LA BIENHEUREUSE MARIE ENFANTE L'ORDRE DES PRÊCHEURS
La bienheureuse Vierge Marie, après avoir conçu tous les fidèles dans l’incarnation du Christ, comme il a été dit, les a enfantés spirituellement lorsqu'elle se tenait auprès de la croix du Christ. C’est ce qu’atteste Rupert, abbé#, lorsqu'il dit : « De même que le Christ nous a engendrés à la viespirituelle de la grâce, aïnsi la bienheureuse Vierge Marie nous a enfantés dans les grandes douleurs qu’elle a souffertes en compatissant avec son Fils. » Mais elle a enfanté l'Ordre des Prècheurs d’une manière nouvelle et particulière lorsquelle désigna notre Père, saint Dominique, en même temps que saint François, pour le ministère de la prédication, en disant que c’était par eux que la piété tombée et arrachée de la terre serait rétablie,
La bienheureuse Vierge Marie mit donc alors spécialement au monde, pour Le salut des hommes, ces deux Ordrestrès-saints, qu’elle avait spécialement conçus au pied de la Croix *.
1 Tom. 1H, disc. vi, art. 2, chap. n. — 2 Liv. X de son histoire, chap. :xxxnt. — 35 Liv. XV, sur Saint Jean, et notre St. Antonin, IVe Part., tit, XV, chap. 1. — # Flaminius, dans la Vie de notre bienheureux Père Dominique.
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE ALLAITE DE SON PROPRE SEIN LES FRÈRES DE L'ORDRE DES PRÉCHEURS.
Le principal office d’une mère c’est d’allaiter ses enfants, car, selon saint Ambroise, les mères aiment ordinairement davantage leurs fils qu’elles ont elles-mêmes allaités. Cet office, la bienheureuse Marie a daigné le remplir envers ses enfants de l'Ordre des Prècheurs.
Premièrement, elle a allaité de son propre lait le bienheureux patriarche Dominique. En effet, tandis que celui-ci priait avec ardeur dans une forêt, près de Toulouse, pour l’extirpation de l’hérésie des Albigeoïis, qu’il arrosait ses joues de larmes abondantes, et qu’il macérait son corps par un jeûne et des disciplines qui duraient depuis trois jours, la Vierge, Mère de Dieu, lui apparut. Elle rendit comme la vie à son corps étendu à terre par suite de ses mortifications, le releva, le reçut dans ses bras de vierge, l’approcha de son chaste sein, et lui rendit les forces en le nourrissant de son lait maternel. C’est ce que le bienheureux Alain atteste avoir appris par révélation de la bienheureuse Vierge t,
Surius raconte, dans la Vie de Henri Suso le Germanique ?, que cet illustre prédicateur a reçu le même privilége de la bienheureuse Vierge Mère de Dieu. Il ajoute que lorsque le bienheureux Suso eut été réconforté par cette céleste boisson, il lui demeura dans la bouche comme un grain mou, couleur de neige, tel que l’Écriture nous représente la manne céleste et semblable à la coriandre. Il garda longtemps ce grain dans la bouche comme preuve de la vérité de ce fait.
Nous lisons que sainte Catherine de Sienne à obtenu la même faveur. La Reine du Ciel, s'étant approchée d’elle après de doux entretiens, des baisers et des embrassements maternels, l’approcha de ses mamelles sacrées et lui rendit les forces avec son lait virginal. Ce fait est raconté par Gaveston, des Tertiaires de l'Ordre des Prècheurs ?.
Le bienheureux Alain de La Roche fut gratifié du même bienfait, car
4 Ile Part., chap. 11. — 2 Chap. xx. — 3 Liv. IT, chap. nr,
VIERGE VÉNÉMABLE, 469
après avoir été fatigué par de graves tentations et des combats continuels contre des spectres de démons et avoir été accablé de coups, la Reine du Ciel lui apparut et lui rendit les forces avec le lait de son sein ; et, après un combat de sept ans avec les démons, elle donna à ce religieux vainqueur deux couronnes dont l’une était un rosaire, Pautre un anneau fait de sa propre main avec ses cheveux, couronnes bien plus précieuses que tous les diamants des rois.