‹ Confession générale (volume 2)Chapitre 9 sur 49 · DISCOURS PRELIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRELIMINAIRE

Une femme belle, jeune, heureuse, ne prémédite pas une scène de vengeance comme celle dont madame de Favières avait parlé à madame de Chastenex sans qu'elle soit poussée par un motif bien puissant. Le mal est si commun dans le monde qu'il est facile de le croire naturel à l'hdtflme; toutefois, en y regardant de plus près, il serait peut-être aussi facile de reconnaître due la forme delà société humaine en e^t le plus souvent la cav^e créatrice. La so iélé peut-elle être faite autrement qu'elle ne l'est? c'est à quoi nous ne répondrons pas dans ce récit; -mais, tant qu'il y aura •uissants et des faibles, des gens qui ont tout et d'autres qui n'ont rien, il y auia antagonisme, guerre, combat, et tout ce qui dérive par conséquent de l'excitation des mauvaises passions.

Cette grande division des forts et des faibles explique , en général, les grands événements qui révolutionnent les peuples et les crimes sanglants qui occupent les cours d'assises. Quant aux petites infamies, aux lâchetés de détail , aux intrigues intestines qui font de la société un champ de bataille perpétuel, tout cela dépend de subdivisions qui se multiplient à l'infini de notre société telle qu'elle est constituée. Ainsi à son tour la division se glisse entre les puissants, si bien que les uns s'appellent nobles et les autres bourgeois. Ainsi il y a l'antagonisme résultant des idées : c'est celui qui sépare les philosophes quêteurs de vérités nouvelles des ministres d'une religion, quelle qu'elle soit, qui a posé une limite infranchissable à ce que l'humanité doit apprendre. Ainsi, et presque partout, vous rencontrez la rivalité haineuse du soldat et du citoyen qui ne l'est pas. Mais sans vouloir poursuivre dans tous ses aspects ces mille causes de division et d'animosité qui font, comme je l'ai dit, que la société vit dans un perpétuel état d'escarmouche, cherchons si la colère de madame de Favières ne venait point de l'une de ces rivalités de classes plus communes qu'on ne pense. Pour me faire comprendre, j'ai besoin de quelques explications, je les commence tout de suite. La grande ambition des femmes, c'est d'être aimées. Lorsqu'une femme est née noble, belle, riche , et assez passablement spirituelle pour qu'on lui ait dit souvent qu'elle était supérieure, elle entre dans la vie avec la confiance Ja plus extrême. Quel cœur pourra lui résister, quel hommage lui faillir ? Elle cherche en vain quelle rivalité peut venitf troubler la quiétude de son triomphe le jour où elle se sera donné la peine d'accepter la main d'un vaincu. Sans doute le inonde où elle vit peut renfermer des femmes de sa valeur, et elle se tient en garde contre celles-là. Mais, en dehors de ce cercle, elle n'imagine pas de femmes qui puissent lutter avec elle. Cette femme sait peut-être par quelques récits que de très-grands seignetfrs ont dévoré leur fortune et compromis leur nom avec des filles d'Opéra. Mais ces exemples sont mis par elle au rang de ces originalités qui font qu'un homme se ruine à faire courir des chevaux ou à entasser des curiosités. Une fille d'Opéra, pour une grande dame, est une fantaisie coûteuse comme celle des tableaux ou celle des petits ci liens. Elle ne se sent pas blessée dans son orgueil, parce qu'elle pense qu'un homme bien né ne dépense que son argent avec de pareilles créatures et que son cœur n'y entre pour rien. Mais, à côté de ces femmes, il s'est élevé, depuis quelque temps,

une classe à part que la femme d'en haut voudrait considérer comme un hochet dont s'amusent les hommes, mais qu'au fond elle redoute comme une puissance qui menace de la détrôner : celte classe, c'est celle des artistes.

