FÔTE DE LA DESCENTE DE LA PIENHEUREUSE VIERGE MARIE
XIV.— A Tolède, en Espagne, on célèbre cette fête après celle de saint Tldephonse, c’est-à-dire le 24 janvier, en mémoire d’un honneur insigne et d’un bienfait éclatant que la sainte Vierge Marie accorda àce Saint. La Mère de Dieu descendit dans l’église de Tolède, accompagnée d’une foule innombrable d’Anges et de vierges, et, s’asseyant dans la chaire épiscopale, fit venir auprès d'elle saint Iidefonse et lui donna un ornement pour le saint sacrilice, lui enjoignant de s’en servir aux jours de ses solennités et de celles de son Fils. Nous avons raconté en détail cette histoire dans un tome précédent, d’après des auteurs dignes de foi. ; j
Cette église et la ville tout entière voulurent que le jour où lauguste Reine des cieux honora non-seulement de sa présence l’Église et la ville de Tolède, mais même les consacra, fût un jour sanctifié. De là ce fait que plusieurs rois ont fait construire leurs tombeaux dans cette église, comme étant le sanctuaire spécial et l'asile de la très-sainte Vierge. On conserve encore dans ce temple l'image de la sainte Vierge et de l’'Enfant-Jésus que Marie pressait sur SOn cœur lorsqu'elle se retira. J'ai parlé plus haut de cette image qui est encore aujourd’hui en grande vénération. Cet ornement sacerdotal, tissé par les mains des Anges, et que la Mère de Dieu, en descendant du Ciel, donna à saint lidephonse, est à Oviedo, renfermé dans un coffre d’argent; il est entouré de tant de respect qu'aucun des évêques de cette église n’a osé l'ouvrir, parce que quelques audacieux spectateurs de
ce céleste trésor ont payé bien cher leur avide curiosité. Car Dieu veut qu'on honore pieusement les dons si précieux qu’il envoie du Ciel, et il ne permet pas qu’ils soient souillés par les regards ni par les mains des impies t,
Cette fête est appelée aussi Sainte-Marie de la Paix pour le motif que je vais raconter : Alphonse VI, roi de Castille, en lan cu Seigneur 4193, ayant fait la paix avec les Maures, leur accorda, dans un traité, de garder la principale église de cette ville que la bienheureuse Vierge Marie avait honorée de sa présence, par ses paroles et par le vêtement très-pur qu’elle donna à saint Ildephonse. Déjà les Maures avaient occupé cette église pendant trois cent-soixante ans et l'avaient souillée par les superstitions du culte mahométan. Le roi Alphonse, après avoir confirmé, sous la foi publique et sous la formule sacrée du serment, tous les articles de ce traité, avait reçu sous sa protection les citoyens maures qui se livrèrent librement à lui.
Après cela, le roi retourna en Castille, laissant à Tolède la reine Constance et l’archevèque Bernard, avec une garnison de soldats. Remplie de zèle et en même temps d’indignation en songeant que l'église qui avait été consacrée par la présence de la Mère de Dieu allait être souillée par les infamies des Mahométans, la reine, en l'absence du roi, résolut de l’arracher des mains des Maures qui étaient déjà soumis. Elle communique son dessein à l'archevêque Bernard, et pendant la nuit rentre en possession de l’église. Elle la purifie des profanations musulmanes, dresse des autels selon le rit chrétien, remet la cloche au sommet de la tour, et à la pointe du jour convoque les Chrétiens pour le saint sacrifice, sans faire attention au serment du roi et au danger dans lequel elle jetait la religion chrétienne,
Ce jour eût été funeste aux Chrétiens qui étaient inférieurs aux Maures, en forces et en nombre, si Dieu n’eût détourné ce malheur; car, sous le coup d’une injure subite, les Barbares eussent assurément volé aux armes, s'ils ne se fussent persuadés qu'un tel forfait s’accomplissait à l'insu du roi. En apprenant cela, le roi maintint
! Pierre Ribadeneira, dans la Vie des Saints, lre part., 24 janvier.
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VIERGE VÉNÉRPABLE. 417
très-injustement la foi publique, le serment sacré qu’il avait fait, et défendit la majesté du nom royal que sa méchante épouse et l’évêque Bernard avaient déshonorés par une précipitation malheureuse. Considérant dans quel embarras le jetait cette affaire (les Maures furieux pouvaient penser qu'un point d’un traité étant violé, les autres le seraient également, que dès lors tous les priviléges que le roi leur avait accordés leur seraient enlevés et que, par la suite, ils seraient même privés de la liberté), le roi vint à Tolède, exhalant sa fureur et ses menaces contre la reine et l’archevèque. A l’approche du roi, toute la ville vint au-devant de lui pour implorer sa grâce; sa fille elle-même vint joindre ses larmes aux supplications des autres pour apaiser son courroux. Mais les oreilles du roi étaient sourdes à toutes les prières, et les supplications n’émouvaient point son cœur. Un grand châtiment se préparait pour les Chrétiens, si les chefs des Maures n’eussent tourné le cœur du roi à la miséricorde; car ils craignaient que si le roi portait quelque décret sévère contre la reine et l’archevèque, l’odieux de ce fait ne retombât sur eux et sur leur nation, et que la joie qu'ils nourraient ressentir de leur supplice ne fût expiée par la haine perpétuelle des Chrétiens. Ils vinrent donc en foule au-devant du roi et, prosternés à ses pieds, demandèrent grâce pour les Chrétiens. Le roi devança ceux qui devaient prendre la parole et déclara que non-seulement on avait abusé de la soumission des Maures, mais que l’on avait déshonoré sa propre majesté. Ils devaient s’attendre au juste châtiment qu’il préparait aux auteurs de ces crimes, pour qu’il füt attesté à la nation des Maures que la fidélité du roi était ferme et inébranlable, et que ce n’était jamais impunément qu’on violait ses serments. Mais les Maures demandèrent de nouveau avec instance la grâce de la reine et de l’archevèque, pardonnant de grand cœur l’injure qu’ils avaient reçue, disant même qu'ils iraient se fixer dans des contrées lointaines et étrangères, si le roi n’accédait à leurs vœux, ne pardonnait aux violateurs du traité et ne rendait aux Chrétiens le temple qu’ils leur avaient enlevé et qui avait été sanctifié ‘par les sacrifices. L'esprit du roi commença dès lors à être agité par mille pensées différentes, et son cœur était tantôt rempli de joie et tantôt en proie à l’indignation. Revenu enfin pleinement à lui, et I 27
considérant que tout ce qui venait d'arriver était l’effet de la volonté de Dieu , sans préjudice du traité et sans violer la grandeur de son nom, il accorda avec joie la grâce de la reine et de l’archevêque, vit avec plaisir le magnifique temple des Chrétiens laissé en leurs mains, et bientôt après vint le peuple chrétien rendre grâces à Dieu. C’est en souvenir de ce fait que cette solennité, établie en l'honneur de la Mère de Dieu, reçut le nom de Sainte-Marie de la Paix :.