A M. ROMAND, A MONTRÉAL
« C'est seulement hier, monsieur, que me sont parvenues vos Idées, iiH judicieusement et très heureusement expliquées dans
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la brocliure qui m'a été remise ; et je l'ai lue avec un si vif intérêt que je cède à mon désir de vous le témoigner tout de suite.
« Il m'a été également bien doux de voir M. le procureur du roi siégeant à Nantua , non-seulement sympathiser avec vos Mies consciencieuses, mais leur donner le précieux appui de son autorité.
« En effet, monsieur, j'ai l'honneur d'être le directeur de la prison pénitentiaire de Genève, mais non le bonheur de me sentir doué de toutes les facultés dont M. le comte Douglas a bien voulu vous entretenir. Il faudrait être lui-même , car vous ne sauriez croire à la satisfaction qui se renou^clle dans mon cœur chaque fois que je me rappelle l'insigne faveur de sa visite, et combien , sans le lui témoigner, j'éprouvais de douceur dans cette émotion de l'àme dont il n'était point le maître , et qui se révélait à chaque scène de l'organisation de notre maison. Mes détenus de l'infirmerie m'en ont même souvent reparlé.
« Si je ne me trompe, M. Douglas habite Montréal, au moins une partie de l'année. Recevez-en mon sincère compliment, parce que l'influence d'un si parfait voisinage ne peut être que tiès heureuse pour tous les habitans.
(' Uevenant à vos Idées, je ne saurais qu'esquisser toutes celles qu'elles m'ont suggérées, parce que les hmites d'une lettie sont trop restreintes. Je vous dirai donc en résumé que je les partage comme buse , et que, d'après mon système qui est à-la-fois la règle invariable de ma conduite envers mes détenus, je m'applique à leur témoigner un vif intérêt, un attachement sans bornes, ainsi que mon désir de leur être utile et d'alléger leurs peines. Je leur prouve par là qu'ils ont un directeur paternel qui en même temps connaît leurs devoirs envers lui, d'où il résulte que les infractions ne demeurent jamais impunies ; seulement il faut qu'elles soient positives et exemptes des provocations qui naissent raallieureuscn)ent quch^uefois des employés inférieurs , pai' ignorance du cœur humuiii, défaut d'instruction, etc.
<« Au premier aliord (il n'y a pas long-temps, c[uand j'entrai en fonctions), je fus un peu ellrayé à la vue de ces malheureux
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dont les figures me semblaient tontes stigmatisées , toutes empjeintes d'une espèce de cachet de réprobation. J'hésitai si je demeurerais ou non, et puis je m'en suis rapproché, mon cœur s'est agité pour eux au point qu'aujourd'hui mon plaisir est de les visiter le plus souvent possible : je sens que je les aime, me hâtant d'ajouter qu'ils me le rendent avec usure, en sorte que je suis tout à-la-fois leur directeur, leur père et leur ami! Ils craignent de me désobliger , les infractions sont devenues rares , sauf ces exceptions malheureusement inévitables de la part de têtes presque désorganisées et d'une immoralité difficile à corriger. Je me plais à compter près des trois quarts qui, au terme de leur captivité , seront et demeureront dans le bon chemin. Dieu voudra bien leur en faire la grâce, car je sais qu'ils l'invoquent avec sincérité. Leur exemple seconde naturellement les efforts que je fais pour l'amendement des plus endurcis.
« Sans doulc qu'après Dieu on doit ces résiUtats au régime cellulaire et au silence entre eux. Il faut donc se réjouir chrétiennement à l'idée de la prochaine disparition des bogues qui ont été et seront jusqu'à leur dernière heure le lieu le plus déplorable de corruption ! On ne peut se persuader que nos pères qui , il ne faut pas craindre de le dire , nous ont été si supérieurs sous tant de rapports essentiels, aient pu oublier que les lois pour les coupables avaient deux buts capitaux , jmnir et améliorer. C'est donc vers ce dernier but que tendent maintenant le zèle et l'attention des deux mondes, et comme la France est ma patrie adoptive, je suis heureux de penser que l'organisation des maisons de détention va graduellement y subir toutes ces précieuses améliorations. A chacune visite de notabilités françaises , je m'apphquc à en démontrer toute l'immense utilité physique et morale.
« En vous répondant tout de suite, monsieur, sans m'arrêter à ce qu'à chaque instant je suis détourné, ni à ce que mes lignes, tracées trop à la hâte, seront peut-être inintelligibles, j'ai voulu surtout vous féliciter de ce que vous a\ ez su entendre la voix de notre Dieu en reconnaissant le mal , en le fuyant , et alors nécessairement en retrouvant une félicité réelle dont, sans aucun doute,
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vous saurez vous rendre de plus en jilus digne. A cet effet , le vœu d'un cœur de plus ne peut être indifférent. Agréez donc le mien ; et quand vous aurez un moment à me consacrer, rappelezvous que ce sera toujours me faire un plaisir véritable,
« Votre opuscule sera lu par ceux de mes détenus que je jugerai devoir le comprendre le mieux. Moi-même je veux nonseulement le relire, mais le méditer.
« Agréez , monsieur, mes très cordiales salutations ,
« ISAAC ÏHOMAS-MACHARD. »
ET PIKCES JUSTIFICATIVES.
Note B. — Page 140.