ELLE DONNE UN NOM A L'ORDRE DES PRÉCHEURS
Le droit de donner un nom appartient aussi à la mère, car nous lisons dans l’Écriture que plusieurs mères ont donné des noms à leurs enfants. Ainsi, Ève appela son fils Seth, Lia Ruben, Lévi Judas ?, la mère de Samson l’appela Samson, Anne appela son fils Samuel *. La bieuheureuse Vierge Marie a agi de même envers l'Ordre des Prècheurs, auxquels elle a donné son nom.
Cet Ordre saint porte principalement trois noms. La première appellation est celle d’Ordre dominicain. Car, bien que nous ne nous appelions pas Domiuicains, cependant on nous donne ordinairement ce nom, parce que notre patriarche Dominique et l’Ordre tout entier, depuis sa naissance, se sont toujours consacrés au Christ, Notre-Seigneur, et au service de la très-äauguste Reine du Ciel. La seconde appellation de cet Ordre, qu’il a portée dans son enfance, est celle d’Ordre de la Vierge Marie, comme nous l’avons raconté plus haut, d’après saint Antonin et autres. Nous ne sommes pas jaloux des autres Ordres, parce qu’ils sont honorés du titre de la Vierge Marie et qu'ils en portent le nom. Nous nous réjouissons seulement de ne pas tenir ce titre si glorieux de notre premier supérieur Dominique, comme quelques Ordres, ou d’un autre mortel, mais d’avoir reçu ce nom des grands bienfaits que la Vierge, Mère de Dieu, nous a accordés.
La troisième appellation de cet Ordre saint est Ordre des Précheurs, qui nous a été donnée par la Vierge, Mère de Dieu, elle-même. Car bien que ce soit le Souverain-Pontife Innocent III qui a donné à
4 Hyacinthe Choquet, liv. précité, chap. v. — 2? Genèse, xxix. — % Chap. xx
notre Ordre le nom de Précheurs, il faut cependant croire qu'il a fait cela par une impulsion spéciale de la Vierge; car, puisque la glorieuse : Mère de Dieu avait obtenu cet Ordre de son Fils et qu’elle devait en être plus que toute autre la Mère pleine de bonté, il ne lui parut pas suffisant que cet Ordre fût appelé Ordre de Marie, à moins qu’il ne s’y ajoutàt ce titre qui informa le monde du ministère illustre pour lequel elle l’avait choisi, et qu’il fût appelé Ordre des Prècheurs à cause de son zèle continuel et infatigable pour la prédication de l'Évangile, et de son propre but ; Car, comme l’enseignent les théologiens, les choses sont nommées d’après leur fin.
ELLE DONNE A L'ORDRE DES PRÉCHEURS UN HABIT QU'ELLE ENRICHIT DE PRODIGES, DL GRACES AT: DE; FAVEURS.
Les mères, pour montrer toujours davantage leur amour envers leurs enfants, ont coutume de leur faire elles-mêmes des tuniques de leurs propres mains. Ainsi, Anne, mère de Samuel, lui fuisait une peiile tunique à lui, c’est-à-dire à Samuel. Nous lisons dans saint Paulin que la mère de saint Cytère faisait aussi la même chose, ainsi que la mère de saint Edmond, qui de l’Angleterre envoyait des habits et des cilices à son fils qui étudiait à Paris‘. L’on croit aussi communément que la bienheureuse Vierge avait tissé au Christ une tunique sans Couture qui, dit-on, a été conservée jusqu’à ce jour à Rome, dans l’église de Saint-Jean de Latran.
Cette fonction, la Vierge, Mère de Dieu, l’a encore exercée même depuis qu’elle est glorieuse dans le Ciel, puisqu'elle à fait présent d’habits préparés par sa main céleste à plusieurs de ses dévoués serviteurs, comme à saint Ildephonse, archevèque de Tolède, et à saint Bonit, évèque de Clermont; à saint Amat, évêque de Sens; à saint Norbert, fondateur de l’Ordre des Prémontrés, A tous ceux-là, dis-je, la Vierge a donné des habits éclatants de blancheur. Nous lisons, de plus, qu’elle a désigné leur habit aux Ordres religieux des Carmes, des Servites et des Olivétains,
Notre Ordre se glorifie d’avoir reçu le même privilége de la glorieuse:
1 Surius, Vie de saint Edmond.
VIERGE VÉNÉRABLE, ÆTA
Vierge. Car lorsque saint Réginald était tourmenté par une maladie très-grave, notre Père, saint Dominique, offrant, pour la santé de son fils en danger de mort, les prières les plus ardentes, obtint de la sainte Vierge qu’elle vint visiter Réginald, entourée d’une lumière brillante et accompagnée des saintes vierges Catherine et Cécile, et que, répandant sur lui une huile sainte, elle lui rendit son ancienne santé et que, de plus, elle lui montrât l’habit que portent les Frères précheurs, et le lui donnât en disant: Voici l’habit de ton Ordre; car, avant, les Dominicains portaient l’habit des chanoines réguliers. Mais, depuis ce temps, notre Père, saint Dominique, revêtit l’habit indiqué par la sainte Vierge et ordonna aux autres de le revêtir.
Cet habit sacré des Frères prêcheurs, accordé par la main bienveillante de Marie et donné à l'Ordre des Prêcheurs par son amour tout spécial, a été enrichi par Dieu de grâces et de faveurs nombreuses. Car ceux qui ont eu pour lui une dévotion sincère ont été délivrés de maladies et ont éprouvé de nombreuses consolations divines. Il est certain que Léonore de Vanegas, de Cordoue, appartenant à une famille illustre-et jeune fille d’une grande beauté, ayant passé à son cou un scapulaire de l’Ordre des Prêcheurs, fut guérie d’une maladie incurable. Après sa guérison elle prit ce même habit religieux et, vivant avec lui, elle parvint à une grande sainteté, Cette vierge mourut aux ides de mai de l’an 4556.
