‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 80 sur 125 · IT · texte numérisé non relu

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neur de la bienheureuse Vierge. Or, pendant la nuit qui précède la fête de l’Épiphanie, tandis que les moines chantaient l'office solennel, ce prêtre priait très-dévotement devant l’autel de la bienheureuse Vierge Marie. Cette Mère, pleine de bonté, lui apparaît alors et, tenantdans ses mains un morceau de chair ayant la forme d’une langue, elle lui dit: «Parceque, pour la foi de mon Fils et pour mon honneur, tu as été privé de ta langue, je vais t’en donner une nouvelle; ouvre la bouche.» Elle rattacha donc cette chair à la racine de la langue coupée, et disparut bientôt. Mais celui-ci, éclatant en cris de joie, récita d’une voix distincte la Salutation angélique, et rendit grâces à sa protectrice en présence de l’assemblée entière des moines de Cluny, et dans la suite il se fit moine de ce monastère. Jean Scolastique d’Eksénidé ayant entendu parler d’un si grand miracle, se rendit à Cluny, et vit de ses propres yeux cette langue accordée miraculeusement à ce prêtre. «Elle était, dit-il, plus helle que le reste de la chair, et conservait une cicatrice à l’endroit de la coupure. » C’est ainsi que Césaire raconte ce trait qu’il dit avoir appris de Jean d'Eksénidé.

Dieu a montré par un miracle non moins évident quel soin il prend de ceux qui sont dévots envers la bienheureuse Vierge. Il vivait en Germanie un homme, Walter de Bibrach, riche, puissant, noble, exerçant l’art militaire. Cet homme avait toujours aimé la sainte Mère de Dieu du fond de son cœur, et souvent il jeünait, faisait des aumônes, récitait des prières et faisait célébrer des messes en son honneur. Un jour, tandis qu’il marchait à un grand combat, selon son habitude pieuse, il entra dans une église pour entendre la messe et engagea ses compagnons à faire comme lui. Ceux-ci ayant refusé, sous prétexte que ce retard serait dangereux, il demeura seul et se fit chanter la messe de la bienheureuse Vierge Marie, et ensuite il suivit ses compagnons d'armes. Étant arrivé près du champ de bataille et apprenant que le combat était déjà engagé, il demanda de quel côté était l’avantage : « Le nom du seigneur Walter de Bibrach, lui répondit-on, se trouve sur toutes les lèvres, tout le monde en parle, tout le monde le loue. Saisi d’un grand étonnement, il comprit que la sainte Vierge Marie, à cause de sa piété envers elle, avaitsuppléé à son absence par quelque moyen extraordinaire et admirable.

C’est ainsi que Dieu a voulu récompenser une œuvre de piété envers la Vierge, sa Mère !.

IIT.—C'est pourquoi l’Église catholique, d’après un décret d’UrbainIt, célébra la messe et l’office en l'honneur de la bienheureuse Vierge

Marie, tous les samedis qui ne sont pas pris par une autre fête. Et de même que le Christ est honoré dans l'office du dimanche à cause de sa résurrection, ainsi la bienheureuse Vierge Marie est honorée dans l’office du samedi à cause de la constance de sa foi; car pendant ce jour, lorsque le Christ était enseveli dans son tombeau, la bienheureuse Vierge Marie seule conserva dans son cœur une foi claire, expressive, vive et constante, comme l’enseigne notre saint Antonin ?.

Nous avons parlé plus haut longuement sur ce sujet. C’est à cause de cette piété envers la bienheureuse Vierge que l’Église romaine, lorsque, dans les offices moindres, elle prescrit à laudes et à vêpres les suffrages des Saints, place la commémoraison de la bienheureuse Vierge Marie, la première après celle de la Croix. C’est pour cela aussi que, avant chaque heure, elle place la Salutation angélique après : l’Oraison dominicale, et qu’à la fin de l'office elle ajoute l’antienne Salve, Regina, ou toute autre conforme au temps.

Et non contente de cela, elle invoque souvent la Mère de Dieu dans les diverses parties de la messe, autant dans celles qui sont récitées à voix basse que dans celles qui sont proférées à haute voix par le prêtre. On observe cela dans les liturgies de saint Jacques, l’Apôtre, de saint Jean Chrysostome, et dans la messe qui estappelée éthiopienne, ainsi que dans la syriaque. Dans toutes ces messes, la Salutation angélique est récitée à haute voix.

Autrefois il n’existait que neuf préfaces que l’Église employait dans les messes, selon les fêtes, comme l’atteste Pélage IT, Souverain- Pontife*, quoique, dans {e Sacramentaire de saint Grégoire, qui succéda immédiatement à Pélage, sacramentaire imprimé à Rome, outre ces neuf préfaces, il s’en trouvât une très-courte pour la Nativité de la Mère de Dieu. Mais Urbain I1* en ajouta une dixième, qui se

1 Césaire, liv. VII des Müracles, chap. xxxix — 2 Part. IV, tit. XV, Chap. xxiv. — 5 De la Consécration, dist. 11, chap. Znvenimus. — * Dist. Lxx, chap. Sanctorum,

chante maintenant dans les messes de la Mère de Dieu. C’est ce que rapportent aussi Guillaume Durand, dans son livre : Æational des offices divins, à la question des Préfaces, et Sigonius'. Voilà pour les messes en l’honneur de la Vierge.

