IS., XXI
474 A'IXGT-DEUXIÈME CONFERENCE
versalle qui s'étend à tous les ordres de la sainti milice. Pourquoi, dès lors, ceux qui sont appelés à l'exercer en éprouveraient-ils une sorte de honte et d'embarras ? Pourquoi chercheraient-ils à se faire, pour ainsi dire, pardonner une mission qui a une si auguste origine et se justifie par de tels motifs ? Ne vaut-il pas mieux, en l'acceptant franchement, en la remplissant au grand jour, avec esprit de foi, la faire accepter par tous ceux qui marchent sous la conduite de l'obéissance ? Qu'un prêtre malheureusement décidé à ne pas faire son devoir se formalise et s'irrite de cette surveillance importune, qu'il la redoute et la traite d'espionnage, d'insupportable tyrannie, c'est tout naturel. Mais le bon prêtre, qui veut répondre pleinement aux exigences de sa vocation, loin de s'en plaindre, s'en félicite : se voyant environné de tant de périls, exposé à tant d'illusions, il remercie l'Eglise d'avoir placé, plus près de lui, une autorité tutélaire dont il n'a rien à craindre, puisqu'il est homme de bonne volonté et de saints désirs *, dont au contraire il peut tout espérer : n'est-il pas écrit : « Le frère i aidé par son frère est une ville forte : F rater ^ qui) adjiLi>atur a fratre civitas firma ^ .'^ » i
Or, Messieurs, le meilleur moyen de faire accepter > votre autorité, c'est de donner l'exemple, en accomplis- 1 sant les premiers, et avec toute la perfection possible, ce que vous êtes officiellement chargés de demandera vos confrères. Vous travaillerez efficacement et aisé-
' Nam principes non sunt timori boni operis, scd mali. Vis autem non timere potestatem ? bonum fac ; et habebis laudem ex iila : Dei enim minister est tibi in bonum. Si autem maliim feceris, time : non enim sine causa gladium portât. Dei enim minister est : vindex in iram ei, qui malum agit. (Ad l^oni., XIII, 3 et 4).
2 Prov., XVIII, 19.
Jkl
ment à établir partout, dans vos doyennés, le règne du devoir, si vous vous montrez vous-mêmes en toutes circonstances, les hommes du devoir. Quand il est avéré qu'un doyen se soumet, avec une entière et parfaite fidélité, à toutes les prescriptions de la loi diocésaine, on ne s'étonne pas qu'il veuille les faire observer par ceux qui relèvent de lui. La nature, il est vrai? n'aimera jamais à être surveillée, contrôlée, gênée dans son indépendance ; volontiers, elle secouerait tous les jougs, môme les plus légitimes et les plus nécessaires. Cette pauvre nature, qui se retrouve jusque dans le prêtre, pourra bien murmurer un peu, trouver pénible l'avertissement, le reproche d'un supérieur remplissant sa mission sans faiblesse ; mais au fond elle conviendra qu'elle a tort ; elle se dira : Après tout, le doyen a raison ; il fait son devoir ; ce qu'il exige de moi, lui-même l'accomplit ; j'aurais mauvaise grâce de me plaindre et de lui en vouloir ; je devrais plutôt le remercier.
Mais si un archiprêtre, un doyen, n'observe pas la règle, comment pourrait-il espérer la faire observer aux autres ? Sans doute les bons prêtres auxquels il s'adressera ne se laisseront pas arrêter par la contradiction qui paraît entre ses paroles et ses actes : ils se rappelleront la recommandation de Notre-Seigneur : « Faites ce qu'ils disent et non ce qu'ils font * ». Quelle prise cependant donne sur lui le supérieur qui, mettant des bornes à sa fidélité et à son obéissance, exige que les autres n'en mettent pas ? Quel argument formidable il fournit à la négligence et à l'indiscipline ? Si un curé peut se dire : Mon doyen ne fait pas autrement que moi, quelle salutaire influence retirera-t-il du contrôle d'un tel surveillant 2 ?
* S. Matth., XXIII, 3.