Aussi a-t-il toujours existé et existe-t-il encore, chez les hommes pieux, une grande dévotion pour ce saint habit. Des princes et des princesses ont l'habitude de porter par dévotion le scapulaire des Frères prêcheurs sous leurs habits de lin et de pourpre. Cette sainte habitude s’est surtout répandue en Espagne, en Italie et dans les provinces éloignées de l’Inde, de sorte que lorsqu'on y rencontre nos Frères on leur baise l’habit religieux et surtout le scapulaire. Un grand nombre désirent aussi, dans les maladies désespérées, être cou verts de cet habit sacré et y être ensevelis dedans après leur mort, espérant, revêtus de ce saint habit, trouver Marie, la Mère de Dieu, plus propice, puisque c’est de sa propre main qu’il a été donné aux Frères précheurs.
1 Bzowski, Histoire de notre Ordre, à l'année 1219, n° 8.
C’est pourquoi les Pontifes romains ont porté à ce vêtement sacré une telle vénération qu’ils ont accordé une indulgence plénière à ceux qui le portent avec de pieux sentiments ou qui quittent cette vie en en étant revêtus. Quant à ceux qui le baisent, Jean XXII les a délivrés de cinqannées et d'autant de quarantaines des pénitences canoniques, comme le dit Laurent Landmeter !, et ils ont accordé, à quiconque le désire, le privilége d’être enseveli dans cet habit, sans que rien ne puisse y mettre obstacle. Les empereurs même et les rois ont aimé et favorisé d’une manière particulière ce vêtement sacré apporté par la main bienveillante de Marie. Aussi ont-ils défendu par des lois, les sanctionnant mème par une peine, d'employer dans les comédies et les jeux de pantomimes oud’histrions, cet habit que des Saints innombrables ont porté et arrosé de leurs larmes et même de leur sang. Aussi un grand nombre d'hommes, choisis pour faire partie de l’illustre sénat des cardinaux, préfèrent cet habit au vêtement de pourpre. On vante à ce propos la pieuse et dévote parole de notre Inochius, évêque de Ségovie, qui, choisi pour le ministère et mis à la tête du conseil des rois d’Espagne, disait souvent, dit-on : « Je n’aurais jamais accepté la ceinture ministérielle, si je savais qu’elle m’arrachât le capuchon ?. »
Aussi Dieu a-t-il coutume de punir sévèrement ceux qui méprisent cet habit sacré. Un certain Nicolas, professeur de philosophie à l’académie de Salamanque, se moquait de cet habit des Frères prêcheurs que Marie a apporté du Ciel, et le portait par dérision dans de nombreuses maisons, comme un bouffon masqué, afin de détourner l’esprit des jeunes gens de la religion, comme le ferait non un professeur de philosophie, mais un maître d’impiété; iltomba bientôt dans une fièvre très-violente et entendit du Ciel cette parole terrible : « Nicolas, je ne supporterai point que tu te moques des hommes de l'Ordre des Prêcheurs, et je ne souffrirai point que tu tournesimpunément en dérision cet habit dont tu t'es masqué. » Effrayé de cette parole, à peine fut-il guéri qu’il revêtit sérieusement cet habit et qu’il entra dans l'Ordre *.
Fasse Dieu que tous ceux qui portent cet habit religieux en revê-
1 Liv. Ier, chap. 1x. — 2? Hyacinthe Choquet, liv. précité, chap. vi. — 3 Id., ibid.
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tent un fait par la main de Marie, et que ne-leur a pas procuré la malice du démon! Il revêt un habit de Frère prêcheur, fait par la main de Marie, celui qui le porte par amour de l'humilité et de la pénitence. Il en revêt un préparé par la malice du démon quiconque, oublieux de la pauvreté religieuse, le cherche délicat, le met par orgueil et vanité, et a honte de le porter s’il est de vil prix. Celui-là est indigne de l’habit des Frères prêcheurs, donné par la main bienveillante de Marie, car il le souille et le profane. Que ces hommes vaniteux et vains notent ces paroles de saint Bernard, prononcées dans son Apologie à Guillaume, abbé : « Voilà que notre habit (je le dis en gémissant), qui habituellement était un signe d’humilité, est porté par les moines de notre temps comme une marque d’orgüeil. A peine trouvons-nous dans nos provinces de l’étoffe dont nous daignions nous vêtir. Le soldat et le moine, du mème drap, se font un capuchon et un manteau.» Je n’en dis pas davantage pour ne pas avoir l’air de m'intéresser trop à ma propre cause.
LA MÈRE Dh DIEU NOURRIT LES FRÈRES DE L'ORDRE DES PRÉCHEURS.
La très-sainte Vierge continue à ouvrir à ceux qui l’honorent les entrailles de sa piété maternelle; aussi, de même qu’autrefois aux noces de Cana, en Galilée, lorsqu'elle était mortelle, elle pourvut de vin les époux pauvres, par l’entremise du Christ, en disant : « Ils n’ont pas de vin; » de même, maintenant qu’elle est glorieuse, elle procure à ses fils spirituels les aliments de la vie par le moyen des Anges.
