‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 20 sur 35 · JOANN., XVIII · texte numérisé non relu

JOANN., XVIII

* Act., XXII, 21.

424 DIX-XEUVIÈME CONFÉRENCE

de titres ? Pouvez-vous rester indifférents, insensible Qui oserait le prétendre ?

Non, Messieurs, quand la cause sacrée de la sainte Eglise est en jeu, quand il y va du salut des âmes, il ne vous est pas défendu, tout vous commande, au contraire, de monter sur la brèche et de combattre comme de vaillants soldats, mais comme « des soldatdu Christ Jésus : Labora sicut bonus miles ChrisLi Jesu^^K Car, même alors votre mission n'est pas d( descendre dans la mêlée, de vous lancer dans nu< propagande active et passionnée, qui n'aboutirai], h plus souvent qu'à compromettre votre ministère saiiservir utilement votre cause : cène serait pas imitei la prudence et la modération de la sainte Eglise dans les combats qu'elle est contrainte de livrer. .

Mais ce que vous pouvez et devez l'aire, ce qui esi pleinement dans votre rôle de prêtres, c'est de travail 1er de toutes vos forces à é(dairer autour de voib l'opinion publique trop souvent égarée, de dissiper le illusions et les malentendus, de faire loucher du doii; la vérité ; c'est de donner d'utiles conseils, de propagei de bons livres, de bons journaux ; c'est de stimuler It zèle, de faire appel à tous les dévouements, en rappelant sur toutes ces questions l'enseignement de la fo catholique et en cherchant à y rattacher comme à m port de salut tous les esprits et tous les cœurs.

Dans ces limites vous êtes inattaquables : nuL nt peut s'éto'nner que vous remplissiez de la sorte vo devoirs de citoyens ni surtout vous en interdiri l'exercice. A qui l'essayerait vous seriez autorisés ; répondre par ces paroles des Apôtres : « S'il est juste en présence de Dieu, de vous obéir plutôt qu'à lui

1 II Tiiu., II, 3.

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 425

jugez-en vous-mêmes : car nous ne pouvons pas ne pas proclamer ce que nous avons vu et entendu * ».

Il faut maintenant, Messieurs, descendre de ces liauteurs des principes généraux aux applications pratiques qu'ils comportent.

Vous aurez à vous en servir en quelques rares circonstances dans Taccomplissement de vos devoirs de citoyens, mais c'est surtout dans vos rapports de chaque jour avec les autorités civiles de votre paroisse qu'il sera nécessaire d'y faire appel. Efforcez-vous de vous inspirer toujours en pareil cas des sentiments et es directions de la sainte Earlise.

A son exemple, reconnaissez franchement et loyale- Tient celte autorité qui existe à côté de la vôtre ; ne la alousez pas de cette jalousie mesquine et déraisonna- Dle qui vous porterait à lui contester ses droits légiimes. Assurément, dans l'ordre de vos fonctions aintes, vous n'avez pas à vous soumettre à elle ; par fOire sacerdoce vous échappez entièrement à son ontrôle ; vous ne relevez que de Dieu, de votre îonscience et de vos supérieurs hiérarchiques. Vous l'êtes pas des fonctionnaires de l'Etat, obligés de lui endre compte de vos actes ; toutes les prétentions ontraires viendront toujours échouer contre la otion même de votre sacerdoce et de l'origine de vos pouvoirs. Mais si, comme prêtres, vous êtes indépenants du pouvoir civil, comme citoyens vous lui êtes oumis 2 : vous avez vis-à-vis de lui des devoirs à

* Act., IV, 19, 20.

* Longissime abest, ut sua ipsis jura velit quispiam abnuerc

remplir ; et cette dépendance vous devez l'accepter, vous dit saint Paul, non seulement « par crainte du châtiment, mais par conscience : Subditi estote^ non solumpropter iram^ sed etiam propter conscientiam^. D'ailleurs, en obéissant d'après ces principes et dans ces vues surnaturelles, vous n'abaissez pas votre dignité : au contraire, vous la rehaussez. Car, en définitive, c'est à Dieu que votre obéissance remonte; et vous pouvez dire à ces représentants de la puissance publique, quels qu'ils soient, ce que Notre-Seigneur disait à l'un d'eux : «Vous n'auriez aucune autorité sur moi si elle ne vous avait été donnée d'en haut ^ ».

Ne trouvez-vous pas d'ailleurs votre modèle dans l'Evangile ? N'est-ce pas pour fournir aux prêtres la leçon et l'exemple de cette obéissance à l'autorité civile qu'il a voulu observer des lois dont il était exempt, qu'on l'a vu payer exactement le tribut, et en toute circonstance par ses paroles et par ses actes rendre témoignage à la légitimité et aux droits de cette autorité ?

Vous la respecterez donc en elle-même et en tous ceux qui sont chargés de la représenter. Il se peut l'aire qu'elle le soit très mal et que les hommes entre les mains desquels les vicissitudes des choses humaines l'ont fait tomber soient loin d'être recommandables : peut-être même sont-ils des ennemis déclarés de la religion et de ses ministres. N'importe, ils onl

et derogare ; ea potius et ab aliis civibus observanda diligenj 1er sunt, et a sacerdotibus diligcntius ; reddife qiuv sun\ (]xsaris Cii'snri. Proinde cleriis singula civium officia accure et exsequatur, non in morem servientis sed reverentis; digni iatem siiam tuentes, iidem cives et sacordotes Doi. (Léo XIII Kpist. ad Arch. et Episc. Bavar., t. VII, p. 232).

1 Ad Rom., XIII, 5.

2 y. JOANN., XIX, 11. ;

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 427

une part déléguée de ce pouvoir qui, pour tout ce qui est juste et légitime, ne perd rien de sa force ni de ses droits, même dans des mandataires personnellement indignes. Vous distinguerez soigneusement en ce cas riiomme privé et l'homme public : si le premier ne mérite ni considération ni estime, vous êtes tenus de donner au second et plutôt à la dignité dont il est revêtu l'honneur auquel elle a droit.

N'est-ce pas ainsi qu'agissaient les apôtres? N'est-ce pas pour des empereurs païens , c'est-à dire des monstres d'orgueil et de débauche, que saint Paul, attentif à faire cette distinction, demandait le respect des fidèles ? Et n'est-ce pas aux pasteurs qu'il appartient de donner l'exemple sur ce point comme sur tous les autres et de n'oublier jamais dans leurs rapports avec le pouvoir civd qu'ils sont les ministres de cette église catholique dont on a dit avec tant de vérité qu'elle « est une grande école du respect » ?

Ce respect se manifestera avant tout dans vos paroles.

Vous parlerez toujours de l'autorité en termes courtois et convenables. Si vous vous trouvez dans la nécessité d'intliger à ses actes un blâme mérité, vous le ferez d'une façon digne et sacerdotale ; vous éviterez ces qualifications grossières, ces invectives personnelles qui seraient déplacées dans la bouche d'un laïque, à plus forte raison dans celle d'un prêtre. Jamais vous n'aurez recours à ces procédés d'ironie et de persiflage adoptés par le journalisme moderne, mais qui ne sont en aucune façon dans les mœurs et les traditions de l'Eglise. C'est une tentation délicate à notre époque, et si on n'v prend garde il est facile de se laisser glisser sur cette pente attrayante à la nature. Pour résister à cet entraînement vous ferez appel à votre raison et à votre foi : l'une et l'autre vous

diront combien Temploi de telles armes serait indigne de vous et préjudiciable à votre ministère. Que de lois une parole agressive, une plaisanterie rapportée à celui qui en a été Tobjet, et dont elle blesse Tamourpropre, est devenue le principe de conllits et d'inimitiés irréconciliables entre le pasteur de la paroisse et les autorités de la commune et a entraîné une foule d( conséquences fâcheuses. Vous ne sauriez trop commander à votre langue en certaines circonstances.

Quel exemple nous donne à cet égard saint Paul, ce grand modèle des pasteurs ? Quels légitimes sujets de plaintes n'avait-il pas contre ces gouverneurs romaine qui le retenaient captif et, tout en reconnaissant sori innocence, le chargeaient de chaînes et le promenaient de prison en prison ? Et cependant, quand il paraît devant eux, quel langage digne et modéré il tient ! comme ses expressions sont mesurées, sans qu'il y paraisse rien de l'indignation et du ressentiment pourtant si légitimes ! Autant il met d'énergie à réfuter les accusations mensongères dont il est l'objet, autant son attitude et ses paroles sont calmes et respectueuses. Souvenez-vous de ce beau modèle et sachez vous en' inspirer dans l'occasion.

Si dans vos rapports avec l'autorité civile vous surveillez vos paroles, surveillez avec plus de soin encore vos écrits.

Vous connaissez, Messieurs, le vieux proverbe : « Les paroles volent, les écrits demeurent : Verba çolant, scripta marient ». N'écrivez donc rien qui ne soit dicté par la prudence et la sagesse, fruits de la réflexion. Quand vous aurez à traiter une affaire admiJ nistrative, préoccupez-vous^ également de la forme ei du fond de vos lettres. Ne prenez pas la plume sous une première impression désagréable. Si vous avez de légitimes revendications à faire valoir, présentez-les

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 429

dans toute leur force et avec tous les arguments à l'appui, vous le pouvez, mais toujours avec une parl'aiLe convenance et une modération vraiment sacerdotale.

Je vous signale sur ce point un écueil contre lequel

le clergé ne se tient pas toujours assez en garde. Que

de fois il arrive que, dans des contestations avec le

pouvoir civil, un prêtre a mille fois raison pour le

i'ond, mais se donne tort dans la forme. Les laïques

l'emportent sur nous la plupart du temps à cet égard.

Ils ont le culte de la forme : c'est peut-être parce que

souvent ils n'ont pas celui du fond. En tout cas, ils

savent admirablement dissimuler sous des formules

aolies les procédés les plus mauvais et se donner par

à des apparences de justice et de raison. Assurément,

1 vaut encore mieux avoir pour soi le fond que la

'orme ; mais pourquoi ne pas se ménager les avantages

le l'un et de l'autre ? Ce que les gens du monde font

)ar calcul et par politique, pourquoi le prêtre ne le

"erait-il pas par vertu, sous les inspirations de la

harité ?

N'écrivez donc aucune lettre administrative sans

ivoir pesé tous les mots et sans avoir, comme dit

Apôtre, « donné lieu à la colère^ », c'est-à-dire au

assentiment, à Tamour-propre, le temps de se calmer.

eus n'aurez jamais à vous repentir d'avoir suivi cette

igné de conduite.