Revenons à madame de Favières. Elle aimait son mari, elle en était fière. 11 était heau, spirituel, brave, élégant; elle lui avait donné tout son cœur, tout son esprit, et, dans les premiers temps de leur mariage, elle avait cru avoir tout le cœur et tout l'esprit de son mari. Mais bientôt elle s'était aperçue que l'esprit d'abord ne lui appartenait pas tout, non point dans les choses graves de la politique dont elle avait le bon sens de ne pas s'occuper, mais dans un certain ordre d'idées auquel elle se croyait le droit d'être admise. Madame de Favières était une femme trop bien élevée et d'une instruction trop convenable pour n'avoir pas sur toutes les choses de l'art des opinions formées; mais ces opinions, il faut le dire, étaient comme toutes les opinions apprises, des généralités vulgaires et ignorantes. 11 en résultait que, lorsque la conversation abordait de pareils sujets, elle fut très-étonnée de se trouver en dissentiment avec son mari. Louise ne comprenait pas que, lorsqu'elle était de l'opinion de tout le monde en fait de peinture, de musique ou de littérature, elle excitât chez Amable un sourire qui, malgré sa retenue, voulait parfaitement dire qu'elle parlait de choses auxquelles elle n'entendait rien. Alors elle 1 ecoutait et s'étonnait du mépris qu'il faisait de certaines renommées, de l'indignation qu'il éprouvait contre certains succès, et de son enthousiasme pour des noms inconnus, pour des œuvres généralement bafouées. Il faut une grande supériorité et un grand courage pour avoir une opinion contraire à celle de tout le monde, en fait d'art surtout, quand on l'attaque par le ridicule. Mais il faut uny supériorité et un courage encore plus grands pour qu'en pareille circonstance une femme se range de l'opinion de son mari: car, pour elle, c'est ajouter au ridicule de cette opinion le ridicule d'obéir à son seigneur et maître. Madame de Favières resta don : ans la vulgarité de ses jugements. Elle avait de l'esprit et voulait faire prévaloir sa façon de voir. Il en résulta des discussions qu' Amable ne voulut point soutenir. Dès que sa femme s'aventurait dans le domaine des arts, il se renfermait dans un silence qui laissait voir trop aisément un léger dédain. Louise, irritée, le poursuivait en vain. Soit indifférence, soit qu'il ne voulût it faire de conversion, le marquis, poussé à bout, se conten-

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tait toujours de répondre : « Nous ne pourrions nous comprendre. » Mais la retenue qu'il avait vis-à-vis de sa femme, M. de Favières ne la gardait pas envers tout le monde; alors madame de Favières écoutait, alors elle voyait clairement qu'il y avait un Dieu inconnu pour elle et auquel Aniable vouait la plus large part de ses adorations. Ce dieu inconnu, c'était l'art. Mais ce dieu a ses prêtres ; ces prêtres, ce sont les artistes; et nul homme n'est profondément religieux s'il n'accorde son respect aux prêtres du dieu qu'il adore. Ainsi M. de Favières avait pour certains artistes des admirations passionnées qui stupéfiaient sa femme. Parmi ces artistes se trouvait Sophie Minot, cantatrice et pianiste. Pour madame de Favières, chanter et jouer du piano était un métier qu'on fait avec plus ou moins d'habileté ; pour M. de Favières, c'était une magnifique expression d'un sentiment profond ou d'une large pensée. Les enthousiasmes de M. de Favières irritaient Louise par cela seul qu'elle ne les comprenait pas. Mais ces enthousiasmes lui parurent bien autrement ridicules et coupables lorsqu'elle apprit enfin à qui ils s'adressaient. Elle demanda si souvent quelle était celte artiste d'un talent si supérieur qu'on appelait Sophie Minot, qu'une de ses bonnes amies finit par lui répondre prima: « Qu'elle passait pour avoir été la maîtresse de M. de Favières.» A ce primo, toute la jalousie de madame de Favières se révolta, et, comme toutes les femmes exigeantes, elle trouva qu'elle avait été trahie, même avant d'être connue d'Amable : ceci est exactement vrai. La plupart des femmes seraient très-(âchées d'épouser un homme de trente ans qui en serait à sa première passion : elles croiraient se donner à un niais, et, cependant, elles ne lui pardonnent pas les aventures qu'il peut avoir eues avant de les connaître, dès que ces aventures ont un nom propre. Il est donc facile de concevoir la colère de madame de Favières en apprenant que mademoiselle Sophie Minot, l'artiste admirée, avail été la maîtresse de son mari. Le cœur souffrit beaucoup de cette découverte. Mais le cœur pardonne, tandis qu'il y a dans la nature humaine un côté implacable : c'est celui de l'orgueil, et l'orgueil de madame de Favières fut horriblement blessé par un secundo qui arriva presque aussitôt. Le voici : «Secundo, disait-on, mademoiselle Minot n'avait été nullement la maîtresse de M. de Favières. Ni la fortune, ni la grâce, ni l'esprit, ni la passion du marquis n'avaient pu triompher de la vertu de l'artiste ; et ce qu'il y avait de plus incroyable, assurait-on, c'est que M. de Favières,

