‹ Confession généraleChapitre 34 sur 62 · UNE DUÈGNE DE PROVINCE · texte numérisé non relu

UNE DUÈGNE DE PROVINCE

Le lendemain de son arrivée à Rennes, Melchior de Lesly. comme tous les officiers de son régiment, avait été faire la reconnaissance dés ressources de plaisir que pouvîûl fournir la ville de Rennes. La première de ces reconnaissances et la plus facile fut poussée au théâtre. C'était un grand jour pour la troupe chantante et parlante des actrices. En effet, le départ de l'ancien régiment avait laissé la plupart de ces dames sur le pavé, et il s'agissait pour elles de nouveaux engagements ; il ne faut pas entendre par ce mot les engagements sur papier timbré, passés entre elles et le directeur, mais d'engagements non écrits, et dont les appointements étaient bien autrement importants à leurs yeux que ceux qu'elles allaient toucher chez le caissier, qui, selon les règles d'une bonne administration théâtrale, ne payait pas toujours. Indépendamment de ce fonds d'existence supplémentaire qui allait se décider dans deux ou trois soirées, les intérêts d'amour-propre étaient mis en jeu. Celle qui n'avait été que la pensionnaire d'un capitaine pouvait passer au grade de chef de bataillon, tandis que la colonelle était menacée de descendre jusqu'à un sous-lieutenant. Ce fut donc une très-belle représentation que celle à laquelle assistaient en masse les officiers du nouveau régiment. Les robes étaient aussi blanches que possible, quelques-unes môme sortaient

i chez la couturière. La soirée fut bonne pour le coiffeur à qui m donna en cachette bon nombre de petits écus non-seulement )ur être bien coiffée, mais pour que les rivales fussent coiffées de avers. «Ce serait drôle, disait la dugazon corset, qui était fort tde, mais qui avait de très-beaux cheveux, si pendant la reprémlation le peigne de madame Saint-Phar venait à tomber et détalait toutes ses fausses nattes, de manière à la laisser avec sa luvre petite queue de rat ! » [Madame Saint-Pharétait la chanteuse roulades de l'endroit et qui passait pour jolie.) Le coiffeur com- ^enait l^insinuation, mais en habile Talleyrand il se contentait i sourire avec approbation sans rien promettre ni rien refuser, il recevait le petit écu.

— Gomment coiffez- vous Sainte-Luce? disait madame Saintlaren parlant de la dugazon corset.

— Je crois qu'elle se fera coiffer à l'anglaise avec ses grands leveux.

^- Ahl fit la chanteuse à roulades, elle fait bien, ça cache le eux de ses joues ; mais comme ses cheveux ne tiennent pas longmps la frisure, si vous ne les serrez pas beaucoup, au second 'te tout ça pendra comme des ficelles, et elle aura l'air d'un nen noyé.

Et le coiffeur souriait encore et empochait encore, mais c'était 1 galant homme, et il ne se crut payé que pour faire de son lieux. La calvitie de madame Saint-Phar fut trèâ-habilement issimulée, et les beaux cheveux de madame Sainte-Luce furent Bveloppés dans tout leur luxe abondant. 11 en fut de même pour ►us les emplois, de façon qu'au moment du lever du rideau toute troupe fut sous les armes dans la meilleure tenue. La représention fut belle et animée, les entr'actes bruyants et pleins de laudes discussions; chacun prenait parti et laissait voir ses prérences. Cependant, au milieu de l'un des groupes où se débattait ivenir de madame Saint-Phar et de madame Sainte-Luce, le plus vial et le plus tapageur des lieutenants restait muet, écoutant un air moqueur les projets furibonds des plus entreprenants, un de ces messieurs lui dit :

— Mais loi, Melchior, qui as-tu choisi de ces deux dames? Lesly n'eut pas le temps de répondre, car un de ses camarades

prit aussitôt :

— En effet, tu ne dis rien, et tu as un petit air moqueur et fat. st-ce que par hasard tu ferais le sournois et que tu viendrais

écouter nos plans de campagne pour les déjouer en dessous? je ne te reconnaîtrais pas à ce Irait, Lesly.