Mais c'est surtout dans vos démarches qu'il faudra 16 pas vous en écarter. Là, plus encore s'il se peut ue dans vos écrits et vos paroles, il convient de porter et esprit de paix et de conciliation qui prévient bien les coiiilits et arrange bien des affaires. « Le prince, toiis dit le sage, est adouci par la patience, et une

' Ad Rom., MI, !'.>.

langue modérée brise la rigueur ; tandis qu'une parole dure suscite la colère ^ ». C'est la même pensée que saint François de Sales traduisait dans son langage imagé et gracieux lorsqu'il disait : « Soyez toujours le plus doux que vous pourrez, et souvenez-vous que Ton prend plus de mouches avec une cuillerée de miel , qu'avec cent barils de vinaigre ^ ». ;

Il faut vous en souvenir, Messieurs, surtout si vousj êtes contraints d'avoir avec l'autorité civile des rapports contentieux. Portez-y cet esprit de douceur qui calme les esprits et prépare les solutions, et non cet esprit d'aigreur qui envenime les moindres querelles et n'est nullement celui de l'Evangile : « Si quelqu\m, dit saint Paul, paraît aimer à contester, pour nous ce, n'est point notre coutume ni celle de l'Eglise de Dieu 3 ». Et si malgré tout la lutte devient inévitable, soutenez-la en disciples de Jésus-Christ, en vrais pasteurs des âmes. Cherchez uniquement le triomphe de la vérité et de la justice, et non celui de l'amourpropre et de la gloriole personnelle.

Voilà la politique surnaturelle et, même humainement parlant, c'est encore la meilleure. Si tous les prêtres le comprenaient et se conduisaient d'après ces principes, que de difhcultés seraient évitées et que.' bien plus grand se produirait parfois !

Cette politique, vous l'appliquerez à l'égard det autorités quelles qu'elles soient.

Si elles se montrent bienveillantes, il semble qu( vous ne puissiez avoir avec elles que des rapportsl amiables et agréables. C'est bien, en eiîet, ce qii||

' Prov., XXV, 15 ; xv, 1.

•2 lie de salnf François de Sales, par M. IIamox, t. II, I. VIII j p. 435.

3 I ad Cor., xi, IG.

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 431

arrive d'ordinaire. Néanmoins, même en ce cas vous

l'êtes pas dispensés de vous tenir sur vos gardes et do

^ous surveiller ; il faut souvent si peu de choses pour

troubler cette bonne harmonie ! N'a-t-on jamais vu un

3uré et un maire excellents Tun et l'autre, animés des

Tieilleures intentions , se brouiller par suite d'un

uanque d'égards ou d'une petite usurpation de pou-

;oirs ? Avec les autorités les mieux disposées vous

érez donc sagement de prévoir et de prévenir ces

;ollisions possibles, et vous y parviendrez en vous

enant malgré tout sur une prudente réserve et en ne

rous départissant jamais, si bonnes que soient vos

'elations, de cette politesse et de ces égards qui font

oiijours plaisir à celui qui en est l'objet et ne laissent

i l'homme ennemi continuellement aux a^-uets aucun

)rétexte de semer l'ivraie de la division et de la

ruerre *.

Ce que vous devrez particulièrement éviter, c'est

6 vous mêler des affaires de la commune et de son

dministration : ce n'est pas votre mission ; vous n'avez

►as grâce d'état pour cela. Que vous donniez un

onseil ami et pastoral quand on vient vous le demander,

ue même vous preniez l'initiative dans certains cas,

achant bien qu'elle sera acceptée avec empressement

t gratitude, rien de mieux ; loin de vous en vouloir,

n vous en sera reconnaissant; ce n'est pas sortir de

os attributions. Mais n'allez pas vous jeter dans les

élites intrigues locales et prendre ouvertement parti

ans des questions qui ne se rapportent en rien à votre

linistère. Vous soulèveriez des réclamations et des

* li qui sacra a iic toril a te pollcnt, qiiœciiiTiqTio pro miinero uo acturi sunt sic agant, ut ipsis plane fidere se posse ac ebero rectores civilalis inlelligant. (Léon XIII, Litt. ad Episc. usit., t. VI, p. 185;.

animosités ; vous exciteriez la jalousie des représeï tants du pouvoir civil, qui tiennent à leur autorit dans l'ordre temporel autant que vous pouvez tenir la vôtre dans Tordre spirituel ; vous vous aliéneri( leurs esprits et ceux d'un certain nombre de vo~ paroissiens. Elîorcez-vous au contraire de tenir la balance égale entre tous, afin de vous les concilier tous et d'obtenir leur estime, leur confiance et leur affection.

Si vos autorités sont hostiles ou peu bienveillantes, vous ne changerez pas pour cela de tactique ; vous serez contraints peut-être d'en modifier certains détails, mais dans fensemble elle demeurera la même. Elle se résumera dans cette parole de saint Paul : « Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais triomphez du mal par le bien : Noli vincl a malo. aed vince in bono nialum'^ ».

Ce n'est pas à dire pour cela, Messieurs, que vous soyez jamais autorisés à vous montrer faibles et pusillanimes dans la revendication et la défense de vos droits ; ce ne serait plus pratiquer une vertu, ce serait tomber dans un défaut, et un défaut grave, puisqu'il n'irait à rien moins qu'à compromettre les intérêts sacrés dont vous avez la garde. Quand je vous exhorte à vivre en bonne harmonie avec les dépositaires du pouvoir civil, je n'entends'pas vous engager à aciieter <*et avantage par d'indignes concessions, par un silence et un laisser-faire qui seraient une trahison du devoir. J'y mets, moi aussi, la condition qu'y mettait saint Paul : « Ayez, disait-il, la paix avec tous les hommes, si cela se peut et en ce qui dépend de vous ; Si fieri potest^ quod ea- ^^ohis est, cum omnibus homi-j^ nibus pacem habentes^ ». Ce qui suppose évidemmenHJ

1 Ad Rom., XII, 21.

2 Ibld., XII, 18.

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 433

Li'il est des circonstances où, avec la meilleure

jlonté du monde et malgré toutes les précautions

rises. la paix devient impossible ; elle serait le

3sultat d'une faiblesse et un véritable crime.

Soyez donc prêts à combattre toutes les fois qu'il

! faudra. Ne déclinez pas la lutte par timidité, par

l'ainte Immaine, par ambition, par amour de votre

•anquillité et de votre repos. Ne la provoquez pas;

lais lorsque la malice et les oppositions injustes des

ommes l'auront rendue nécessaire, acceptez-la et

jutenez-la courageusement. Vos chances de succès

pnt d'autant plus grandes que vous y apportez des

ispositions plus calmes, des intentions plus désinté-

ssées et plus pures. '

Les saints, c'est-à-dire les hommes par nature et par

race les plus pacifiques, n'ont-ils pas été dans Pocca-

on les combattants les plus, fermes et les plus déter-

inés ? d'agneaux ne les a-t-on pas vus se traiis-

rmer, sous les inspirations du devoir, en lions

doutables qui tenaient en échec et faisaient reculer

iirs persécuteurs ? Ils n'oubliaient pas ce que leur

large et les intérêts sacrés dont ils étaient constitués

|> gardiens exigeaient d'eux ; ils se redisaient sou-

Int à eux-mêmes la parole de nos Livres saints :

jNe cherchez pas à devenir juges si vous ne vous

liez capables de tenir tête à l'iniquité et de la

[jouer : ISoli quver ère fier i judex^ nisi valeaa virtatt

nimpere iniqiiitates^ ».

jDisons-le en terminant. Messieurs, ces rapports bc l'autorité civile ne sont pas une des obligations moins difficiles ni les moins délicates de votre lar^e pastorale. Ils exigent, vous venez de le voir, je prudence consommée, un grand esprit de modé-

Eccli., VII, {;.

ration et de charité et en même temps une fermeté indomptable, et, en certaines occurrences, un courage à toute épreuve.

Votre désir, d'ailleurs, votre ambition doit être de conserver autant que vous le pourrez le bon accord el la paix. Vous vous encouragerez à faire les efforts el les sacrifices nécessaires par des motifs surnaturels celui en particulier de l'intérêt de votre paroisse ei des âmes. ^

Car il est bien certain, comme je vous l'insinuais < commençant, que la nature de vos rapports avec !• dépositaires du pouvoir public n'est pas chose indillV rente au point de vue du bien général et du succès tl votre ministère. Qu'un curé soit en désaccord av( son maire, son conseil municipal ou telle autre auto rite de la commune, le voilà par le fait privé dni grand moyen d'action sur les âmes, exposé à rencon trer à chaque pas des oppositions et des refus qn paralyseront son zèle. Si, au contraire, à force d patience, de juste condescendance, de charité, il a s entretenir la bonne harmonie, il y trouve d'immens facilités pour faire le bien.

Si donc cette bonne harmonie si désirable n'exisl pas malheureusement, que du moins il n\ ait rien d votre faute. Agissez de façon à pouvoir toujours von rendre témoignage que vous avez fait de votre col tout ce qu'il fallait pour la conserver et que vos effori sont venus se briser contre un parti pris de mauvais volonté et d'hostilité systématique.

Il ne vous restera plus alors qu'à vous résigner à J lutte, mais toujours en vue d'arriver à la paix, seloij cette belle parole de saint Augustin : Ad gloiiosan pacem bellando perçenire cupiiuit. Et en attendanll Messieurs, pour vous consoler des peines et des sou| frances de cette lutte dont vous n'êtes plus respoi

LES RAPPORTS AVEC l'aUTORITÉ CIVILE 435

ibles, vous aimerez à redire dans le secret de votre Eur, à goûter, à savourer ces bonnes et fortifiantes iroles de Notre-Seigneur : « Bienheureux ceux qui )uffrent persécution pour la justice, parce cpie le )yaume des cieux leur appartient. Vous êtes biensureux lorsqu'ils vous maudiront, vous persécuteront ; diront toute sorte de mal de vous à cause de moi. éjouissez-vous, tressaillez d'allégresse : car votre îcompense sera Ijelle dans les cieux* ».

I* S. Mattii., v, 10 et <c([.

