FÊTE DE LA PURIFICATION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
On célèbre cette fête en l’honneur de Siméon, qui accourut audevant du Christ, lorsqu'il venait dans le Temple avec la Mère de Dieu ; c’est pour cela que les Grecs appellent cette fête « Hypapante du Seigneur, » c’est-à-dire action d’aller au-devant, à la rencontre du Seigneur.
C’est pour cela que, dans cette fête, l’Église commence la messe par ces paroles : « Voici qu'arrive le Dominateur, le Seigneur, » comme pour nous inviter à courir au-devant de Jésus-Christ.
Autrefois, les Latins appelaient ce jour « fête de la Présentation de Jésus Christ, ou fête de Siméon et d'Anne. » De nos jours, les Chrétiens d'Afrique la nomment « Solennité de Siméon, » comme le raconte François Alvarez. Pour nous, nous l’appelons « fête de la Purification de la bienheureuse Vierge Marie, » d’après l'histoire
évangélique suivant laquelle, à pareil jour, la très-pure Vierge se rendit au temple de Jérusalem comme pour se purifier, selon l'usage de la loi mosaïque.
Cette fôte fut célébrée pour la première fois dans l’Église grecque, sous l’empereur Justinien, à l’occasion d’une grande mortalité qui désolait Constantinople, et qui fut chassée par le secours de la Mère de Dieu, en l’année 542; c’est le diacre Paul qui raconte ce fait dans ses Mélanges historiques ; Saint Antonin ! et Sigebert? rendent le même témoignage.
Dans l’Église latine, cette fête fut établie par Gélase, pontife romain, qui gouverna l’Église romaine trente ans avant le règne de l'empereur Justinien. Ce pape abolit par des lois ecclésiastiques les Lupercales qui se célébraient ordinairement à Rome au mois de février, et qui duraient encore à cette époque; ilécrivit en outre un Commentaire contre le sénateur Adromaque et les autres partisans zélés des Lupercales romaines. Ce mémoire commence par ces mots: Sedentes quidam in domibus suis, nescientes neque quæ loquantur, etc. Après avoir aboli les Lupercales, il établit la fête de la Purification de la bienheureuse Vierge Marie, ou plutôt il la rétablit, car Jean de Carthagène la fait remonter aux Apôtres ?.
Le pape Sergius, comme on le voit dans l’Ordo romain, ajouta à cette solennité des litanies établies de manière que le clergé, sortant avec le peuple de l’église de Saint-Adrien, s’avançait avec des cierges bénits pour cet usage, jusqu’à la basilique de Sainte-Marie Majeure ; c’est ce que racontent, dans les Actes des pontifes, Albin * et Amale 5. Mais l’usage des cierges dans cette fête est beaucoup plus ancien ; car saint Éloi, évêque de Châlons, qui vivait avant le pape Sergius, en l’année 665, dans un sermon qu’il prononça sur cette solennité, traita assez longuement le mystère des cierges.
Or, ces cierges étaient portés et sont encore portés dans cette fête pour plusieurs motifs :
4° Pour changer en usage chrétien une coutume païenne. Dans les diverses cérémonies en l’honneur de leurs faux dieux, les supersti-
1 Histoire, pag. 9, tit. XII, 8 5. — ? Chronique sur l’année 542. — 3 Tom. I, lv. VIII, homéhe x. — # Devoirs ecclésiastiques, iv. IL. — 5 Liv. 11, chap. x.
tieux Païens, ou imitateurs ou corrupteurs de la Religion divine, faisaient un grand usage de cierges et de flambeaux, comme le montre cet ancien proverbe de Platon et d’Aristote sur la manière de se passer les cierges : « Lampada cursu tradere : Lävrer les flambeaux en courant; » c’est-à-dire léguer ses fonctions à un autre, comme par succession. Ce proverbe vient de la coutume qu’avaient les lampadophores, dans les jeux lampadodromiques {de la course avec les flambeaux), de céder leurs flambeaux à d’autres, s’ils les avaient portés en courant jusqu’à la borne sans les éteindre.