- Qui eniiri alium de pcccatis arguit, ipse a peccato debot
Il faut donc qu'un doyen donne à tous l'exemple i qui a une éloquence plus persuasive et plus entraîj nante que toutes les paroles ; quïl organise si bien soi église, sa sacristie, son presbytère, ses archives, sej prédications , ses catéchismes , ses confréries , sel œuvres de zèle , tout Tensemble et tous les détails d| sa vie et de son ministère, qu'à tous ces points de vuj il défie la critique la plus jalouse ; que sa paroisse sous quelque face qu'on la considère , soit irrépn diable ; qu'elle offre à toutes les autres un modèle imiter ; qu'elle soit , pour les curés du voisinage , uj vrai foyer de régularité, de piété, de zèle, qui rayonnj de toute part. Dans ces conditions, un doyen pei légitimement espérer que son autorité sera docilemeni acceptée, qu'elle trouvera tous les cœurs disposés à la reconnaître et à profiter des grâces attachées à des avis et à des conseils qui se font précéder et recommander par de tels exemples.
Toutefois, ^Messieurs, là ne s'arrête pas l'obligation de votre charge : après avoir fait accepter votre autorité, vous avez à la faire respecter. [
Vous y êtes tenus ; car elle n'est pas votre propriété î personnelle. C'est un dépôt ; vous devez le conserver, j sans permettre qu'il dépérisse entre vos mains. Il vous » appartient d'en user pour maintenir, dans son intégrité , la discipline ecclésiastique et prévenir ces brèches par lesquelles passent la tiédeur et l'engourdissement. Dans l'accomplissement de ce devoir, vous
esse alienus. Nam qiia fronte subjectos arguere poterit, cuni illi statini possit coriectiis ingerere : ante doce te quœ recta sunt ? Primitus quippe semetipsum colligere débet, qui alios ad bene vivendiim admonere studet ita ut in omnibus semetipsum formam vivendi prœbeat, cunctosque ad bonum opus et doclrina et opère provocet. (S. Isid., epist. ad S. Fulgent., libr. II,off. c. 5.).
devez toujours vous inspirer de cette belle doctrine de saint Gréo'oire : « Il faut mêler la douceur à la sévérite ; faire de l'une et de l'autre un salutaire mélange, de sorte que les subordonnés ne soient ni froissés par une trop grande rigueur, ni portés au relâchement par une excessive béni^-nité * ».
« Cette bénignité excessive », qui devient vite une désastreuse faiblesse , pourrait facilement se glisser dans l'exercice de votre charge, si vous n'aviez soin de vous placer et de vous maintenir à ce point de vue plus élevé où l'on prend conseil de la foi et non pas de la nature.
Toute supériorité, quand on en comprend les obligations et qu'on veut à tout prix les remplir, est un fardeau. Il est assurément beaucoup plus agréable de n'être pas , par position , obligé de s'occuper de la conduite des autres ; mais lorsque la Providence nous impose cette mission, nous devons nous en acquitter courageusement , quelque pénible qu'elle devienne parfois. Rien ne serait plus facile que d'être archiprêtre, doyen, si tout se bornait à prendre la première place dans les assemblées , à porter les insignes de cette dignité , à recevoir certains honneurs. C'est le côté brillant auquel s'arrêtent les âmes vulgaires. Mais il en est un autre, austère et douloureux : c'est l'obligation « de surveiller, d'avertir, de stimuler, de répri-. mander opportunément , importunément » , comme dit TApôtre : Lista opportune , importune ; argue , obsecra, increpa'^ ; c'est la pensée qu'on est tenu de parler
' Miscenda est lenitas cuni severitate ; faciendum quoddam ex ulro([ue temperamcntuni ut neque mulla asperilate exulcerc'iitur siibditi, neque nimia benignitale solvantur. {Pasl., p. ii, c. G).
- II Tiin., IV, 2.
et d'agir, sous peine de manquer à son devoir et de porter la responsabilité des fautes qu'on ne corrige pas. Voilà la face onéreuse de l'autorité : c'est une croix souvent bien pesante. Est-il étonnant que la nature invente , pour s'y soustraire , toutes sortes de prétextes ?
Un doyen se dira : Mais , si je me montre exact observateur de Ja discipline ecclésiastique , si je ne transige pas avec la règle, quelle réputation je vais me faire auprès de certains curés de mon doyenné ; je passerai pour un exagéré , je n'aurai plus leur coniiance... Mais, si j'avertis ce confrère, avec lequel je suis en bon rapport, il se formalisera ; au lieu de la paix, ce sera la guerre et tous les ennuis qui raccompagnent... Mais si, après avoir vainement essayé de remédier à ces abus, j'en informe l'autorité, je vais passer pour un dénonciateur...
