SECRET
A peine Fabien sut-il ce qu'il voulait apprendre, qu'il quitta ladame Proserpine et se rendit au café où se trouvaient tous ses imarades. Le punch était en train, et il fut reçu par un triple tint de joie. Toutefois, quelque effort qu'il fît pour se mettre à unisson, Valvins remarqua son air soucieux; mais il l'attribua au -pitde ne pas avoir réussi près de madame Proserpine. Quant à ^yer, la tristesse de Fabien lui avait donné beaucoup d'humeur, ^n point contre lui, mais contre madame Proserpine, qu'il trouvait >Uverainement impertinente de ne pas s'être estimée trop heu- 'Use de se mettre à la disposition du petit jeune homme. Gepen- ^t Fabien avait attendu patiemment l'heure où tout le monde se 'tirait, et, tandis que Valvins et Poyer marchaient en avant, il ^''ait retenu Charles Joulu : il lui apprit qu'il voulait se battre le Qdemain avec un officier de la garnison et qu'il le priait de accompagner chez cet officier. Bien qu'une pareille proposition tune bonne nouvelle pour le batailleur Joulu, cependant il étonna que Fabien l'eût choisi au lieu de s'adresser à Poyer ou à Uvins ; et, lorsque Fabien lui donna rendez-vous pour le lendeain au matin afin de se rendre au Ghamp-de-Mars, où l'on devait ncontrer l'officier en question et le provoquer, Joulu lui dit :
— Mais ce n'est donc pas une querelle qui a eu lieu entre toi et i?
— Non, dit Fabien, c'est une querelle que je veux lui chercher.
— Et à propos de quoi ?
— Parce qu'il me déplaît.
282 CONFESSION GENEPALE.
— Ce n*est pas unp raison.
— Plus d'une fois c*en a été une suffisante pour toi.
— C'est possible, dit Joulu, mais ce qui est une bonne raison pour une mauvaise tête n'est pc^s une bonne raison pour ua
témoin, et je ne l'accpîppagnerai pas^.
— Ah ça, dit Fabien, est-ce que tu te moques de moi ?
— Pas le moins du monde ; mais c'est bien différent de se battre ou de laisser battre quelqu'un. Quand ça me regarde, je n'y mets pas tant de façons ; mais, quand je suis témoin, je veux savoir pourquoi on se bat.
Quelque étrange que paraisse cette distinction, elle est cependant un des traits distinctifs des caractères les plus querelleurs. Ainsi Charles Joulu, devenu tout à copp prudent et réservé pour le compte d'un autre, ne se laissait point persuader par Fabien qui persistait à ne pas lui dire le motif de la querelle qu'il voulait faire à cet ûlpcier.
— Mais enfin, qui est-ce ? li^i demanda Joi|lu après une assez longue discussion,
— Eh pardieu ! lui répondit Fabien, précisément celui qui ^^ tant déplu ; le muscadin à tilbury,
— Ah I fit Charles, inais tu oublies que Yalvins l'a recomqiandéi
— A-t-il recommandé de nous laisser insulter par lui?
— Il t'a donc insulté ?
Fabien, qui venait de dire le (contraire, se contenta de répop^f^ •
— Voyons, veux-tu veqir, oqi oq non ? Si tu as peur, j'eji choisirai un autre.
— C'est comme ça? dit Joulu, je serai chez toi demain, et, a ça te va, nous ferons la partie carrée.