Les Romains célébraient trois fêtes de luminaires. La première en l’honneur de Proserpine : Pluton, dieu des Enfers, s’étant épris pour elle d’un amour passionné, l’épousa et en fit une déesse. C’est pour cela que, le 1° février, les femmes romaines portaient en son honneur des flambeaux pendant toute la nuit. La seconde se célébrait en l'honneur de Junon, mère de Mars; dans cette fête, de lustre en lustre, c’est-à-dire de cinq ans en cinq ans, ils avaient l’habitude de passer toute la nuit avec des flambeaux en l’honneur: de la déesse, et c’est par ces cérémonies, d’ailleurs profanes, qu’ils pensaient se purifier. Voilà pourquoi februare, chez les anciens, signilie purifier, comme l'indique Varron dans l'Histoire du peuple romain. La troisième fête des luminaires était celle qui se célébrait en l’honneur de tous les dieux infernaux, dans le but de les apaiser et de les porter à la miséricorde, afin qu'ils traitassent avec plus de douceur les morts appartenant à ia famille de ceux qui les priaient. Or, comme il était difficile d'abandonner d’anciennes habitudes, quelques Romains, même après avoir embrassé la foi, célébraient encore dans le mois de février ces fêtes des luminaires. Que fit l’Église? Ces habitudes profanes de flambeaux et de sacrifices, elle les tourna en l’honneur de Dieu et de sa Mère, la Vierge Marie: elle fixa à ce jour, de préférence à tout autre, cette cérémonie qui représente la vraie lumière éclairant pour la première fois Jérusalem et son Temple, la vraie lumière préparée par Dieu et envoyée du Ciel, qui brilla pour la révélation des nations et la gloire du peuple d'Israël, et qui, par ses rayons, réjouit tellement les yeux affaiblis du vieillard Siméon que, gaisant entendre le chant du cygne, il s’abandonna tout entier aux élans.
de sa joie et s’écria : « Seigneur, maintenant laissez aller en paix votre serviteur. » Nous offrons donc au vrai Dieu l’honneur qu’à pareil jour les Païens rendaient à leurs fausses divinités. Les Païens portaient des flambeaux en l’honneur de Proserpine, épouse du dieu des Enfers : pour nous, nous les portons en l'honneur de Marie, Épouse et Mère du vrai Dieu. Ils parcouraient toute la ville en l’honneur de Junon, mère du dieu de la guerre : pour nous, nous faisons le tour de tout le temple en l’honneur de Marie, Mère du Dieu de la paix. Les Romains priaient Proserpine pour qu’elle leur obtint des grâces de son époux : nous prions Marie pour qu’elle nous obtienne de son Époux la grâce de l’Esprit-Saint; c’est pour cela que nous l’appelons dans nos chants : « Marie, Mère de grâce. » Ils honoraïent Junon, pour pouvoir vaincre par son intercession : nous honorons Marie, pour obtenir par ses prières et ses mérites la victoire sur nos ennemis, tant visibles qu’invisibles. [ls vénéraient les démons pour les porter à la miséricorde envers les morts de leur famille : nous vénérons la Mère de Dieu, pour qu’à ceux de notre famille qui sont morts elle obtienne de Dieu le pardon de leurs péchés. O sainte transformation, à institution pieuse, Ô pensée salutaire ! Innocent IIT en fait mention, ainsi que l'abbé Guerric dans son Sermon sur la Purification de lu bienheureuse Vierge Marie.
2° On porte en ce jour des cierges allumés pour représenter la marche de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, de la sainte Vierge et de saint Joseph. Ce fut, en effet, comme une certaine procession qui eut lieu en ce jour de la présentation du Christ Notre-Seigneur, alors que la sainte Vierge vint au Temple avec saint Joseph, et que Siméon et Anne, ces âmes remplies de la grâce divine, se joignirent à eux, avec des hymnes et des chants, transportés de joie et animés de l'esprit prophétique.