IV. — De mêmeles vœux, quoiqu'ils soient faits à Dieu principalement, proprement et immédiatement, selon ces paroles d’Isaïe?: « Ils l’honoreront par des victimes et des présents. Ils feront des vœux au Seigneur et les accompliront ; » secondairement cependant, et d’une manière moins propre, ils sont faits aux Saints en tant qu'ils sont des dieux par participation, c’est-à-dire en tant que Dieu est en eux et qu’il est honoré en eux. Ainsi doit s’entendre la manière de faire profession observée dans certains Ordres, lorsqu'ils disent: « Je promets à Dieu, à la bienheureuse Marie et à saint Augustin, ou à saint Dominique, ou à saint François et à vous, notre prieur ou notre gardien, » etc. De sorte que la promesse faite aux Saints ou aux prélats tombe sous le vœu matériellement, c’est-à-dire secondairement et moins proprement, en tant que l’homme fait vœu à Dieu d’exécuter ce qu’il a promis aux Saints et aux prélats. Ainsi pense le Docteur angélique ÿ.

Ainsi, lorsque quelqu'un fait vœu à la bienheureuse Vierge ou à quelque autre Saint, pour obtenir quelque grâce, par exemple, le recouvrement de la santé, la délivrance d’un danger, ou quelque chose de semblable, la pensée et l'intention de celui qui fait vœu et qui prie doit être d'espérer obtenir principalement cette grâce de Dieu par l'intercession du Saint*.

Ici, quelque esprit inquiet nous demandera peut-être : « Siles vœux qui se font à Dieu, dans la personne des Saints, se terminent à Dieu seul, de même que le sacrifice de la messe est offert à Dieu seul, quoiqu'il le soit à la mémoire et en l’honneur des Saints, ou s’ils se terminent aux Saintseux-mêmes ?» Nous répondrons résolûment et catégoriquement que les vœux se terminent aux Saints eux-mêmes. De mème, en effet, que l’aumôûône qui est donnée au Christ, en la personne du pauvre, est véritablement donnée au pauvre; de même, le vœu

1 Liv. IX du Règne d'Italie. — ? x1x, 24. — 3 9e de la 2e, quest. LxxxvIN, 6, ad 3. — * St. Antonin, IIe part., tit. II, chap. 1er, dern. $.

VIERGE VÉNÉRABLE. 453 qui est fait à Dieu, en la personne des Saints, est véritablement fait aux Saints. Il en est autrement du sacrifice. Aussi personne n'ose dire: « J’offre le sacrifice à Dieu et à la bienheureuse Vierge Marie, ou même absolument: « J’offre le sacrifice à la bienheureuse Marie, » et

cependant nous disons : « Je fais vœu à Dieu et à la bienheureuse Marie, » et simplement: « Je fais vœu à la bienheureuse Marie. »

De mème, en effet, que les scolastiques enseignent que l'être peut se dire de la substance et de l’accident, non dans le même sens, mais par analogie de proportionnalité; de même, faire des vœux se dit de la promesse à Dieu et aux Saints, non au mème degré, mais selon la proportion. Car nous promettons à Dieu comme à l’auteur des bienfaits, et aux Saints, comme à nos intercesseurs auprès de Dieu.

C’est donc à bon droit que nous offrons des sacrifices en mémoire de la bienheureuse Vierge Marie, et que les fidèles lui font des vœux comme à la patronne, au soutien, à la protectrice et à la consolatrice spéciale du genre humain. Que par elle Dieu soit béni dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

DES ORDRES RELIGIEUX D'HOMMES ÉTABLIS SOUS LE TITRE DE LA BIEN- HEUREUSE VIERGE MARIE.

Sommaire, — 1. Ordres religieux d'hommes en l’honneur de Marie.— 2. Piété de saint Dominique et de son Ordre envers la sainte Vierge. — 3. Confrérie du Saint-Rosaire. — 4. Pratiques pieuses des Frères prêcheurs en l’honneur de la Mère de Dieu. — 5. L'Ordre des Prêcheurs produit un grand nombre d'hommes distingués qui ont écrit en l’honneur de Marie.

I. — L'Église catholique a institué et approuvé un grand nombre d'Ordres religieux en l’honnerr de la Vierge, Mère de Dieu; et quoique, à bien considérer, tous les Ordres religieux s’abritent sous les ailes, le secours, le patronage et la tutelle de Marie, reçoivent d’elle tout leur honneur, leur grâce et leur gloire ; se confient beaucoup en ses prières et en ses mérites, la regardent comme leur patronne et leur avocate spéciale ; avouent et proclament publiquement qu'elle est leur Mère et s’en félicitent, cependant il existe quelques Ordres qui, soit par Le titre, soit par leur nom, soit par leur costume, ou d’une

autre manière, attestent qu’ils sont spécialement dévots envers la sainte Vierge Marie. Au milieu de ces félicitations et de ces pieuses prétentions, on remarque surtout le très-illustre et vraiment apostolique

ORDRE DES PRÉCHEURS.