Auti^itôt Fabien s'éloigna et essaya de rattraper Poyer et Valvins ; mais son explication avait été si longue, que, lorsqu'il arriva chez lui, Val vins et Poyer étaient rentrés depuis longtempSf Fabien alla écouter à leurs portes pour savoir s'ils causaient de lui, mais il entendit Poyer sifflant gaiement dans sa chambre, tandis que le silence le plus absolu régnait dans celle de Valvins. Fabien se retira furtivement chez lui, craignant une explication avec Poyer. 11 se coucha dans l'espoir que le sommeil chasserait la préoccupation que lui donnait l'attente du lendemain ; mais il n'était pas de cette nature puissante de Poyer qui accomplissait sans effort les plus dangereuses résolutions et sur qui elles n'avaient point de prise. Fabien ne put dormir, non qu'il eût peur, mais
rce que chez lui le courage était plus dans l'esprit que cjans la nstitution, et que l'esprit préoccupé d'un acte si important ne arait s'endormir. Cependant quelques heures s'étaient passées ns cette fatigante insomnie ; Fabien commençait à céder it ce mmeil fiévreux et inquiet qui unit dans une sorte de rêve éveillé 5 pensées dues aux choses réelles qui arrivent jusqu'aux sens ; lui semblait être sur le terrain avec le lieutenant Lesly; ils allaient
battre au pistolet, le lieutenant tirait, mais, par une étrange insform^tion de ce rêve, il lui sembla voir Poyer tomber mort à
place. Fabien s'éveilla tout d'un coup. En effet, un bruit violent ait retenti près de lui; il écouta et entendit des pas qui grayisient l'escalier ; il reconnut quç c'était la porte de la rue qui venait être chassée avec force ^t que c'était ss^ns doute un des habitants 5 la maison qui rentrait. Ces pas se dirigèrent du côté de sa lambre , et bientôt il entendit frapper à sa porte. Fabien avait si îu la conscience de son état de veille, qu'il s'imagina avoir dormi us qu'il ne pensait et qu'il crut que le matin était venu et que -tait Charles Joulu qui venait au rendez-vous. Ce fut Yalvins qui itra dans l'obscurité.
"-:- Quelle heure est-il donc ? dit Fabien.
— Deux heures du matin.
r- Ah ! 4it le jeune étudiant,, c'est toi, Yalvins ? qu'est-ce que as donc à courir la nuit comme un loup garou ? tu as donc juré : De pas me laisser dormir ?
— Est-ce que tu dors? lui dit Valvins.
— Il me semble que je n'ai rien de mieux à faire.
— Tu m'as ouvert trop vite, dit Valvins, tu n§ doripais pas ; âst quelque chose au moips quand on médite upp mauv$ti§Q tion.
"*- Ah çal s'écria Fabien, t'imagines-t|i que je souffrirai longttips 1^ ton que tu prends avec moi?
— Si tu en souffrais, cela vaudrait mieux? mais ce n'est p^s ton sur, c'est ta vanité qu'il blesse, et à ce compte tu le souffriras, itends-tu ?
En parlant ainsi, VaWins avait allumé une chandelle, et Fabien lui purent se voir. Le visage de Valvins avait une si sérieuse pression de chagrin, qu'il imposa à Fabien.
— Eh bien ! dit celui-ci, qu'y a-t-il , que se passe-t-il, que tu ss l'air si bouleversé î
— Il se passe, dit Valvins, que je sais toute
Fabien haussa les épaules, et repartit en ricanant :
— C'est ainsi que commencent les lettres qu'on écrit à sa maîtresse quand on ne sait rien et qu'on veut apprendre quelque chose.
— Tu crois? reprit Valvins; eh bien, j'ai vu ce soir madame Proserpine, et je sors de chez Charles Joulu.
Fabien fit un mouvement d'impatience, mais, au lieu de répondre, il se jeta dans son lit, et, s'enveloppant dans sa couverture, il tourna le dos à Valvins; mais celui-ci n'en tint compte, et reprit d'un ton d'autorité :
— Tu comprends bien que tu ne te battras pas demain ?
— Laisse-moi dormir, dit Fabien, ce sont mes affaires, je ne me mêle pas des tiennes, je ferai ce qui me conviendra.
— Vrai? dit Valvins, et cela sans prendre garde à tout le mal qui peut en résulter?
— Et quel mal en résultera-t-il? je tuerai ce monsieur ou il me tuera, cela ne regarde que moi.
— EtPoyer?
— Eh bien I Foyer, qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans?
— Tu lui diras donc la cause de la querelle que tu vas chercher au marquis de Lesly ? ,
— Il me semble, dit Fabien, qu'il y est aussi intéressé que moi.
— Alors laisse-le la vider, si jamais il apprend la vérité.
— Tu me prends donc pour un lâche, de me faire une pareille proposition ?