Sant Bernard, dans son second sermon sur la fête de ce jour, dit : « Joseph et Marie offrent un sacrifice de louange, un sacrifice du matin; Siméon et Anne le reçoivent. » A eux quatre ils célébrèrent la procession qui est rappelée à la mémoire du monde par les louanges solennelles qu’on chante en ce jour sur tous les points du globe,
3° Pour engager les fidèles par cette cérémonie à imiter ces vierges sages qui, suivant que nous l’enseigne la parabole de l'Évangile, n’entrèrent pas dans la salle nuptiale du Christ, l’Époux, sans avoir allumé leurs lampes. C’est saint Innocent qui donne cette raison !.
4° Pour des raisons mystiques, soit du côté de Jésus-Christ, soit du côté de la sainte Vierge, soit de notre propre côté. Du côté du Christ, nous portons des cierges pour rendre témoiœnage de sa pureté, de son innocence, de son amour. Le cierge se compose de cire, de mèche et de flamme; le Christ est composé d’un corps, d’une âme et de la divinité. La cire représente son corps. La cire, en effet, est l’œuvre des abeïllles qui la produisent sans commixtion charnelle; la chair du Christ est engendrée de la chair sans semence. La cire est tirée de parfums suaves et variés; la chair du Christ est formée d’une chair embaumée du plus suave des parfums, celui de toutes les vertus. C’est pour cela qu’il dit lui-même par la bouche du prophète ? : « Mon cœur est devenu comme une cire liquéfiée. » La mèche blanche dans le cierge représente la blancheur éclatante et l'innocence du Christ; c’est de lui que l’Épouse dit # : « Mon bien-aimé est blanc et vermeil. » La mèche, enduite de cire tout autour, représente son âme sacrée qui se cache dans une chair sainte. La flamme est l’image de sa divinité. Il y a, en effet, entre la divinité et la flamme une grande ressemblance. La flamme est une qualité très-rapide, très-efficace, impassible, très-pure, qu'aucune souillure ne peut salir même en se mêlant à elle, apportant la chaleur, la clarté, la joie, rendant toutes choses visibles, procurant à tous les êtres vivants la vie et la force. Telle est en tout point la divinité. En outre, de mème que le cierge se consume tout entier en feu à notre usage, ainsi le Christ s’est offert tout entier pour nous ; il a exposé sa chair aux blessures, son sang à de fréquentes effusions, son âme à la tristesse et aux souffrances; enfin, il a donné sa déité en nourriture à ses adorateurs, nourriture pleine de délices.
Du côté de la sainte Vierge, on porte des cierges en ce jour, parce que, semblable à un candélabre d’or, elle a porté le Christ, lumière
1 Sermon sur la Purification. — 2? Ps. xxx, ÿ. 14, — 3 Cantique des cantiques chap, v, ÿ. 10.
éclatante qui resplendit dans le Ciel et sur la terre. Le prophète Zacharie le voyait en esprit lorsqu'il s’écria : « Voici le candélabre tout d’or et la flamme qui ybrille. » Lecandélabreest la bienheureuse Vierge Marie, au témoignage de saint Anastase, évêque de Nicée, qui s'exprime ainsi ! : « Qui est le candélabre? c’est la sainte Vierge Marie. Pourquoi est-elle un candélabre ? parce qu’elle a porté une lumière qui ne provient point de la matière, le Dieu incarné. Pourquoi est-elle un candélabre tout d’or? parce qu'après l’enfantement elle demeura Vierge. » Saint Épiphane, dans un sermon sur les Gloires de la Vierge, dit : « O candélabre virginal, qui a éclairé ceux qui étaient plongés dans les ténèbres! O candélabre virginal, qui chasse les ténèbres! O lumière resplendissante et candélabre virginal, qui reçut du trône du Très-Haut la flamme trois fois brillante, inextüinguible, consubstantielle qui resplendit pour éclairer la terre! O candélabre virginal, dont Dieu a dit par la bouche du prophète : « Là, je « produirai la face de David; c’est là que j'ai préparé la lumière de mon « Christ! »
Ensuite, par ces cierges, nous rendons témoignage de la dignité, de la pureté et de la chasteté de la bienheureuse Vierge Marie :
1° Par la cire, nous rendons témoignage de l'excellence de la dignité de la Vierge Marie, qui n’eut jamais rien en elle des ténèbres des vices. Mais elle fut la plus éclairée de toutes les créatures, ce qu’indique son nom mème, Marie, qui signifie éclairée, suivant lopinion de saint Isidore, de saint Bernard et de saint Bonaventure.
