour des calendes d'avril, c'est-à-dire le 25 mars, parce que c’est ce jour-là que «le Verbe s’est fait chair, » au témoignage de saint Augustin *, qui parle en ces termes : «C’est une tradition que nos Pères nous ont transmise et que la sage autorité de l’Église a conservée, que le huiième jour des calendes d’avril est le jour où l’on croit que le Christ a été conçu, comme aussi celui où il a souffert. »

Cette solennité de l’Incarnation du Christ et de l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie est si remarquable que François Mayron, théologien assez connu, en parlant de l’Annonciation de la Vierge, n’hésite pas (si l’on considère ce qui s’est passé ce jour-là) à la placer

# Chap, ur. — ? Chap. ar. — 8 Notes sur le Martyrologe. — # Liv. IV, sur la Trinité, chap. v.

avant toutes les autres solennités qui se rapportent à l'humanité de Jésus-Christ.

Voici ce qu’il dit :

«4° L’incarnation du Christ, qui s’est accomplie le jour de l’Annonciation dans le sein de la Vierge, l'emporte d’abord sur la solennité de la Nativité du Seigneur; cette nativité est une grande solennité à cause de l’incarnation, car si l’incarnation ne l’avait pas précédée, Dieu ne serait pas né homme.

«2° Elle lemportesur la solennité de la Purification, lorsque Jésus fut offert dans le Temple, parce que le sein de la Vierge fut plus saint que le temple de Salomon.

« 3° Elle l’emporte sur la solennité de la Transfiguration, parce que, dans la transfiguration, le corps seul fut de nouveau resplendissant de lumière, tandis que, dans l’incarnation, l’âme du Christ resplendit intellectuellement de la lumière plus sublime de la gloire.

«4° Elle l'emporte sur la solennité de la Consécration de son corps et de son sang, parce que, dans la consécration du pain et du vin, la divinité du Verbe ne dépendit pas de la force des paroles, mais seulement de la concomitance; tandis que, dans l’annonciation, la divinité dépendit de la force de l’incarnation, puisque l’humanité s’y unit hypostatiquement au Verbe.

«5° Elle l'emporte sur la solennité de la Rédemption humaine qui fut accomplie dans la mort du Christ, parce que cette mort n’aurait pas été suffisante pour la rédemption du genre humain, si cette humanité n'avait été unie au Verbe divin; c’est pour cela que les actions du Christ ont eu une valeur infinie pour notre rédemption.

«6° Elle l'emporte sur la solennité du Dépouillement des Enfers, ear il ne descendit dans les Enfers que l’âme du Christ et sa divinité; tandis que, dans le sein de la bienheureuse Vierge, la divinité était avec le corps et l’âme.

«7° Elle l'emporte sur la solennité de la Résurrection, parce que, dans la résurrection, l’âme du Christ fut unie avec le corps; tandis que, dans l’incarnation, la divinité fut unie avec l’humanité; or, dans ces deux unions, les deux termes de la dernière, à bien considérer leur nature, sont plus nobles.

« 8° Elle l'emporte sur la solennité de l’Ascension, car dans l’ascension l'humanité est montée, pour ainsi dire, localement à la droite du Père; tandis que, dans l’incarnation, l'humanité est montée personnellement, puisqu'elle a été unie à la personne du Fils; or, il est plus beau d’être élevé à la dignité royale que d’être simplement placé sur un trône. (

«9° Elle l'emporte sur la solennité de la Pentecôte, puisque l’Esprit- Saint est descendu sur les Apôtres sous la forme de feu : le feu, en effet, n’était pas hypostatiquement uni à l’Esprit-Saint, mais il était seulement le signe sous lequel il voulut apparaître; tandis que, dans lincarnation, le Fils de Dieu s’unit hypostatiquement la nature divine, afin d'opérer par elle, puisque les actions appartiennent aux suppôts.