Saint Paul avait prévu ces objections et il les réfutait d'un mot, que tout supérieur, hésitant à remplir le devoir de la correction fraternelle, devrait appeler à son aide : « Si je plaisais encore aux hommes , je ne serais point serviteur du Christ : Si adhiic hominihns placerem^ Christi serwas non essem * ». Quand on est mis en demeure de choisir entre l'une ou l'autre de ces alternatives, pourrait-on hésiter et ne pas dire avec le menie Apôtre, en foulant aux pieds toutes les considérations humaines : « Pour moi , je me mets peu en peine d'être jugé par vous ou par un tribunal humain ; celui qui méjuge, c'est le Seigneur : Mihi auteni pro niininio est ut a s^ohis jiidicer. aut ah hiunano die.., qui a utem judica t me Do min us est "^ » .
Si d'autres principes venaient à prévaloir parmi les
' I ad Galat., i, 10.
2 I ad Cor., iv, 1.
LES OBLIGATIONS DES ARCHIPRETnES ET DOYENS 479
représentants de Fautorité , il est ïi\vÀ\e de concevoir quel grand mal ce serait pour un diocèse ; bien vite s'y acclimateraient des négligences , des abus semblables à cette ivraie semée dans le champ du père de famille et étouffant le bon grain. Car enfin, FEvèque se repose et a le droit de se reposer sur la vigilance de ses délégués ; ne recevant aucun avis de leur part , il est autorisé à se dire : Tout va bien dans cette portion do mon bercail ; et, à un moment donné, il découvre que tout allait mal , que les prescriptions des Statuts n'étaient pas fidèlement observées, que les faits regrettables, qui viennent de se produire au grand jour, icouvaient depuis longtemps dans l'ombre, et il l'ignorait, parce que l'œil qui aurait du voir pour lui n'a pas vu, l'oreille chargée de recueillir les moindres bruits n'a pas entendu, la bouche qui ne pouvait sans prévariquer se taire n'a pas parlé. Souvent il le regrettera d'autant plus qu'averti à temps, il aurait pu prévenir le mal ou y porter un remède efficace ; tandis que maintenant il est trop tard. Mais ce mal, qui existe depuis de longues années peut-être, au détriment du bien des âmes, à qui sera-t-il imputable ? A celui qui la commis sans doute, mais aussi à celui qui, ayant le devoir d'avertir, n'a pas averti, et, sentinelle indifférente ou pusillanime , a laissé l'ennemi pénétrer et s'installer dans la place.
Ce n'est pas à dire. Messieurs, qu'il faille vous montrer raides et intraitables dans l'accomplissement de ivos fonctions : ce serait évidemment le moyen de rendre votre autorité odieuse. Non, tout en sauvegardant, avec une fermeté inflexible, ses droits sacrés, en |réclamantpour elle le respect auquel elle a droit, vous devez chercher à la faire aimer. Vous y parviendrez !si vous agissez toujours selon le conseil de l'Apôtre : « Kn toute patience et doctrine : In omni patientia et
doctrinal)) ; si vous faites paraître, dans votre conduite, ce juste tempérament dont parle saint Grégoire et dont il révèle le secret dans ces belles paroles : « Que le recteur se montre à ses subordonnés mère par la charité , père par la régularité : Ut rectorem subditis et matrem pietas. et patrem exhibeat disciplina "^ ».
Oui, vous devez être pour les curés de votre circonscription un père, une mère, les accueillant volontiers, vous intéressant à leur ministère, prenant part à leurs épreuves, leur prêtant , en toutes circonstances , votre bienveillant concours , ne craignant pas de payer de votre personne pour leur rendre service ou leur être agréables , leur montrant , en un mot , que vous les aimez. S'il en est ainsi , si vous avez réellement pour eux une affection sincère et fraternelle , votre cœur vous inspirera mille moyens, mille délicates industries qui vous permettront d'exercer vos fonctions d'une façon aussi attrayante qu'efficace ; et , de leur côté , comprenant que vous les aimez, ils accepteront volontiers cette autorité toute pénétrée de charité ; ils recevront sans se froisser vos avis , et au besoin vos charitables réprimandes. Ne serez-vous pas dans les conditions qu'énumère l'auteur de V Imitation , avant d'affirmer que F amour se croit tout possible et tout permis ^ ?
