‹ Confession généraleChapitre 31 sur 62 · A UN AUTRE · texte numérisé non relu

A UN AUTRE

Fabien était venu à Rennes pour y commencer son droit, lorsque déjà Poyer achevait ses études. Autant celles de Poyer avaient été

tardives, autant celles de Fabien commençaient de bonne heure. C'est que leur nature morale était aussi dissemblable que leur nature physique. La vivacité de l'intelligence, la promptitude de la conception, la puissance de la mémoire étaient le partage de Fabien, comme toutes les qualités d'agilité et de force corporelle étaient celles de Poyer. Ils se trouvèrent donc concurremment à Rennes, étudiants tous deux, malgré une assez grande différence d'âge. Quoique dans le peu de paroles que nous avons rapportées de Fabien on ait vu qu'il n'était guère moins querelleur et disposé à la bataille que les autres, il faut dire que ces défauts tenaient bien plus aux habitudes de ceux avec lesquels il vivait qu'à sa propre nature. Fabien était un de ces enfants gâtés par l'éducation qu'ils reçoivent d'une femme. Opiniâtres et capricieux parce qu'on a cédé sans cesse à leurs opiniâtretés et à leurs caprices, ils ont aussi de ces heures de caresse et de charme où ils obtiennent tout ce qu'ils veulent en se faisant humbles et soumis. Enfin, pour nous servir d'un mot qu'on a tort de laisser dans le dictionnaire du peuple, Fabien était câlin autant qu'on peut l'être. Lorsqu'il voulait avoir quelque chose de quelqu'un, il allait, pour ainsi dire, se poser sous sa main, s'y frotter et y faire des minauderies comme un jeune chat. Du reste, entier dans ses volontés et luttant à force ouverte lorsqu'il n'avait pu réussir par la douceur flatteuse de ses prières , moqueur et confiant, faisant bien jeune encore le procès à la vérité de tous les sentiments humains, et destiné par cela même à être le plus dupe des hommes, il raillait la foi des autres, et était lui-même d'une crédulité admirable. La surveillance active de Poyer, chez la mère duquel il avait été élevé, avait longtemps préservé Fabien des excès auxquels ses camarades eussent voulu l'entraîner; mais cette protection de Poyer n'avait pu épargner à Fabien le sort réservé à tous les nouveaux étudiants. Comme tous, il avait été essayé. Poyer lui-même n'eût pas voulu soustraire son protégé à cette épreuve; mais, lorsque Poyer fut témoin du premier et unique duel de Fabien, on put remarquer sur son visage une altération qui ne s'y était jamais montrée; et, lorsque Fabien eut blessé son adversaire, Poyer l'embrassa avec un transport de joie extraordinaire. L'adversaire de Fabien était un camarade de Poyer, et l'un des témoins dil à celui-ci :

— Diable ! qu'aurais-tu donc fait si c'était lui qui eût attrapé la blessure ?

— Si c'eût été lui, reprit Poyer, oh 1...

11 s'arrêta, et reprit :

— En tout cas, il a bien fait de se faire blesser, l'autre, car je l'aurais tué comme un chien s'il avait touché à Fabien.

Ce jeune homme passa quelques mois à Rennes, vivant fort studieusement et très-retiré, logeant dans le même hôtel que Valvins et Poyer, mais ignorant jusqu'à l'existence de Carmélite.

La mère Leleu, qui continuait à venir tous les dimanches chez les étudiants, avait pris sa nouvelle pratique en amitié ; il était si gentil, si propre, si bien mis , il faisait tant d'honneur à une chemise bien repassée, et il s'y connaissait si bien ! Elle ne faisait antre chose que de parler à Carmélite de ce charmant petit jeune homme, et celle-ci, sans toutefois s'en occuper, en parlait souvent endisant que la vieillefemmeétaitamoureusedupetitjeunehomme. Un des grands principes de la mère Leleu, qui avait presque toujours chez elle des ouvrières jeunes et jolies, était d'interdire l'entrée de sa maison aux étudiants, qui faisaient toute sa clientèle; aussi Poyer, que le hasard y avait amené une fois, n'y avait plus remis les pieds. Mais il n'était pas venu une fois dans la pensée de la vieille femme que Fabien, cet enfant de quinze ans, en apparence si timide et si chétif, dût être exclu de chez elle comme les autres, si par hasard il s'y présentait. Or la mère Leleu l'y amena, et il y retourna ensuite de lui-même. Voici comment :