I. — On peut à peine dire combien cet Ordre eut de la piété, de l'amour et de la vénération pour la Vierge, Mère de Dieu, même dès le commencement de soninstitution. C’est, en effet, par l’intertession particulière de la Mère de Dieu et sous son patronage spécial qu’il fut fondé, qu’il a grandi et qu Al s’est répandu dans le monde entier.

Au commencement, avant qu'Innocent IT, Souverain-Pontife, eût donné à l’Ordre ce nom de Prècheurs, les Dominicains s’appelaient Frères de la Vierge Marie, comme le dit saint Antonin‘, témoignage qui est confirmé par l’évêque de Monopoli ? et Antoine de Sienne, dans sa Chronique, et bien d’autres encore. Ils honoraient Marie, ils aimaient Marie, ils vénéraient Marie ; après Dieu, c’esten Marie qu’ils plaçaient leur espérance ; ils se recommandaient à Marie avec un abandon continuel.

En premier lieu, notre très-saint patriarche Dominique, auteur et fondateur illustre de l'Ordre des Prècheurs fut un serviteur très-fervent de la sainte Mère de Dieu.

Après Dieu, c’est en elle qu'il plaçait toute son espérance; il se confiait à elle avec abandon et, en revanche, il reçut d’elle denombreux et singuliers bienfaits. Il avait l'habitude de ne rien entreprendre sans le mettre sous la protection de la Vierge. La Vierge, Mère de Dieu, elle-même, donna un témoignage éclatant de la piété de Dominique envers elle et son Fils, dans une révélation faite à sainte Brigitte, que vous trouverez décrite au livre V, chapitre xvir, où la Vierge, Mère de Dieu, s'adressant à sainte Brigitte, lui dit: « Certainement, Dominique lui-même a fait de mon Fils son seigneur bien-aimé, et moi sa Mère, il m’a aimée plus que son propre cœur. »

Il aimait tellement la Salutation angélique qu’il l'avait presque tou-

1 IIIe Part. de son Histoire, chap. ur. — 2 Liv. Ier du Rosaire, chap. vu,

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jours sur les lèvres et qu’il conseillait cette pratique à tous ceux avec lesquels il était en rapport, comme on le voit dans sa vie, C’esf lui qui a introduit l’usage qu'ont les prédicateurs de commencer leurs sermons par la Salutation angélique.

Car comme cet homme de Dieu, Dominique prêchait dans la province de Toulouse et tirait peu de fruits de ses prédications, la trèssainte Vierge Marie se montra à lui et lui parla en ces termes : « Dominique, mon fils, ne t’étonne pas d’avoir si peu de succès dans ta prédication, car tu laboures un terrain qui n’est pasarrosé par la pluie. Tu dois savoir que lorsque Dieu eut résolu de réformer le monde, il envoya d’abord la pluie de la Salutation angélique, et l’univers luimême est devenu meilleur. Exhorte donc dans tes sermons les hommes à réciter mon Rosaire, et ilen résultera un grand fruit pour les âmes. » Le saint patriarche Dominique, ayant exécuté cet ordre, recueillit de ses insiructions des fruits abondants pour le salut des âmes. |

Du Manuei italien du Rosaire est venue l’habitude, pour tous les prédicateurs, de faire de la Salutation angélique l’exorde de leurs sermons, afin que les cœurs de leurs auditeurs soient arrosés par cette pluie céleste, et qu’à la prière de la Vierge ils recoltent, par la faveur divine, un fruit plus abondant.

Il a aussi institué, en l'honneur de la Vierge, cette manière sacrée de prier, qui, à cause de son parfum si agréable à Dieu et à sa Mère, est appelée le Rosaire. Et il exhortait vivement, soit par lui-même, soit par ses prédicateurs, le peuple à le réciter. Armé de cette prière, il combattit l’hérésie des Albigeoïis qui s’étendait au loin et au large dans la Gaule et l'Italie ; et dans la Lombardie seule il convertit cent mille hérétiques à la foi du Christ, comme la chose a été parfaitement prouvée, en présence du Souverain-Pontife Grégoire IX, à l’époque de là canonisation de notre Saint.

Nous montrerons plus loin, lorsque nous parlerons de la sainte Confrérie du Rosaire, quels fruits nombreux ce genre de piété envers la Vicrge, Mère de Dieu, a produits soit dans l’Église, soit dans l'Ordre des Prêcheurs. Occupons-nous maintenant de cet Ordre.

L'Ordre des Prècheurs, suivant les traces de son Père, pratiqua toujours, avec beaucoup de zèle, la piété envers la Vierge, Mère de Dieu.

Il exista autrefois chez tous les Frères une dévotion si grande envers la Vierge Mère, une si grande vénération, un zèle si grand pour la louer et l’honorer, des prières si ferventes en son honneur, un amour si grand, une si grande confiance en sa protection, une contemplation si avide et si insatiable de ses perfections, qu'il serait impossible à la langue humaine de l’expliquer.