L'Ordre des Prêcheurs a, mieux que tous les autres, éprouvé cela. Au commencement de l'Ordre, notre bienbeureux Père Dominique, demeurant à Bologne avec quarante Frères, n'avait un jour que deux pains apportés par les Frères pour tout produit de la quête. Commeil ne pouvait pas, avec ces pains, faire diner un si grand nombre de religieux, ayant imploré le secours de Dieu et de la Vierge, il les fit tous asseoir et, assuré de la bienveillance de Dieu et du soin de la providence de notre Mère très-aimante, il divisa ces pains en petits morceaux et les fit distribuer aux Frères. O chose merveilleuse! ces deux pains augmentèrent non-seulement en volume, mais encore en nombre, de
sorte que, après que chacun fut rassasié, il resta encore plus de pain qu’on n’en avait présenté au commencement ‘.
Secondement. A Bologne, notre bienbeureux Père Dominique n'ayant pas de quoi faire manger les Frères, recourut dévotement à Dieu et à sa très-sainte Mère. Et voilà qu’il se présente des Anges qui apportaient des figues sèches avec des pains. Ce fait estécrit par Louis de Palerme, qui ajoute une chose qu’il a entendue de la bouche du recteur de Sainte-Marie Mascharelle, de Bologne, où s’est passé ce miracle : c’est que, lorsque nos Frères se furent transportés de ce lieu à l'église de Saint-Nicolas, ils apportaient chaque année du pain à l’en- * droit où ils avaient été nourris d’un pain apporté du Ciel, et que ce lieu répandait pendant quarante heures une odeur suave ?.
Froisièmement. À Rome, le pain manquant au Père saint Dominique, il voulut cependant que tous les Frères vinssent au réfectoire. Là, lorsqu'il eut imploré le secours de Dieu et de sa Mère, et fait asseoir tout le monde à table, apparurent sous la forme humaine deux Anges très-élégants qui, portant dans leurs mains deux corbeilles remplies de pains d’une grande blancheur, en placèrent un devant chaque Frère, en commençant par les moins élevés en dignité. Dès qu'ils furent arrivés au père Dominique, ils inclinèrent la tête et disparurent aux yeux des assistants, au grand étonnement de tous *.
Quatrièmement. Lorsque le saint fondateur des Prècheurs parcourait la France en prêchant l'Évangile, combattant l’hérésie avec huit des Frères de son Ordre, il arriva qu’un jour ses compagnons fatigués eurent soif. Ce père, ayant pitié de ses enfants et n’ayant plus qu’une coupe de vin, il la fit verser dans un grand vase et y fit ajouter une grande quantité d’eau, puis il ordonna à tous ses frères: de boire. Ceux-ci boivent, et ils ne trouvent plus de l’eau, mais un vin excellent et genéreux *.
À Rome, le jour mème que notre bienheureux Père reçut dans l’Ordre, au couvent de Sainte-Sabine, le frère Gaudéon, d’une famille de patriciens, il se rendit au monastère de Saint-Sixte, et, après avoir
1 Gérard de Limoges, part. IT, chap. xx. — ? Dans Hyacinthe Choquet, à l'endroit cité. — 3 Michel Plodius, liv. Ier, de la Postérité du bienheureux Père Dominique. — * Ghoquet, à l'endroit cité.
prèché selon son habitude, il ordonna à un Frère nommé Rutger d'apporter une coupe de vin : le Frère obéit, et saint Dominique but le premier de tous. Ensuite il ordonna à tous les Frères, qui étaient au nombre de trente, de boire à cette même coupe. Après cela, il envoya la coupe aux religieuses qui étaient au nombre de cent-quatre, afin qu’elles bussent un peu de vin. Toutes en burent, et même avidement, à cause de la nouveauté de la chose et de la douceur du vin. Néanmoins, le vin augmentant miraculeusement, la coupe demeura toujours pleine. Ce fait est raconté par Castellan, Théodorie d’Opoldie et tous les auteurs de la vie de saint Dominique.
À Bologne, le jour même que les Anges avaient apporté du pain, comme nous l’avons raconté plus haut, saint Dominique ordonna aux Frères d'apporter du vin. Sur les renseignements de l’économe, on annonce qu’il n’y a plus une goutte de vin dans le couvent : « Allez néanmoins, mon fils, au nom du Christ, dit saint Dominique, et tout le vin que vous trouverez dans la cave, tirez-le et apporteznous-le. » Le Frère s’en alla et trouva plein d’un vin excellent un tonneau qu'il savait très-certainement être vide. Ce fait est raconté par Ferdinand Castellan dans son histoire de l'Ordre, et par d’autres auteurs cités plus haut.
Et la Vierge, Mère de Dieu, n’accorda pas seulement cette grâce à notre saint fondateur, mais elle donna aussi à ses fils et à ses sœurs des témoignages abondants de sa providence maternelle. Henri de Castres, de l'Ordre des Prêcheurs, était malade à Louvain, et retenu au lit par une douleur à la jembe. La sainte Vierge lui apparut et lui envoya par un Ange un vase plein d’un nectar délicieux. En le buvant, il se rétablit d’une manière merveilleuse et recouvra ses forces perdues. A une autre époque, par l’ordre de la Mère de Dieu (il faut le croire pieusement), un Ange apporta à ce même Henri deux: pains avec des poissons et changea en vin une légère piquettet,
À Gand, aussi célèbre ville de Flandre, vers l'an du Seigneur 1481, lorsque nos Frères eurent à souffrir une cruelle persécution de la nart de certains clercs vivant dans l’oisiveté, à cause de la prédication
Choquet, Chronique de l'Ordre des Précheurs, à l'endroit précité.