D'ailleurs , cette affection surnaturelle , réglant vos démarches, leur imprimera un caractère de sagesse, de modération, de prudence qui sera le meilleur garant de leur succès. Vous saurez ne pas brusquer, attendre patiemment l'occasion favorable et la saisir avec l'habileté et la prudence tant recommandées par nos saints [
» II ad Tim., iv, 2.
^ Past., p. II, c. G.
^ L. III, c. V, n» 4.
Livres. Quand vous aurez constaté quelque abus, vous
suivrez , pour y porter remède , la règle tracée par
l'Evangile : vous avertirez ce confrère dans un tête-à-
téte amical : corripe cum inter te et ipsiun soluin ;
souvent cette correction fraternelle faite avec une
mansuétude, une charité toutes sacerdotales, produira
riieureuse réforme que vous désirez et qui doit pro-
urer le bien de cette âme et peut-être de beaucoup
l'autres : Si te audierit^ lucratus eris fratrem tuum.
Si votre observation ne portait aucun fruit, vous auriez
cecours à d'autres moyens : il faudrait faire agir
iscrètement sur cette âme qui s'illusionne Tinlluence
imie d'une ou deux personnes que vous supposez avoir
avantage sa confiance : Si autem te non audierit,
idhibe teciun adhuc uniun velduos^ utinore duorum
•>el trium testiuni stet omne verhum. C'est seulement
iprès avoir employé sans succès ces divers moyens
ue vous vous résoudrez à avertir qui de droit, pour
iiettre votre conscience en sûreté et tenter, en faveur
e ce prêtre et de cette paroisse, un suprême effort :
Quod si non aiidierit eos, die Ecelesise. i.
En agissant ainsi, Messieurs, vous rendrez votre autorité recommandable à ceux-là même sur lesquels lie devra s'exercer avec une certaine rigueur. Ils ne pourront s'empêcher de reconnaître et d'apprécier la délicatesse et la loyauté de vos procédés , et beaucoup ^ous béniront, surtout au dernier jour, quand, à la umière de Dieu, ils verront quel service vous leur avez rendu en les maintenant , ou , si cela était devenu nécessaire, en les ramenant dans la bonne voie, par cette intervention aussi ferme que bienveillante.
* S. Mattil, wiii, 15.
Il VOUS sera facile , Messieurs , de faire l'applicatic de ces principes à tous les détails de vos fonctioi d'archiprêtres ou de doyens ; je me contenterai d'énu" mérer rapidement ceux qui me paraissent avoir une particulière importance.
Aux termes des Statuts synodaux^ vous devez m'envoyer, à la fin de chaque année, un rapport sur votpâJ arcliiprêtré ou votre doyenné. ~"
De toutes les obligations de votre charge , c'est une des plus graves. Mais pour que , de son accomplissement, résultent les avantages que je suis en droit d'en attendre, il faut que vous la considériez non comme une formalité insignifiante , dont on s'acquitte à la légère , mais comme un acte de très grande conséquence , à la rédaction duquel on apporte tous ses soins.
Ce que je demande , ce n'est pas un de ces rapports superficiels qu'on fait à la hâte , uniquement pour se délivrer d'une réclamation importune. C'est un compte rendu très réfiéchi, très soigné, qui aille au fond des choses et qui fasse connaître , d'une façon exacte et circonstanciée, dans quel éiat se trouve chaque paroisse au temporel et au spirituel. Non seulement les faits saillants qui se sont produits pendant l'année y doivent trouver leur place, mais il faut descendre aux détails, signaler, s'il y a lieu , les manquements et les défaillances. Passant en revue tous les devoirs essentiels de la vie sacerdotale et pastorale : la résidence , la prédication , les catéchismes , la confession et le soin des enfants, l'administration du sacrement de Pénitence, la visite des malades , la régularité et la dignité des
oflîces , les rapports avec les paroissiens... votre compte rendu doit donner, sur toutes ces questions, des indications précises et consciencieuses. Je ne saurais trop le répéter, un doyen qui sait qu'une paroisse de son doyenné est en souiFrance à quelqu^un de ces points de vue, et qui, par crainte de faire de la peine ou de se créer des difiicultés, garde le silence, assume par là-même sur lui une large part de responsabilité. Un jour Dieu lui imputera, dans une certaine mesure, les conséquences, souvent désastreuses pour le bien des âmes, de cette situation ; elle a persévéré et même s'est aggravée parce qu'il Ta couverte de son silence, tandis que s'il avait parlé, il aurait suffi, pour y mettre in, d'un rappel à l'ordre, d'une observation paternelle de l'autorité supérieure. Car, je vous l'ai dit et vous n'en pouvez douter, je ne me servirai jamais de ces confidences administratives que pour le bien, c'est-àdire avec une réserve et une patience qui assurent le succès de mon intervention et me permettent de dire avec saint Paul , quand il m'aura fallu avertir un Drètre : « Si je vous ai contristé, je ne m'en repens 3as ; je me réjouis plutôt, non de vous avoir contristé, mais de ce que votre tristesse est de celles qui aboutissent au repentir et à la réforme * ».