Aussi avaient-ils dans leurs cellules des images de la bienheureuse Vierge portant son Fils sur ses bras, et du Sauveur suspendu à la croix. À leur aspect, la mémoire embarrassée par le sommeil était excitée, et les sens extérieurs qui se portent à différentes choses étaient raffermis par une force spirituelle ‘. Ce témoignage estconfirmé par saint Antonin ?, qui ajoute que la dévotion des Frères de l'Ordre - des prêcheurs était si grande, qu'après matines et complies, entourant

souvent l’autel de la Vierge sur trois rangs placés en rond, ils lui recommandaient avec une admirable dévotion eux et leur Ordre.

L'on ne peut pas aussi passer sous silence que c’est grâce au zèle

et à l’ardeur des prédicateurs de l’Ordre que la Salutation angélique est devenue d’un usage si fréquent, et qu’enfin elle a reçu cette petite addition: «Jésus-Christ, » commele dit André Coppenstein *. C’est pourquoi les Souverains-Pontifes Urbain IX et Jean XXII, désirant augmenter l’estime du peuple pour cette piété des Frères prècheurs envers Jésus et sa très-sainte Mère, ordonnèrent par un décret solennel que ces deux mots Jésus-Christ seraient ajoutés à la Salutation angélique. En même temps, ils accordèrent trente jours d’indulgence à ceux qui prononceraient ces paroles, et décidèrent que celui qui réciterait une fois le psautier en l’honneur de la bienheureuse Vierge gagnerait une indulgence de douze années, dix-huit semaines et un jour.

III. — Comme preuve de cette chose, je citerai avant tout la Confrérie du Saint-Rosaire, qu’ils propagent d’une manière merveilleuse, à l'honneur de la bienheureuse Vierge, dans toute la république chrétienne, au très-grand avantage des âmes et avec une piété incroyable pour leur souveraine, et qu'ils répandent au loin dans tout l'univers

Auteur de la Vie de saint Dominique, iv. VI, chap. xx. — ? IIIe Part., Histoire, lv, XXIIL, chap, x, — 3 Liv, II, chap, x, sur la Confrérie du Rosaire.

chrétien. Partout ils ont des sociétés nombreuses dans lesquelles ils excitent les fidèles, les forment et les élèvent à l’amour de Dieu, à la pureté des mœurs et à la piété envers la Mère de Dieu. Et cette confrérie ils la protégent constamment comme l'héritage de leur Père, saint Dominique, et comme le patrimoine de leur Ordre, etils ne permettent à aucun autre d’en ériger, d’en diriger et d'en administrer, sans la permission de leur supérieur général, Ils ont obtenu à ce sujet un indult apostolique, dont nous parlerons plus tard, lorsque nous nous occuperons du Rosaire à l’occasion de l’invocation populaire : Reine du Saint-Rosaire.

Cette piété dans la propagation du Saint-Rosaire ressort de nombreuses ordonnances, de statuts généraux de ce mème Ordre, faits à Venise en l’an 1592, à Valladolid en 1605, à Rome en 1601, au sujet de l'établissement de cette société et de la propagation de ce culte. Et nouvellement, dans une ordornance faite à Rome en l’an du Seigneur 1629, dans laquelle il est dit: « Nous décidons et ordonnons à tous les prieurs et supérieurs de couvents, sous peine de privation de leurs charges, de faire en sorte que les personnes des deux sexes récitent publiquement, trois fois la semaine, le rosaire dans leurs églises. »

Cette ordonnance excita tellement les Frères à la dévotion envers la sainte Vierge, qu’ils récitaient le rosaire non-seulement trois fois par semaine, mais chaque jour, et même les jours de fête, le matin et le soir, avec tout le peuple qui a l’habitude d’y assister en grand nombre. Ils ont obtenu, pour cela, d'Urbain VIII, Souverein- Pontife, une indulgence de cent jours que gagnent folies quoties ceux ‘qui assistent à cet exercice de dévotion. On pourrait à peine dire quels fruits nombreux cette divine dévotion a portés dans le cœur de tous les fidèles, grâce à la prédication et aux soins des Frères prècheurs.

On voit des hommes grossiers et ignorants apprendre à cette occasion l’Oraison dominicale, la Salutation angélique et le Symbole des Apôtres. On les voit ces mêmes hommes, ainsi que les autres quels qu'ils soient, à la considération des mystères denotre rédemption qui sont alors proposés à notre méditation, pousser de pieux gémisse-

ments, adresser à Dieu des prières ferventes, répandre des torrents de douces larmes, et se confier plus dévotement à la protection de Marie, en contemplant avec plus d’attention ïes mystères de la vie du Christ.

On voit des hérétiques nombreux se convertir, des Chrétiens en très-crand nombre revenir à une meilleure vie, et faire retentir les temples de cantiques et de chants spirituels en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie.

L'on voit l'autel du Saint-Rosaire entouré par des personnes de tout âge et de toute condition, qui chantent dans leur langue maternelle des hymnes ou des cantiques en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie, qui nomment Marie, invoquent Marie, au point d’apprendre aux murs du temple eux-mêmes à répéter le nom de Marie et d'entraîner beaucoup d’autres églises à l’imitation de leur piété.

