FÊTE DU TRÈS-SAINT ROSAIRE OU DE SAINTE-MARIE DE LA VICTOIRE
IT. — Le Souverain-Pontife Pie V a ordonné de célébrer cette fête chaque année, en mémoire de la célèbre victoire navale remportée par les Chrétiens sur les Turcs, par le secours de la Mère de Dieu. Mais Grégoire XIII a décrété que cette fête serait célébrée et sanctifiée solennellement le premier dimanche d'octobre, sous le titre du Rosaire, avec office double majeur, comme aux autres fêtes solennelles. Et il a voulu que, ce jour-là, on récitât l'office de la bienheureuse Vierge avec neuf leçons selon le rit ecclésiastique, non-seulement dans l'Ordre des Prêcheurs, mais dans toutes les parties du monde, c’est-à-dire dans
toutes les églises où se trouve un autel ou une chapelle du Rosaire. Et il a accordé cela à tous et à chacun des fidèles du Christ des deux sexes. Clément VIII a dans la suite confirmé ce décret. Je ne serai pas désagréable à quelques-uns en racontant cette victoire, et en célébrant l’œuvre de Dieu qui est toujours admirable dans ses Saints et surtout dans sa très-sainte Mère.
III. — Sélim, empereur des Turcs, enorgueilli par les victoires de ses ancêtres, qui avaient enlevé par la force, aux Chrétiens, Constantinople, la Terre-Sainte et un grand nombre d’autres provinces, conçut le projet de conquérir l’Europe entière, célèbre par le culte chrétien. Ayant done, par une grande perfidie, rompu l'alliance qu'il avait faite avec les Vénitiens, en l’an du Seigneur 1567, au commencement de son règne, il arma une immense flotte de soldats, de machines de guerre, la pourvut de vivres et d’autres provisions militaires, et la lança sur la mer sous la conduite de ses généraux. Déjà il avait enlevé aux Vénitiens l’île illustre et le royaume de Chypre; il avait dévasté Céphalonie et Zante et les autres îles environnantes, il avait causé des dommages innombrables aux Génois, dans l’île de Corcyre. Il Tui restait à s'emparer de l'Italie, citadelle de la religion chétienne et, après avoir renversé le culte du Christ, à y propager la secte de l’impur Mahomet. Il avait déjà dévasté, par l’imagination et en espérance, Rome, célèbre par le siége du Vicaire du Christ, et Venise, ville trèsillustre, et il avait institué deux préfets pour gouverner en son nom chacune de ces deux villes. L'Italie, ce rempart solide des Chrétiens, leur étant arrachée, il se promettait des victoires faciles et la domination de toute l’Europe. Il pensait, cet ennemi cruel, que les Chrétiens avaient déjà été abandonnés de leur Dieu; mais son espoir fut trompé, comme l’événement l’a démontré. Il y avait alors, à la tête de l'Église catholique, un Pontife digne de l’immortalité, Pie V, pieux de fait et de nom, qui, dans sa sollicitude pastorale, craignant que le lion cruel n’entrât dans sa bergerie et ne dispersätles brebis et ne les mît en pièces, et que les nations païennes ne vinssent, dans l'héritage de Dieu, souillerles temples saints du Seigneur et réduire la nouvelle Jérusalem à être comme une cabane qui sert à garder les fruits, réunit dans une sainte alliance le roi catholique d’Espagne, Philippe IT, la célèbre république de
Venise et les autres nninces chrétiens, et les opposa à ce loup rapace altéré du sens %es brebis du Christ. Mais les alliés étaient bien inférieurs en nombre, en force et, ce qui est plus encore, affaiblis par leurs discordes intestines.