du Rosaire, et que le sénat, suborné par ces clercs, les maltraitait fortement, jusqu’au point de faire un édit défendant aux citoyens de leur donner l’aumône, d'aller dans leurs églises et d'assister à leurs sermons et de n’avoir avec eux absolument aucun entretien, cette Mère bienveillante vint au secours de ses enfants, car Sixte IV condamna à Rome, dans une bulle faite en faveur de la Confrérie du Rosaire, ces clercs, ennemis des Frères prècheurs, et la Vierge ellemême secourut les Frères de Gand qui souffraient de la disette à cause du décret impie du sénat. En effet, deux hommes inconnus conduisirent dans le couvent un char rempli de toute sorte de vivres, et après les avoir déposés à terre, disparurent. Nul doute que ce ne fussent des Anges bienheureux. Nos Frères, après avoir reçu du Ciel un si grand bienfait, rendant grâces à Dieu et à la Vierge Mère, chantèrent le Te Deum laudamus à haute voix; entendant cela, le premier magistrat de Gand, voyant avec indignation que nos religieux, qu’il croyait presque morts de faim, chantaient d’une voix si retentissante, vomit toute sorte d’injures contre ces Frères innocents. Mais il éprouva bientôt la colère de Dieu, car il tomba du cheval sur lequel il était monté, et, s’étant brisé le cou, il rendit sa malheureuse âme, à la stupéfaction de tous ceux qui étaient présents et qui voyaientson corps étendu sans vie sur la pente du pont!
Guinaud Teuthon, prieur d’Utrecht, ayant ordonné un jour au dépensier de tirer un peu de vin pour les Frères, celui-ci assura que depuis trois jours il n’y avait plus une goutte de vin dans la cave. Le prieur insista ; le dépensier obéit et trouva, non sans un grand étonnement, un tonneau plein de vin. Ce fait est raconté par Léandre Albert ?.
À Harlem, dans la Hollande, le Frère convers, Nicolas, ayant reçu du prieur l’ordre de se procurer des poissons, pour traiter des hôtes qui étaient venus par hasard, se rendit au vivier où, malgré un travail long et pénible, il ne prit rien. Le prieur le renvoie de nouveau au vivier, et lui ordonne d’appeler à lui les poissons. Ce Frère, qui était très-simple et très-obéissant, obéit, et appelle à lui les poissons à
1 Du Livre des Saints de la Belgique. — ? Liv. V, sur des Hommes illustres de l'Ordre des Précheurs.
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haute voix. O merveille! à la voix de ce Frère obéissant, un brochet, tel que jamais dans ce lieu on n’en avait vu de si gros, nage vers le Frère Nicolas et se livre lui-même entre ses mains. La très-sainte Vierge-Mère récompensa avec éclat, par un si grand miracle, l’obéissance de ce Frère, et, comme une mère bienveillante, elle fournit un aliment à ses fils hospitaliers ‘.
Un jour, Henri Suso, ayant une soif incroyable, aperçut, dans une vision, la Vierge-Mère, avec l’Enfant-Jésus sous la figure qu'il avait sur la terre à l’âge de sept ans, venir vers lui. Le petit Enfant portait dans ses mains une coupe pleine d’eau, car Henri avait coutume de ne boire que de l’eau. La Vierge-Mère présenta cette coupe à son Fils, le priant de la bénir. Il fit ce que voulait sa Mère, et aussitôt l’eau se changea en vin; puis elle dit : « Il suffit. Je ne veux plus que mon ministre continue désormais ce genre de vie et qu’il s’abstienne de vin. Qu’à l’avenir il use de vin, à cause de l’épuisement et de l’affaiblissement de sa constitution ?. »
La bienheureuse Bienvenue, vierge d’une admirable sainteté, du tiers-ordre de saint Dominique, était, à cause de sa grande austérité, affligée depuis cinq ans de diverses maladies très-graves. Pendant ces cinq années, aucune nourriture préparée par les hommes ne lui fut offerte, mais elle vécut d’un aliment céleste que la merveilleuse bienfaisance de la Mère de Dieu lui coyaren par le ministère et la main de son Ange gardien $.
Un nommé Jacques, de l’Ordre de Citeaux, illustre par sa sainteté et ses visions célestes, fut invité un jour à diner, par nos Frères, dans le couvent de Pise. S’étant assis au réfectoire, il ne voulut presque rien manger. Le prieur l’ayant prié de manger, il répondit : « Je n’ai jamais goûté tant de plaisir, et je n’ai jamais vu un festin plus heureux que votre diner.» Comme on lui en demandait la cause, il répondit : « J’ai vu Marie, la Mère de Dieu, donnant les mets et versant du vin à chacun de vous. Elle vous distribue la nourriture comme une mère à es enfants. » C’est ce que rapportent Jean Lopez,
1 Léandre, liodius, Antonin. — ? Ce fait est raconté par Surius, dans la Vre de Suso. --- 3 Jérôme Borselli, Livre des généraux de l'Ordre de saint François ; Razilib., sur es Bienheureux; Plodius, Gaveston et autres.
Salmantin! et Alphonse Fernandez ?. Telles sont la grâceset la faveur immenses de la bienheureuse Vierge Marie, notre très-douce Mère.
C’est encore par une faveur et une grâce spéciales de cette Mère que quelques Saints, règnant déjà dans le Ciel avec le Christ, venaient quelquefois s’asseoir à table avec nos Frères.
