PARTIE H , LIVRE VII
On verra bientôt combien sont différents ceux du reste de ma vie. Les rappeler , c'est en renouveler l'amertume. Loin d'aigrir -celle de ma situation par ces tristes retours, je les écarte autant qu'il m'est possible , et souvent j'y réussis au point de ne les pouvoir plus retrouver au besoin. Cette facilité d'oublier les maux est une consolation que le ciel m'a ménagée dans ceux que le sort de voit un jour accumuler sur moi. Ma mémoire , qui me retrace uniquement les objets agréables, est l'heureux contre-poids démon imagination effarouchée, qui ne me fait prévoir que de cruels avenirs. '** r. Tous les papiers que j'avois rassemblés pour suppléer, a ma mémoire et me guider dans cette entreprise , passés en d'autres mains y ne rentreront plus dans les miennes. Je n'ai qu'un guide fidèle sur lequel je puisse compter ; c'est la chaîne deà sentiments qui ont marqué la succession de mon être , et dont l'impression ne s'efface point de mon cœur.»
Ces sentiments me rappelleront assez les événements qui les- ont faiftaaître , pour pouvoir me natter de les narrer fidèlement : et s'il se trouve quelque omission , quelque transposé . tion de faits ou 4e &tes , ce qui neflfrm avoir
4 LES COBFESSIOW.
hm qtfen.cfceaeB indifférentes et qui mfost iaift peu d'impression , il reste assea de mon»* méats de chaque fait pour le remettre aise* ment à sai place dans l'ordre de cens que^'aue rai marqués^
U y a cependant, et tres-heureusement * un intervalle de six k sept ans dont j'ai des ren* seignements surs dans, un recueil transcrit 4e lettres fondes originaux sont dansied mainstde M.- du PejroUé ^recueil , qui finit en 1760, comprend tout léntemps de monaéjoutfal'Ita* mitage .et de ma grande brouillerie avec mes soi-disant amis : époque mémorable dans / ma lie , et qui fat la source de tous mes autres malheur*. A. PégarÀ des lettres originales fk» récentes qui peuvent me rester , et qui sont en trèfrpetit nombre , au lieu de les transcrire k W suite di| recueil, trop volumineux .pour que je puisse espérer de le soustraine k la fi% gilance de mes Argus, je les transcrirai dans, cet écrit même , lorsqu'elles me paraîtront fournir quelque éclaircissement sur la vérité des faits , soit k mon afentage , soit k ma ehaiv. ge : car je n'ai pas. peur que le recteur oublie, que jet mis mes confessions , pour croire que; je Jais na£ apologie 5 mais , après l'exposition
PARTIE H , LIVRE VIL 5 4e mon projet-, il ne doit pas n ou plus s'attendre <jue je taise la vérité , lorsqu'elle parle en ma faveur.
Au reste , cette seconde partie n'a que cette^ .même vérité de commune avec la première , ni d'avantage sur elle que par l'importance des choses. A cela près , elle ne peut que. lui être inférieure en tout. J'écrivois la première avec plaisir , avec complaisance , a mon aise , à WOotten <m dans le château de Trie : tous les souvenirs que j'avois. a me* rappeler étoient autant pour moi de nouvelles jouissances. J'y rêvenois sans cesse avec un nouveau plaisir t ^t je pôuvois tourner mes descriptions sons gêne jusqu'à ce que j'en fusse content. Aujourdfhui ma mémoire et' ma têteaffoiblies me rendent presque incapable de tout travail , je ne mfoccape de oelui-ci que par force , et le cœw serré de détresse; H ne m'offre que malheurs , trahisons , perfidies , que souvenirs attristants et déchirants. Je voudrons pour tout au monde pouvoir ensevelir dans la nuit des temps ce que j'ai a dire-j et forcé de parler malgré moi > je suis réduit encore à me cacher , à ruser, à tâcher de donner le change , à m'avilir au* choses pour lesquelles j'étoisle
moins né .: les planchers sous lesquels je suis ont des jeux , les murs qui m'entourent ont des oreilles : environné d'espions et de surveillants malveillants et vigilants , inquiet $ distrait , je jette a la hâte et furtivement sur le^ papier quelques mots interrompus qu'à peine j'ai le temps de relire f encore moins, de corriger. Je sais que , malgré les barrières immenses qu'on entasse autour de mo^ Ton craint toujours que la vérité ne s'échappe par quelque fissure /Comment m'y prendre pour la, faire percer? Je le tente avec peu d'espoir de succès. Qu'on juge si c'est la de quoi faire des < tableaux agréables et leur donner un coloris bien attrayant. J'avertis donc ceux qui voudront commencer cette lecture que rien en la poursuivant ne peut les garantir de L'ennui , si ce n'est le désir d'achever, de connoître un nomme , et l'amour pur de la justice et de la vérité. •
Je me suis laissé , dans ma première partie , partant a regret pour Paris, déposantmon cœur aux Charmettes , y fondant mon dernier château en Espagne , projettant d'y rapporter un jour aux pieds de maman , rendue à elle-même , les trésors que jfcurois acquis, et comptant
PARTIE H , LIVRE VU. 7 sur mon systëwejjde musique comme sur une fortune assurée. *' ■* .