Pie V se tourna vers l’ancre sacrée, la bienheureuse Vierge, la suppliant, par des prières assidues, de daigner elle qui est revêtue du soleil, écraser sous ses pieds et chasser le croissant (l’étendard des Turcs est une demi-lune). Ce nouveau Moïse, ayant les bras fatigués, appelle à son secours des compagnons de prière, et excite tous les fidèles, en leur ordannant des prières, à implorer le secours de Dieu et de sa sainte Mère, et à soutenir et aider par leurs supplications ses mains ployant déjà sous le poids. Le jour était venu où les combattants chrétiens devaient subir ou une servitude honteuse ou une mort cruelle, On attendait la ruine de toute l’Italie. Qui, en effet, aurait osé espérer la victoire d’une si petite armée dont les chefs étaient divisés par des volontés si opposées? Le Pontife Pie V espérait pourtant et ne désespérait pas. Ce fut le 7 octobre, premier dimanche de ce mois, que la flotte chrétienne en vint aux prises avec la flotte beaucoup plus grande et plus puissante des Turcs, à Lépante, dans un golfe de la Grèce. Vous auriez dit une ville immense qui flottait sur les eaux, tant était grande la quantité de navires, de trirèmes, de birèmes, de dromadaires, de licornes, de bateaux pour les chevaux, dont l'ennemi avait couvert la mer. On aürait dit que le dragon infernal avait vomi, non pas un fleuve, mais la mer elle-même, pour engloutir la noble race des Chrétiens. Bientôt Juan d'Autriche, fils de l’empereur Charles V et chef de l’armée chrétienne, montant sur son vaisseau, déplace le drapeau, place devant les yeux de toute l’armée l’image du Christ crucifié qu'on y avait peinte, et les exhorte à combattre avec courage ou, si le sort l'exige, à mourir généreusement pour Dieu, notre Sauveur. Tous adorent le Christ à genoux et invoquent à haute voix le Dieu out-puissant, un en trois personnes; ils saluent avec respect la très-! sainte Mère du Christ, afin qu’elle intercède-autant que possible auprès de son Fils. O merveille! le vent qui avant le combat était contraire aux nôtres, parut en ce moment respecter le Christ; car, dès le commencement du eombat il se tourna aussitôt du côté des ennemis
et rejeta dans leurs yeux la poussière, la fumée et Le feu des bombardes qui étaient lancées par nos canons comme par les leurs. On combattit de chaque côté avec beaucoup d’ardeur, depuis six heures jusqu'au soir. C'était beau de voir les Turcs, ne pouvant pas supporter le choc des Chrétiens, confus et sans espoir de pardon, chercher à regret la mort dans les flots, se précipiter dans la mer pour diminuer un peu leur carnage. Dans ce combat, les plus courageux des Turcs furent ou tués ou faits prisonniers. Le bey Mahomet et Le bey Alim, neveux de l’empereur Sélim lui-même, tombèrent entre les mains des Chrétiens. Ainsi, la mer que les Turcs avaient aimée pour engloutir les Chrétiens, causa leur perte. Il y eut trente mille ennemis tués, dix mille faits prisonniers et quinze mille Chrétiens délivrés de esclavage. Le butin fut immense : cent-seize gros canons, deux cent cinquante-six plus petits furent pris à l’ennemi. C’est donc une grande et glorieuse victoire, digne du souvenir de tous les siècles, que les Chrétiens remportèrent sur les Barbares.
De nombreuses preuves nous montrent que cette victoire a été remportée par le secours de la bienheureuse Vierge :
1° Les Chrétiens, avant le combat, ont invoqué par des prières trèsardentes la très-sainte Mère de Dieu.
2% Ce jour-là, la Mère de Dieu était invoquée dans tout l’univers chrétien, dans les églises des Frères de l'Ordre des Prêcheurs, par tous les associés du très-saint Rosaire, dans des prières solennelles qui se font chaque année. Ces prières, par l’intercession de la bienheureuse Vierge, ont été très-puissantes auprès de Dieu pour obtenir de lui cette victoire, comme l’atteste Grégoire XIIT dans un bref daté de l’année du Seigneur 1573. Dans ce même bref, en mémoire de la victoire miraculeusement accordée par le Ciel, et pour rendre grâce à Dieu et à la bienheureuse Vierge, il a institué une fête, sous le titre du Rosaire, qui doit se célébrer chaque année le premier dimanche du mois d'octobre.