— Tuas raison, répondit Melchior d*un ton très-content de ,kii-niême, je ne demande que le combat au soleil ; mais, comme je n'ai envie d'aller sur les brisées de personne, j'écoute, voilà

tOttt.

— Est-ce que tu es pour la petite amoureuse ?

— Non.

— Pour la soubrette?

— Non.

— Pour la seconde chanteuse?

— Non.

— Pour rutilité ?

— Non.

— Alors, s'écria un des assistants, tu as choisi la duègne?

— Juste, dit Lesly.

— Bah ! madame Maricot? s'écria-t-on de tous côtés.

— Madame Maricot.

Tout le monde regarda Melchior d'un aîr soupçonneux, et ron se demanda dans quel dessein l'élégant lieutenant faisait cette plaisanterie.

— Est-ce que madame Maricot a une fille ou une nièce qui n'est point au théâtre et que Lesly a découverte?

Des informations furent prises, et on apprit que madame Maricot n'avait qu'elle à vendre. Aussi, pendant le reste de la représentation fut-elle curieusement examinée : c'était peut-être, se dîra-t-on, une jolie femme, assez bien grimée et accoutrée pour avoir trompé tous les regards. Hélas 1 non ; il n'y avait pas la moindre supercherie, ses rides appartenaient en propre à madame Maricot, et l'énormité de ses appas antérieurs et postérieurs n'avait aucun gonflement artificiel. Cependant Lesly ne se déconcerta point des rires qui bourdonnaient autour de lui, et à plusieurs reprises il témoigna à la digne madame Maricot la préférence qu'il accordait à sa personne. La duègne s'en aperçut, ses camarades aussi, et, comme le fait paraissait incroyable à tout le monde, on essaya de s'amuser dans les coulisses aux dépens de la bonne femme. On savait déjà que son admirateur était le marquis de Lesly, le plus beau, le plus riche, le plus galant des officiers du régiment ; on adressa à madame Maricot mille compliuîents moqueurs, et, contre sa coutume, la duègne, au lieu d'y répondre

1* quelque verte repartie, se laissa accabler et prit un air sou- Hix et rêveur. La chose, remarquée, courut le théâtre, et, en 3ins d'une minute, tout le monde en riait, depuis le régisseur squ'au garçon d'accessoires. On entrait dans le foyer pour voir adame Maricot prise d'une passion subite et langoureuse ; mais t le ne bougeait pas, elle tenait les yeux attentivement fixés devant le ; on la croyait devenue folle, et pourtant madame Maricot ||s- i it pour une femme d'esprit, très-retirée des vanités de ce moSte* :fort adonnée à la passion des serins et des petits chiens. Toufois l'étonnement fut à son comble dans la salle et dans les coures lorsque , durant le dernier acte de la pièce où elle jouait» 1 la vit intrépidement lancer une œillade au marquis, œillade qui )ul£iit dire incontestablement :

— Est-ce bien à moi que vous en voulez?

Mais ce grand étonnement arriva à un cpmble encore plus élevé uand on vit le marquis répondre par une autre œillade accom- ^gnée d'un petit mouvement de tête qui signifiait aussi très->claiîment :

■^ Oui, c'est à vous.

Ce petit événement fit le plus grand tort aux autres prétendants ' la troupe. On s'occupa tellement de la singulière plaisanterie - Lesly, que personne ne pensa à s'occuper de lui-même. Le arquis fut raillé, interrogé, mais on n'en put rien tirer que ce lOt :

■-* Je vous donne ma parole de ne jamais parler à aucune femme ^théâtre, excepté à madame Maricot.

Cet engagement ne fit qu'accroître la curiosité, mais elle se ouva bridée par un mot de Melchior :

•— Messieurs, dit-il à ses camarades, je vous ai donné ma parole î ne vous disputer le cœur d'aucune de ces dames, je vous demande vôtre de me laisser libre dans mes amours avec madame Maricot de ne les gêner ni de les espionner en rien.