. Je m'arrêtai quelque fflfrs à Lyon polir y îfctr mes cqimojwncesj , pour m'y procurer
* Pari*, et pour s&vres do ^<4KUrie ^ue j'avois apnj4t;,Tou*;ie monde -m'y fit acej.madam^ fie. MaMy marquèrent -a m$ revoir.,, e$ rne^ donnèrent à di- • plusieurs ,£91$. Jftfis ojbeqfnx connaissance îc l'abbé] jlé Mably , ^miœ je Pavois déjà Jfaije avec ^abfc^cte Coj^jMjfr 4^ tous itoiept venus voir leur frè&. L'ahbjé de Hably me t donna $es lettres ^ur^ Paris > entre autres une .pour AL de ^onte^ellp , et «e^our le cornue 4e Gay lus .L'un et l'autre merfurent des CQ^oissanceSil|è8-agréables , surtout le prjBmier,;qui 4 jusqu^ sa mort, n'a point cessé de me marquer de jtaDiënveiUsaiçe, , eWe me donner, dans nos téte-a-tête^ desxonseils dont j'aurois dû mieux profiter.
'Je revis, M* Bordesfl avec leqvdL j'avois .depuis, long- temps fait copnoissanMVet qtû n'ayo^t souvent obligé , de très-grand çœur. En * çtte occasion je le retrouvai toujours le même. >fitt lui> qui mo fit vendtfenjes livres* et
4 h EES XTOKFtSSÎOîtfe.
bonnes recommandations portTitafa Je revis Miltiqtendeot , doMPj & dftfttià' fe connaissance à»M^'B6rd^syetk«{iii/é>dtt^teUé de M.- le me dfc>Ritehelreu, >^tt*Çti«9fà h Ly*tt thms*ee t em^|- 4k M. Palhi'tne^setm a luî. lfrv de Bicftelieu mer .reçut bien me dif^fte PaM£r: TOtr fa Bani* v ce >qtie 4© fi* 'plwëlèùr^ïofe , ctapne il *éra ék^i^ptèSjS^'pbUrt^qtie cet^ttànte JcavmmÊwmee > jfnfr'ne^toissa 1 pas ; d^a Voir *des wte* , m'ai* jatj&is attte a *iteh. - * J<e te^is^ ^teaskien ' DavWt , ijiiî" tà'aHMt rkmSx service daB^'inW'détreSse uri de tarés îpi^uéde»» voy fe^ge^ Shrrt'^rbit ■pfôté un bon- -netfiet des ka^ii'ibnejàfa jamais- red^dridès, et 4[\ie je 'ne 4ui ai jamàftà rendus. Je hffai pourtant* fait dans la suite un petit présent à peu près équivalent. Je dirois mieux* sUl s'agissoit ici de ce que j'ai dû ; mais il - s'agit de ce que j'ai fait, et malheureusement ce n'est pas toujours la meme chose.
Je revis le noble et généreux Perrich on , et ce ne fut pas sans me ressentir de sa magnifiée* J«fdiiwfi*e ? ^me^fiti le l Wênrtî J eadeâ||tt qu^^avoit foit on^ai'avwt an ^em^liternard )eivi»ecLëfta$uNrt d# ^ ptafce&la^tifcencf.