Cette même piété envers la Vierge, Mère de Dieu, ressort clairement de cette dévotion toute spéciale que l’on remarque dans leurs églises à toutes les fêtes de la bienheureuse Vierge Marie. Elle est manifestée encore plus clairement par la grande solennité avec laquelle ils célèbrent le premier dimanche du mois, pendant toute l’année. Ce jour-là la très-sainte Eucharistie est exposée au sommet d'un magnifique autel, orné de riches draperies, de cierges et d’autres ornements, au milieu d’un beau concert de musique. Elle est ensuite portée en procession avec une pompe solennelle à travers leur cloître et leur cimetière. Ils ont aussi obtenu pour ces fêtes une indulgence plénière des Souverains-Pontifes. Les hommes, alléchés par tous ces moyens, en deviennent d'autant plus ardents pour Le culte de Dieu et la dévotion envers la bienheureuse Vierge.

Le peuple d'Israël célébrait la solennité de la Néoménie, c’est-à-dire le premier jour de la nouvelle lune, et relevait cette fête par une multitude de sacrifices, et la rendait plus réjouissante par le bruit des trompettes.

IV. — L'Ordre des Prêcheurs célèbre le premier dimanche de chaque mois, en l’honneur de la bienheureuse Vierge, et embellit celte fête par des sacrifices particuliers, c’est-à-dire par des prières, des louanges et des actions de grâces, et la rend plus réjouissante

d VIERGE VÉNÉRABLE. 459 en la célébrant avec une immense joie et un grand contentement de cœur.

A cette piété envers la Mère de Dieu concourent de nombreuses instructions que font en l’honneur de la Mère de Dieu la plupart des Frères de l'Ordre des Prêcheurs, non-seulement pendant le Carême, et les premiers dimanches de chaque mois et les fêtes de la bienheureuse Vierge, mais chaque samedi durant toute l’année, pendant la messe solennelle qui se chante ces jours-là, comme étant spécialement consacrés au culte de la Vierge. Or, que de ces prédications il découle dans l’Église un grand honneur pour Dieu et sa sainte Mère, etun grand fruit pour les âmes, c’est ce qu’attestent Le grand concours de peuple qui a lieu ce jour-là à nos églises, les réceptions nombreuses des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, les prières ardentes offertes à Dieu avec des torrents de larmes, surtout en Pologne, où nous écrivons ces choses; et nous attestons ce que nous voyons. Déjà, partout se font les pénitences générales des personnes pieuses, une réforme commune s’opère dans les mœurs, un grand nombre de crimes, soit publics, soit privés, disparaissent. Les péchés, les blasphèmes cessent; les médisances n’ont plus lieu, les abus vicieux sont corrigés; les haines des ennemis s’éteignent; les biens injustement enlevés sont restitués à leurs maitres légitimes; les infamies de la chair sont repoussées ; les monastères d'hommes autant que ceux de femmes consacrées à Dieu se remplissent; le culte de Dieu, de la Mère de Dieu et des Saints s'étend; Le respect des images et des reliques augmente; le culte, l’ornement et la propreté des temples sont obtenus. Toutes ces choses, l’expérience de chaque jour les prouve, et elles sont si évidentes pour tout le monde que personne ne peut les nier. Bien plus, la plupart des sociétés se sont formées et se forment par une pieuse imitation et sur l'exemple de notre confrérie, et la piété y est enseignée avec d’autant plus de vigueur qu'on y propage avec plus de soin l’association du Rosaire.

Ajoutez à cela la solennité du Saint-Rosaire, qui est célébrée chaque année, en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie, par l'Ordre entier des Prècheurs, avec octave solennelle, et par des processions qu'on a coutume de faire avec pompe. En ce jour-là on peut à peine

dire combien est grand le concours du peuple fidèle à nos églises. Quelle dévotion, combien de prières ferventes, combien de pieux gémissements, combien de doux torrents de larmes, l’on remarque soit dans la réception des sacrements, soit dans l’audition des instructions!

Enfin, cette piété envers la Vierge, Mère de Dieu, apparait encore clairement par cette couronne de petits grains vulgairement appelée le Rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, que les Frères de notre Ordre portent, soit attachée à la ceinture, soit suspendue au cou, non par vaine ostentation, mais pour faire connaitre à tout le monde, par cette marque extérieure de prière, l’obéissance qu’ils doivent à tant de titres à la Vierge, Mère de Dieu, et leur piété intérieure envers elle : ce que font, à leur exemple, non-seulement les autres religieux, mais encore les séculiers. Bien plus, à l’exemple et par l'institution de nos Frères, dans les lieux où les hérésies se sont introduites, cette manière de porter le Rosaire a commencé à devenir commune par haine contre les hérétiques, afin que, par ce signe, un fidèle, quel qu’il soit, fût distingué des hérétiques.