D'ailleurs, Messieurs, s'il peut arriver que vous ayez des choses pénibles à me signaler dans vos rapports annuels , grâce à Dieu et au bon esprit qui anime le clergé , ce sera l'exception. Le plus souvent vous pourrez me rendre, en toute vérité, le témoignage que tout va bien , que chacun fait valoir de son mieux le talent confié à ses soins par le père de famille.
Vous devez vous proposer encore un autre but : c'est
• II ad Cor., vu, 8,
de me signaler ceux des prêtres de votre doyenné qi:^ par leur piété, leur régularité, leur assiduité à Tétude, leur zèle dans l'exercice du saint ministère , leur tact et leur bon jugement pratique dans le maniement des âmes, leur prudence dans l'administration de leur paroisse, vous paraissent mériter qu'il leur soit dit, comme au serviteur de l'Evangile : « Mon ami, montez plus haut : Amice, ascende superins * ».
Vous comprendrez sans peine quel service vous pouvez me rendre par ces indications précieuses. Une des fonctions les plus délicates de la charge épiscopale. c'est de pourvoir les paroisses de pasteurs capables d'en assurer la sanctificalion. Quand surtout il s'agit de postes plus importants, la préoccupation d'an révoque doit être d'autant plus grande, que de son choix dépendra le salut ou la perte d'un plus grand nombre d'âmes. Il faut, pour rassurer sa conscience, qu'il agisse avec la certitude morale de ne pas se tromper, et pour cela, il est indispensable qu'il soit renseigné très exactement. Sans doute, après quelques années passées dans son diocèse, il doit connaître la valeur relative de ses prêtres ; mais son jugement, alors même qu'il s'appuie sur celui de ses conseillers ■ ordinaires, est exposé à l'erreur. Il n'a vu que pari intervalle et rapidement, et il se peut que ^es qualités précieuses aient passé inaperçues à ses yeux, sous 1'^ voile d'une humilité qui semblait prendre à tâche di les dissimuler ; il a pu au contraire se laisser surprendre par des apparences auxquelles la réalité n^ correspond pas. Qui est mieux placé que vous Messieurs, pour contribuer à faire la lumière sur ce obscurités, résultat inévitable de la faiblesse de l'esprit
• S. Luc, xiv, 10.
humain ? Vous êtes en contact journalier avec vos confrères, vous les voyez tels qu'ils sont, vous en entendez parler, vous connaissez le fort et le faible, les jugements que portent sur eux leurs paroissiens : vous pouvez donc fournir les renseignemojits les plus autorisés et les plus propres à confirmer ou à modifier les miens. Et quel secours pour un Evèque qui cherche la vérité, que cette appréciation venant d'un prêtre en qui il peut avoir toute confiance, qui parle en connaissance de cause et qui apporte son témoignage, sans tenir aucun compte de ses sympathies ou de ses antipathies personnelles, ne considérant que la gloire de Dieu, les intérêts de la sainte Eglise, les exigences de la justice distributive et le salut des âmes ?
Vous avez d'ailleurs de très grandes facilités pour connaître les ecclésiastiques de votre circonscription, de manière à pouvoir porter sur chacun d'eux un jugement prudent et sur. Si vous êtes pour eux tels que le demande votre charge, ils viendront volontiers et souvent vous rendre visite, et, en tout cas, vous les recevrez plusieurs fois chaque année, à l'occasion des conférences ecclésiastiques. La fréquence de ces réunions vous olTre un moyen précieux d'apprécier leurs qualités et en particulier leur valeur intellectuelle.