PAM1E II , LIVRE VH. .9 Jé revis le chirurgien Parisot^ le meilleur et le mieux faisant des hommes : je revissa chère 'Godefroy , qu'il entretenait depuis dix ans, et <ïont la douceur de caractère et la bonté de cœur faisoient a peu près tout le mérite , mais qu'on ne pouyoit aborder sans intérêt ni quitter sans attendrissement, car elle étoit au dernier terme d'une étisiedont elle mourut peuaprès.
Rien ne montre mieux les vrais penchants d'un bomme que l'espèce de ses attachements ».
Quand on avoit vu la douce Godefroy , on coimoissoit le bon Parisot. *
* A moins qu'il ne se soit d'abord trompé dans son choix, ou que celle à laquelle il s'étoit attaché m'ait ensuite changé de caractère par un concours ■de causes extraordinaires ; ce qui n'est pas impossible ; absolument. .Si l'on vouloit admettre sans mo* édification £6 principe,, il faudrait donc juger de So> crate par sa femme Xaotippe,. et de Pion -par son ami Galippus ; ce qui seroit Je plus pnique et ,1e jplu8 faux jugement qu'on ait jamais porté. Au reste, qu'on écarte ici toute application injurieuse. ;à nrça femme. Elle est, il est vrai, plus bornée et plus facile à tromper que je n'avois cru; mais pour son caractère, pur, excellent, sans malice, il est digne ^de toute mon* estime , et l'Aura tant que je vivrai.
v LES CONrESSICHIS.
. J'aveis obligation k tous ces honnêtes gens. Dans la suite je les négligeai tous ; non certai» nement par ingratitude , mais par cette invincible paresse qui m'en a souvent donné l'air, Jamais le sentiment de leurs services n'est sort* de mon cœur; mais il m'en eût moins coûté de leur prouver ma reconnoissance que de la leur, témoigner , et l'exactitude à écrire a toujours été au-dessus de mes forces. J'ai donc gardé le silence et j'ai paru les oublier. Parisot et Perrichon n'y ont pas même fait attention, et je les ai toujours trouvés les mêmes; mais on verra, vingt ans % après , dans M. Bordes , jusqu'où l'araour-propre d'un bel-esprit peut porter la ven* geance lorsqu'il se croit négligé.
Avant de quitter Lyon , je ne dois pas oublier une aimable personne que j'y revis avec plus de plaisir que jamais , et qui laissa dans mon cœur des souvenirs bien tendres. C'est mademoiselle Serre , dont j'ai- parlé dans nfa première partie, et avec laquelle j'avois renouvelé çpnnoissance tandis que j'étois chez M. de Mabiy.À ce voyage, ayant plus de loisir, je la vis davantage ; mon cœur se prit,, et très -vivement. J'eus quelque lieu.de penser que le sien ne m'étoit pas contraire f mais elle
PARTIE H , LITRE .VU. 1 1 m'accorda une confiance qui m'ota la tentation d'en abuser. Elle n'a voit rien ni moi non plus; nos, situations étaient trop semblables pour que nous . pussions "nous unir , et , dans les vues qui m'occupoient, j'étois bien éloigné de songer au mariage. Elle m'apprît , qu'un jeune commerçant, appelé M. Genève, paroissoit vouloir s'attacher à elle. Je le vis chez elle une fois ou deux ; il me parut honnête homme, il passoit pour l'être Persuadé qu'elle seroit àeureuse avec lui, je désirois qu'il l'épousât, ' comme, il a fait dans la suite $ ,et pour ne pas troubler, lents innocentes, amours je me hâtai -de partir r faisant pour le bonheur de cette •charmante personne des vœux qui n'ont été exaucés ici-bas que pour un temps , hélas ! bien court ; car j'appris , dans la suite , qu'elle étoit morfee au bout de deux ou trois ans de mariage. Occupé, de mes tendres regrets, durant toute ma route , je sentis , et j'ai souvent senti depuis lors en y repensant, que si les sacrifices .qu'on fait au devoir et à la vertu coûtent b. faire, on-en est bien payé par les doux souvenirs qu'ils laissent au fond du coeur.