3° Le Souverain-Pontife Pie V avait ordonné d’adresser, dans la maison de Lorette, des prières assidues à la Mère de Dieu, et, le jour nième du combat naval, les esclaves employés par les Turcs aux manœuvres de la rame avaient fait des vœux à la bienheureuse
Vierge de Lorette pour obtenir da liberté, et la plupart des chefs et des soldats de la flotte chrétienne en avaient fait pour obtenir le salut et la victoire. Aïnsi, les rameurs captifs des Turcs, les chefs et les soldats chrétiens, se rendirent à Lorette pour rendre grâce à Dieu et à sa sainte Mère et accomplir leurs vœux, et, comme témoignage du bienfait divin qu’ils avaient reçu, ils laïissèrent, Les uns, les chaînes dont ils avaient été attachés aux rames, à la Mère de Dieu, leur libératrice; les autres, leur part de butin pris sur l’ennemi, à la Vierge, auteur de leur victoire.
4° Parce quele Souverain-Pontife Pie V, célèbre par sa réputation de sainteté, par le soin et l’autorité duquel se fit cette union des princes chrétiens, pensa qu’il fallait attribuer cette victoire à la Mère de Dieu, et.cela non-seulement d’après le sentiment commun des fidèles, mais encore d’après une révélation particulière qui lui en fut faite. Car, pendant ce même jour où les nôtres combattirent si heureusement, le Souverain-Pontife Pie V, se livrant avec ardeur à la prière, connut miraculeusement la victoire des Chrétiens et l’annonça à son trésorier Bartholde Bussot, en termes exprès que rapportent couramment Surius, dans son Commentaire, à l’année 1571, et Jean-Antoine Guarna, chanoine de Bergame, dans l'Histoire de la guerre de Chypre. C’est pourquoi le même Pontife a affirmé indubitablement, en instituant cette fête, que cette victoire avait été remportée par Le secours de la Mère de Dieu.
5° Parce que la renommée rapporte qu’en ce jour on vit à Venise, sur le marché des roses nouvelles : le miracle (on était en effet au mois d'octobre) a montré que cette victoire a été obtenue de Dieu et de sa très-sainte Mère, par les prières du Rosaire.
Ce jour-là, les Frères de l'Ordre des Prècheurs font, dans les villes où ils se trouvent, des processions solennelles avec l’image de la Vierge, Mère de Dieu, et célèbrent l’octave de cette fête. Vous trouverez plus bas, où nous traitons du Rosaire et à l’invocation de Rosa mystlica, ce qu'il y à à dire dans Les discours de ce jour.
FÊTE DES FIANCAILLES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE ET DE SAINT JOSEPH.
IV. — En France, on célèbre cette fête le 22 janvier, grâce au zèle et aux soins de Pierre Aurat, de notre Ordre, qui, en l’an du Seigneur 1546, ayant composé l'office de cette fête, supplia le Souverain- Pontife Paul III de le laisser chanter dans l’église et de célébrer la fête des saintes Fiançailles le 22 janvier, temps où il croyait qu’elles avaient été célébrées. En l’année 1556, le diocèse d’Arras suivit l'exemple de l’Église de France, et, depuis, célébra cette fête le 23 janvier.
Or, l’anneau que saint Joseph donna à cette occasion à la bienheureuse Vierge Marie, comme à sa future épouse, est religieusement conservé à Pérouse, dans une cassette d’or scellée-de onze clous. Il a opéré et il opère encore des miracles éclatants. Il n’est point en métal, mais en onyx, pierre qui est assez commune en Palestine. Quelques âmes pieuses, qui célébraient dévotement ces fiançailles extérieures de Marie avec Joseph, ont mérité de la bienheureuse Vierge, avec des signes manifestes de protection, d’être fiancées spirituellement. Tels sont : Durand, évèque de Cantorbéry; saint Robert, abbé de Citeaux; le bienheureux Hermann, de l'Ordre des Prémontrés, dont nous avons parlé ailleurs. Voyez la table alphabétique et analytique des matières.