A Valence, le jour mème que fut enseveli le corps sacré de Louis Bertrand, un certain Frère Nicolas, de l’Ordre des Mineurs, et surnommé le Faiseur (factor), fut invité à diner par nos Frères. Avant d’entrer au réfectoire, montrant du doigt la gauche de la: table la plus élevée, il dit : « Si vous voulez que je dine ici, permettez-moi, je vous prie, de m'asseoir à cette table; » et il ajoutait en soupirant et en gémissant : « Un autre jour, de cette place, j'ai vasaint Dominique et saint Vincent Ferrier assis à table avec vos Frères, comme des convives.» Ce fait est raconté par Balthazar Jean Rocca ÿ.
Dans un monastère de Portugal, l’économe ayant annoncé au Père Pierre Labat, prieur, à l’heure même du diner, que Le pain manquait complétement (il y avaitieu cette année-là grande disette de blé dans le Portugal), le prieur eut recours à la bienheureuse Mère de Dieu, et la pria avec ferveur de venir, dans une si grande nécessité, au secours de ses fils. Bientôt soutenu par l'espoir d’un secours divin, il sonne, selon l'habitude, la cloche du réfectoire et appelle les Frères à table. Voilà qu’on frappe à la porte du monastère. Le portier accourt, ouvre la porte et aperçoit deux hommes qui avaient apporté deux grandes corbeilles remplies de pains nouveaux et d’une grande blancheur. Étant introduits, ils les déposent aux pieds du prieur et disent que ce présent leur est envoyé gratuitement par une femme illustre pour Les secourir dans la disette présente; mais ils taisent son nom, Il n’est pas douteux que ces hommes ne fussent des esprits célestes envoyés par la Reine du Ciel. Ce fait est raconté par Jean Lopez, évèque *.
Quelque chose de semblable arriva au bienheureux Alvarez, prieur du monastère de Cordoue, que l’on appelle Échelle du ciel (scala Cœli). L’économe lui ayant rapporté qu'il n’yavait plus dans le monastère, ni
1 Liv. Ier, chap. vu.— 2 Liv. Ire du Rosaire, chap. vi.-— 3 Traité IL, de la Vie du bienheureux Louis Bertrand. — * [ile Part., Histoire, iv. TL, chap. xxv.
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pain ni quelque autre chose que ce soit, pour faire diner les Frère il les fit néanmoins tous venir au réfectoire. Bientôt il se présenta à la porte du monastère un homme avec une bête de somme chargée de vivres; ayant déposé la charge en présence du portier, il salua seulement et disparut à ses yeux. Après avoir longtemps et beaucoup therché qui et d’où il était, et ne lavoir rencontré nulle part, on crut que c'était un ministre de la Reine du Ciel. (Jean Lopez, dans le livre cité plus haut'.) Saint Bonaventure reçut souvent la nourriture du ciel par l'intermédiaire de Tolomé de Sienne, de notre Ordre. Un jour, ayant quitté l’ile de Savone, il alla chercher une retraite en dehors de la ville de Sienne, ne se préoccupant en rien de la nourriture, et y demeura quelques semaines comme dans un désert, loin de tout commerce des hommes. Ce soin desaliments, que lui-même avait négligé, Marie, la très-pieuse Mère de notre Ordre, le prit elle-même du haut du ciel, et tant qu’il demeura là, des esprits bienheureux, sur l’ordre de leur grande Reine, lui apportaient des pains trois fois par semaine, le dimanche, la troisième et la cinquième férie. Plusieurs fois aussi pendant tout le temps de l'Avent, dont l’Église, selon un usage célèbre, fait précéder l’anniversaire de la naissance du Christ, il ne prit aucune autre nourriture que cette céleste ambroisie, ou cette manne apportée par la main des Anges; très-souvent aussi il fut, dans d’autres époques, gratifié de ces mêmes aliments ?. Plusieurs Sœurs de l'Ordre de saint Dominique, comme Jeanne d’Orvieto, Colombe de Rieti, ont reçu la même faveur de la Vierge, comme le disent Lopez, Gaveston, Plodius et bien d’autres. La même Vierge fit aussi éprouver sa faveur à un pauvre pêcheur de Hongrie qui, ayant invité à diner, par commisération, deux de nos Frères, et n’ayant rien autre chose que du milet deux pièces de monnaie, en employa une à acheter pour eux un pain et l’autre du vin. Mais, à merveille ! ces deux pièces ne manquèrent jamais dans sa bourse, car à peine les avait-il dépensées qu'il en trouvait deux autres dans sa bourse. Il s’enrichit en outre de champs, de maisons. Il eut des brebis et des bœufs et beaucoup d’autres choses qu’il obtint de la générosité de Dieu et de la Vierge
? Chap. xxv. — ? Le même Lopez, Ile Part., liv. Ier, chap. xix, et Grégoire Lombardelle, Le ; ? Û s 4
Marie, qui récompensa abondamment le bienfait rendu aux Frères pauvres, de l'Ordre des Prècheurs. Ce fait est raconté par Bzowski, vers l’an du Seigneur 1221, sur l’autorité de Théodoric d'Opoldiet.
LA BIENHEUREUSE VIERGE PRÉSENTE AU CHRIST NOTRE PÈRE SAINT DOMINIQUE ET SAINT FRANÇOIS, ET LES DESTINE, EUX ET LEURS FRÈRES, À LA PRÉDICATION DE L'ÉVANGILE.
Saint Antonin rapporte ? que, pendant que Dominique veillait, le Christ, Notre-Seigneur, irrité contre les pécheurs, lui apparut brandissant trois lances, l’une contre la tête des orgueilleux, l’autre contre les entrailles des avares, et la troisième contre les licencieux, mais que la Mère de Dieu accourut, demandant grâce pour les pécheurs, et qu’elle lui présenta deux fidèles serviteurs, saint Dominique et saint François, qui ramèneraient les mortels à la pénitence, et qu’ainsi le Seigneur fut apaisé. Voyez aussi Théodoric d’Opoldie et les autres auteurs de la vie de saint Dominique.