De cette piété de l'Ordre des Prêcheurs envers la sainte Vierge est venu j'usage, pour l'Ordre entier, de faire chanter avec tant de solennité pendant toute l’année, à la fin des complies, l’antienne Sulve, Pegina, en l'honneur de la Mère de Dieu, par tous les Frères, même ceux qui sont dispensés du chœur pour certains travaux. Ils se réunissent tous au temple et s’avancent processionnellement dans le grand chœur de l’église. Pendant ce temps, on a vu quelquefois la Mère de Dieu prier pour eux d’une manière spéciale, comme nous le dirons plus bas lorsque nous parlerons de l’antienne Salve, Regina, et des faveurs accordées par la bienheureuse Vierge à l’Ordre des Prècheurs.

Il faut parler maintenant du petit office de la bienheureuse Vierge Marie, qui est toujours récité par les Frères de l'Ordre des Prêcheurs, en chœur, pour l'office du jour, et dans le dortoir pour l'office de la nuit, à l'exception des octaves solennelles ; et quand on fait le grand office de la bienheureuse Vierge Marie, pendant ces jours, cependant ils le récitent en particulier. Nous dirons plus bas, en traitant des grâces et des faveurs, de quelles faveurs la bienheureuse Vierge Marie a récompensé cette récitation de son office.

Ajoutez que, dans cet Ordre, pendant toute l’année, tous les samedis non empêchés par une fête mineure ou majeure (à l’exception du Carême, des Quatre-Temps, et lorsqu’on doit lire l’homélie), toujours Joffice de la bienheureuse Vierge Marie se fait tout entier. Il commence aux vêpres de la sixième férie et se termine le samedi, à none. Ajoutez à cela les commémoraisons de la bienheureuse Vierge qui, dans cet Ordre, ont lieu après les autres mémoires, tousles dimanches, puis pendant toute l’année à matines et aux secondes vèpres, et chaque jour depuis l’octave de saint Étienne jusqu’à l’octave de l'Épiphanie (excepté aux laudes de la vigile et de la fète de l’Épiphanie).

Et ce n’est pas la plus petite preuve de leur piété envers la Vierge, Mère de Dieu, celle que nous tirons de ce que, dans toute prière, à l’antienne Salve, Regina, à la préface de la messe, quand le nom de Marie est prononcé, ces mêmes Frères s’inclinent dévotement jusqu'aux genoux. Mais lorsque l’on commence le Salve, Regina, ou le Salve, sancta Parens, ou le Salve, Radix sancta, et lorsqu’on dit, dans le symbole de Nicée, ex Maria Virgine, les Frères, prosternés à genoux, honorent la Vierge céleste. Ils font la même chose lorsque, tous les samedis de l’année, après l’antienne du Salve, Regina, ils chantent solennellement les litanies de Lorette. Ils font la même chose lorsque, après chaque heure qui n’est pas suivie d’une autre heure ou de la messe conventuelle, ils récitent tous les jours de l’année (excepté les trois derniers jours avant Pâques) l’antienne Salve, Regina, en chœur. Ils font la même chose dans la récitation de l'hymne Ave, maris Stella, demeurant à genoux jusqu’à la fin de la première strophe. Ils font la même chose toutes les fois qu'ils récitent ou chantent en chœur l’antienne Sub luum præsidium.

Ce qui fait aussi beaucoup l'éloge de la piété de ces mêmes Frères précheurs envers la Mère de Dieu, c’est que, dans tous les dortoirs de leurs couvents et de leurs maisons, ils ont un autel surmonté d’une image de la Mère de Dieu et devant lequel ils récitent, selon le temps, l'office nocturne de la bienheureuse Vierge Marie. Et c’est nonseulement dans les cellules, mais encore dans tous les escaliers ou degrés de leurs monastères, par lesquels l’on monte ou l’on descend

dans le dortoir ou le réfectoire, qu'ils placent des images de la bienheureuse Vierge dans des endroits apparents. Ils la vénèrent en passant, c’est ce qui s font lorsque, à chaque degré, Les yeux élevés vers la Reine du Ciel, ils l’honorent dévotement comme leur souveraine, leur soutien, leur protectrice et leur patronne particulière, par une grande inclination de la tête et de tout le corps. Quelquefois mème, se mettant à genoux, ils la saluent avec respect et récitent la Salutation angélique.