L'engagement fut pris, et, à partir de ce jour, on ne vit plus le arquis au théâtre que de temps en temps et lorsqu'il accompaîait par hasard une des nobles familles de la ville, près descelles il avait été introduit. Quant à la duègne, sa vie était empiétement changée; elle avait quitté le misérable entresol où le logeait en garni à douze francs par mois, et s'était établie dans ^e charmante petite maison à un quart de lieue de la ville, où un ^triolet de louage à ses ordres la conduisait. Dès lors on sut à

quoi s'en tenir sur le choix de Lesly ; madame Marîcot occupait ostensiblement une maison où se rendait sans doute en cachette quelque grande dame de la ville; on eût bien voulu la connaître, mais les officiers avaient donné leur parole de ne point chercher à apprendre quelque chose, et les autres personnes intéressées à î s'informer n'avaient guère le temps d'espionner; d'ailleurs tout - cela resta enfermé dans les entretiens de quelques officiers et de % Œ|Pques comédiennes, et, comme au bout de quinze jours oq ne '^icracouvrit rien, on ne s'en occupa plus. Mais ce qui était un mystère pour tout le monde ne le devait pas être pour madame Proserpine. En effet, de toutes ses anciennes liaisons de théâtre, elle n'ivait conservé que la vieille amitié de madame Maricot, laquelle avait jadis guidé les premiers pas de Paméla hors de la danse, lorsqu'elles étaient toutes deux à Bordeaux. Madame Maricot était venue voir madame Proserpine, et l'étonnement fut égal des deux parts. La duègne trouva la maîtresse de pension pimpante et rajustée et lui en fit compliment à sa manière , c'est-à-dire qu'elle supputa que, pour un célibataire, madame Proserpine valait encore bien une petite pension de douze cents francs par an. Madame Proserpine trouva la duègne toute rappropriée et lui demanda qui elle avait vendu pour toutes ses nippes neuves.

— Venez me voir, lui avait dit madame Maricot, je vous conterai tout cela à ma maison de campagne.

En parlant ainsi, elle examina très-attentivement madame Proserpine et ajouta avec un accent qui fit rougir madame Guillot :

— Et qui sait ?

— Allons donc! fit madame Proserpine avec une moue assez satisfaite.

— Bah I ma chère, ce n'est pas pour rien que tu t'es remise à la toilette.

— J'aime quelqu'un, dit madame Proserpine.

— Pauvre femme I fît la duègne.

Et, après un nouveau silence, elle ajouta :

— Bah I ça n'empêche pas, viens me voir, nous causerons.

Madame Proserpine y alla en effet : elle trouva une petite maison fort propre, fort bien tenue, et n'eut pas besoin de grandes explications lorsque la duègne, après lui avoir montré lepreoiie'"' l'emmena au second en lui disant : Viens dans ma chambre. Pw^ que la maîtresse apparente de la maison logeait au second, il y avait donc des habitants pour le premier. Le récit suivant eo

CONFESSION GÉNÉRALE. 2m

instruisit madame Proserpine; laissons parler madame Maricot, et Dieu nous garde d'altérer en rien sa narration I

— Imagine-toi, ma chère, que j'avais''bien compris à ses lorgneries que le beau sous-lieutenant avait quelque chose à n;e demander. Ça me rendit soucieuse, parce que j'avais peur de me tromper. Dans cette vieille ville de Rennes, il n'y a que la garnison qui donne, et, comme les officiers n'ont guère d'argent qu'à leurs épaulettes, ils font d'ordinaire leurs commissions eux-mêmes pour ne pas doubler les frais. Cependant j'appris que j'avais affaire au marquis de Lesly, un jeune homme riche ; je me rassurai. Nous nous entendîmes à l'œil, et le surlendemain je le vis entrer avec le jour. Je m'étais apprêtée et j'allais lui demander à laîjuelle de ces dames il en voulait. Mais c'est un gaillard qui sait son affaire et avec qui je fis une bêtise de me mettre en frais. Au bout d'une minute ou deux il me coupa la parole et me dit tranquillement :

« — Vous allez déménager, madame Maricot ; vous occuperez tout près de la Prévalée une petite maison qui est meublée et que vous allez louer à votre nom ; voici de l'argent, je vous abandonne le second et je me réserve le premier.

» — Et après? lui dis-je.

» — Après , j'irai vous voir et je vous donnerai mes dernières instructions. Que tout cela soit fait demain au plus tard ; vous aiu'ez pour vous servir Philopœmen, un nègre que je vous prête.