2° La cire prouve la pureté de la Vierge Marie. En effet, de même que la cire est plus suave lorsque les abeilles la recueillent sur de plus pures fleurs, au témoignage de Pline ?; ainsi Marie, plus pure que toutes les créatures par une œuvre spéciale, a été aussi plus suave qu’elles par la faveur de son Créateur. C’est pour cela que l’Esprit- Saint lui dit ? : « Vous êtes belle, à mon amie, vous êtes douce et resplendissante comme Jérusalem. » ;
3° La cire représente sa fécondité virginale. Car de même que l'abeille produit la cire sans commixtion charnelle; ainsi, la bienheu-
1 rue Quest. sur l'Écriture, — 2 Liv. IL. — 3 Cantique des cantiques, 1, 8.
VIERGE VÉNÉRABLE, ë 383
reuse Vierge Marie a conçu et enfanté le Fils sans commerce charnel. |
4° La mèche dans le cierge indique l'éclat de l’âme et de l'esprit de la bienheureuse Vierge qui brilla tellement par sa pureté, sa dignité et sa fécondité sans tache, qu’elle semblait entourée comme d’une cire incorruptible.
5° L'’ardeur de la flamme représente l’amour si ardent de la Vierge; car elle brûle envers son Fils et envers nous d’un si grand amour, qu’on peut bien avec raison le comparer à l’ardeur du feu.
6° L’éclat de la flamme signifie la sainteté de sa vie; car elle a tellement brillé par sa vie et par les exemples qu’elle donnait de toutes les vertus, qu’elle a éclairé toutes les Églises. Aussi l’Église chante : « C’est aujourd’hui la Nativité de la sainte Vierge Marie, dont la vie éclatante resplendit dans toutes les Églises. »
De notre côté, cette cérémonie renferme plusieurs enseignements :
1° Par la lumière qui désigne la foi, elle nous engage à croire trèsfermement ce que la foi nous prescrit pour le salut, cette foi dont Dieu se sert pour purifier nos cœurs.
2° L’ardeur de la flamme nous exhorte à la charité, c’est-à-dire à aimer d’un ardent amour Dieu et le prochain.
3° La cire nous exhorte à l’obéissance, de telle sorte que tous les préceptes divins demeurent imprimés dans nos cœurs avec la même facilité qu’une figure quelconque peut s’imprimer sur la cire.
4 L:..mèche cachée dans le cierge nous exhorte à la piété et à la simplicité d'intention, c’est-à-dire à cacher les bonnes œuvres que nous faisons, et à tout faire non pour notre bénéfice ni par hypocrisie, mais pour la gloire de Dieu.
De plus, en portant les cierges dans nos mains, nous sommes engagés à recevoir et à porter, pour ainsi dire dans nos mains, le Christ, comme la lumière du monde. Car c’est ainsi qu’il se nomme lui-même dans l’Évangéliste saint Jean, lorsqu'il dit : « Je suis la lumière du monde. » Il s’appelle encore flambeau allumé, par lequel il daigne éclairer les ténèbres de notre intelligence aveugle, et enflam-
. Mer profondément nos cœurs des feux de son amour. En portant les cierges, nous comprenons, enoutre, que nous devons:
imiter ces vierges sages qui, suivant que nous l’enseigne la parabole de l'Évangile, n’entrèrent pas dans la salle de l’Époux, du Christ, sans avoir allumé leurs lampes ; de même, comme nous le conseille saint Innocent !, portons ouvertement les lambeaux de la foi allumés par le feu de l’amour divin. Voyez plus loin les autres raisons de cette cérémonie ?.