LA BIENHEUREUSE VIERGE ACCORDE LA SCIENCE AUX FRÈRES DE L'ORDRE DES PRÉCHEURS.
Il appartient à tous les religieux, selon la nature de leur institut, de briller par l’éclat des vertus; tous doivent rechercher le sainteté. Quant aux Frères de l'Ordre des Prêcheurs (ce qui soit dit pour la paix d’un grand nombre), il faut aussi, pour remplir leur mission apostolique, qu'ils soient savants. Aussi cet Ordre sacré a-t-il mérité de tout temps les éloges illustres des Souverains-Pontifes, que vous trouverez plus bas, à la 316° Conférences. Or, cette science renommée, il se glorifie de l’avoir reçue, après Dieu, de la très-glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, sa mère et sa patronne spéciale.
En premier lieu, il croit très-fermement que le saint patriarche Dominique, célèbre par toute sorte de science et d’érudition, a été instruit par la bienheureuse Vierge. C’est ce que confirme une vision du bienheureux Tancrède de Sienne qui, entendant saint Dominique prècher à Sienne, vit la bienheureuse Vierge lui soufflant à l’oreille
1 Vie de saint Dominique, chap. vur. — ? Histoire, Ie part., tit. XXIIL, chap. ur,
droite ce qu’il devait dire, et l’aperçut lui faisant signe à lui-même de suivre saint Dominique, c’est-à-dire d'entrer dans son institut, ce qu'il fit aussitôt, et il demanda d’être associé à l'Ordre des Prècheurs. (Plodius, Léandre et autres.)
Après saint Dominique, l'Ordre des Prêécheurs compte parmi les Saints le très-savant, et parmi les savants le très-saint Thomas d'Aquin, dont un grand nombre d'hommes remarquables par leur érudition et leur science ont fait des panégyriques merveilleux. Jean Pie a dit de lui: « Saint Thomas est la gloire de notre théologie. » Jean Roffeus : « Il est la fleur de la théologie scolastique. » Jean Arboreus : «Le plus habile, ‘e plus savant, duquel personne n’approche dans la lutte et l’exercice scolastiques. » François Vargas : « Explorateur si actif dela vérité que, avec lui, rien n’est resté caché, rien négligé, rien obscur. » Les Souverains-Pontifes euxmêmes lui ontprodigué des éloges. Jean XXII a dit: « Saint Thomas a fait autant de miracles qu’il a écrit d'articles sur les dogmes divins.v Clément VIII, dans une lettre aux Napolitains : « Il a écrit un grand nombre de livres dans très-peu de temps, dans presque tous les genres de science, avec un ordre amirable, une perspicacité merveilleuse et sans la moindre erreur.» Paul V, dans une lettre aux mêmes Napolitains: « Le plus glorieux athlète de la foi catholique, dont les écrits ont servi à l’Église comme un bouclier pour détourner heureusement les traits des hérétiques. » Enfin l’univers catholique le proclame le Docteur dngélique. Mais d’où sont venues à saint Thomas une gloire d’érudition si grande, une sagesse si admirable et si étonnante, que tous les hommes les plus savants, les Souverains-Pontifes et tout l'univers chrétien, l’aient jugé si sage, si savant, si solide et si vrai? Je ne nie pas qu'il eut un génie si vif et si perspicace qu'il dictait quelquefois différentes choses d’une manière savante et solide à trois ou quatre secrétaires à la fois. J’avoue que les saints Apôtres Pierre et Paul l’ont assisté pendant qu’il écrivait, et lui ont expliqué les passages les plus difficiles de l’Écriture; qu’une colombe s’est posée sur son épaule; qu’on a vu sur sa tête une étoile très-brillante. Mais nous pensons que cette grande sagesse de saint Thomas découlait d’une autre source. La Vierge, Mère de Dieu, l’a-
dopta pour son enfant dès le berceau, ce qu’elle prouva par un signe très-évident. Un jour que sa nourrice voulait laver Thomas encore petit enfant, elle trouva dans sa main un petit papier qu’il tenait fortement serré. Elle voulut le lui arracher, mais elle ne put pas, car l'enfant pleurait fortement. Elle raconta toute la chose à la mère, qui, ouvrant enfin avec peine la main de l'enfant, en arracha un petit papier sur lequel était écrite la Selutation angélique : Ave, Maria. Mais l'enfant redemanda son petit papier par ses pleurs et ses gestes, et dès qu'on le lui eut rendu, il l’avala. C’est ce qui se trouve dans sa vie. Ce papier ne signifiait rien autre chose, si ce n’est que la Vierge, Mère de Dieu, avait choisi pour son fils adoptif saint Thomas encore au berceau, pour défendre avec ardeur son honneur contre ses ennemis quels qu’ils fussent, et pour faire connaître au peuple et louer d’une manière admirable, par ses écrits, son excellence et sa dignité.
Après saint Dominique et le Docteur saint Thomas d'Aquin, l'Ordre des Prêcheurs s’honore du bienheureux Albert le Grand, évèque de Ratisbonne. La bienheureuse Vierge a fait de cet homme célèbre l’image de sa science, comme tout l’univers le sait. Nous raconterons nous-même plus loin cette histoire.
LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE OBTIENT POUR LES FRÈRES PRÉCHEURS, MÊME CEUX QUI SONT INEPTES ET IGNORANTS, LA GRACE DE LA PRÉ- DICATION.