— C'est parce que je te crois quelque honneur que je te la fais. Que Foyer apprenne qu'il a été trompé par Carmélite avec le lieutenant Lesly et qu'il se batte avec lui, c'est tout simple, et peutêtre oubliera-t-il alors cette misérable fille, et ce sera un grand bonheur; mais que Foyer apprenne que Carmélite l'avait déjà trompé avec toi, ce serait horrible. j
— Si ce n'est que ça, dit Fabien, il y a assez de moyens de chercher querelle à un homme, et je te promets que le nom de Carmélite ne sera pas prononcé dans tout ceci.
Valvins sembla hésiter, et Fabien s'imaginait l'avoir convaincu. Cependant son ami se promenait activement dans la chambre, murmurant entre ses dents :
— Mais ce n'est pas possible, ce n'est pas possible I
Le jeune étudiant, craignant d'engager de nouveau une discus-
n où il croyait avoir triomphé, ne semblait pas entendre les irdes exclamations de Valvins. Enfin celui-ci, poussé par un itiment interne tout-puissant, se tourna vers Fabien et lui dit 3C force :
— Écoute, Fabien, tu sais si je mens, tu sais si je suis homme conseiller une démarche indigne à qui que ce soit, à dire une ose fausse?
— Tout le monde te connaît; pourquoi me dis-tu cela? répon- Fabien.
— Parce que j*ai besoin que tu croies à ce que je vais te dire.
— Je ne demande pas mieux, repartit l'étudiant.
— Eh bien, reprit Valvins, je te donne ma parole d'honneur le tu ne peux te battre avec M. de Lesly.
— Pourquoi? ne viens-tu pas de me dire que Poyer le pouvait?
— Ne comprends-tu pas, reprit Valvins, que Charles, par :emple, puisse se battre avec Poyer et que tu ne le puisses pas?
— Je ne le puis pas, c'est possible, dit Fabien avec humeur, lisque j'ai mangé le pain de sa mère, mais je ne connais point
de Lesly.
— Allons, s'écria Valvîps vivement, il faut en finir; tu ne veux în croire et rien entendre, Fabien ; tu me forces à dire ce que vais juré de taire toute ma vie, surtout à toi... Eh bien! écouten donc, et après, si tu ne fais pas exactement tout ce que je te 'ai, je te déclare le plus ingrat et le plus lâche des hommes.
A ce mot Fabien se redressa sur son lit, mais Valvins lui répont froidement :
— Ne fais pas le rodomont, Fabien, tout cela ne peut servir à în ici, et je te le pardonne, car tu as été élevé dans un pays où
courage du duel passe pour le premier de tous; mais il est mps que tu apprennes que c'est le plus misérable et le plus inue dans la vie. Ecoute-moi donc... Il y a dix-huit ans, le marquis ' Lesly, père du lieutenant, venait de rentrer en France. Il était us le poids d'une condamnation de mof t, comme ayant pris part l'insurrection de la Vendée, et par des motifs de haine particu- •re de la part d'un des directeurs qui gouvernaient la France, sa 'marche était des plus dangereuses. Il n'était pas douteux que, l était découvert, il serait exécuté. Le marquis s'était confié à i de ses amis, et celui-ci lui avait offert un asile dans sa maison, ït ami, c'était le père de Poyer, c'était le vicomte Poyer de Berûs de Caradec.
Fabien, à qui le commencement de ce récit avait inspiré peu d'intérêt, se pencha vers Valvins qui continua rapidement :
— L'asile qui avait été offert à M. de Lesly était à l'abri de tout soupçon, car, comme tu dois le savoir, M. Poyer père, ayant épousé une simple ouvrière, avait été renié par sa noble famille. Il en était résulté qu'à l'époque de la révolution il en avait adopté les principes, et, comme bien longtemps auparavant il avait renoncé à son titre de vicomte et à ses noms de Berbins et de Caradec, il passait pour un des meilleurs patriotes qui eussent donné l'exemple du mépris des titres. Personne n'aurait donc osé supposer qu'un émigré eût pu trouver asile chez le citoyen Foyer, à moins d'indices très-graves, et ces indices, il ne fallait pas les donner. Pour cela, M. Poyer, malgré la présence du marquis dans sa maison, ne changea rien à sa manière de vivre. Il passait toute la journée à la chasse, laissant le marquis tout seul avec sa femme, caché dans un cabinet au fond de leur appartement. Tu es trop jeune, Fabien, pour comprendre le danger qu'il peut y avoir pour une femme jeune, belle, charmante, à rester ainsi de longues heures en tête-à-tête avec un homme qui avait appris dans les cours les plus corrompues de l'Europe l'art d'endormir la conscience des femmes et d'exciter leur vanité et leurs désirs. Toujours est-il que deux mois n'étaient pas passés, que madame Poyer avait cédé aux séductions de M. de Lesly.