« Ainsi, le jour de l’Annonciation est celui auquel s’applique à la lettre cette parole de Malachie ! : « Qui pourra penser le jour de son «arrivée?» c’est-à-dire dans la Vierge, car c’est pour nous un mystère incompréhensible par sa nature. »

Telles sont Les paroles de Mayron.

C’est à juste titre qu’on peut appliquer à cette solennité cette parole de l’Écriture? : « Le jour des prémices sera vénérable et saint. »

Une autre preuve de la grandeur de ce mystère, c’est que lorsque l'Église en fait une commémoraison solennelle, nous ne nous contentons pas d’incliner la tête, mais nous fléchissons le genou. Car lorsqu’on récite ces paroles du symbole : « Et il s’est fait homme, » ainsi que ces mots de l'Évangile : « Et le Verbe s’est fait chair, » nous fléchissons le genou et nous prosternons jusqu’à terre pour rendre grâces à Dieu d’un si grand bienfait. Dans l'Ordre des Frères prècheurs, lorsqu'on récite ce bienfait dans le Martyrologe, la veille de Ja Naissance du Seigneur et de l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie, tous ceux qui sont au chapitre tombent la face contre terre et ils demeurent un instant prosternés, adorant le Seigneur pour un bienfait si ineffable. Et c’est avec raison; car quoique le Dieu trèsbon et très-grand doive être honoré avec une extrême humilité, soit d'esprit, soit de corps, pour tous les biens qu'il a prodigués au genre

1 Chap. in, ÿ. 2, — 2? Nombres, xxvIN, 26,

376 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE ne VIERGE. humain, cependant il mérite une vénération toute spéciale pour avoir daigné se faire homme, et cette vénération doit se traduire par l’humiliation du corps et la dévotion de l’âme. Satan lui-même nous en fournit une preuve, comme on peut le voir dans le Mércir des exemples'. Un moine était au chœur; au moment où l’on chantait : Æi homo factus est, tous les Frères s’inclinèrent et fléchirent le genou; pour lui, il se tint debout, tête droite, et sans faire la génuflexion. ‘Alors le démon s'approche et lui donne un soufflet : «O ingrat! comment oses-tu te tenir ainsi debout? Pourquoi ne fléchis-tu pas les genoux comme les autres? N’entends-tu pas que Dieu s’est fait homme pour vous, hommes, et pour votre salut? Si Dieu avait fait cela pour nous, attachés à lui pour toujours, nous nous prosternerions sans cesse, » Ce récit est tiré des Mélanges de Martin de Navarre.

Disons maintenant quelques mots sur les louanges que l’on doit rendre en ce jour à la bienheureuse Vierge Marie. Sainte Gertrude, de l’Ordre de Saint-Benoît, désirait savoir par quel genre d’hommages elle pourrait honorer la bienheureuse Vierge dans le saint jour de l’'Annonciation, la Reine du Ciel le lui enseigna : « Quiconque, dit-elle, réciterat chaque jour pendant l'octave, avec dévotion trente-cinq Ave, Maria, en mémoire de ces jours que le Seigneur Jésus passa dans son sein, ferait envers elle un acte de soumission qui lui serait aussi agréable que si, dans ce jour où elle conçut Le Seigneur, il se füt présenté à elle et lui eût chaque jour rendu les hommages les plus empressés jusqu’au jour de l’enfantement; la sainte Vierge lui aurait alors accordé tout ce qu’il aurait demandé d’elle : de même, elle accordera maintenant tout ce qu’on lui demandera, si on lui rend ce genre d’hommages ?. »

Beaucoup de personnes jeünent pendant toute l’année le jour où est tombée, cette année-là, l’Annonciation de la bienheureuse Vierge Marie. Nous montrerons plus loin combien cette dévotion est agréable à la sainte Vierge.

1 Distinct, 1x, exempl, 75. — 2 Révélations de sainte Gertrude, liv IV, chap. x.

Page 1