emporté par sa passion, avait offert à mademoiselle Minot sa main, sa fortune, son titre, et que mademoiselle Minot les avait refusés nettement. » Ceia peut paraître invraisemblable, mais cela n'en est pas moins vrai. Madame de Favières pâlit de rage à cette révélation. Elle aurait pu pardonner à Sophie d'avoir aimé son mari et d'en avoir été aimée, elle aurait pu ne pas faire un crime à Amable d'avoir éprouvé un amour qu'elle eût considéré comme un caprice passager ; mais elle ne put se faire à la pensée d'avoir accepté comme un bonheur, comme un triomphe, la main d'un homme qui avait été refusé par mademoiselle Sophie Minot. Il y avait donc une femme, une femme de rien qui avait dédaigné celui dont elle était si fière; Amable n'était venu à elle qu'après avoir été repoussé par une femme de rien ; on l'avait choisie à défaut d'une autre. Non-seulement Louise n'avait pas les premiers battements du cœur de son mari, mais elle n'avait pas môme eu ce premier grand et sérieux sentiment qui fait qu'un homme donne à une femme son nom, son honneur, sa vie. Le coup fut terrible, la douleur profonde, la colère cruelle, et, ce qui en redoubla l'intensité, c'est qu'elle demeura muette. En effet, dès le premier jour, elle rêva une vengeance.

Madame de Favières était une femme trop bien élevée pour ne pas savoir mentir, elle était trop sèche pour ne pas être maîtresse d'elle même : elle put donc combiner sa vengeance et la poursuivre lentement. Ce n'était pas une tête sans capacité, un esprit sans volonté, que celui de Louise ; et la meilleure preuve qu'elle en pût donner, c'est qu'elle cacha à tous les yeux sa colère et ses projets, c'est qu'elle ne se hâta point dans l'exécution du plan qu'elle s'était fait. Peu à peu , et sans qu'on pût accuser ses nouvelles opinions d'être un parti pris aveuglément , elle essaya de parler dans le même sens qu'Air.able; elle s'y trompait quelquefois, mais Favières , ravi de cette conversion qu'il croyait devoir à l'amour plus encore qu'aux lumières dont s'était éclairé l'esprit de sa femme, Favières, disons-nous, l'encouragea dans cette nouvelle voie et s'imagina avoir initié sa femme aux mystères de sa religion parce qu'elle acceptait sans résistance toutes les croyances qu'il lui voulait donner. Madame de Favières ne daigna pas s'occuper une seule fois de la valeur des opinions qu'elle acceptait, elle marchait froidement à son but, qui était de persuader à son mari qu'elle était digne de comprendre aussi ces grands artistes, ces natures élevées, ces esprits supérieurs qu'il proclamait les

rois du monde moderne. Une fois arrivée là, madame de Favières n'eut pas grand' peine à faire comprendre à Amable qu'il devait ouvrir son salon à ce monde d'artistes dont elle et lui faisaient un si grand cas. Le marquis, dont cette proposition flattait les goûts et les souvenirs, accueillit ce projet avec empressement, et la maison de monsieur de Favières passait déjà pour offrir une charmante hospitalité aux artistes, que rien n'avait encore révélé à Amable que sa femme jouait une comédie. Souvent elle l'avait prié d'attirer chez elle la belle Sophie Minot; mais Amable, sans se douter que sa femme eût aucune connaissance de ses anciennes relations avec l'artiste, avait adroitement écarté toute occasion offerte au monde de faire quelques plaisanteries à ce sujet. D'ailleurs, comme on a pu le voir, il avait gardé pour Sophie un reste de passion qu'il n'eût peut-être pas suffisamment caché.