Poyer, en écartant Fabien des orgies et des tapages licencieux auxquels il prenait part malgré sa liaison avec Carmélite^ laissait à Fabien la liberté de presque toutes ses soirées, et le jeune homme restait le plus souvent dans sa chambre et se plaignait de s'y ennuyer. Poyer n'y faisait pas autrement attention, croyant faire assez s'il écartait Fabien de la fréquentation des cafés et des coulisses. Il lui inventait le plus qu'il pouvait des occupations, mais il ne continuait pas moins à le laisser seul. On était en hiver et au mois de décembre ; un réveillon de premier ordre avait été organisé à la Baraque, restaurant fameux alors dans la ville de Rennes. Valvins avait voulu y conduire Fabien, mais Poyer s'y était opposé.

— Dieu sait comment ça finira I avait-il dit, et je ne me soucie pas qu'il se mette au régime par lequel nous passerons ; il n'est ni assez fort ni assez âgé pour cela, et puis ma bonne femme de mère ne me le pardonnerait pas, s'il en devenait malade ou autre chose.

Valvins n'insista pas, et Fabien dépité déclara qu'il n'avait be-

soiQ de personne pour s'amuser et qu'il s'amuserait bien sans eux.

— Avise-t'en! lui dit Poyer.

— Eh bien I après, que me feras- tu? dit Tenfant mutin.

— A toi rien , mais ceux qui t'entraîneront auront affaire à moi, voilà tout, tu peux le leur dire de ma part.

Fabien était resté dans sa chambre, enragé de cette tutelle qui lui déplaisait, mais à laquelle il n'osait se soustraire. 11 jurait de sa petite voix flûtée comme un charretier embourbé , lorsque la mère Leleu entra chez lui et apprit la cause de cette colère.

La vieille blanchisseuse était femme en ce point qu'elle commençait tout d'abord à prendre part contre toute volonté masculine ; elle trouva que M. Poyer était un tyran , et elle proposa à Fabien de venir faire le réveillon avec elle dans une maison où elle allait. Sans doute il n'était pas du goût de Fabien de se mêler à la compagnie de la mère Leleu, mais en allant où elle voulait l'emmener, ce qui plaisait surtout au jeune étudiant était de pouvoir dire le lendemain à Poyer : « J'ai passé la nuit à réveillonner. -*• Avec qui? aurait dit Poyer. — Cherche , » eût répondu Fabien. Et, pour cette seule raison de vanité, il accepta.

— Hé bien! lui dit la vieille, ce soir, à onze heures, dans la rue de la Préfecture, n® 9, vous demanderez M. Pipot, c'est mon neveu... un honnête homme qui est établi... allez, monsieur Fabien, il n'y a pas de déshonneur.

Ceci convenu, la vieille alla chez le neveu et leur annonça l'arrivée d'un nouveau convive extraordinaire. Au mot «étudiant,» le maître de la maison se révolta, mais la Leleu lui expliqua que ce n'élait qu'un pauvre enfant abandonné et qui n'avait pas les vices de ses camarades. Et le menuisier voulut bien lui accorder l'hospitalité de son réveillon.

— Ah ! dit une jeune fille de la réunion, est-ce ce petit si gentil qui est toujours avec M. Poyer?

— Oui, dit la mère Leleu, ce pauvre orphelin qui a été élevé par madame Poyer et qu'on laisse ici abandonné comme un petit saint Jean.

— Il a l'air tout drôle, dirent les jeunes filles ; tant mieux! il nous chantera des romances.

Où diable les femmes prennent-elles ces soudaines illuminations? aucune ne savait que Fabien chantait des romances, mais elles avaient deviné qu'il devait chanter des romances. Carmélite était de la réunion, et, bien qu'elle fût peut-être la moins curieuse

de toutes les filles qui s'y trouvaient, elle ne fut pas fâchée de voir ce jeune homme qui tenait sans doute par quelque lien secret à la famille de Poyer.