Mais il faut pour cela qu'entrant dans la pensée et les intentions de la sainte Eglise, vous ne négligiez rien pour rendre ces assemblées sérieuses et intéressantes. Vous vous servirez de votre autorité de président pour empêcher que tout se borne à la lecture des rapports. Vous ferez naître et vous dirigerez cette discussion intelligente et approfondie qui seule permet à tous les assistants de tirer profit du travail de chacun des rapporteurs C'est le cas de montrer, avec la
bonté et la bienveillance d'un hôte qui reçoit des amis, la dignité et la fermeté d'un représentant de l'autorité qui comprend ses devoirs et qui tient à les remplir.
Vous vous ferez donc un point d'honneur et de' conscience d'observer ponctuellement toutes les prescriptions du règlement. Résumons-les en quelques mots qui vous rappelleront tous vos devoirs : veiller à ce que tous les membres arrivent exactement à Theure et ne pas craindre de donner aux retardataires u avertissement discret mais sérieux ; commencer 1 sainte messe et la tenue de la conférence aux heure fixées ; maintenir la récitation du grand Benedicite des grâces, la lecture de TEvangile et de Vlmitatio avant et après le repas ; ne vous écarter en rien du programme de simplicité et de frugalité qu'on ne saurait trop recommander en toutes circonstances, mais qui ce jour-là est strictement obligatoire ; exclure tou ce qui serait en opposition avec les règles des bien; séances ecclésiastiques, tout ce que prohibent 1 Statuts diocésains ; prévenir et, s'il le faut, interrompre d'autorité les discussions irritantes, les conversations où la charité pourrait se trouver mal à l'aise ; faire régner dans ces assemblées ce bon ton, cette urbanité, cette cordialité qui conviennent dans toute assemblée d'hommes bien élevés, à plus forte raison de prêtres ; réaliser en un mot cette recommandation de saint Paul : « Que tout se fasse honnêtement et selon Tordre : Omnia autem honeste et secundum or dîne m fiant * ».
Pourquoi, à ces réunions, qui ont pour but de conserver et de développer dans le clergé la science
» Ad Cor., XIV, 40.
ecclésiastique, n'auriez-vous pas la noble ambition d'en ajouter d'autres, au profit surtout de la piété ? Pourquoi les prêtres de votre doyenné ne se réuniraient-ils pas, de temps en temps, pour se soutenir, s'encourager, se stimuler mutuellement, se renouveler dans l'esprit de leur vocation et la pratique des vertus sacerdotales et pastorales ? Une de ces fraternelles réunions s'est établie, à ma grande joie, depuis quelque temps, dans la ville épiscopale. Un certain nombre d'ecclésiastiques se donnent, une fois par mois, rendez-vous au grand séminaire : ils se retirent quelques heures dans cette bien-aimée solitude, priant ensemble, échangeant de pieuses pensées, se procurant une mutuelle édification, faisant la préparation à la mort. Il me serait très agréable de voir cette salutaire pratique se répandre dans tous les doyennés.
A chacun de vous. Messieurs, plus qu'à tout autre, il appartient d'en être le promoteur : votre presbytère est tout naturellemenl désigné pour devenir, le cas échéant, le séminaire du doyenné. Là vos confrères, au moins les plus voisins, viendraient chaque mois passer une après-midi, réciter en commun leur office a l'église, visiter le Très Saint Sacrement, assister à une lecture spirituelle ou même à une petite conférence que chacun ferait à son tour, c'est-à-dire « ressusciter la grâce * » du sacerdoce et de l'apostolat, dans ces retraites du mois qui seraient une si bonne préparation aux retraites annuelles et un si excellent moyen d'en conserver les heureux fruits. Nous n'avons pas besoin d'ajouter que nous bénissons à l'avance les pieux efforts que vous auriez l'inspiration de tenter en ce sens, et que le R. P. Supérieur
• II Tiiii., î, r,.
du grand séminaire se met à votre disposition pour donner à ceux d'entre vous qui goûteraient cette pensée tous les renseignements désirables.