— Ah! fit Fabien d'un air d'indignation.
Valvins lui jeta un si souverain regard de mépris, cjue Fabien s*arrôta à cette exclamation.
— Sur qui entends-tu jeter le blâme? lui dit-il amèrement.
— Sur celle qui trahissait ses devoirs.
Valvins ne put retenir un mouvement de colère et de dégoût.
— Bien! lui dit-il, tu ne mens pas à ta nature, tu la blâmes, toi qu'elle a nourri 1 Toi ! Ah ! Fabien, tu me fais peur; prends garde, mais écoute jusqu'au bout. Si M. Poyer ne se lassait pas de l'hospitalité dangereuse qu'il donnait à M. de Lesly, celui-ci se fatiguait de la solitude où il vivait. La femme qui lui avait paru une distraction convenable pour passer la journée l'ennuyait de ses craintes, surtout de ses remords. Il insinua à M. Poyer le désir où il était de reprendre son exil ou d'aller solliciter sa grâce luimême, au risque de se perdre; mais Poyer ne savait pas faire les choses à demi, il se chargea d'obtenir cette grâce, et, pour cela, il partit lui-même pour Paris. Il y resta près de huit mois
avant de pouvoir faire rayer le marquis de la liste fatale. Enfin, le jour même et à l'heure où il venait d'obtenir cette radiation, il monta en voiture, partit et arriva à sa maison sans avoir fait annoncer son arrivée. Sais-tu ce qu'il y trouva? Sa femme si^r un lit de mort et son ami parti. Ce qui se passa entre M. Poyer et sa femme fut un secret pour tout le monde, mais je puis te le dire, moi. Quand ils furent seuls, cette malheureuse femme se roula mourante au bas de son lit, pour se mettre à genoux devant son mari et lui avouer sa faute. Tu connais les Poyer, tu sais la violence du sang qui coule dans leurs veines. M. Poyer leva un pistolet sur sa femme, mais tu connais aussi le noble instinct de protection de cette famille ; un enfant de six ans était dans cette chambre et se plaça à la gueule du pistolet en criant :
— Ne tuez pas maman, elle a tant pleuré 1...
Celui qui parlait ainsi est devenu le noble jeune homme qui dort près d'ici et que tu as si lâchement trahi. Cela donna à M. Poyer le temps de regarder sa femme; alors, en la voyant si maigre, si pâle, si mourante, elle, si belle, si forte, si vivante autrefois, il comprit qu'il y avait plus de malheur que de crime dans cette faute, et il lui pardonna. Mais il ne pardonna pas à M. de Lesly et le fit chercher partout. La seule chose qu'il put découvrir, c'est qu'un mois avant son arrivée, un enfant avait été déposé chez un paysan du village voisin avec une assez forte somme d'argent. Sa vengeance lui échappait. Cependant le désespoir était entré dans cette maison. M. Poyer, déjà habitué à des excès de table qui n'avaient point de danger lorsqu'il se livrait perpétuellement à Texeréice violent de la chasse, M. Poyer, pour tuer la pensée qui l'obsédait sans cesse, se laissa aller à la funeste habitude d'éteindre ses souvenirs dans l'ivresse, et un jour il mourut frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante, et avant de pouvoir léguer sa vengeance à son fils alors âgé de neuf ans.
— Quoi! s'écria Fabien , Poyer ignore le nom de l'iûfâme qui a déshonoré sa mère ?
— Oui ; car, tout le temps que M. de Lesly resta au château, l'enfant ne le vit jamais, et son nom ne fut point prononcé devant lui.
— Mais md, je le sais, s'écria Fabien, et le fils me rendra compte du crime de son père I
— Mais tu ne compi-ends donc rien? s'écria ValvinS ; niais cet enfant élevé dans une cabane et admis , depuis la mort de M* Poyer, dans la famille, comme un orphelin recueilli par charité...