Bientôt Fabien arriva. Les hommes le mesurèrent du regard ; mais , en le voyant si jeune et si timide , ils n'en prirent aucun ombrage et le livrèrent sans crainte aux agaceries des jeunes filles, comme une poupée dont elles pourraient s'amuser. Les jeux de ces demoiselles étaient rudes, et , lorsqu'elles eurent fait accepter à Fabien une main chaude , elles trouvèrent fort drôle de meurtrir les mains blanches du petit jeune homme de toute la force de leurs grosses mains. Fabien supporta courageusement la plaisanterie; mais, comme on désirait la prolonger, on s'arrangeait de manière à ce qu'il ne pût jamais deviner. Carmélite eut pitié de lui, et, rayant frappé légèrement, elle lui montra si coquettement ses belles mains de princesse qu'il vit bien qu'il n'y avait que cette peau délicate qui eût pu le toucher si gracieusement. Il fallut alors que Carmélite se mît à genoux et cachât sa tête sur le giron de la mère Leleu. Fabien avait remarqué combien celle qui l'avait délivré de son supplice était belle et distinguée, et il n'eût osé la regarder longtemps en face; mais, lorsqu'elle fut à genoux, cette posture, qui dessinait la finesse et la splendeur de ce corps souple et vigoureux , appela son regard et le retint longtemps. Il admiï*ait cette main pure et gracieuse qu'on ne ménageait pas plus que la sienne, il eût voulu la baiser, et il tremblait ^l'idée de la toucher; il l'osa cependant, mais si doucement qu'avant de se tourner Carmélite avait reconnu cette peau douce comme la sienne. Lorsqu'elle jeta les yeux sur lui, il était si rouge ^t si embarrassé qu'elle en fut tout à fait persuadée. Elle eût bien voulu ne pas faire subir de nouveau au gentil étudiant le supplice auquel il avait été déjà soumis , mais elle ne put résister au désir do lui montrer qu'elle savait qui l'avait ainsi ménagée. Elle le désigna donc , mais en déclarant ce jeu ennuyeux et en proposant do danser aux chansons. Là comme ailleurs, Fabien fut sacrifié à ^a joie de tous; quand c'était son tour, selon les lois de la ronde, d'embrasser une fille de la danse , elle s'y refusait avec une rigueur qui ne ménageait pas l'étudiant. Carméhte eût bien voulu y consentir, mais elle ne l'osa pas sans se défendre , et , comme *^ l'avait poursuivie dans un coin, elle lui dit tout bas : — Ne m'embrassez pas, les autres m'en voudraient. Tout enfant qu'il était, Fabien compj^ifckL^consentement que

ce mot exprimait, et il cessa la poursuite. Enfin le souper vint, et, grâce à la mèra Leleu , Fabien se trouva près de Carmélite. La table était étroite et les convives nombreux, on était sur des bancs et point sur des chaises; il n'y avait pas par conséquent de vide qui séparât les convives les uns des autres , et Fabien passa toute une heure pressé contre Carmélite. Ne pensez pas que le contact de cette femme arrivât aux sens de Fabien, ce n'est pas à seize ans que Ton désire le plus ; Fabien était heureux , de quoi ? il n'eût pu le dire ; mais une flamme électrique partie de cette femme arrivait à son cœur et le bouleversait; il était si heureux qu'il paraissait triste. Carmélite elle-même n'avait pas compris le charme dont elle dominait ce jeune homme , et elle lui dit doucement :

— Vous vous ennuyez ici, monsieur?

— Moi? dit Fabien, oh non je suis content...

Sa voix était si altérée quand il répondit ainsi, que Carmélite le regarda ; Fabien eût voulu prendre la main de Carmélite pour la mettre sur son cœur, mais il n'osa lui parler.

— Qu'a-t-il? se demanda Carmélite.

Elle qui ne connaissait que l'amour impérieux et terrible de Poyer, ne pouvait s'imaginer que ce trouble craintif fût aussi de l'amour; mais, quoi qu'elle en eût, elle finit par s'apercevoir de la domination qu'elle exerçait sur cet enfant; et, comme nous avons dit qu'il avait au plus haut degré cette douce càlinerie qui fait sourire et flatte celle qui en est l'objet, Carmélite, qui était dominée par Poyer, rêva qu'il y avait quelque charme aussi à dominer à son tour. Fabien., avec cette forme d'esprit que la nature 1^ avait donnée, avait facilement appris de Carmélite qui elle était et ce qu'elle faisait tous les jours.

Le lendemain il allait et venait autour de la maison de la mère Leleu, et, plus hardi que Poyer, il osait y entrer en se faisant uu prétexte de quelque ordre à donner à la vieille blanchisseuse , et, plus habile encore que hardi, ^il persuadait à la bonne femme qu'il lui était bien reconnaissant de la charmante soirée qu'elle lui avait fait passer, tout cela sans parler de Carmélite, sans lui avoir adressé autre chose qu'un salut très-froid ; et, comme on était en plein hiver, il demanda la permission de se réchauffer un peu; et, au bout d'un «quart d'heure, il faisait croire à la mère Leleu que sa conversation était instructive et amusante , que sa société lui plaisait fort, et que, s'il osait, il lui demanderait la permission de venir de temps en temps causer avec elle et lui demander des

conseils. La vieille y consentit, et à peine fut-il parti qu'elle s*écria, tandis que Carmélite s'étonnait du chemin que le petit bonhomme avait -fait en si peu de temps :

— C'est une bénédiction du bon Dieu , que les bonnes idées qu'a ce jeune homme , et assurément je le recevrai tant qu'il voudra, car toutes les fois qu'il sera ici, ce sera autant qu'il ne passera pas avec les garnements d'étudiants.