En tout cas, Messieurs, vous ne vous contenterez pas d"entrer en relations avec vos confrères à l'époque des conférences et à d'autres encore, quand par exemple vous les convierez à prendre part à quelquesunes de vos fêtes, pour que. par leur prés3nce, ils en rehaussent Féclat et qu'ils s'édifient et s'instruisent à votre école, en voyant avec quelle dignité et quelle solennité toutes les cérémonies se font dans votre église ; vous aimerez à leur rendre visite à votre tour,
11 ne convient pas qu'un doyen se tienne à l'écart et se montre difficile à se rendre à l'appel de ses confrères. Vous saisirez au contraire avec empressement toutes les occasions qui se présenteront d'aller les voir. Pour ne parler que des principales, l'examen des enfants admissibles à la première communion, l'adoration perpétuelle, les visites décanales, vous permettron de ne pas interrompre et même de ne pas séparer, pa des intervalles trop longs, ces fraternelles entrevues Si vous savez donner à vos confrères, quand vous le admettez à votre table, l'exemple d'une édifiante sim plicité dans les repas, si vous veillez à ce qu'ils agis sent de même lorsqu'ils vous recevront, vous n craindrez pas de leur être à charge, en ces diverses circonstances.
L''examen des enfants qui se disposent à faire leu première communion vous permettra de constater pa vous-mêmes si les règlements diocésains, sur ce point plus important que jamais, sont parfaitement observés dans toutes les paroisses de votre doyenné. Je n'ai pa besoin de vous faire remarquer combien il import qu'il n'y ait, à cet égard, aucune défaillance ni aucun différence dans la manière de faire de MM. les Curé
et quelle obligation vous incombe d'exercer, sur tout ce qui concerne l'instruction et la formation religieuses des enfants, un contrôle très sérieux. Rien ne serait plus préjudiciable aux intérêts dont vous avez la garde que de laisser s'introduire des habitudes de relâchement et des concessions en désaccord avec les prescriptions formelles des statuts ; vous ne pourriez, sans manquer à votre devoir, fermer les yeux sur un aussi grave abus.
Je tiens aussi à vous recommander spécialement la touchante solennité de Tadoration perpétuelle : j'ai tant à cœur de la voir se célébrer, avec plus de pompe et des fruits plus abondants, dans toutes les paroisses du diocèse, et je suis convaincu qu'il dépend de vous, en grande partie, que mon désir soit réalisé. 11 le sera d'autant plus promptement que chacun de vous piendra avec plus de zèle les moyens d'obtenir cet heureux résultat dans son doyenné. Que ce soit. Messieurs, une de vos pieuses préoccupations. Stimulez vos confrères ; que sous vos inspirations, ils se concertent pour se rendre à pareils jours de mutuels services en ce qui concerne l'ornementation de l'église- la prédication, le chant, la solennité de l'office et même la préparation de leurs paroissiens par un tridiuim de prières et d'instructions spéciales sur cet adorable mystère. Encouragez ces efforts par votre présence et votre coopération personnelle, ^'eillez surtout à ce que la réunion ait ce jour-là un caractère exclusivement religieux ; c'est, à mon avis, la condition essentielle. Si les prêtres présents passent à peu près toute leur journée à Téglise, s'il est évident qu'ils sont venus uniquement dans ce but. ce spectacle de tout le clergé d'un doyenné, prosterné aux pieds du Très Saint Sacrement, sera la plus éloquente de toutes les prédications : il attirera et déterminera un courant assez
fort pour triompher de Tindifférence et de l'abstention' d'un trop grand nombre de fidèles.
Quand aux visites archipresbytérales et décanales, vous devez les regarder comme une de vos principales fonctions et les faire très consciencieusement, en y consacrant tout le temps nécessaire. Ce ne serait pas entrer dans la pensée et les intentions de la saint Eglise que de vous rendre, au jour fixé, dans la paroiss©' de votre confrère, uniquement pour pouvoir dire que vous y êtes allés, vous contentant de jeter un coup d'œil rapide et superficiel sur les lieux et les choses que vous êtes tenus de visiter : visiter, c'est parcourir avec attention, examiner en détail, se rendre compte de tout, afin de pouvoir dresser un procès-verbal très exact. Ce procès-verbal, permettez-moi de vous le rappeler, doit être rédigé par vous ou votre assesseur: toutes les indications demandées doivent y être fidèlement données ; à chacune des questions doit correspondre une réponse précise.
