‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 18 sur 65 · XXV[II I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXV[II I INTRODUCTION

avec force, et plus loin, dans la campagne, des arbres qui, chargés de givre, semblaient rompre sous l'effort de la tempête.

«Tenez, monsieur le procureur du roi, « poursuivit Romand qui s'était rapproché de « moi, voilà un spectacle qui, contemplé du « fond d'une cellule pénale, serait capable « d'impressionner favorablement un conte damné. En effet, pour peu qu'il eût de « sentiment, d'imagination, il établirait an « rapprochement entre ce désordre de la na- « turc physique et celui dont son cœur a été « le siége,etilen conclurait qu'il convient que « 1 un et l'autre cessent le plus tôt possible « pour ne pas occasionner des ravages irré- « parables. Oui, cette réflexion si naturelle, a je pense qu'il la ferait, et ce serait un ré- « sultat de la solitude qui porte l'esprit à nié- « diter. Mais supposez au contraire ce même « homme détenu dans une de nos prisons « actuelles, où sont entassés pêle-mêle de « nombreux malfaiteurs : il criera et chan- « tera des chansons obscènes avec ses cama- « rades afin de ne pas s'ajieicevoir deloura- « gan, j'en parle par expérience. Voilà qui « résume à mes yeux la question de l'cmpri-

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« sonncment par masses comparé avec la « réclusion solitaire. »

— « Ce que vous dites là me paraît tout « ensemble ingénieux et sensé, repris-je aus- « sitôt, et puisque vous savez si bien traiter de « pareilles matières, vous auriez dû, dans le « cours de votre vie si. agitée, confier au pa- « pier quelques noteSj quelques réflexions « que vous auraient suggérées vos propres « aventures, et qui pourraient aujourd'hui « n'être pas sans utilité. »

— « Je l'ai fait, monsieur le procureur du « roi, je l'ai fait, et jfe -m'estime heureux d'a- « voir ainsi par anticipation rempli les vues « de l'honorable et bienveillant magistrat qui ^c me parle; mais ce n'est pas tout encore; j'ai (( écrit l'histoire entière de ma vie, dans la- « quelle je n'ai rien caché, rien dissimulé de « mes erreurs, qui ont été des crimes aux « yeux de la loi; où je me suis peint tel que « que j'étais, avec toutes mes faiblesses, toute tes mes passions désordonnées; enfin où j'ai « raconté ce que j'ai vu et entendu dans les « prisons qui m'ont été successivement assi- « gnées pour résidence, et au bagne de i ou- « Ion qui m'a gardé cinq mortelles années!

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« Ce que j'ai eu à dire de tous ces établisse- « mens de pénalité les montre sous un jour « bien déplorable vraiment, et prouve le be- « soin d une réforme à cet égard , la néces- « site de la prompte adoption du mode d'em- « prisonnement individuel. »

— «Et cette histoire, est-elle terminée, « complète? »

— « Oui, monsieur^ j'en ai là le manus- « crit mis au net et assemblé en cahier. Je « crois que sa publication pourrait produire « quelque bien , surtovit à une époque où Ion « s'occupe tant d'améliorations sociales, par- (c ticulièrement de la^ ï éforme des prisons; « mais je n'ai pas les moyens de le faire im- « primer, et qui est-ce qui consentirait à se « rendre l'éditeur des œuvres d'un ci-devant « forçat? »

— « Moi, sijejugc qu'il puisse en résulter un « avantage pour la société. La littératuremo- « derne est tellement corrompue et corrup- « tricc, que 1 apjiarition d'un bon livre, n'im- <( j)ortelaqualitédcsonauteur, ne saurait être « chose indifférente; et, puisque tant de gens « appartenante ce qu'on est convenu daj)j)('- « 1er le beau monde travaillent à l'envi à ou-

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« trager la morale, il sera piquant de voir « un ex-galérien lui venir en aide par sa « plume. Confiez-moi donc votre manuscrit « auquel je procurerai, le cas échéant, les « honneurs de l'impression. »

— « Très volontiers, monsieur le procu- « reur du roi , et je vous remercie sincère- « ment de loffre que-yous voulez bien me « faire ici. Puisse cetëcrit réparer en parce tie le mal que j'ai fait jadis par ma con- « duite !»

A ces mots. Romand ouvrit une petite armoire qui se trouvait derrière lui et en tira le manuscrit en question, qu'il déposa entre mes mains. Je le saisis avidement, et, désireux de vérifier s'il était susceptible devoir le jour, jesongeai à me retirer, d'ailleurs, deux heures s'étaient écouléesdepuis que j avais misle pied dans cette maison , et il se faisait déjà tard. Je pris donc congé de mes hôtes qui tous, grands et petits, me saluèrent avec des démonstrationsdepolitesse où se lisaient à-la-fois la joie et là reconnaissance qu'ils ressentaient de ma visite.

Je remontai dans mon trauieau, et au moment où je glissais sur la pente de la rue

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