Carmélite ne répondit pas, et la mère Leleu reprit :

— Tu sais qu'ils ont tout cassé la nuit dernière à la Baraque, et que, si M. Poyer n'a pas été arrêté, c'est parce qu'il a sauté par ime fenêtre.

Carmélite ignorait la conduite de Poyer, et, comme elle ne prononçait jamais son nom, il fallait ce hasard pour la lui apprendre. La pensée que l'amour qu'il avait pour elle ne le détournait pas de ses mauvaises habitudes l'empêcha de penser à ce qu'elle avait supposé du projet de Fabien, et elle fut toute à une crainte grave sur l'avenir d'un amour si peu puissant. Or, le lendemain, quand Fabien revint, elle lui voulut faire raconter ce que faisaient les autres étudiants, et elle laissa échapper le nom de Poyer. Fabien aimait trop son ami pour n'en pas faire l'éloge, même à des indifférents, et Carmélite lui sut bon gré de lui avoir ôté une crainte du coBur. Autant l'amour qu'elle avait conçu pour Poyer avait été brusque et envahissant, autant le plaisir qu'elle prenait à voir tous les jours cet enfant tremblant et soumis devint pour elle un besoin sans qu'elle s'en aperçût. Il arrivait le soir tout gelé , tout grebttant, et Carmélite, tout apitoyée sur lui, pressait ses mains dans les siennes pour les réchauffer. Et puis, quelle différence entre les Soirées de travail où elle restait seule avec la mère Leleu et celles où était Fabien I Elle s'amusait à lui faire faire tout ce qui lui passait par la tête ; il allait chercher le charbon, il l'allumait ; il rangeait le linge. Un soir, elle voulut le faire repasser, et il repassa. Mais, pour tout cela, il fallait bien lui donner quelque chose : tantôt, c'était une petite fleur qu'elle avait portée, puis le velours de sa croix d'or, et il adorait si saintement ces douces reliques, ce bel enfant, qu'on ne pouvait guère les lui refuser. Or, il advint que Fabien manqua trois jours à venir; on s'en inquiéta, mais, quand il reparut, on le reçut mal et duremeny il était de ceux avec qui les femmes jouent l'autorité. Mais que Carmélite se repentit de sa cruauté lorsqu'elle le vit pâle, grelottant la fièvre ! et il était venu malgré cela au risque de se rendre plus malade,

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au risque de mourir I Oh ! il y avait bien plus d'amour que dans tout ce que pouvait faire Poyer, lui, dont le corps de fer n*élait altéré par aucun excès. Pauvre enfant I on l'assit, on le réchauffa, et, comme il était sur une chaise basse, assis près de Carmélite, sa tôte brûlée de fièvre s'affaissa et tomba sur les genoux de la jeune fille, qui l'y regarda dormir. Puis, quand, quelques jours après, on exigea quelque chose de lui, il demanda pour récompense d'appuyer sa tête sur ses genoux, comme lorsqu'il était malade ; mais cette fois, ce n^était pas pour dormir. Ainsi posé, il regardait Carmélite, et, comme elle souriait à ce regard, il lui prit la main et la posa sur son cœur et ferma les yeux : elle l'y laissa.

— Merci, lui dit-il.

Et il y avait dans ce mot une extase de bonheur si suave, bI léger, si gracieux, que Carmélite eut honte un moment en pensant au terrible bonheur de celui à qui elle s'était donnée. Dès ce moment, sans le croire, elle l'aima d'autant plus facilement, qu'elle ne le supposa pas un moment redoutable ; il lui semblait non pas une rivalité, mais une consolation de Tamour de Poyer. Et cependanty cet enfant gagnait chaque jour une faveur, il demandait i étrangement les choses les plus étranges, et il y arrivait si doucement quand on les lui redisait, qu'on ne savait comment s'en défendre; et cependant, il eût été bien facile de l'arrêter, le moindre mot sévère, le moindre geste le tenait en respect; mais, il souffrait tant alors, qu'on lui pardonnait à la condition qu'il ne reconamenceralt plus... et il recommençait. Toutefois, il eût été difficile qu'avec l'inexpérience et la timidité de cet enfant, les torts de Carmélite vis-à-vis de Poyer eussent été complets; car, assez faible pour se laisser prendre, elle n'était pas assez passionnée pour se donner. Le hasard la perdit.