Je ne terminerai pas cet aperçu de vos obligations sans appeler votre attention sur les jeunes prêtres et les recommander spécialement à votre vigilance et à vos affectueuses sollicitudes. Vous les devez assurément à tous les confrères de votre doyenné ; vous êtes tenus de désirer et de procurer, autant qu'il est en vous, leur sanctification et leur progrès dans la perlée tion. ^lais vis-à-vis des jeunes prêtres, ne sentez-vous' pas que cette obligation prend un caractère plus touchant de paternité? Ce sont des plantes nouvellclement transportées dans le champ du saint ministère. De l'attitude, de la direction qu'ils prendront au début dépendra souvent leur avenir tout entier. Il vous appartient de les préserver de toute influence fâcheuse, de les soutenir contre les premières difficultés et les premières déceptions ; d'entretenir en eux ce feu
sacré du zèle qu'ils ont emporté du séminaire, d'empêcher qu'il ne s'éteigne ou ne s'atiédisse au contact de l'indifférence, et, faut-il le dire, parfois sous l'action désastreuse de ceux que, de son temps déjà, saint Paul appelait les faux frères*.
Quel service vous rendrez à votre diocèse et à la sainte Eglise si, par vos conseils, vos avertissements, en faisant bénéficier ces jeunes confrères des trésors de votre expérience, vous les préservez des écueils contre lesquels, abandonnés à eux-mêmes et faute d'être soutenus et dirigés par une main et un cœur amis, souvent ils iraient se briser ; si, les détournant de ces sentiers pleins d'illusions qui se trouvent à l'entrée du chemin, vous les engagez pour toujours dans cette voie d'une vie vraiment sacerdotale et pastorale, où ils trouveront la sécurité, la consolation et la persévérance ; car c'est d'eux aussi qu'il est écrit : « Le jeune homme marchera toujours, même quand il aura vieilli, dans la voie où il sera entré tout d'abord : Adolescens juxta viam suam etiam cum senuerit non recedet ah ea ^.
r Voilà, Messieurs, ce que Dieu, la sainte Eglise, votre Evêque attendent de vous dans l'accomplissement des fonctions si honorables mais si délicates qui vous sont confiées.
Je viens de vous dire à quelles conditions vous serez de bons archiprêtres, de bons doyens, exerçant une véritable et sanctifiante influence.
Si je vous ai rappelé vos devoirs, ce n'est pas pour
1 * II ad Cor., xi, 26.
Hfe^ Prov., XXII, 6.
que la méditation sérieuse de leur gravité et de leurs responsabilités vous effraye, vous qui êtes actuellement tenus de les remplir, ou que dans l'avenir elle fasse reculer ceux qui seront appelés à ce laborieux honneur et leur inspire la pensée de dire : S'il en est ainsi, mieux vaut ne pas sortir du rang des simples curés et ne pas s'imposer ce surcroît de fatigues et de charges. Ce raisonnement serait déplacé dans la bouche d'un ecclésiastique appelé par sa vocation à suivre Notre-Seigneur Jésus-Christ dans la voie du travail et du sacrifice ; et, si Thumilité, la défiance de ses forces engagent un prêtre à ne pas désirer ce fardeau, celui auquel l'obéissance l'imposera ne se récusera pas ; il se rappellera la belle doctrine dei saint Augustin : « Là, où l'on aime, il n'y a pas dej peine, ou s'il y a de la peine, cette peine elle-même] devient un plaisir * », et il acceptera courageusement et même joyeusement une tâche qui lui promet plus de travail et de souffrance peut-être ; mais qui, en retour, lui fournit le moyen d'aimer davantage et de témoigner mieux son amour.
Quant à vous. Messieurs, qui portez déjà ce méritoire fardeau, ne fléchissez pas sous son poids : conduisez-vous de façon à laisser à vos successeurs des traditions et des exemples qui seront leur lumière et leur force. Vous êtes établis les gardiens de la régularité et de la discipline ecclésiastiques dans le diocèse, ne les laissez pas s'affaiblir ; que jamais aucun de vous ne puisse dire : « Je n'ai pas bien gardé ma vigne : Vineain meani non custodici'^ ». Gardez plutôt avec une sollicitude vraiment surnaturelle ce
* In eo quod amatur, aut non laboratur, aut et labor amatur. (S. AuG., De bono vidiiitatis, cap. xxi, 26). 2 Cantic, i, 5.
précieux héritage, et que, grâce à vous, se conservent et se développent, dans le clergé, dont vous êtes constitués les chefs et les modèles, ces saintes habitudes de vertus sacerdotales et pastorales, et en particulier cette activité du vrai zèle qui renouvelle les paroisses.