Arrière donc les hérétiques à l’esprit infernal qui accusent comme superstitieuse cette sainte coutume des cierges, cette cérémonie si antique, si pieuse, et par suite si agréable au Ciel! Nous allumons des cierges non point en dehors de la parole de Dieu, comme le débitent les hérétiques, mais bien appuyés sur l’autorité divine. En effet, Dieu, dans l’Exode *, ordonnait entre autres choses, aux Israélites, de placer devant lui sept lampes. Dans le même livre *, il dit à Moïse : « Qu'ils vous apportent huile, afin que la lampe brûle toujours dans le témoignage du tabernacle. » Dans le Lévitique, il est dit * : « Ordonnez aux enfants d'Israël de vous apporter de l'huile d’olive très-pure et trèsclaire, pour en faire toujours brüler dans les lampes. » Dans le Es livre des Machabées, le texte sacré rapporte qu'après qu’Antiochus eut profané le Temple, Judas Machabée rétablit tout et ralluma toutes les lampes : « Et ils allumèrent les lampes qui étaient sur Île candélabre et qui brillaient dans le Temple. »
En outre, si nous allumons en ce jour des flambeaux, ce n’est point pour dissiper les ténèbres, comme le pensent les gens de peu d’esprit, mais c’est pour montrer notre joie de ce que, en ce jour, a paru la lumière pour la révélation des nations, comme l’a remarqué saint Cyrille, de Jérusalem, dans un sermon sur la purification de la sainte Vierge Marie. Bien plus, Césaire raconte qu’on a vu les bienheureux habitants des cieux, en ce jour, aller eux-mêmes en procession avec des cierges allumés 5,
Dans un village de France appelé Quido, vivait une jeune fille noble et pieuse, mais paralytique, elle se livrait tellement à la prière, aux jeûnes ei à la contemplation divine, qu’elle ne pouvait supporter
‘ne Sermon sur la Purification de la bienheureuse Vierge Marie. —? Conf. 204,
$ Aer, — 5 xxv, 37. — # xxvu, 20. — 5 xxiv, 2, — 6 Liv. VIL des Miracles, chap. xx.
aucune nourriture corporelle et qu’elle ne pouvait prendre qu’un peu de jus de raisin; elle était très-hospitalière, ce qui lui mérita l’esprit de prophétie; son père, pria un prêtre et des ministres sacrés de lui célébrer les divins mystères. Or, le jour de la Purification de notre Reine, la sainte Vierge Marie, les clercs et les autres ministres étaient absents par la volonté divine; elle était seule dans son lit, et, toute triste, elle se disait en elle-même : « Maintenant tu es seule ici étendue dans ta couche, et tu ne rends à la bienheureuse Marie, Mère de Dieu, aucun des hommages que l’Église entière a coutume de lui rendre en ce jour. » Tandis qu’elle était occupée de ces pensées, par une puissance admirable de Dieu, son esprit fut tiré de son corps et transporté par un Ange dans la céleste Jérusalem; là, elle vit une immense procession formée des divers ordres de la cité bienheureuse : des patriarches, des prophètes, des Apôtres, des martyrs, des Confesseurs, des vierges et d’autres fidèles; ils s’avançaient deux à deux, portant dans leurs mains des cierges allumés; ils chantaient les antiennes ou répons que l’Église militante a coutume de chanter en ce jour, et observaient les stations voulues. L’Ange qui avait conduit la vierge la plaça à côté d’une autre vierge qu'il savait être d’un égal mérite, et lui donna un cierge allumé. Tout était si beau, si resplendissant de gloire, quoique la gloire fût à divers degrés dans chacun des bienheureux, qu'aucune langue ne peut le dire. Le Sauveur, qui est le chef de tous les Saints, la splendeur de la gloire, le soleil de justice, revêtu des ornements pontificaux, portant sur sa tête la mitre, ayant le sceptre, les gants, l'anneau et les autres ornements épiscopaux, venait le dernier avec Marie, sa très-sainte Mère, dont toute l’armée céleste admirait la beauté. Lorsque, après la troisième station, il eut entonné l’antienne Hodie beata Maria puerum Jesum præsentavit, ete., on entra dans un temple tout d’or et de pierres précieuses. Ensuite, tous commencèrent à chanter en chœur lintroït de la messe : Suscepimus Deus misericordiam tuam. Pendant ce temps, le Christ montait à l’autel; lorsque les chœurs eurent fini de chanter alternauvement le Kyrie, eleison, après le Gloria in excelsis Deo que Notre-Seigneur lui-même, Jésus-Christ, entonna, saint Étienne, premier martyr, lut l’épître du livre du prophète Malachie : IX 25