V.— Ce qui montre aussi parfaitement leur amour et leur piété envers la Vierge, Mère de Dieu, c’est qu'il ait existé dans cet Ordre tant d'écrivains remarquables par la puissance de leur génie et de leur doctrine, qui ont laissé, en l’honneur de cette Vierge si grande, les plus riches monuments de génie et de piété : les uns, pour briser l’audace impure et impie des hérétiques, surtout modernes, qui ont osé parler contre la Vierge; les autres, pour proclamer l'excellence et la dignité de la Vierge; d’autres, pour enflammer les âmes des fidèles de l’amour de la piété envers une si grande Vierge. Parmi eux, on compte, à juste titre, saint Thomas d'Aquin, le maître des théologiens, qui, dans son vin Opuscule et beaucoup d’autres passages de sa Théologie, a célébré les louanges de la bienheureuse Vierge; le bienheureux Albertle Grand, évêque de Ratisbonne, qui a réuni des éloges nombreux à la Vierge, surtout dans le livre qu’il a appelé les Douze éloiles de la couronne de Marie, dans lequel il décrit longuement Les priviléges de la Mère de Dieu etoù ila donné avec leur chant les séquences qui sont assignées pour chaque samedi en l'honneur de la bienheureuse Vierge Marie; saint Vincent Ferrier, qui a fait de nombreux sermons sur la Mère de Dieu; saint Antonin, archevèque de Florence, qui a écrit un petit volume sur la bienheureuse Vierge Marie; François de Retz, qui a écrit sur le Salve, Regina, de nombreux, grands et beaux volumes; Vincent de Beauvais, qui a réuni de très-nombreux miracles de la Mère de Dieu; Jean de Turrecremata, qui a écrit un grand volume sur la vérité de la Conception de la bienheureuse Vierge Marie; saint Alain Brito, du mème Ordre, qui, sur l’ordre de la Vierge qui lui apparut, rétablit et répandit beaucoup, tant par ses écrits que par sa prédication, la dévotion au très-saint Rosaire qui

était tombée; le cardinal Thomas de Vio-Cajetan, qui écrivit savamment et avec esprit quelques petits ouvrages sur la bienheureuse Vierge Marie; Abraham Bzowski, qui donna sur le Salve, Regina, des sermons qui sont comme un bijou orné de pierres précieuses, et beaucoup d’autres sermons sur la sainte Vierge; Paul Carrara, qui, dans un assez grand volume sur l’interprétation littérale et mystique des règles du droit canonique, célèbre admirablement les louanges de la Vierge. Ajoutez à ceux-là les autres innombrables théologiens qui ont composé des commentaires soit sur le 11° chapitre des Sentences, soit sur la III partie de saint Thomas. Il ne faut pas passer sous silence ceux qui ont écrit divers opuscules, des traités et des sermons sur le Rosaire de la bienheureuse Vierge Marie, dans lesquels ils expliquent très-bien soit l’Oraison dominicale, soit les Salutations angéliques qui sont contenues dans les quinze dizaines du Rosaire, y ajoutant des formules de méditations et des images des mystères du saint Rosaire, et par tous ces moyens excitent les cœurs des fidèles à la piété et les portent admirablement à l’amour de Dieu et de sa trèssainte Mère. Ce sont principalement Albert Castellan, de Venise; André Coppenstein; Abraham Bzowski; Valérien, de Cracovie; Goswin Hexius.

J’ajouterai cette dernière preuve très-grave et très-puissante de la piété des Frères prêcheurs envers la Vierge, Mère de Dieu, c’est que cet Ordre a produit un grand nombre d'hommes saints et de femmes qui ont honoré la sainte Vierge avec une affection et une dévotion extraordinaires. Lisez sur ce point le Calendrier de Marie, nouvellement édité par Antoine de Balinghem, de la Société de Jésus, dans lequel vous trouverez un très-grand nombre d'hommes de l'Ordre des prêcheurs, qui ont honoré la divine Mère de Dieu d’une manière particulière. Nous les énumèrerons plus loin aux invocations Regina Confessorumet Regina virginum, en même temps que les Confesseurs et les vierges des autres Ordres. Venons maintenant aux faveurs et aux grâces accordées par la bienheureuse Vierge Marie à l'Ordre des Prècheurs.

DES FAVEURS, GRACES, PRIVILÉGES ET BIENFAITS ACCORDÉS À L'ORDRE DES PRÊCHEURS PAR LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE,

SommamE. — Divisions indiquées dans le texte.

Quoique la bienheureuse Vierge Marie soit la protectrice, le refuge et la patronne de tous les Ordres religieux, cependant {ce qui soit dit à la gloire de Dieu et de la Vierge, sans offense pour personne) elle à donné d’une manière spéciale des preuves évidentes de sa protection et de sa bienveillance envers l'Ordre des Prêcheurs. Car la Reine du Ciel paraît avoir fait couler sur lui la source entière de sa bonté et le trésor de ses grâces ; car de même que le Christ, le vrai Salomon, a plusieurs reines et des épouses innombrables, c’est-à-dire les âmes des justes, ses épouses chéries, et n’a cependant qu’une amie, sa seule colombe, sa Mère, la très-sainte Vierge Marie; ainsi, tous les Ordres religieux sont chers à la glorieuse Vierge Maric. Cependant, on montre par un grand nombre de grâces, de faveurs, de priviléges et de bienfaits, qu’elle aime d’une manière spéciale l’Ordre des Prècheurs. Toutes ces faveurs ont été recueillies avec soin et réunies dans un seul livre, écrit dans un style savant et élégant, par notre Hyacinthe Choquet. Il a donné à ce livre le titre suivant : les Entrailles maternelles de Marie, Mère de Dieu, pour l’Ordre des Précheurs. Je donnerai toutes ces choses dans un résumé aussi bref que possible, car il est avantageux que les mêmes choses soient écrites par différents auteurs, même quelquefois dans les mêmes termes, afin que les bienfaits de Dieu et de sa très-sainte Mère soient connus d’un plus grand nome, et arrivent plus souvent et plus tôt à la connaissance de tout le monde : celui-ci les trouvant dans un livre, celui-là dans un autre, un troisième dans un troisième livre, et les lisant à la louange et à la gloire de Dieu et de sa Mère.