Messieuhs,

Sur le champ de bataille du ministère pastoral, voi ne combattez pas seuls : vous avez des compagnoi d'armes rencontrant les mêmes ennemis , exposés ai mêmes péi ils, portant comme vous le poids du jot et de la chaleur, et non moins que vous désireux (■ conquérir des âmes à Jésus-Christ et d'étendre sq règne sur la terre. Vous les appelez d'un nom signilj catif et bien consolant : vos confrères.

Ces chers confrères vous environnent : plusieul habitent des paroisses situées à peu de distance de vôtre ; à chaque instant vous avez occasion de l'J rencontrer ; et vous ne pouvez, pas plus que vous voulez, vous dispenser d'entretenir avec eux ces boni relations qui constituent précisément la confraternij

Dans le monde ce lien existe entre les gens de mêi profession. Ils sentent le besoin de se rapprocher et s'associer : la raison et Texpérience leur disent ql l'union fait la force, et ils s'empressent de se ménigl ce puissant moyen de sécurité et de prospériml

lédecins, avocats, négociants , journalistes, ouvriers es divers corps de métiers, ils ont sous une forme ou 3US une autre leur confraternité. Ce qui les rassemle dans cette unité puissante , ce sont des intérêts umains : ils y cherchent un encouragement, une proîction, un secours efficace pour les heures difficiles 1 douloureuses de la vie.

Ces motifs humains de s'unir, les membres du clergé s ont eux aussi ; mais ils en ont d'autres encore d'un 'dre supérieur et surnaturel.

Les hommes du monde sont de la terre, vous, Meseurs , du ciel : ils s'occupent du corps , vous des nés ; ils travaillent , en définitive , pour leur fortune leur gloire personnelle , vous pour Dieu et le salut ernel de vos frères.

Il suit de là que votre confraternité doit l'emporter r la leur, et s'en distinguer par un caractère spécial fermeté et d'intimité.

^hez eux elle n'est souvent qu'un lien conventionnel : n'a pas plus d'ampleur et de profondeur que les térêts d'un jour qu'elle est destinée à protéger ; tout térieure et se bornant à sauver les apparences , elle sse subsister des dissentiments, des antipathies, des visions déplorables.

jR vôtre, basée sur des principes meilleurs et visant but plus élevé , doit se dégager de tout cet alliage. )us trouvez sa complète formule et sa noble devise ns cette parole de saint Pierre : « La charité dans mour de la fraternité : Jn aiiiore aiitem fraterni- 'is charitatem^ ». Ce n'est pas un rapprochement liée et de commande. Entre vous , la fraternité ne lit s'arrêter à la surface , elle doit aller au fond , xercer au dedans aussi bien qu'au dehors ; et si

II Petr.. I, 7.

VOUS voulez vous rendre un compte exact de ce qu'elle exige de vous, écoutez saint Paul, il va vous l'apprendre : « Comblez ma joie, écrit-il aux Philippiens, étant dans les mêmes sentiments, ayant la même charité, la même âme , la même pensée. Rien par esprit de contention , ni par vaine gloire , mais par humilité, chacun croyant les autres au-dessus de soi , ayant égard non à ses propres intérêts, mais à ceux d'autrui : et cela parce que tous entretiennent en eux les sentiments du Christ Jésus * ».

Quel beau programme de confraternité sacerdotale ! Essayons de Fanalyser.

Ce que cette bonne confraternité demande de vous Messieurs , c'est d'abord que vous ne vous isoliez paj de vos confrères , mais que vous entreteniez avec eu: des relations suivies et pleines de cordialité.

Rien n'est triste et de mauvais augure comme d( voir un curé vivre à Técart de ses voisins, les fuir, oi du moins n'avoir avec eux que les rapports strictemen indispensables.

Où donc le prêtre peut-il trouver les secours et le consolations de l'amitié dont il a si grand besoin Vous êtes parfois bien isolés dans vos paroisses : vou n'avez personne à fréquenter, et d'ailleurs un commerc trop assidu avec les gens du monde ne serait ni san péril pour votre âme ni sans inconvénient pour votr ministère. De nos jours surtout, il est peu de famille assez chrétiennes pour que le prêtre puisse s'y trouve

1 Ad Philipp.. II, 2.

1 Taise , où les conversations , les habitudes ne soient Das trop souvent en désaccord avec les principes mêmes de la vie chrétienne et à plus forte raison de la vie sacerdotale ; il en trouvera rarement où il ne voie t n'entende rien qui l'attriste et le repousse. Presque toutes sont plus ou moins atteintes par cet esprit du fnonde qui est précisément le contraire de celui de 'Evangile. Comment, dès lors, le prêtre pourrait-il se Dlaire dans un tel milieu, y chercher son délassement 3t sa félicité ? Qu'il y aille quand le devoir de sa charge )u les bienséances sociales l'exigent , mais qu'il n'y Tiette pas son cœur ; et qu'après les labeurs de son Tiinistère, son délassement, sa distraction, la joie des loux épanchements dans un cœur ami il n'espère pas es trouver là ! Mais où donc, alors? Auprès de ses îonfrères. Voilà sâ société naturelle , celle que lui a Tiénagée la Providence et vers laquelle elle le pousse : à sont pour lui les véritables amitiés , parce que là xiste cette communauté de désirs et de répugnances ur laquelle elles se fondent *.

Affectionnez-vous donc , Messieurs , à la société de ^os confrères : allez les voir ; aimez que, de leur côté, Is vous visitent. Etablissez entre vous , en dehors des îonférences réglementaires , de ces réunions fraterlelles qui permettent à quatre ou cinq prêtres voisins le se réunir de temps en temps, une fois par exemple îhaque semaine, successivement dans chacun de leurs )resbytères. Là , vous prendrez part à de fraternelles igapes , d'où vous bannirez soigneusement le luxe et lont la cordialité fera tous les frais. Vous passerez (uelques heures ensemble, vous récréant honnêtement t selon Dieu , retrempant et renouvelant vos âmes à

* Eadom vellc eadom nolle ea demum firma est amicitia. S. AuG , De Amicitia, cap. 3).

ce contact ami. Plus que jamais ces réunions sont bonnes, je dirai même nécessaires : et pourvu que tous les détails en soient réglés d'une façon vraiment sacerdotale, je ne saurais trop vous les recommanderi partout où elles seront possibles. En tout cas, efforcezvous de faire sortir de vos relations les uns avec les autres tout ce que Dieu y a mis de consolant et de fortifiant. C'est bien de celles-là surtout qu'il faut entendre la parole du Roi-Prophète : « Voyez comme il est bon et agréable à des frères de vivre dans une union parfaite * ! »

Ces rapports fraternels ne seront pas seulement une consolation pour vous ; ils tourneront au profit de votre ministère, l'honorant et l'accréditant aux yeux des populations.

Les paroissiens n'aiment pas que leur curé vive en dehors de ses confrères et n'ait avec eux que les contacts strictement officiels. Cet isolement leur paraît anormal ; ils le considèrent comme une sorte d'humiliation qui rejaillit sur eux. Assurément, ils s'étonneraient et même se scandaliseraient si ces visites reçues ou rendues devenaient trop fréquentes ; car d'instinct ils se rendent compte des exigences de la charge pastorale et des sacrifices qu'elle demande au prêtre.; Mais, d'un autre côté, ils comprennent que lui aussi a besoin de faire de temps en temps trêve à sa vie laborieuse et austère pour prendre un peu de repos et de récréation, et il leur paraît naturel qu'il cherche l'un et l'autre dans la com^pagnie de ses confrères. Si leur curé se confine dans la solitude, ils ne manqueront pas de l'attribuer à l'avarice, à l'orgueil, à dea défauts de caractère, en un mot à des raisons qui luij

* Ps. GXXXII, 1.

;onL défavorables et ne contribuent pas à recommander îon ministère à leurs yeux.

Vous avez donc tout intérêt, Messieurs, à entretenir le bonnes et cordiales relations avec vos confrères- Vussi vous aimerez à vous trouver ensemble, et loin l'en éviter les occasions, vous les ferez naître ou du noins vous profiterez volontiers de toutes celles qui folTriront à vous.

Si vous voulez que ces relations soient attrayantes

faciles, efforcez-vous d'y porter toujours les qualités

ui en sont comme l'arôme conservateur. Il faut

lommer en premier lieu le respect.

You;i devez respecter vos confrères.

Vis-à-vis d'eux ce sentiment n'est plus absolument

même que lorsqu'il s'agissait de vos supérieurs : il

a une nuance. Ce n'est plus le respect qui s'incline

evant l'autorité et dans lequel entre un mélange de

rainte. C'est un respect où domine une affectueuse

énération. Ce que vous honorez en eux, c'est ce

aractère sacerdotal dont ils sont comme vous revêtus.

s sont prêtres, et dès lors, quoi qu'il en soit de leurs

liants et même de leurs vertus, ils ont droit à votre

espect. Notre-Seigneur, dont ils consacrent chaque

latin le corps et le sang au saint autel, dont ils sont

s ambassadeurs auprès des âmes, est présent en eux

une soi'te de présence réelle : ils sont d'autres lui-

lême : Sacerdos aller Christus. Le respect que vous

îmoigneriez à Notre-Seigneur Jésus-Christ s'il se

lontrait à vous sous une forme visible, il faut le trans-

orter à son prêtre.

Souvenez-vous des grands exemples que les saints

nous ont donnés de cette estime pour la dignité sacei dotale : saint Martin entre autres, qui, admis à la table royale, faisait passer la coupe au prêtre qui l'accompagnait avant de la présenter au roi.

Si vous êtes bien éclairés par ces lumières de la foi, vous ne vous permettrez rien vis-à-vis de vos confrères qui puisse déroger tant soit peu à ce respect surnaturel. Dans vos paroles, vos appellations, vos gestes, vous vous tiendrez en garde contre toute familiarité messéante : il serait bon d'éviter même celle du tutoiement, qui en engendre presque nécessairement beaucoup d'autres.

Vous vous surveillerez d'autant plus à cet égard que parfois certains prêtres, même des meilleurs, se laissent aller à de regrettables licences. On dirait que, se tenant sur une plus grande réserve vis-à-vis des laïques, ils veuillent se dédommager dans leurs rapports intimes avec leurs confrères. Ils ne gardent aucune mesure ; c'est un feu roulant de bons mots, de plaisanteries de mauvais goût : ils oublient le grave avertissement de saint Bernard : u Parmi les séculiers, les bagatelles sont des bagatelles ; dans la bouche du prêtre, elles deviennent des blasphèmes * ».