Ce n’a pas été assez pour la bienheureuse Vierge de présenter les Dominicains au Christ, de les destiner à prêcher l'Évangile, de leur donner la science, elle a encore voulu rendre aptes à ce ministère sacré ceux qui étaient ignorants et tout à fait ineptes.
Le bienheureux Herman, compagnon de saint Hyacinthe et du bienheureux Ceslas, qui ne s'était livré jusqu'alors qu’à la contemplation des choses divines, et qu’un bégayement empèchait beaucoup de prècher l'Évangile, pria la bienheureuse Vierge de lui donner le moyen de s'acquitter, selon sa vocation, du ministère de la prédica- ‘on, La très-bienveillante Vierge se rendit à ses vœux, et bientôt il fut doué d’une si grande érudition et de tant d’éloquence que, soit qu'il eût à parler en allemand ou en latin, il le faisait savamment et
d’une voix distincte, et qu’il ramena un grand nombre de personnes à la vraie foi et à la piété chrétienne *, Ce sont non-seulement les bègues, mais encore les ignorants et les ineptes que la bienheureuse Marie, Vierge, a formés au ministère de la prédication. Le bienheureux Père Dominique encore mortel, rempli de l’Esprit-Saint, agissant non par audace et témérité, mais très-certainement par confiance dans le secours de Marie, chargea plus d’une fois et toujours avec un heureux succès des Frères ignorants et incapables, du ministère sacré de la prédication, Parmi ceux-là nous citerons premièrement le Frère Pierre de Celles, homme noble et riche dans le siècle, et que notre Père saint Dominique revêtit le premier de l’habit de l'Ordre, et qui fut l’ainé de cette famille de prédicateurs et le premier-né d’un si grand Père. Étienne Salanachus a écrit de lui : « Lorsque le bienheureux Père Dominique dispersa ses Frères, il destina le Frère Pierre de Celles à Limoges (je l’ai souvent entendu dire à lui-même, car c’est entre ses mains que j'ai fait profession). Comme celui-ci alléguait son ignorance et son manque de livres, car il n’avait qu’un cinquième des Homélies de saïnt Grégoire : « Allez, «mon fils, lui dit-il, allez avec confiance, je vous recommanderai à « Dieu deux fois par jour et, n’en doutez pas, vous procurerez à Dieu « beaucoup d’adorateurs et vous produirez des fruits abondants. » Ce religieux, étant venu à Limoges peu de temps après, fut reçu avec bienveillance par l’évêque et le chapitre de Péglise de cette ville, reçut une habitation, donna l’habit saint à un grand nombre de personnes, et il vieillit ainsi, comme un des prophètes anciens, en grande vénération et honneur auprès du clergé et du peuple. » Voilà ce que dit Salanachus. A cela, Bernard Guidon ajoute que saint Dominique dit aussi à Celles ce qui suit : « Vous croîtrez et vous vous multiplierez, et le Seigneur sera avec vous. » Et, comme le Frère Pierre lui-même le racontait ensuite à ses amis, lorsqu'il se. trouvait dans quelque position difficile pour les affaires soit intérieures, soit extérieures, il invoquait le Seigneur et se rappelait la promesse de saint Dominique, ét tout se passait heureusement, Il est bon de rapporter sur ce sujet
1 Bzowski, à l'année du Seigneur 1245.
le témoignage et du Père Bonvisus, et les paroles qu’il prononça dans le procès de la canonisation de notre bienheureux Père, lorsque, appelé le quatrième comme témoin et ayant prêté le serment, il dit : « J'étais reçu depuis peu dans l’Ordre des Prêcheurs, et j'étais encore novice lorsque le Père Dominique lui-même m’ordonna de me rendre à Plaisance, pour prêcher chez ce peuple. Comme je demandais à n’y être pas envoyé, donnant pour raison mon ignorance et mon inaptitude, il m’ordonna d’avoir confiance et m’exhorta à partir, m’assurant que Dieu serait avec moi et mettrait sur mes lèvres les paroles que je devrais prononcer. Touché de ces mots, j’obéis et je me rendis à Plaisance. Et Dieu m’accorda tant de grâces, que je reçus dans notre Ordre trois Frères touchés et entraînés par mes prédications. » Que cet homme très-saint ait envoyé prècher aussi plusieurs autres Frères très-ignorants, c’est ce qui ressort du noble témoignage du Père Jean de Navarre, qui fut appelé le cinquième à prêter serment et à attester religieusement les actes de saint Dominique, et qui confirma ce que nous avons dit par ces paroles : « Ayant grande confiance en Dieu, il envoyait prècher pour ce motif, c’est-à-dire pour le salut des âmes dont il se préoccupait avec un grand soin, des hommes simples et ignorants, en leur disant : « Ayez bon courage et allez sans crainte, «parce que Dieu sera avec vous et il vous dictera ce que vous devrez « dire, et il ne permettra pas que quelque chose vous manque. » Ils allaient donc, et il leur arrivait comme il le leur avait prédit.
LA BIENHEUREUSE VIERGE ASSISTE LES FRÈRES DE L'ORDRE DES PRÉ- CHEURS DANS LEURS PRÉDICATIONS; ELLE LES INSTRUIT ET LES AIDE DANS CE SAINT MINISTÈRE.