Ecce ego mitto Angelum meum; puis saint Jean l’Évangéliste, revêtu d’une dalmatique, lut l'Évangile selon saint Luc: Postquum implet sunt dies purificationis Mariæ, etc.; cette lecture achevée, le Seigneur, selon l'usage de son ordre, revint sur les marches de l'autel et reçut les cierges qu’on lui présentait. Or, la jeune fille dont nous avons parlé, sentant par son esprit qu’elle devait retourner à son corps, ne voulut point offrir son cierge, même malgré l’ordre de son Ange; elle voulait le porter avec elle sur la terre. L’Ange, voyant cela, brisa le cierge dans sa main, emporta la partie supérieure et lui laïssa le reste. Ainsi, étant retournée à son corps, elle se trouva avec cette moitié de cierge qu’elle avait retenue dans sa main; ce cierge était, et est peutêtre encore aujourd’hui, la cause d’un grand nombre de prodiges; Les malades obtiennent leur guérison en buvant de l’eau qui a coulé sur ce cierge. Cette vision était si évidente et si sublime qu’elle ne pouvait pas comprendre comment elle avait eu lieu; aussi, lorsqu’on l’interrogeait sur ce sujet, répondait-elle par cette parole de l’Apôtre : « Est-ce dans mon corps, est-ce hors de mon corps? je n’en sais rien; Dieu le sait. »
On bénit les cierges en ce jour :
1° Pour qu'ils aient sur terre et sur mer la vertu de guérir les âmes et les corps;
2° Pour que le démon et toutes les embüches ourdies par son habileté soient chassés du lieu où les cierges sont allumés;
3° Pour que nos esprits et nos cœurs soient éclairés par la lumière invisible et la splendeur de l’Esprit-Saint, pour qu’ils ne soient pas aveuglés par les péchés et les vices, afin que nous puissions voir ce qui est agréable à Dieu et utile à notre salut;
4 Pour que, avec la lumière de la foi soit allumé dans nos âmes le feu de la charité qui nous conduise à la lumière sans fin, à la vie éternelle. Cette considération fait que nous ne sommes pas aujourd’hui de vains et ridicules porteurs de flambeaux, et que nous ne cherchons pas avec Diogène des hommes en plein midi, mais que nous proclamons Dieu et sa gloire, et que nous tâchons de chasser en ce jour les ténèbres de notre esprit.
On rapporte que sainte Marie d’Oignies avait coutume, toutes les
années, le jour de la fête de la Purification de la sainte Vierge, de voir cette Vierge très-pure offrir son Fils dans le Temple et Siméon accourir à sa rencontre et embrasser le divin Enfant. Cette vue était pour elle une source aussi grande de dévotion et de joie que si elle avait pu voir des yeux du corps et de ceux de l’âme cette action admirable et toute céleste, le jour même où elle s’accomplit. C’est Jacques de Vitry qui rapporte ce trait dans la vie de cette Sainte. Fasse le Ciel que nous puissions, nous aussi, contempler des yeux de l’âme les mystères de ce jour! Mais que doivent contempler les yeux de notre âme? quelles sont les méditations pieuses et affectueuses auxquelles notre âme doit se livrer? Nous le montrerons plus loin, lorsque, au milieu des mystères du très-saint Rosaire, nous expliquerons en particulier celui de la Purification et les méditations qui s’y rapportent. Voyez plus bas l’invocation de Rose mystique et la Conférence où l’on donne la manière de méditer le quatrième mystère de la première partie joyeuse.