Sans doute, en traitant avec vos confrères, vous avez à vous mettre en garde contre tout ce qui sentirait la gêne et l'affectation. Vos rapports doivent toujours être empreints de simplicité et de cordialité ; la sainte liberté des enfants de Dieu, une douce et franche gaîté doivent y régner. Vos réunions ne mériteraient plus d'être appelées fraternelles si vous y portiez la froide réserve et la raideur de relations officielles. Mais il ne faut pas perdre de vue que vous êtes prêtres et que

1 Inter seculares niigie, nugae sunt ; in ore sacerdotis blaspliemiœ. [De Consld.y 1. II, c. 13).

VOS confrères le sont aussi ! Ne vous croyez jamais autorisés à vous départir de la règle tracée par saint Paul : « Prévenez-vous d'honneur les uns les autres : Inncem honore pr 3e v entente s * ».

Ce respect surnaturel ne saurait manquer de produire la charité. C'est bien dans le cœur du prêtre que cette vertu est appelée à briller de tout son éclat : de son cœur elle doit monter sur ses lèvres et imposer « à sa langue la loi de la clémence : et lex cleinentiœ in lingua ej'iis "^ )k A elle d'arrêter impitoyablement toute parole acerbe et irritante, et à plus forte raison toute médisance et toute calomnie ; à elle d'interdire tout procédé désagréable ou nuisible au prochain.

Si telle est l'obligation de la charité pour le prêtre à 'égard de tous, ne devient-elle pas plus rigoureuse et dIus sacrée lorsqu'il s'agit de ses confrères ? Vis-à-vis d'eux, sa charité n'a-t-elle pas à se montrer plus ,endre et plus délicate ? à se surveiller avec un redou- 3lement d'attention? Sans cela, il enfant bien convenir, elle est plus que partout ailleurs exposée à faire naurage. Elle rencontre à chaque instant des tentations si séduisantes !

N'arrive-t-il pas quelquefois que dans des réunions ecclésiastiques un confrère est pris à partie et passé au crible d'appréciations qui ne sont rien moins que fraternelles ? On blâme sa conduite alors qu'on n'en connaît pas les secrets mobiles ; on dénature ses intentions ; on révèle ses défauts et on les exagère ; on met en relief les côtés fâcheux de sa nature, ou bien ce sont des réticences habiles qui en laissent soupçonner plus qu'on n'en pourrait dire. Qu'un prêtre ait e malheur de laisser accès dans son âme à ces pas-

* Ad Rom., XII, 10.

* Prov., XXXI, 26.

sions qui s'appellent l'envie, lajalousie, l'amoiir-propn froissé, le désir de paraître, de conquérir la réputatioi d'homme d'esprit, il peut aller dans cette voie plus loin même qu'un laïque.

11 serait plus déplorable encore que des paroles on passât aux actes et que la charité fut blessée dans les rangs de la tribu sacerdotale par ces froideurs, ces antipathies, ce silence affecté, ces procédés brusques qui deviendraient pour le public un véritable scandale. « Voyez comme ils s'aiment ! » disaient les païens parlant des premiers chrétiens : et le spectacle de cette charité fraternelle qui contrastait si fort avec les principes et les habitudes du paganisme leur devenait un motif de conversion *.

La concorde, l'union parfaite entre les prêtres sont de nature à produire sur les esprits, à notre époque, la même impression. Rien ne recommande le ministère pastoral aux yeux des populations comme cette bonne et fraternelle entente qui règne entre tous les curés d'un même doyenné, d'un même diocèse, « attentifs à conserver limité de l'esprit dans le lien delà paix^ ». Si elle faisait défaut, si le monde pouvait dire avec quelque apparence de raison : Voyez comme ils se détestent ! n'aurait-il pas contre nous une arme I terrible ? Quel crédit, quelle force de persuasion reste- i raitaux prédicateurs proclamant du haut de la chaire la grande loi de la charité ? et comme elle baisserait vite dans l'estime et l'amour du peuple cette religion qui leur paraîtrait n'avoir pas l'autorité nécessaire pour imposer à ses ministres et faire régner entre eux celte vertu fondamentale ? .^^

1 Vide inquiiint ut invicem se diligant et ut pro alterulro sint parati mori. (Teht., Apolog. adv. gent., 4).

2 Ad Eph., lY, 3.

Que la charité fraternelle soit donc en grand honneur parmi vous. ^lessieurs. Ecartez, prévenez toutes les causes capables de la détruire ou de Taltérer. Que chacun de vous, pour conserver à ses frères et se conserver à lui-même ce bien si précieux, soit disposé à faire tous les sacrifices. Méditez dans saint Paul, qui les a tracés de sa main de maître *, les caractères le la charité chrétienne, et dites-vous qu'ils conviennent plus encore à la charité sacerdotale.

Soyez doux, patients, condescendants à Tégard de tous vos confrères ; n'en excluez aucun de la participation à ce trésor commun. Il ne vous est pas défendu d'avoir vos préférences, de vous lier plus intimement avec tel ou tel. Saint Bernard ne vous recommandet-il pas de faire un choix et d'établir des degrés dans vos amitiés sacerdotales : « Recherchez, vous dit-il, aimez, admettez dans votre intimité ceux que vous verrez contempteurs du monde, sectateurs delà vertu, amateurs de la discipline ^ ».

Quant à ceux dont la conduite ne répondrait pas iux exigences de leur vocation, vous devez sans doute iTOus tenir sur vos gardes pour ne pas vous laisser séduire et entraîner dans cette voie dangereuse, vous rappelant qu'au témoignage de saint Paul « les mauk'aises conversations corrompent les bonnes mœurs^ ». Mais la charité vous inspirera l'ambition de les gagner

Dieu et à leurs devoirs. Qu'ils vous deviennent d'autant plus chers que peut-être ils s'égarent davanage. Ne vous lassez pas de les prévenir de vos pieuses

' I jul Coi'., XIII, 't.

- liius .-;ii5cipe, illos dilige, illis le associa quos videris •(•nlcmptores sœculi, scctatores virliilis, amalorcs disciplina). S. Hern.).

•' Ad Rom.. XV, 35.

sollicitudes et de vos fraternelles et discrètes monitions ; attirez-les par votre douceur et votre cordialité. Forcez-les du moins à vous estimer et à vous aimer, s'ils sont encore incapables de vous imiter, et soyez convaincus que ramener dans le droit chemin un confrère dévoyé c'est sauver une multitude d'âmes.

Si tous vos devoirs envers vos confrères isolément pris se résument dans ces deux mots : respect et charité, vos devoirs envers eux en tant qu'ils forment' avec vous le corps pastoral du diocèse peuvent se réduire à un seul : la solidarité.

Dans l'exercice de vos saintes fonctions, vous êtes indépendants les uns des autres, et néanmoins vous ne pouvez vous séparer tellement que votre action personnelle n'ait pas son contre-coup, soit en bien, soit en mal, sur l'action commune. Ce que vous dites ou faites dans votre paroisse intéresse jusqu'à un certain point les paroisses voisines : indirectement, votre influence s'exerce sur elles.

C'est un fait d'expérience à la fois consolant et effrayant.

Cest une consolation pour le bon curé fidèle à tous ses devoirs, travaillant avec un vrai zèle à la sancti-t lication des âmes, de se dire que son apostolat nef s'arrête pas aux limites de son territoire, mais que par le bon exemple qu'il donne, par le parfum d'édification qui s'échappe de sa paroisse et va embaumeri les paroisses voisines, il travaille dans une certaine mesure à leur prospérité spirituelle.

Mais aussi, Messieurs, qu'il est effrayant et douloi

reux de penser à tout le mal qui se fait par suite de .^ette même loi de la solidarité ! Les fautes d'un seul sont en quelque sorte imputables à tous : la blessure l'un membre a son retentissement dans le corps lout întier. Qu'un prêtre se laisse entraîner à quel'.juesmes de ces faiblesses qui désolent la sainte Ei^lise, roublent les bons et font triompher les méchants, ou seulement qu'il mène une vie peu ecclésiastique, le îcandale se produit non seulement dans sa paroisse, nais dans toutes celles du voisinage. Ces dernières )nt à leur tête des pasteurs excellents, de ces

ouvriers inconfusibles * » dont parle saint Paul : l'importe, il se répand sur leur vertu comme une ;orte de nuage ; il semble qu'ils participent au péché le leur voisin. Les méchants, poussant jusqu'à l'exrême les conséquences de ce principe de solidarité, généralisent ce qui n'est qu'une exception ; ils vont 'épétant : « Par un seul, apprenez à les connaître DUS : Ab uno disce omnes'^ » ; et les bons eux-mêmes ■e sentent ébranlés et déconcertés.

N'est-ce pas là, Messieurs, un motif qui s'ajoute à ant d'autres pour engager les prêtres et en particulier es pasteurs des âmes à se montrer irréprochables,

ne donnant à personne sujet de scandale, afin que eur ministère ne soit point décrié, se montrant au ontraire en toutes choses de véritables ministres de )ieu par la patience, la chasteté, la science, la longalimité, la mansuétude par l'Esprit Saint et une charité incère ^ ». Ils se le doivent à eux-mêmes ; mais ils le loivent aussi à ce sacerdoce de l'honneur duquel ils ont dépositaires et dont il faut qu'ils se montrent les gardiens vigilants.

• II Tim., II, 15,

* ViRGiLi-, Enddc, 1. II, y. (jG.

^ II ad Col'.. M, :{ et sch}.

Cette même loi de la solidarité vous oblige à ne pas vous désintéresser du ministère pastoral de vos confrères. Un ancien disait : « Je suis homme, et rien de ce qui touche à l'humanité ne saurait m'être indifférent : Homo siim : humant nihil a me alleniun puto^ ». Combien cette parole est mieux placée dans la bouche du prêtre lorsqu'il s'agit des intérêts de l;i sainte Eglise.

Fidèle à ce principe, un curé ne se renfermera pas en égoïste dans le cercle de sa paroisse, se disant : Que mes confrères s'en tirent comme ils pourront, peu m'importe. Sans doute il évitera de se mêler de ce qui' ne le regarde pas, dintervenir sans mandat et sans grâce d'état, à tort et à travers, au risque de faire plus de mal que de bien. Il est chargé de sa paroisse* et non pas de celle de ses voisins ; il ne poussera dans ces champs qui ne lui sont pas confiés aucune incursion inopportune. Mais rien ne lui défend, tout au contraire lui commande, de s'associer de prière et de cœur au ministère de ses confrères, de prendre une part sympathique à leurs consolations et à leurs tris-' tesses, de leur prêter dans l'occasion un concours empressé et dévoué. De cette entente cordiale, de ces services fraternels que se rendent volontiers les prêtres d'un doyenné, quel profit, quelle édification* ne résultera pas ?