Sans parler de cette vision du bienheureux Tancrède de Sienne, qui vit la Vierge très-sainte assister le bienheureux Dominique pendant qu'il prèchait, chose dont nous avons parlé plus haut, nous lisons que cette même Vierge a été vue plus d’une fois dictant chaque parole aux Frères prècheurs. Dans les Vies des Frères précheurs !, il est raconté d’un certain Frère, qui avant le sermon avait repassé en
1 Chap. y, Jre part,
lui-même le plan du sujet qu’il devait traiter et médité ce qu’il devait dire, que lorsqu'il fut monté en chaire il se sentit porté à autre chose, et il parla au peuple d’un sujet auquel il n’avait pas pensé. Mais il y avait là présent un autre Frère qui vit la bienheureuse Vierge lui dictant chaque parole, et qui, ensuite, raconta cela aux autres Frères. Le bienheureux Jacques, de l'Ordre de Citeaux, racontait qu’il avait vu ces choses d’une manière certaine, comme l’attestent Gérard de Limoges ‘ et Barnabas de Montalva*.
Cela est aussi prouvé par une vision d’un certain ermite qui vit la bienheureuse Marie aider et assister spécialement les Frères prècheurs dans leurs prédications .
La bienheureuse Vierge apparut aussi au bienheureux Thaclavaret, Indien, martyr dominicain, portant deux vases, l’un d’argent, l’autre d’or : en le faisant boire au vase d’argent, elle lui donna la connaissance infuse de chaque Testament ; en approchant le vase d’or de ses lèvres, elle lui communiqua la science de toutes les choses qui ont rapport à la vie future. Elle lui fit voir les Saints dans la gloire, leur place et leur rang, selon le mérite de chacun *.
LA BIENHEUREUSE VIERGE APPREND A LIRE ET A ÉCRIRE A DES RELI- GIEUSES DE L'ORDRE DE SAINT DOMINIQUE, ET LEUR ENSEIGNE L'ART DE LA DISCUSSION ET DE LA PRÉDICATION,
Même dans le sexe féminin, ce qui est très-surprenant, la bienheureuse Vierge Marie a donné des exemples de son enseignement maternel. Nous lisons dans la Vie de sainte Catherine de Sienne, que dès le berceau et ses premiers vagissements elle apprit la Salutation angélique, elle la récitait en l'honneur de la sainte Vierge, de sa langue balbutiant encore et fléchissant le genoux sur chaque marche de l’escalier de sa maison, soit quand elle montait, soit quand elle descendait, s’y trainant plutôt, devrais-je dire. Parvenue à l’âge de sept ans, elle présenta au Christ et à la bienheureuse Vierge Marie le vœu de virginité. Comme il lui vint ensuite un vif désir de savoir lire, elle pria
1 Jre Part., chap. v.— 2 Liv. Ier de l'Histoire de l'Ordre de Citeaux.— 35 Choquet, livre précité, chap. 1®r,—#Antoine de Balinghem ,, de la Compagnie de Jésus, dans son Calendrier de Marie, au jour du 25 décembre,
avec ferveur Dieu et la sainte Vierge, de vouloir bien lui accorder cette science pour pouvoir lire ses Heures et s'acquitter des prières canoniques ; elle se mit aussitôt à lire très-couramment, au point que le bienheureux Raymond de Capoue en était extrêmement surpris, sachant qu'auparavant elle ne formait pas les mots et ne connaissait pas même les lettres. Cette science divinement donnée à Catherine de Sienne s’accrut; plus avancée en âge, elle répondit avec la plus grande finesse et Le plus grand succès aux questions difficiles et ardues que lui proposaientles plus savants théologiens, et elle expliqua clairement et d’une manière sûre, à son Père Raymond, les passages les plus obscurs des divines Écritures. Et, chose rare et extraordinaire chez une personne illettrée, qui par cela même est sans aptitude pour l’art oratoire, elle parla plusieurs fois sans aucune timidité et en termes élégants devant les Souverains-Pontifes Grégoire II et Urbain VE, faisant l'admiration du Sacré-Collége des cardinaux qui l’écoutaient. Enfin, toujours favorisée et aidée de Dieu, de la sainte Vierge, elle écrivit des ouvrages savants et utiles, l’un contenant des dialogues, l’autre des lettres à des papes, des cardinaux, des évêques, des rois, des princes et à d’autres.
Bien formée par le même enseignement de la Mère de Dieu, la bienheureuse Marguerite Du Château devint très-savante. Quoique privée de la vue dès son berceau, elle acquit pourtant d’une manière divine une si grande science dans la théologie et les lettres sacrées qu’elle ravit d'admiration les premiers théologiens. Elle récitait parfaitement de mémoire les Heures de la sainte Vierge, l'office de la passion et tout le psautier de David, et, ce qu’il y a de plus surprenant, elle expliquait très-clairement le sens bien difficile et profondément caché de ces mêmes psaumes de David, qui dépasse la portée de l’intelligence humaine *,
La bienheureuse Osanna de Mantoue, Sœur de l'Ordre de Saint- Dominique, qui n’eut jamais de maître d’école, fut si bien instruite par la sainte Vierge qu’elle lisait et écrivait parfaitement. Ainsi le raconte François de Ferrare, dans sa vie.
4 Dans Jean Gaveston,
: Par l’ordre de la sainte Vierge, comme on doit le croire pieusement, Catherine de Ricci, quand elle était encore tout enfant, apprit de son Ange gardien la manière de réciter le rosaire, avec suite et méthode. La Reine du Ciel se montra un jour à elle ayant l’âge où elle fut saluée par l’'Archange Gabriel pour la conception divine, et elle lui expliqua et lui enleva plusieurs doutes et scrupules qui la tourmentaient. C’est ce que raconte Serafino Razzi.
Enfin, la bienheureuse Agathe de La Croix apprit l’art d'écrire, toujours de la très-sainte Mère de Dieu qui lui apparaissait.