‹ Confessions d'un ouvrierChapitre 32 sur 45 · LE POT DE GIROFLEE · texte numérisé non relu

LE POT DE GIROFLEE

pâle at tremblante, me regardait sans rien dire. J'avais éclaté quand elle s'était efforcée de parler, et son silence augmenta ma colère ! Hors de moi, je saisis la fleur, cause première de ce débat, et je courais à la fenêtre pour la lancer dans la rue, quand un cri de Geneviève m'arrêta. La pauvre femme était près du berceau de l'enfant que je venais d'éveiller ; elle le pressait d'un bras contre sa poitrine, et son autre main était tendu vers moi.

Ne la brise pas, Pierre Henri, me dit-elle d'une voix que je n'oublierai jamais, c'est la fleur de notre anniversaire !

Je gardais la giroflée entre mes mains, hésitant sur ce que je devais faire. Je me rappellai alors que tous les ans, à pareille époque, Geneviève avait célébré la date de notre mariage par l'achat d'une de ces fleurs que ma mère cultivait au Bois-Riaut. A cette pensée, je sentis une secousse au dedans ; toute ma colère tomba d'un seul coup, il s'ouvrit comme une fontaine dans mon cœur. Geneviève courut aussitôt vers moi, et se jeta avec l'enfant dans mes bras.

Quand tout fut pardonné et oublié, nous nous mîmes à table pour le repas du soir. Ce qui venait de se passer avait empêché la femme de rien préparer ; je ne voulus point la laisser sortir pour remplacer ce qui nous manquait. Nous soupâmes gaiement avec du pain et des radis, la giroflée au milieu de la table et embaumant notre festin !

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