Il y a plus, Messieurs ; ce principe de la solidarité' bien compris a pour effet de procurer à un diocèse ce' trésor incomparable qui s'appelle l'unité de l'action' sacerdotale dans toutes les paroisses.

Chaque curé, sans doute, apporte dans le gouver-l nement de la sienne son caractère, son tempérament,^ sa manière de faire : ce sont là des nuances ; mais!

1 Terexge, llcanlonl. Acl. I, se. i, v. 25.

•utes elles viennent se fondre dans cette précieuse [lité qui résulte de l'application des mômes principes ; de la fidèle observation des mêmes lois. Les statuts iocésains, qui résument en l'harmonisant avec les esoins locaux la législation de l'Eglise, sont pour n diocèse le moyen providentiel d'unité. Si toutes les rescriptions sont fidèlement et universellement observes, si aucun prêtre ne se permet d'y ajouter ou d'en îtrancher quoi que ce soit de sa propre autorité, la ie pastorale sera puissante et féconde dans ce diocèse, outes les règles, toutes les pratiques aptes à pro- [irer la sanctification des âmes y seront en honneur, eur application, si onéreuse qu'elle ait pu paraître commencement, ne soulèvera bientôt plus aucune clamation de la part des fidèles. Voyant qu'il en est irtout de même, ils s'inclineront devant cette praue unanime ; tandis que si des divergences se oduisent, si tel curé se montre moins fidèle obserteur que tel autre des prescriptions cependant obliitoires pour tous, les paroissiens établissent des mparaisons, ils murmurent, ils marchandent leur •éissance. En vain, ce prêtre obéissant leur dira 'il applique tout simplement une loi dont il n'a pas pouvoir de dispenser : on ne le croira pas. Ees èles ont, du prêtre, une assez haute idée, pour se user d'admettre qu'il puisse transgresser les ordonnées de son diocèse. Ils se feront donc ce raisonne- 3nt très naturel : Si c'était une loi comme on nous dit, elle serait uniformément observée dans toutes ; paroisses. Plus d'une fois il arrive que le pasteur cidé k faire consciencieusement son devoir se trouve [•été et embarrassé par la conduite d'un voisin moins

|~çulier. Elle lui devient une pierre d'achoppement ; e soulève contre lui des tempêtes et des oppositions rmidables.

N'en doutez pas, Messieurs, cette malheureuse indépendance de certains esprits, convaincus qu'ils som plus sages et voient plus clair que l'autorité diocésaine et qui se mettent sans scrupule au-dessus des règles est pour un diocèse une véritable calamité. C'est ell( qui rend impossible ou retarde l'adoption uniforme des mesures les plus avantageuses au bien général c'est elle qui paralyse l'action de l'Evèque et l'empèch* de donner à son administration une impulsion salii taire, parce que son mot d'ordre n'est pas reçu exécuté partout et par tous. Dans son diocèse il l'a l'unité ou, pour mieux dire, Tunanimité : point dintci prétations arbitraires, de concessions inopportunes ( illégitimes : c'est de là que viennent les difficullé^ Les prêtres qui se permettent de substituer à de règlements établis en vue de l'intérêt commun leur. idées personnelles, ne se doutent pas du mal qu'il! font, du bien qu'ils empêchent et des responsabiiiU qu'ils assument.

Qu'il me soit donc permis d'insister sur ce poir r capital et de vous dire avec saint Paul : « Je voi | conjure^ mes Frères, par le nom de Notre-Seignet i Jésus-Christ, de n'avoir tous qu'un même langage ( de ne pas souffrir de schismes parmi vous, mais d'èti tous affermis dans le même esprit et dans les mêm€ sentim'ents * ».

Ce triple lien qui rattache entre eux le Souverai Pontife, les Evêques et les prêtres constitue une l'on contre laquelle tous les efforts ennemis viennent tôt tard se briser.

Travaillez, Messieurs, à resserrer chaque jour, ( ce qui vous concerne, ce lieu hiérarchique ; ma commencez par rétablir solidement entre vous. « Ql

1 I ad Cor., i, 10.

Dieu de patience et de consolation vous donne d'être

lis de sentiments les uns aux autres, selon Jésus-

irist, afin que d'un même cœur et d'une même

luche vous rendiez gloire à Dieu et au Père de

Dtre-Seigneur Jésus-Christ ^ ».

Aux adversaires qui se rencontrent, hélas ! dans

esque toutes vos paroisses, présentez-vous non

mme un combattant isolé, mais comme un soldat de

tte grande armée qui s'appelle l'Eglise catholique,

ayant avec tous vos confrères quun cœur et qu'une

pe. Quelle sécurité, quelle force, quelle consolation,

us trouverez dans cette sainte confraternité !

H'est parce qu'ils ne s'en rendent pas assez compte

qu'ils vivent dans un trop grand isolement (pie

rtains prêtres s'attristent et se découragent ; cette

itude est également nuisible à leur àme et à leur

nistère. Qu'ils se considèrent donc non plus dans

ip petite et impuissante personnalité, mais dans la

giiilique structure du corps sacerdotal, et ils se

itiront animés d'un nouveau et invincible courage

ur combattre les combats du Seigneur.

"aites-en tous l'expérience, Messieurs, ou, pour

eux dire, puisque déjà c'est chose faite, continuez à

relier dans cette voie. Do plus en plus vous consla-

ez combien nos Livres saints ont raison d'affirmer

ue le frère aidé par son frère est une place forte "^ ».

l est vrai de dire : « Malheur à celui qui est seul,

ce que quand il tombe personne n'est là pour le

ever ^ », il est juste et consolant d'ajouter : « Mieux

it donc être deux ensemble qu'un seul : car on

Ad Rom., XV, 5.

Prov., xviii, 19.

\lbid., IV, 10.

retire de cette association les plus précieux avai tages* ».

Que sera-ce, Messieurs, si elle existe non plus seul ment entre deux, mais entre un grand nombre, ent tous les prêtres d'un doyenné, d'un diocèse, combina leurs efforts ? elle leur promet et leur assure, il n"( faut pas douter, de glorieuses et consolantes victoire

1 ProY., 3.

Messieurs,

C'est surtout avec ses paroissiens qu'un curé est igé d'avoir des rapports.

es occasions de rencontrer ses supérieurs se préitent assez rarement, et si les relations avec ses ifrères sont plus fréquentes, il s'en faut qu'elles ent continuelles ; il est même des époques de l'année es circonstances oii elles deviennent comme imposes.

l en est tout autrement des paroissiens. Ceux-là le teur ne les quitte pas ; il demeure au milieu d'eux,

constamment affaire avec chacune des familles et me avec chacun de leurs membres. Sa vie est intiment mêlée à la leur ; ils sont littéralement pour le prochain avec lequel il est en contact de tous les rs et de tous les instants.

e ne parle plus ici, vous le comprenez, Messieurs,

rapports qu'impose l'exercice du ministère proment dit à l'église, au confessionnal, au chevet des lades ; j'entends les relations extérieures.

ssurémcnt, le prêtre est toujours et partout prêtre,

alors même qu'il n'est pas revêtu des ornements sacré et ne remplit pas une l'onction sacerdotale. En lui, 1 prêtre ne peut pas être séparé de Thomme : il ne doi pas l'oublier ni permettre qu'on Foublie. Sa soutane n suiTit-elle pas d'ailleurs à lui rappeler sans cesse cetl vérité ? Toutefois, à ne considérer que les dehors, certains moments il se présente à ses paroissien moins comme prêtre que comme homme. Quelle atli tude doit-il garder alors ?

Pour répondre à cette question, il faut se faire un juste idée de ce qu'est une paroisse.

Aux regards de la foi, une paroisse est une familh Les familles plus ou moins nombreuses dont elle ^ compose n'en forment qu'une sous la direction d pasteur, qui en est le chef ou, pour mieux dire, ] père.

Oui, Messieurs, tout curé est le père de cette famil paroissiale dont l'Eglise, par l'organe de son EvêqiK lui a confié la direction. A la place de cette famil selon la nature à laquelle il a renoncé pour se consacr» entièrement à son service. Dieu lui en a donné ui selon la grâce ; c'est le centuple promis en ce mon» à celui qui, par amour pour lui, quitte « sa maisô ses frères, ses sœurs, son père, sa mère, son époii^ ses fils, ses propriétés* ». Tous les paroissiens di curé sont ses enfants : il est leur père.

Ce titre lui indique ses devoirs vis-à-vis d'eux.

Un l)on père de famille tient avant tout à être estin de ses enfants ; il évite avec soin tout ce qui sert

1 S. Matth., XIX, 20.

capable de détruire ou d'affaiblir dans leur esprit cette [haute idée qu'ils doivent avoir de lui et qui seule peut lui valoir leur respect et leur vénération.

Si un curé n'avait pas l'estime de ses paroissiens, et surtout s'il ne la méritait pas, quel fruit pourrait-il espérer faire parmi eux ? Avant d'être à Téglise prédicateur, catéchiste, confesseur écouté et influent, il faut qu'il se montre homme irréprochable et se concilie les sympathies générales.

Sans doute, les paroissiens auraient tort de rendre 6 prêtre solidaire des fautes de l'homme et de repousser le ministère de l'un parce que la conduite de 'autre est blâmable. Us devraient plutôt se rappeler la ligne de conduite tracée en pareil cas par Notre- Seigneur : « Les scribes et les pharisiens, disait-il, se sont assis sur la chaire de Moïse. Tout ce qu'ils vous diront, écoutez-le et faites-le : gardez-vous seulement d'agir comme eux: car ils disent et ne font pas ^ » . Mais en est-il beaucoup parmi les chrétiens de nos jours qui soient capables de ce discernement judicieux ? Combien confondront dans une même réprobation le prêtre et l'homme, ou tout au moins mettront en avant pour s'éloigner du prêtre ce prétexte que l'homme est en faute !

De là, pour le pasteur des âmeSj une obligation spéciale de se surveiller si bien que sa vie extérieure ne donne prise à aucune critique, et qu'à l'exemple de son divin Maître il puisse dire même à ses ennemis : « Qui de vous me convaincra du péché ^ ? ». Si tous les chrétiens sont obligés d'être pour leurs frères « la bonne odeur de Jésus-Christ ^ », combien plus le

* S. Matth., XXIII, 2.