Devant donc énumérer ces faveurs et ces bienfaits, j'ai pensé qu’il importait de montrer, premièrement, que la bienheureuse Vierge Marie est non-seulement la patronne spéciale de l'Ordre sacré des Prècheurs, mais encore leur Mère très-bienveillante. C’est de là, de

cette maternité, que toutes ces faveurs spéciales, ces grâces, ces priviléges et ces mémorables bienfaits ont découlé comme d’une source. Il nous faut donc voir comment la bienheureuse Vierge Marie est spécialement la Mère de l'Ordre des Prècheurs.

LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE EST, A TITRE SPÉCIAL, LA MÈRE DE L'ORDRE DES PRÉCHEURS.

Je ne doute pas que la glorieuse Marie, Mère de Dieu, ne soit la Mère de tous les fidèles, comme l’attestent saint Bernard, saint Anselme, saint Bonaventure : « Marie, dit saint Bonaventure, est non-seulement la Mère particulière du Christ, mais encore la Mère universelle de tous les fidèles. » Si, en effet, le Christ est le frère de tous les croyants, comme il le dit lui-même : « Va vers mes frères ‘, » et comme l'appelle saint Paul? : « Le premier-né d’un grand nombre de frères, » la bienheureuse Vierge Marie est sans doute la Mère par laqwelle le Christ, Notre-Seigneur, est devenu notre frère.

Mais la bienheureuse Vierge Marie a daigné être la Mère de l'Ordre sacré des Prècheurs d’une certaine manière nouvelle et spéciale; c’est ce que prouvent, démontrent et ce dont nous convainquent les témoignages très-graves d’un grand nombre d'auteurs.

4° Un certain religieux de l'Ordre de Citeaux, illustre par sa sainteté, vit un jour lui apparaître la bienheureuse Vierge, qui l’exhorta en ces termes à aimer notre Ordre naissant et à prier pour lui : « Recommande toujours à Dieu, dans tes prières, mes frères bien-aimés; autant que tu le peux, aie pour eux le zèle de la charité. » Celui-ci s'étant persuadé que la Mère de Dieu lui recommandait ses Pères de Citeaux, il l’entendit lui dire ces paroles : « J’ai d’autres fils que j'aime uniquement, dont je suis spécialement la Mère, et que je réchauffe dans ce sein que tu vois. » Elle dit et, rejetant le manteau qui la couvrait, elle lui montra une multitude de Frères prêcheurs, en disant : « Voici mes fils, » etc. Cela est rapporté par Thomas de Cantimpré ?.

2 Un certain Chartreux désirant savoir la manière dont il devait

1 Si. Jean, xx, 27. — 3 Aux Romains, vi, 9. — 8 Liv. Il, Abeilles, chap. x, n° 16. à

honorer et vénérer la Vierge, Mère de Dieu, la bienheureuse Vierge lui apparut ct, satisfaisant à son désir, elle Lui dit : « Va trouver mes L frères et mes fils, et tu apprendras d’eux la manière de m’honorer. » Et comme il ne savait pas quels étaient ces frères et ces fils de Marie, elle le lui déclara elle-même, en lui disant : « Rends-toi auprès des Frères de l'Ordre des Prêcheurs; je suis leur Mère, et ils sont mes fils. Ils t’instruiront. » Elle dit, et il exécuta cet ordre. Ce fait est écrit par Jean Lopez, Gérard de Limoges, Alphonse Fernandez. Je pense que ce religieux était prieur ou procureur des Chartreux, car il lui fut possible de sortir de la Chartreuse et d'aller à Paris, auprès des Frères prêcheurs.

3° Le bienheureux Jourdain, successeur de notre Père saint Dominique dans le généralat, avait l’habitude de répéter souvent qu'il avait entendu un jour cette parole de la bienheureuse Vierge Marie, au sujet de nos Frères: « Ceux-ci sont mes fils bien-aimés, en qui j'ai mis toutes mes complaisances. » Ce fait est rapporté par Hyacinthe Choquet, dans le livre susdit {,

4° Un certain Tancrède, Palatin, était fort inquiet sur le choix d’un état de vie; la sainte Vierge lui apparut pendant qu'il était en prière, etil en reçut ce conseil : « Va trouver ma famille.» Une autre vision lui apprit que cette famille était l'Ordre des Prédicateurs ?.

5° Rodolphe, ami de notre Ordre, voyant qu’un certain nombre de personnes, effrayées par le genre de vie des Frères prêcheurs, fuyaient leur institut, se trouvait dans une grande inquiétude, craignant que cette nouvelle plante, plantée par leur Père saint Dominique, ne se séchât à sa naissance; le Christ lui apparut avec Marie, sa Mère bienaimée, et saint Nicolas, évêque de Myre, et Le consola par ces mots : «Ayez courage, Rodolphe, la Mère de Dieu est aussi votre Mère. #

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