Un soir que la mère Leleu était sortie pendant un froid rigoureux, la chaumière était exactement close. Carmélite, qui avait allumé une assez grande quantité de charbon, se sentit fortement indisposée, elle pâlit, se trouva mal, et n'eut que la force de se traîner jusqu'au lit de la mère Leleu. Fabien ouvrit les fenêtres, la fraîcheur de l'air eut bientôt dissipé cette espèce d'abattement soudain. Carmélite, en revenant à elle, se trouva couchée sur le lit, et vil assis près d'elle FaJ|ien, qui avait posé sa main sur son cœur. Elte le regarda, il était pâle et bouleversé, elle se rappela quel cri il avait poussé en la voyant pâlir, quel effroi il avait éprouvé. Alors, en le voyant ainsi près d'elle, les yeux avidement fixés sur son

ige, elle lui fut reconnaissante d'une si tendre alarme i et| ssant dans ses mains la main qui était sur son cœur, attachant lui des yeux languissants, elle lui répéta ce mot^ a merci^ » il lui avait dit le premier. Longtemps, tous deux, ignorant t^être ce qu'il y a d'enivrement dans le regard^ quel fluide lant court dans ce rayon qui part des yeux et arrive aux yeux* restèrent immobiles à se regarder : aspirant Tun l'autre cette lière indécise d'un œil amoureux, ils se sentaient emportés s un vague indicible, ils frissonnaient; la tête de Fabien se rba sur celle de Carmélite ; un baiser, le premier que cet enfant donné et reçu, le fit homme, et Carmélite, éperdue, cédant à Qotion vague et voilée dans laquelle flottait son âme, se livra s combat, ivre d'un amour qui ne la soumettait pas^ mais elle était heureuse de ressentir.

3e fut au réveil de cette ivresse qu'elle s'épouvanta de ce elle avait fait et qu'elle osa avouer à Fabien qu'elle avait trahi ir lui l'homme qui devait Tépouser, Poyer. Fabien l'apprit, et )ien ne bondit pas de colère, il ne pensa qu'à garder et à parer furtivement le bien qu'il avait volé. C'est que ce n'était pas 3 âme de cette rude trempe qui fait entrer la dignité de l'homme is les droits de l'amour; c'était un de ces cœurs faciles qui ivent être jaloux s'ils pensent qu'on peut les remplacer, mais i ne s'alarment pas qu'on les ait précédés* Ce sont ceux qui 3eQt une femme, qui la méprisent et qui peuvent l'aimer en la iprisant, quoiqu'ils ne se rendent pas compte de ce sentimenté ar Fabien, Poyer était comme le mari de Carmélite, et il trom* it le mari, voilà tout* Sur cent hommes* il y en a quatre-vingtt qui acceptent cette position ; Fabien l'accepta. Ce qu'elle lui ûta, il serait difficile de le dire : jamais esclave ne fut plus misét)le. On lui marquait ses heures, son jour; oii Faccueillait mal, le raillait; mais enfin, on était à lui, parce que Carmélite n'eût 5 refuser, malgré la honte qu'elle en éprouvait quelquefois, ce 'elle avait une fois donné dans un moment d'erreur, car elle limait pas Fabien. Celui qu'elle aimait c*était Poyer, parce que yer était l'homme de cette femme, celui qui la dominait, qui lui tnmandait, qui lui faisait peur ; et en même temps, elle ne pouit se séparer de Fabien, à qui elle imposait to«te la tyrannie de Il caractère. Lui aussi, il avait promis de Pépouser; mais à son eune telle promesse était plus qu'illusoire ; et eût-âl pu la tenir, îner une âme faible comme celle de Fabien à une pareille réso-

lution, cela n*eût point satisfait Carmélite. La conquête qu'elle voulait c'était Poyer, le beau Poyer, le terrible étudiant; car celui-là était assez fort pour faire respecter la plus extrême faiblesse qu'il eût pu commettre. Les choses étaient ainsi depuis trois mois au moment où ce récit a commencé. Maintenant que Ton connaît tous les antécédents de cette histoire, nous pouvons la continuer et dire ce qui se passa entre Valvins et Fabien, qui venait d'entrer dans la chambre de son ami.

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