' S, JOAXN., VIII, 46.

' II ad Cor., ii, 15.

456 VINGT-UNIÈIME CONFERENCE

pasteur dans sa paroisse ! L'édification d'une vie entièrement consacrée à Dieu et aux âmes, il la doit à ce troupeau dont il est tenu « de se faire de cœur le modèle 1». Ce ne serait pas assez pour lui «d'accomplir le bien devant Dieu ^ » : « il est nécessaire >. que les hommes en soient témoins ; que sa lumière brille devant eux, afin qu'ils la voient et glorifient le Père qui est au ciel ^ ». Seul, le curé vraiment édifiant s'attirera l'estime de ses paroissiens.

Mais l'estime ne suffit pas, il faut l'amour. Un curé désirera donc être aimé non d'un amour personnel et pour goûter une satisfaction toute humaine, mais i d'un amour surnaturel qui prépare les voies à son ( ministère. Car il est certain que l'affection est un | levier puissant. Un curé qui aura réussi à la conquérir ' fera du bien là où son confrère échouera, pour n'avoir • pas su se ménager cette précieuse ressource.

Et de même que pour s'attirer l'estime il faut l'autorité d'une vie immaculée, de même pour gagner l'affection il faut la bonté : elle seule a la clé des cœurs et le secret de les ouvrir. La bonté, c'est la manifestation de l'amour ; et, comme le dit si admirablement saint Augustin, « le meilleur moyen d'inviter quelqu'un à vous aimer c'est de commencer par l'aimer soi-même ^ ».

Montrez-vous donc bons, très bons pour tous vos paroissiens sans exception ^. Que tel soit le caractère i' dominant de vos rapports avec eux : la bonté avec son

1 I Petr., V, 5.

2 Ad Rom., XII, 17.

3 S. Matth., V, 16.

^ Niilla major ad amorem iiivitatio quam priEvenirc amande. {De (kilech. rud., c. IV).

^ Ncc adversus plebeium qiiemquam et inflmi ordinis hominem supercilium altollimus. (S. Greg. Nazianz.).

aimable cortège de vertus ; une bonté qui paraisse dans vos paroles, votre regard, vos démarches, votre empressement à les accueillir, à leur être agréable, à leur rendre service en toutes circonstances, à vous faire vous aussi, dans votre humble sphère, le serviteur des serviteurs de Dieu.

De ce fonds de bonté vous saurez faire sortir toutes les ressources nécessaires suivant l'opportunité des temps, des lieux, des personnes. Les applications se diversifieront à rinfini. Mais peut-être ne sera-t-il pas inutile de vous rappeler de quelle manière il convient de vous conduire vis-à-vis de deux ou trois catégories de vos paroissiens.

Parmi eux vous en avez peut-être qui , par la naissance, la fortune, la position et Tiniluence sociales, se détachent pour ainsi dire de la masse et sont mis en relief. Si ces familles sont bonnes et surtout chrétiennes , elles peuvent vous être d'un très grand secours et aider puissamment au succès de votre ministère ; de même que si elles sont hostiles ou même indifférentes, elles vous deviennent aussitôt un obstacle. Vous avez donc à les ménager et à vous conduire vis-à-vis d'elles avec une prudence surnaturelle.

Il est bien évident d'ailleurs que votre manière de faire ne sera pas la même dans Tune ou l'autre de ces hypothèses. Plus réservés, vous tenant davantage sur vos gardes dans vos rapports avec les familles peu ou point clirétiennes, vous montrerez aux autres plus l'ouverture et de confiance.

458 VIXGT-UXIÈME CONFÉRENCE

Mais quoi qu'il en soit de ces nuances d'attitude commandées par les circonstances particulières, il est des règles générales dont il est nécessaire de ne jamais vous départir.

Il se peut que même les bonnes familles de votre paroisse ne soient pas irréprochables. En les examinant non d'après les fausses maximes et les règles trompeuses du monde, mais à la lumière de Dieu et de son saint Evangile, vous découvrirez parfois en elles beaucoup de défauts et de lacunes. La mondanité, l'excès du luxe, l'insuffisance des aumônes produiront sur votre âme de prêtre une impression défavorable : la richesse, avec les facilités qu'elle donne de se satisfaire en tout et partout, est une source si abondante d'illusions et de dangers ! Notre-Seigneur n'a pas manqué de nous en avertir : « Qu'il est difficile aux riches d'entrer dans le royaume de Dieu* », a-t-il dit dans l'Evangile. 11 ne vous est donc pas défendu de constater cette vérité à la suite du divin Maître ; et en la touchant pour ainsi dire du doigt, vous serez amenés à bénir Dieu de vous avoir épargné une telle tentation à laquelle vous auriez peut-être succombé. Vous le remercierez de vous avoir mis dans cette situation intermédiaire que lui demandait l'auteur du livre des Proverbes : « Ne me donnez ni la pauvreté ni les richesses ; accordez-moi seulement les choses nécessaires à la vie : Mendicitatem, et dwitias ne dederis mihi : trihue tantiim çictiii meo necessaria ^ ». Mais cette réflexion, loin de vous aigrir contre vos riches paroissiens, vous inspirera, au contraire, une grande compassion pour eux et le désir de leur être utiles. Vous profiterez de toutes les occasions favorables pour

* S. Matth., XIX, 2't.

2 Prov., XXX, 8.

leur donner un bon conseil, un avertissement salutaire, afin de les aider à triompher de ces périls et à faire leur salut, malgré les difficultés amoncelées autour d'eux par la richesse.

Mais tout en remplissant sur ce point votre devoir de pasteur vous vous tiendrez en garde, Messieurs, contre tout esprit d'aigreur, j'allais dire d'opposition systématique à l'égard de ces familles. S'il y a des abus, sans vous les dissimuler, vous n'en ferez pas le sujet de critiques malveillantes. Vous vous renfermerez dans un cliaritable silence aussi longtemps que vous ne verrez pas l'utilité de parler. Sans rien sacrifier des droits de la vérité et de vos obliçi'ations pastorales, vous supporterez avec une condescendance surnaturelle ce que vous ne pouvez empêcher ; et en attendant l'heure de la Providence, vous prierez pour ces paroissiens et vous exercerez sur eux cette influence latente mais très réelle qu'ont toujours la présence et la conversation d'un bon prêtre. Adopter une autre ligne de conduite, vous tenir par exemple à Técart, ce serait vous aliéner ces paroissiens influents et vous priver d'une précieuse ressource pour le bien.

N'allez pas d'ailleurs tomber dans l'excès contraire, vous inféodant, pour ainsi parler, à quelques familles à l'exclusion des autres et concentrant sur elles vos aiîections et vos prévenances. Vous n'êtes pas, vous ne devez pas être Ihomme d'une ou deux familles seulement ; vous êtes l'homme de toutes : vous êtes redevables à toutes dans la mesure que vous indiquent la prudence et la sagesse surnaturelles. Que diraient vos autres paroissiens s'ils vous voyaient vous donner sans réserve à un cercle restreint de privilégiés, former en quelque sorte une petite paroisse dans la grande, néghger celle-ci pour ne vous occuper que de celle-là ? Rien ne serait plus nuisible au ministère d'un curé

que ces sortes de partialités. Qu'il ait ses préférences, surtout si elles sont fondées sur des motifs surnaturels, on ne saurait les lui reprocher, mais à condition qu'elles ne le conduiront jamais àTexclusivisme.

Que l'on voie un prêtre fréquenter ordinairement une ou deux maisons de sa paroisse, l'attention sera vite éveillée : les critiques, les suppositions malignes ne feront pas défaut. On dira de lui : C'est le curé de tel ou tel, ce n'est pas le nôtre. Il perdra dès lors la majeure partie de son influence sur la masse de ses paroissiens : il ne sera plus le pasteur de tous, parce qu'il semble Têtre trop de quelques-uns.

Vous avez à vous tenir d'autant plus en garde contre cet écueil- qu'il est parfois plus séduisant. Un curé, trouve dans telle famille de sa paroisse un accueil plus empressé, des relations plus agréables, des âmes plus élevées et mieux disposées : il est naturel qu'il se sente attiré de ce côté. En dehors delà il ne rencontre peutêtre qu'indifférence, froideur, hostilité, ou du moins, au point de vue de l'intelligence, du cœur, d'une honnête distraction, il n'a rien à espérer. Si donc il écoute la nature il ira où elle incline ; mais s'il prête l'oreille à la voix de la grâce, elle lui dira de ne pas suivre aveuglément cet attrait, de se laisser diriger en cela comme en tout le reste par la foi et ses salutaires inspirations.

A cette condition ses rapports avec n'importe quelle famille de sa paroisse seront toujours ce qu'ils doivent être. Ils se tiendront dans une juste mesure ; ils ne l'exposeront pas à perdre l'esprit de sa sainte vocation ; ils ne porteront ombrage à personne et n'affaibliront en rien le dévouement que toutes les âmes sont en droit d'attendre de lui.

Ces familles importantes ne sont d'ailleurs que le petit nombre dans une paroisse. La plupart des

autres sont d'humble condition : elles appartiennent à la classe populaire ; et, s'il serait dangereux de vous trop familiariser avec les unes, il ne le serait pas moins de dédaigner ou seulement de paraître dédaigner les autres.

Un curé fier vis-à-vis de ses paroissiens ne gagnera jamais leur estime, ni surtout leur affection. Peutêtre cette fierté est-elle plus apparente que réelle. Elle provient d'un fonds de timidité naturelle ; rien n'expose à paraître orgueilleux autant que cette disposition qui paralyse les mouvements et communique aux paroles et aux démarches une hésitation, qu'on prend pour de l'orgueil ce qui n'est que de l'embarras. Mais pour être innocente devant Dieu, cette tendance n'en est pas moins fâcheuse : on jugera un prêtre d'après ces apparences et difficilement on reviendra sur cette appréciation. 11 faut donc que celui qui est atteint de cette infirmité prenne tous les moyens de s'en guérir ; sans cela il court grand risque de ne pas faire le bien ou de ne le faire que dans une moindre mesure.

Un curé, au contraire, qui se montre ouvert, affable, à l'égard de tous ses paroissiens, qui'cause avec eux, ayant toujours un mot gracieux à leur dire, qui passant devant leur maison en franchit volontiers le seuil, qui caresse les petits enfants, celui-là s'acquerra vite une réputation de bon curé. 11 exercera une influence précieuse, parce qu'elle lui permettra de dire et de faire sous le couvert de cette popularité beaucoup de choses qui, sans cela, eussent été impossibles.