— Quoi ! s'écrija Fabien.
— Comprends-tu maintenant pourquoi tu ne peux te battre avec ton frère Melchior de Lesly ? pourquoi tu as été infâme de tromper Poyer, ton frère, qui sait qui tu es, et qui ne peut se venger de toi^ Comprends-tu maintenant?
Fabien était anéanti. Valvins profita de ce premier moment de trouble pour lui dire :
— Et à présent il faut absolument faire ce que je vais te prescrire. Tu partiras demain aa matin pour aller près de ta mère. Tula connais maintenant. J'excuserai ton absence près de Poyer. Charles Joulu, prévenu par moi, ne viendra pas. Pendant ion absence je verrai le lieutenant, j*éloignerai Poyer, je préviendrai une rencontre sanglante, je ferai partir aussi Carmélite. M. de Lesly y consentira, je le connais; c'est un noble jeune homme. Eh bien I y consens-tu, réponds ?
— Soit, dit Fabien. Oh! elle, Carmélite !... ajouta-t-il en serrant •le poing.
— Elle a du sang de catin dans les veines, comme toi du sang d*égoïste. Hypocrite , elle n'a pas menti à sa race ; prends garde (le ne pas mentir à la tienne I
— Oh ! dit Fabien , emporté par un bon élan de jeunesse, oh ! non, Valvins, je te le jure, je ne serai pas ce que tu penses.
— Dieu le veuille ! dit Valvins Voilà quatre heures qui sonnent; à sept heures Poyer doit sortir ; dès qu'il ne sera plus ici, tu partiras, c'est convenu.
— C'est convenu, dit Fabien.
Ils se séparèrent. Valvins croyait avoir tout arrangé pour le mieux, mais il était écrit que tous les soins de Valvins seraient inutiles.
A cet endroit du récit dont Valvins faisait la lecture, Noël l'arrêta d'un air particulier et lui dit :
— Mais comment avais-tu appris un secret que Poyer lui-mto ignorait ?
— Par un moyen bien simple , reprit Valvins. Je connaissais M. de Lesly depuis longtemps ; un matin il vint me voir et me raconta comment son père l'avait chargé de retrouver un enfant qu'il avait abandonné dans un village dont il n'avait pu lui dire le nom. Mais M. de Lesly n'avait pas craint de confier à son fils le nom de' la mère de cet enfant, et, coriime j'avais déjà reçu la confidence de Poyer et le serment qu'il avait fait de punir le sédiic-
leur de sa mère, si jamais il pouvait parvenir à le découvrir, j'avais arrêté les démarches de mon ancien lieutenant.
— Ah! fit Noël, ton ancien lieutenant! tu as donc servi sous ses ordres?
Valvins regarda Noël en souriant et lui dit :
— Non, il avait servi sous les miens.
Noël regarda Valvins à son tour et reprit :
— Écoute, Valvins ; je t'ai rencontré à Poitiers, et nous nous sommes liés sans que jamais je t'aie demandé qui tu étais; mais aujourd'hui que la décision de ma vie peut dépendre de ce que lu m'as dit, de la révélation que tu vas me faire , maintenant que je t'ai entendu parler d'association secrète, je veux savoir , avant d'aller plus loin, qui tu es et qui me conseille.
Valvins posa près de lui le manuscrit qu'il tenait, et, en prenant un autre, il lui dit :
— Voici l'histoire de ma vie, elle t'apprendra à connaître la femme à qui est attaché l'un des hommes auxquels ta mère t'a adressé, ce baron de Gabarrou, intendant de cette noble princesse. Je te le laisse, lis-le, tu y trouveras aussi l'histoire de Lucien ; puis, lorsque j'aurai achevé de te lire le manuscrit que je viens d'interrompre, tu sauras tout le secret de notre association, et je crois que tu ne refuseras pas d'y entrer.
Valvins et Henri quittèrent Noël, étourdi, abîmé de toutes les aventures de cette journée et des étranges choses qu'il venait d'apprendre. Cependant, après une heure de réflexion, il se décida à ouvrir le manuscrit que lui avait confié Valvins, et voici ce qu'il lut :