» — Comment, m'écriai-je, un nègre pour femme de chambre!

» — Philopœmen est un gaillard qui ne vous regardera pas si vous le lui défendez ; c'est la discrétion en personne et l'obéissance en peau noire ; d'ailleurs il est fort habitué au service des femmes.

» — C'est bon, et après ?

» — Après, j'irai vous voir dans deux jours, et tâchez d'être un peu mieux habillée.

» — C'est selon ce qu'il y là-dedans, lui dis-je un peu choquée de celte façon cavalière de recruter une femme de mon âge.

» — Il y a cinq cents francs.

» — Pour qui ? lui dis-je.

» — Pour vous, me dit-il.

» — La maison est donc à part?

» — Oui.

» — Et... »

11 me comprit et me répondit :

» — C*est mon affaire.

» Cinq cents francs sans partage, rien que pour les confidences, c'était admirable I Je pris la chose à cœur, car dans ce gueux de pays on n'a pas souvent pareille aubaine. Tu me connais, ma chère, tu sais si je suis expéditive! Le lendemain j'étais installée m avec le nègre Philopœmen.

— Et est-il aussi obéissant qu'on te l'a dit ? reprit madame Proserpîne.

— C'est un véritable esclave, ma chère, dit madame Maricot d'un air particulier; je crois que je lui dirais de monter au ciel, qu'il lèverait le pied pour essayer.

— C'est, du reste, un beau gaillard, dit madame Proserpine, qui avait aperçu en entrant l'étrange valet de son amie, espèce de nègre avec un profil grec.

— J'y ai bien pensé, reprit madame Maricot en clignant de l'œil, mais il ne faut pas se compromettre avec ses domestiques.

Madame Proserpine n'avait point pensé à la même chose que madame Maricot, et les larges épaules et les bras nerveux dePhilopœmen ne lui avaient semblé qu'une sécurité contre le danger d'une attaque dans une maison isolée. La réflexion morale et domestique de madame Maricot l'éclaira. Cependant celle-ci reprit son récit comme si elle venait de prononcer un aphorisme de haute sagesse :

— Je restai deux jours sans voir le marquis. Le troisième jour il vint avec le cabriolet qui depuis ce temps est à mon service; un de ses domestiques blancs apportait une malle qu'il laissa dans la chambre d'en bas. Devine un peu ce que contenait cette inalleî

Le ton dont cette question fut faite fit croire à madame Proserpine que ce devait être quelque chose dans le goût des mélodrames auxquels elle avait participé dans son temps, el d'^ répondit d'un air triomphant :

— C'était la Dulcinée du marquis, quelque belle jeune fille qu'i' avait enlevée.

— Pas du tout, ma chère, reprit madame Maricot d'un ton éclatant, c'était du linge sale.

— Du linge sale!

— Oui, ma chère, un tas de robes, de collerettes, tout linge de femme, neuf, mais chiffonné et sali exprès. Je regardai le marqu'S sans savoir ce que voulait dire cette plaisanterie; il était sérient comme tm orgue de cathédrale.

a — Vous allez faire blanchir tout cela, me dit-il, » — Moi ? est-ce que je sais savonner?

» — Philopœmen vous aidera, c'est un garçon qui s'entend à ut.

î) — Et après ? dis-je au marquis d*un ton assez rechigné. » — r Après, cela me regarde. Que tout cela soit fait demain 1 matin ! »

— J'avoue que je ne comprenais rien aux façons du marquis, ., si ce n'eût été le sac de cinq cents francs dont je ne pouvais is douter, j'aurais cru que c'était une mystification. J'obéis, ou iutôt je fis obéir Philopœmen, qui savonnait à cœur joie et en riant )mme un coffre; mais juge de mon étonnçment lorsque j'aperçus ii'à force de savonner ses mains étaient devenues plus blanches ne le linge I Oui, ma chère, c'était un faux nègre, un nègre ianc , le valet de chambre du lieutenant, le plus impertinent aujat que j'aie rencontré.

— Bah I dit madame Proserpine, est-ce qu'il a osé...?

*- Oui ! dit madame Maricot, oui, il a osé me dire que j'étais Qe vieille femme. Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Le lendemain le marquis arriva pendant que le linçe séchait dans Je trdin.