Ce fut après un hiver passé au milieu de ce monde, tout nouveau pour madame de Favières, qu'elle rencontra Sophie Minot aux bains de Boulogne, et près de Sophie, ce Lucien Deville, jeune poëte qui commençait une révélation dans la littérature. Ce fut cet enfant naïf que madame de Favières condamna à servir ses projets. 11 est' inutile de dire par quels moyens elle avait amené Lucien à celte passion désordonnée, qui le rendait ingrat et cruel envers celle qui l'avait sauvé et à laquelle il avait juré un culte éternel. 11 faut le dire, les amours des poètes sont presque toujours un démenti donné à leurs œuvres. Pour qui les a observés sam désir d'en faire des dieux, sans envie de les tourner en ridicule, cette contradiction entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font s'explique assez naturellement. Le poëte vit presque toujours par sa pensée au delà du monde réel qui l'entoure, il s'adresse presque toujours à des êtres de sa création qu'il façonne à sa fantaisie et auxquels il impose les sentiments capricieux de son imaginalion. Cette habitude de l'esprit et du cœur ne s'arrête pas malheureusement aux personnages d'une œuvre poétique, elle se prend aux individus qui se mêlent à la vie réelle du poëte. Prenons par exemple les deux grandes passions de Lucien Deville.

La première s'était adressée à Denise, la fille d'une portière. Si Lucien ne l'avait considérée que sous cet aspect, comme l'eût fait à sa place tout homme positif, il aurait pu reconnaître le dévouement et les bonnes qualités de cette charmante fille, mais elle n'en fût pas moins demeurée Denise Laurençot, assez grossièrement élevée, rude dans sa bonté, brutale dans sa parole,

portière enfin. Il n'en fut pas ainsi pour Lucien : Denise devint l'ange sauveur de sa vie, l'âme supérieure qui l'avait deviné. En présence des bons sentiments de ce cœur candide, il aurait trouvé honteux de s'apercevoir de quelques défauts de caractère ou plutôt d'éducation. Il ne pensa qu'à ce noble dévouement, qu'à cette piété virginale , qu'à cet amour absolu qu'il avait rencontré si heureusement. 11 en fit l'idole de ses rêves, et, ne pouvant lui reconnaître dans le présent toutes les grâces parfaites qu'il lui désirait, il les lui supposa dans un avenir rapproché; il la vit comme il la voulait; il l'aima comme il la vit alors, et commença ce qu'il appelait la révélation de cet ange inconnu au monde, il l'épousa. Pauvre fou! il l'adorait encore qu'il avait déjà eu à souffrir des vices de cette éducation qu'il croyait si faciles à extirper. Denise fut quelquefois violente et plus souvent ridicule. Or, on ne peut guère nier que le plus mortel ennemi de l'amour ne soit le ridicule. Lucien souffrit d'abord sans se plaindre; puis vinrent les remontrances, d'abord bien accueillies, mais bientôt aigrement repoussées lorsqu'elles s'adressèrent à tous les actes de la vie. Voici comment raisonnait Denise : « Ne suis-je pas bonne, douce, » vigilante, économe, dévouée, pleine de tendresse et de soins? » Peut-on élever un soupçon sur ma conduite, sur mon amour, » sur mon dévouement? Non certes : j'ai donc toutes les qualités » qui constituent l'honnête femme et la femme dévouée. Cela ne » vaut-il pas un peu d'indulgence pour quelques légers défauts de » prononciation et pour quelques mots qui ne sont pas dans le » dictionnaire des puristes? Qu'est-ce donc que la vertu, si elle ne » vaut pas au moins cela? » Denise avait raison selon la morale, mais elle se trompait selon le monde, qui est bien autrement fait que la morale. Sa raillerie (celle du monde) sapa tout doucement dans le cœur de Lucien la reconnaissance, l'orgueil factice, mais honnête, qu'il tirait des vertus de Denise. Lucien l'aimait encore, mais il ne la mettait plus en montre comme une conquête qu'il avait faite sur l'ignorance où Denise était plongée, il commençait à la cacher. Ce fut Sophie Minot, qui, la première, lui fit honte de sa lâcheté. La liaison de Sophie et de Lucien était une de ces amitiés franches et enthousiastes qui s'établissent en vingtquatre heures entre artistes pour durer éternellement. Ce sont là les mystères des âmes poétiques : c'est par des liens inaperçus qu'ils s'attachentles uns aux autres, c'est par une intelligence sympathique de la grandeur et de In délicatesse do l'art qu'ils se sen-