Toutefois, sur ce point-là aussi se trouve un écueil. A côté de la popularité légitime et de l)on aloi, il en est une autre malsaine et dangereuse, et autant un curé doit désirer et s'efforcer de conquérir la première, autant il doit craindre et repousser la seconde. Pour gagner ces sympatliies dont il a besoin, il se gardera

bien de recourir à des moyens indignes de son caractère de prêtre et de pasteur des âmes. Il saura condescendre, il ne descendra jamais ; et il descendrait s'il se servait de termes grossiers, de locutions triviales, s'il adoptait des manières communes, des habitudes plus ou moins libres, s'il prenait part à des réunions, à des jeux, à des festins où il se trouverait déplacé et déclassé. 11 se souviendra qu'il est et doit rester prêtre. Mais, tout en conservant avec soin sa dignité, il saura se faire tout à tous, petit avec les petits, faible avec les faibles, « se réjouir avec ceux qui se réjouissent, pleurer avec ceux qui pleurent * ». Tous ses paroissiens l'aimeront sans que l'amour porte préjudice au respect, parce que dans ses relations avec eux il apportera ce juste tempérament de condescendance et de réserve, de simplicité et d'urbanité qui ouvre les cœurs.

Une autre catégorie de paroissiens qui réclame une large part de vos sollicitudes, Messieurs, ce sont les pauvres. « Vous en aurez toujours avec vous ^ », disait Notre-Seigneur à ses Apôtres, et il n'est pas de paroisses oîi cette prédiction ne se réalise. Chacun de vous a autour de lui des pauvres, c'est-à-dire des paroissiens qui ont peine à vivre, ou même sont privés du nécessaire et ont absolument besoin qu'on leur vienne aide pour les empêcher de mourir de faim.

Vous ne me demandez pas, Messieurs, pourquoi ils

' Ad Rom., XII, 15.

^ t). MaTTH., XXVI, 11.

doivent vous être particulièrement cliers. Vous le savez bien. Ah ! c'est parce qu'ils représentent aux yeux de votre foi celui « qui, de riche qu'il était dans son éternité, a voulu par amour pour nous se faire pauvre dans le temps * », et à Bethléem, à Nazareth, au Calvaire passer par les humiliations et les souffrances de la pauvreté, celui qui est encore aujourd hui sous nos yeux le pauvre do Tautel et du tabernacle.

Vous le représentez dans vos paroisses : à ce titre vous êtes tout particulièrement les pasteurs des pauvres. Les autres fidèles peuvent se passer de vous en ce qui concerne les nécessités temporelles : ceux-là ont besoin de vous pour l'âme et pour le corps.

C'a toujours été l'honneur du clergé de s'occuper des pauvres ^. Cet office est de tradition dans l'Eglise. Depuis saint Laurent, qui les montrait aux persécuteurs comme son seul et véritable trésor, tous les pasteurs des âmes ont estimé le soin des pauvres une partie et non pas la moins importante ni la moins honorable de leur ministère ; ils se sont appliqué cette parole du Roi-Prophète : « C'est à vous qu'ont été abandonnés les pauvres ; ils vous appartient d'être l'appui de l'orphelin ^ ». Ils ont été les pourvoyeurs des pauvres : proçisores panperuni ^, et le Concile de Trente, sanctionnant cette tradition, n'a pas craint, dans le recensement qu'il fait des obligations pastorales, de mettre le soin des pauvres sur la même ligne que les plus graves, celles qui s'imposent de droit divin à tous les pasteurs ^.

' Il ad Cor., 9.

* Gloria sacerdotuni est paupcruiu inopiii' [)iovidcre. (S. Hier., épisf. ad Ncpol.).

•* Ps. X, 14.

* S. JuST., Apol., 2.

'•> Cum prcRcepto divine mandaliim siL omnibus (piibus ani-

Vous suivrez ces nobles traditions, Messieurs ; vous vous occuperez beaucoup de vos pauvres. Votre première préoccupation sera de les connaître ; vous ne voudrez pas qu\in seul échappe à votre vigilance. H vous semblerait que sans cela la parole de sainl Ambroise s'appliquerait à vous et que vous seriez en quelque façon coupables d'homicide : Pasce famé movientem ; si non pavisti occidisti. Pour que jamais ce malheur ne vous arrive, pour n'oublier aucun des nécessiteux de votre paroisse, vous en aurez une liste exacte : vous vous tiendrez au courant de leurs besoins, afin de les soulager de votre mieux.

Vous leur ferez « l'aumône de votre propre substance* », selon la recommandation de nos Livres saints. Malgré la modicité de vos ressources, vous saurez prélever sur ce maigre budget la part des pauvres : il ne sera pas dit qu'aucun frappe à la porte de votre presbytère sans que vous partagiez avec lui votre pain. Suivez à cet égard le conseil de Tobie à son fils : « si vous avez beaucoup, donnez beaucoup ; si vous avez peu, donnez peu, mais donnez de bon cœur », et, dans tous les cas, n'attendez pas l'heure de votre mort pour faire du bien 2. Donnez par le désir ; que ce soit pour vous une vraie tristesse de ne pouvoir soulager plus olïicacement tant de misères que peut-être vous voyez

niarum cura commissa est, oves suas agnoscere, pro liis sacrificium offcrre, vcrbique divini priEdicatione, sacrameiilorum administratione, ac bonorum, omnium exemplo pascere, pauperum aliorumque miserabilium personarum curam paler-; nam gerere ei in ca3tera munia pastoralia incunibere... (Sesp.' XXIII, de Reform., c. i).

» Ton., IV, 7.

'^ Non cxpcctcs ut pro te mortuo fiant eleemosynœ, quas vivns fecisso debueras. Eleemosyna viventis lumen est ante faciem incodontis ; eleemosyna vero post obitum, quasi lucenia post tergum. (Petr. Blés., in fcst. omn. sanct., serm. 46).

autour de vous. Ayez-en du moins grande compassion ; prenez-y part, comme le conseille l'Apôtre, car « il ne dit pas : Subvenez aux nécessités des pauvres, mais : Rntrez en communauté de ces nécessités » par vos paternelles sollicitudes ^

Pour que ces aumônes aient un mérite et vous

vaillent une récompense surnaturelle, vous n'en ferez

pas ostentation : « Vous agirez de telle sorte que votre

nain gauche ignore ce que fait votre main droite ;

;ous les cacherez dans le secret, afin que le Père qui

'oit dans le secret vous les rende ^ » .

Et cependant les intérêts de votre ministère exigent

ue vous ne dissimuliez pas tellement votre charité

u"il n'en paraisse rien aux yeux des hommes. Que

os aumônes soient donc secrètes par l'intention qui

es inspire ; mais que les hommes s'en aperçoivent

ssez pour pouvoir glorifier Dieu et estimer son

ninistre.

Il est de toute importance, dans l'intérêt de votre ministère, que vos paroissiens sachent que votre cœur t votre bourse s'ouvrent volontiers aux malheureux. )utrc que vous leur devez l'exemple, c'est pour vous n moyen puissant d'inlluence. Qu'un curé se montre vare et dur à l'égard des pauvres, c'est un tort que s meilleures qualités seront impuissantes à racheter t qui attirera sur son pastorat, avec la malédiction de )ieu, une sorte de discrédit de la part des hommes, est peut-être ce qu'ils excusent et pardonnent le loins. Si, au contraire, il est généreux, s'il a cette âputation, on passe par-dessus beaucoup de défauts,

* Non dicit, nécessitât ibiis illoriim subvenite sed necessilabus iliorum communicantes. (S. Ciirys., hom. in epist. ad om.).

* S. Matth.. vl 3.

parfois même très graves ; on les supporte, on les' oublie. Ce n'est pas seulement devant Dieu, mais devant les hommes que l'aumône « efface les pécliés et fait trouver miséricorde : Ipsa est qnœ purgat j peccata^ et facit iiwenire misericordiam'^ ». i

Donner de votre coté le plus que vous pourrez, c'est d'ailleurs le moyen le plus efficace de multiplier vos ressources. Et n'est-ce pas là ce que doit aml)itionner le prêtre ? Se sentant personnellement incapable de subvenir à tous les besoins des pauvres, il se tourne vers ses paroissiens les plus fortunés ; il cherche à les associer à sa compassion et à ses largesses. 11 leur dit avec saint Augustin : « Parce que nous n'avons pas sullisamment pour soulager leurs nécessités, nous nous faisons leurs députés auprès de vous 2 » .

C'est un devoir pour vous, Messieurs, de vous constituer ainsi les avocats des pauvres, leurs quêteurs auprès des riches de votre paroisse. Mais vous ne plaiderez efficacement cette noble et sainte cause que si vous prêchez d'exemple. Un prêtre qui donne pciil être certain qu'on lui. donnera ; connaissant sa charité, ses paroissiens lui fournissent volontiers les moyens de l'exercer. Ils se plaisent à faire passer par ses mains leurs aumônes. L'Evangile nous dit : « Donne? et on vous donnera^ ». Le curé charitable expérimente pour sa part la vérité de cette parole : on ne le laissa pas manquer de ressources ; et il devient dans s£ paroisse comme cette fontaine d'eaux vives sans cesse

» ToB , XII, y.

2 Quia ei'go ad eonim nocessiiatcm oxplrndam idonei noi sumus ad vos Icgali ii)sorum sumus. (Scrni. ô8, f/e Verb Doiiiini).

3 8. Luc, VI, 38.

ilimenlée par des filons mystérieux et dont les eaux le tarissent jamais.

Cet amour des pauvres, ce soin que vous en prendrez attireront sur vos rapports avec vos autres lidèles le particulières bénédictions. Parce que vous aimerez les pauvres, Dieu permettra que vous soyez aimés non seulement par eux, mais par tous vos paroissiens. Même ceux qui naturellement vous seraient hostiles ne Dourront s'empêcher de reconnaître et d'admirer en /ous cette grande vertu de la cliarité ; elle les rapprochera de vous et souvent vous gagnera définitivement eurs cœurs.