« — Maintenant, me dit-il, il faut faire repasser ça.

» — Est-ce que je connais des repasseuses?

» —J'en connais, moi, me dit-il. Écoute, vieille bobie, ajouta- -il ; à un demi-quart de lieue d'ici lu trouveras une vieille femme Ppelée la mère Leleu, tu lui diras que tu as besoin de faire repasser u linge, que tu es fort difficile , que tu veux que cela se fassq ^us tes yeux, que tu lui demandes sa meilleure ouvrière, et que, > par hasard elle pouvait t'envoyer une certaine fille appelée ^mélite et dont tu as entendu vanter l'habileté, tu la payeras >rt cher.

— Ah ! Carmélite I fit madame Proserpine, — - Est-ce que tu la connais ?

*- Ohî oui. Mais enfin c'est donc elle?

— Oui, c'est elle.

— Et ça n'a pas été long ?

— C'est-à-dire que je ne sais pas comment ça ^'est fait ; c'est 4e le marquis est un drôle d'original ! En effet, le jour où il n^e ûnna cette commission, je lui demandai qe qu'il falla^jt dire à la ^tite lorsqu'elle serait ici.

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» — C'est mon affaire, me répondit-il avec son imperturbable sang-froid.

— Je ne suis pas bégueule, reprit la Maricot; mais enfin, quand on se mêle d'une affaire, on aime à savoir où Ton va, et avec M. de Lesly mon métier était un véritable rôle d'automate ; ça me blessait dans mon amour-propre, et je fus sur le point de refuser; mais il me dit que tout ce linge était pour moi, et je fis encore ce sacrifice. Je vis la mère Leleu, et deux jours après la belle Carmélite était installée chez moi avec ses fers. Ce ne fut que le second jour que le marquis arriva. Il est joli homme, mais il ne fit pas d'effet ; la fille le trouva trop Parisien. Heureusement qu'il ne tenta rien ce jour-là, car je crois que la belle ne serait pas revenue le lendemain. Mais il y mit de la prudence et se conduisit en vrai rusé, il joua le soupirant timide ; il ne se vantait que d'une chose, c'était de sa fortune, et cela comme un homme qui ne sait qu'en faire et qui la donnerait volontiers à gaspiller à qui voudrait s'en charger.

— Mais enfin, dit madame Proserpine, comment en est-il arrivé à ses fins?

— Je ne puis pas te le dire. Je les laissais souvent seuls, et, quand je n'étais pas forcée de quitter la maison, ce gueux de Philopœmen me tenait si bonne compagnie que je ne pouvais pas écouter une parole derrière les portes ; mais je sais bien qu'un jour Carmélite arriva ici le visage bouleversé de colère et que le soir elle envoya dire chez son père qu'elle passait la nuit icii attendu que l'ouvrage la pressait et qu'elle veillerait trop tard pour rentrer. Je ne puis te dire ce qui se passa, car vers huit heures du ^oir, étant rentrée dans ma chambre pour y prendre quelque chose, j'entendis Philopœmen monter derrière moi et en un tour de clef je me trouvai enfermée dans ma chambre.

Nous arrêterons ici les confidences de madame Maricot, mais nous y ajouterons pour notre propre compte que ce fameux jour d'irritation où s'accomplit la reddition volontaire de Carmélite fut celui où Poyer, sommé par elle de s'expliquer sur sa promesse de mariage, lui avait fait croire par ses hésitations qu'il n'était pas très-décidé à tenir son serment. Ce fut de la part de Carmélite une résolution de colère qui la donna à M. de Lesly. D'un autre côté, elle ne voyait plus Fabien. Tout lui échappait donc, et, à défaut de cette fortune de nom et de position qu'elle avait espérée avec Poyer, elle voulait au moins s'assurer celle de l'argent. C'était donc

adame Maricot qui avait si bien instruit madame Proserpine. Ce cret, celle-ci Tavait gardé jusqu'au moment où le changement î Fabien à son égard lui fit soupçonner qu'il en était instruit, car ns cela elle eût été incapable de procéder par dénonciation. Le alheur qui en résulta n'en fut pas moins grand.

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