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tent bien vivre, et seulement ensemble. Que la rivalité, le succès, ou toute autre raison les désunisse souvent , c'est malheureusement trop vrai; mais, demandez-le à l'intimité de leur pensée, les grands artistes ne se sentent dignement compris que les uns par les autres. Or, Lucien comprenait Sophie, et Sophie avait deviné Lucien : ils s'aimaient comme frères. Que le monde eût jeté ses propos sur cette intimité qu'il ne comprenait pas, que Denise eût eu des velléités de jalousie que les allures franches de Sophie calmaient rapidement, c'est ce qui n'était pas douteux. Toutefois, malgré les petits chagrins de Deville, son bonheur et son amour étaient encore les plus forts, lorsque arriva ce voyage à Boulogne dont nous avons parlé et durant lequel il fut présenté par Amable, qu'il voyait assez souvent dans les ateliers des grands artistes, à sa femme la belle Louise de Favières.

Ce fut là ce qui commença ce second amour factice que nous avons vu éclater si cruellement contre l'infortunée Denise. De même que l'imagination de Lucien avait prêté à la fille de la portière les grâces et l'élégance qui manquaient à la noblesse de ses sentiments, de même il avait prêté à la grâce et à l'élégance de !a marquise l'âme qui lui manquait tout à fait. Il avait voulu faire monter de la foule jusqu'à lui l'ange méconnu qu'il avait découvert, et maintenant il voulait faire descendre de la hauteur de l'aristocratie jusqu'à lui l'ange qui l'avait distingué. Quoique bercé sur des sentiments creux, cet amour pour madame de Favières était sincère, ardent, passionné, comme avait été celui que Lucien avait éprouvé pour Denise. C'était une autre idole qu'il avait élevée aux rêves de son âme, et cette idole, il y croyait avec la foi d'un cœur chaste; car c'est encore là une des bizarreries du cœur des poêles que la bonne foi de leurs trahisons et l'enthousiasme de leurs infamies.

J'ai dit, je crois, que madame de Favières avait choisi Lucien comme victime d'un projet de vengeance; mais je ne pense pas avoir assez dit jusqu'à quel point elle avait porté la haine pour cette espèce de gens qui, sans être rien qu'eux-mêmes, remplissent le monde de leur nom, qu'on regarde s'ilj paraissent, qu'on cherche s'ils sont absents, qu'on déchire, mais qu'on admire, qui s'imposenl aux plus dédaigneux, ne fût-ce que par la colère qu'ils leur inspirent. Madame de Favières était insolente et ambitieuse; le désir d'être une reine de salon et le regret de n'y pas arriver l'avaient aveuglée au point tle lui faire concevoir l'horrible projet

qu'elle exécuta dans la soirée où nous avons laissé Lucien se rendre en compagnie de Sophie Minot.

Maintenant que nous avons l'ait comprendre la position respective des personnages de cette scène, nous allons la raconter.

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