Heureux le curé qui comprend et remplit de la sorte

es devoirs envers ses paroissiens. Les rapports exté-

ieurs qu'il a avec eux deviennent dans ces conditions

me sorte de préparation évangélique continuelle :

n faisant apprécier le prêtre, ils amènent peu à peu,

nais presque infailliblement, à goûter son ministère.

ehii qu'on a commencé à estimer et à aimer dans

salon du château où il porte toujours une réserve et

me disrnité vraiment sacerdotales, dans la chaumière

il il se montre le représentant du Dieu Sauveur, plein

e bénignité et de mansuétude, dans le réduit du

•auvre oi^i il apparaît comme la personnification de la

larité catholique, celui-là volontiers on Técoutera

uand il parlera du haut de la chaire, on viendra s'age-

ouiller à ses pieds, au tribunal de la pénitence, on

appellera au chevet de son agonie, on en fera le

ontident de ses joies et de ses peines, des prospérités

t des adversités de la famille, des événements heureux

u malheureux de la paroisse. Il sera véritablement

oi, roi doux et pacifique, à Texemple de son Maître :

régnera de ce règne de l'amour et de la confiance,

468 VIXGT-UNIÈME CONFERENCE

incomparablement supérieur à tous les autres ; ou. pour mieux dire, en revenant à ma pensée du début, il sera le père de cette heureuse famille.

Et parce qu'il réunira dans sa personne l'autorité du premier que lui confère son sacerdoce et la bonté du second à laquelle l'oblige son titre de ministre du Dieu de toute charité, il sera vraiment et dans toute l'acception du mot « le bon Pasteur ». Il conduira ses brebis 1 dans les pâturages de la vérité et de la vertu : elles le suivront sans difficulté, parce qu'elles le suivront avec amour. Et quand il se présentera à la porte du ciel avec ces brebis si hdèlement gardées, nourries avec tant de soin, il pourra dire en toute humilité, mais aussi en toute vérité : 0 Père, voyez, de ces brebis que vous m'aviez conhées, « aucune n"a péri, sinon celle qui a voulu à toute force périr ^ ». Moi aussi, Prince des pasteurs, parce que je me sui^ inspiré de vos exemples, parce que j'ai marché sui vos traces, « je suis le bon Pasteur : Ego sum Pastoi bonus ^ ».

2 IbicL, XI, 14.

22c CONFÉRENCE

Messieurs,

Je donne, à bon droit, le titre de coopérateurs à tous mes prêtres ; mais il vous convient à vous surtout. A mus, plus qu'à tous les autres, je puis adresser la parole du Pontifical : « Vous êtes les vigilants coopéateurs de notre ordre : P.roçidi cooperatores ordinis 'lostri^ ». Par le rang que vous occupez, les fonctions ^ue vous remplissez, n'ètes-vous pas spécialement obligés de me venir en aide dans mon administration, laps cette incessante surveillance dont le nom seul l'Evêque me rappelle l'indispensaljle obligation ?

Cette surveillance, je ne puis évidemment Texercer Dar moi-même, à la fois sur tous les points de mon liocèse. L'essayer, ce serait encourir le reproclie que féthro faisait jadis à Moïse : « Vous n'agissez pas bien; î'est une imprudence de vous consumer ainsi par un Tavail inutile, vous et le peuple qui est avec vous ; ;ette entreprise est au-dessus de vos forces et vous

De Ordin. PrcsbvL

ne pouvez la soutenir seul* ». Et, accompagnant cette paternelle monition d'un avis salutaire, il ajoutait : <( Ecoutez ce que j'ai à vous dire et le conseil que j'ai à vous donner, et Dieu sera avec vous... Choisissez dans tout le peuple des hommes fermes et courageux, qui craignent Dieu, qui aiment la vérité, qui soient ennemis de Tavarice, et faites-en des tribuns, des centurions, des chefs et des doyens qui seront occupés ■en tout temps à rendre la justice au peuple. Qu'ils vous réservent les affaires graves et qu'ils jugent seulement les plus petites : ainsi le fardeau qui vous accable deviendra plus léger étant partagé avec d'autres 2 ».

Ce conseil que le chef du peuple de Dieu s'empressa de suivre, l'Eglise catholique à son tour l'a mis à profit. Se rendant bien compte du besoin qu'ont les Evoques de n'être pas seuls pour soutenir le poids écrasant de la charge pastorale, elle leur a recommandé de se donner des auxiliaires. Sous son inspiration, dès les premiers siècles, dans chaque diocèse, ont été constitués des centres ecclésiastiques auxquels se rattachent un certain nombre de paroisses ; à leur tête ont été placés des prêtres choisis qui, à titre de' vicaires forains, d'archiprêtres, de doyens, reçoivent l'honorable mission de représenter l'Evêque et de

1 Non bonam, inquit, rem facis : stulto labore consumeris et tu et popiilus iste qui tecum est : ultra vires tuas est negotium, solus jllud non poteris sustinere...

2 Sed audi verba mea atque consilia et erit Deus tecum.i Provide autem de omni plèbe viros potenles, et tiraentes. Deum, in quibus sit veritas, et qui oderint avaritiam, eti constitue ex eis tribunos, et centuriones, et quinquagenarios,[ et decanos, qui judicent populum omni tempore : quidquid) aulem majus fuerit, référant ad te, et ipsi minora tantummodo' judicent : leviusque sit tibi, partito in alios onere. (Exod., XYiir, 17 et seq ).

devenir, s'il est permis de parler ainsi, ses yeux, ses oreilles, ses bras. Maintes et maintes fois, dans ses Conciles, l'Eglise a approuvé et béni l'établissement de cette hiérarchie diocésaine, appelée à rendre de si précieux services.

C'est ce qui doit, Messieurs, vous donner de vos

fonctions une très haute idée, vous en inspirer un très

! grand respect. Vous n'y devez pas voir seulement un

titre honorifique. Sans doute, c'est un honneur, mais

1 un honneur qui oblige. Il agrandit pour vous le cercle

Ides devoirs et des responsabilités ; il vous vaudra, au

dernier jour, de plus belles récompenses * ou un

jugement plus rigoureux 2.

Quand vous avez accepté d'être archiprêtres, doyens, vous avez, par là même, contracté de nouvelles et très sérieuses obligations ^. En vous élevant au-dessus de vos confrères, vous avez pris, vis-à-vis d'eux et de votre Evoque qui vous donnait cette marque de particulière confiance, des engagements d'honneur. Il importe que nul d'entre vous ne se fasse illusion à ce sujet, d'autant plus que votre façon de comprendre et de tenir ces engagements aura, soit en bien, soit en mal, les plus graves conséquences. Car, s'il est presque toujours vrai de dire : tel curé, telle paroisse ; il l'est pas moins d'ajouter : tel doyen, tel doyenné. Un doyen est appelé à exercer une influence prépondé-

' Qui bene prœsunt presbyteri, duplici honore digni habeanlur. (I ad Tim., v, 17).

^ Kxiguo enim conceditiir misericordia : potentes autem potcnler lormonta palicnlur. (Srij)., vi, 7).

^ On peut bien a[)pliquer au prêtre constitué en dignité ces paroles que l'auteur de VJmitadon adresse à tout prêtre élevé par le sacerdoce au-dessus des simples fidèles : « Non alleviasli omis liium ; sed arctiori jam alligalus es vinculo disciplina.'et îuI majorem teneris perfectionem sanctitatis ». (L. IV, c. V, n» 2). -

rante ; il peut, s'il est fidèle à la grâce de sa vocation, imprimer, en peu de temps, à son doyenné une impulsion puissante dans Tordre du bien ; au contraire, s'il n'a pas l'intelligence de sa situation ou le courage d'en remplir les devoirs, il devient facilement un principe de relâchement et de décadence. ■

Telle est ma conviction, fondée sur une expérience déjà longue, et voilà pourquoi j'éprouve le besoin de . m'adresser à vous en particalier et de vous rappeler les obligations spéciales qui vous incombent, à ces. divers titres dont vous êtes honorés.

Avant tout, vous devez prendre sérieusement à cœur les intérêts de votre archiprêtré ou de votre doyenné, ne pas renfermer votre zèle dans le cercle de votre propre paroisse, en vous désintéressant des autres.

Sans doute, il n'est permis à aucun prêtre de demeurer étranger aux divers mouvements de la vie religieuse dans son diocèse et même dans la sainte Eglise. N'appartient-il pas à un corps dont tous les membres sont unis par les liens de la plus étroite solidarité ? N'est-ce pas à lui surtout que nos Livres saints recommandent de veiller sur son prochain : Et mandaçit illis luiicuique de proximo suo * ?

Mais un curé satisfait par la prière à ce devoir de la charité catholique. A part certaines circonstances exceptionnslles dans lesquelles elle le presse d'intervenir, il n'est pas tenu d'étendre au-delà des limites de sa paroisse son attention et Factivité de son zèle ;

1 EccL, XVII, 12.

souvent même son intervention ne serait pas sans inconvénients. Sa paroisse, c'est pour lui l'horizon providentiel, c'est « la portion de son héritage et de son calice ». Pourvu qu'il mette tous ses soins à bien travailler ce champ, il peut se tenir tranquille ; Dieu ne lui demandera pas compte de celui du voisin.

Au contraire, un doyen répond, devant Dieu, dans une certaine mesure, de toutes les paroisses de son doyenné. 11 ne lui est pas permis de dire : Ma paroisse va bien, je n'ai pas à m'inquiéter de celle de mes conCrères, Ce n'est pas assez qu'il se montre bon curé Dour sa paroisse, il faut que, pour toutes celles qui dépendent de la sienne, il soit bon doyen. Par rapport à chacune d'elles, il est le mandataire de son Evêque, entrant en participation de son droit et de son devoir de surveillance, placé là pour tout voir, tout entendre, se rendre compte de tout, toujours prêt à répondre, n connaissance de cause, à cette question : « Sentiaelle, que découvrez-vous dans la nuit : Ciistos ^ qnid de nocte * ? »

A quoi bon, Messieurs dissimuler aux autres et chercher peut-être à se dissimuler à soi-même l'existence et les charges de cette mission délicate, dilhcile assurément, mais aussi très honorable et très méritoire ? N'est-elle pas d'institution ecclésiastique, et n'est-il pas facile de comprendre les raisons de pro- *onde sagesse qui ont motivé cette organisation ?

Si les redoutables fonctions du sacerdoce étaient exercées par des anges, aucune surveillance ne serait nécessaire, mais Dieu les a confiées à des hommes, et l'Eglise n'ignoi'e pas que la faiblesse humaine a besoin, même sur ces hauteurs, d'être soutenue et stimulée. Aussi a-t-elle établi une surveillance uni-

Page 1