. Autant à mon précédent voyage j'avois vu Paris par son côt^ défavorable , autant à celui»
rtefoia tquan* à nnon litogementi <c«r , « sur 1 î tme aa&este.quenril^tdûkrée Mi Bordes ,<f allai doger à Vhitofcfi«iBt*Qu«ttti*i f <**e^d)Ês »Goradiscrsi;: proche k4k)rbow* ^ Atëarâemiey vilain jhôtel,?rvi|amet chambre^ mais *oii 'cependant •croient logé des feommus de 'mérite ^te&qwe iares&eti BordeB y iea abbés de^arbly, deGon- ,dillacy et ptasieifrs* a*tr<es dont malheurewennent je rity; trouvai plus^aucai*. Mais j'y teou- .TuiiUttMt. deiBomHrfondj, hobereau boiteu*, ^plaideur-, faisant >le ptiriate , auquel jfc daiS' la** îConnoissanGeide M. Roguin, maratenairt *le oio^emdeima* amis», et par haà celle du phileiaopbe Diderot, dont j'aurai beaucoup à parler i idau&k suite.
. >iI , aiiri)vai^Baiî»dat»l , automiie <le 174* J , **** .quinze .louis d? argent comptant * ma 1 comédie adeJHarcisse, et mon* projet de musique, pour «toute ressource , et ayant par conséquent peu ade temps k perdre pour tâcher d'en tirerpàrti. Je une pressai défaire valoir mes recommandations; <tin jeune homme qui arrive à Paris avec une figure paastthje, et qui s'annonce pàr des ♦alenta/y est assuré d^étre accueilli. Je lé fus, -œH**e procura des agréments sans me mener
pism&n OTRÊ Tn. i3
le ^%ntf\Atosc. 'Dc^totrtcfs les personnes kquî je fus recommandé, il n'y en eut que troirqui roeferfent HitHes; savoir, M* 'Datnesin, geniSlhoinnie savo varii / alors écnyier , et je crois 4ayori -de madame lar princesse de Carignan ; -M.-d&Bore,' secrétaire de l'académie des inscriptions et garde- des médaîHes du cabinet *du rt&i et le Pi Castel , jésuite ^ auteur du clave- <ennoehlaire.
R BL Damesin- pourvut au pins pressé , par dew«connoissances qu'il me procura; l'une, de M. de Gasc, président àt mortier au parlement de Bordeaux;,' et qui jouoit très-bien du VfoAon; l'autre; déM. l'abbé de Léon, qui logeait alors en-Sorbonne , jeune seigneur très-* a^abley qm^ourut a^fleartte son âge après -tfvoir brillé quelques' instants dans le monde «ous le nom de chevalier de Rohan. L'un et i'antM^urent k ftnta4sie d'^pren^re la composition. Je leur en donnai quelques mois de iecons <iui soutinrent xm peu ma bourse ta- «rissante. L'abbé de Léon me prit en amitié etvouloit m'avorr* pefar son secrétaire : mais % n'était par riche et ire put m'offrtr en tout que 1 huit cents francs, que je refusai bien a -regret , mal* qui ne pouvaient me suffire pour
i4 LES CONFESSAS-
ra»n logement , ma nourriture, et mon entrer
tien*. ,
M. de Boze me reçut fort bien. aknoit le savoir , il en a voit j mais il étoit un peu pédant. Madame de Boze aurait été sa fille;, elle étoit brillante et petite maîtresse. J'y dînois*quetquefoisj on ne sauroit avoir l'air plus gauche et plus sot que je Pavois vis-à-vis d'elle. Son maintien dégagé m'intimidoit et rendoitle mien plus plaisant. Quand elle meprésentoijt une as-" siette , . j'avançois ma fourchette pour piquer modestement un petit morceau de ce qu'elle m'offroit; de sorte qu'elle rendoit à son laquais l'assiette qu'elle m'avoit destinée > en se toinv nant pour que je ne la visse pas rire. Elle ne se doutoit guère que dans la tête de ce campagnard il ne laissott pas d'y avôjr quelque es*prit. M. de Boze me présenta ^ M. de Réaumur, son ami, qui venoît dîner chez lui tous les vendredis , jours d'académie des sciences. Il lui parla de mpn projet, et du désir que j'ayoip .de le soumettre a l'examen de l'académie.
M. de Ré au mur se changea de la proposition , qui fut agréée. Le jour donné je fus intro4uit et présenté par M. de Réaumurj et le même jour > 22 août 1742 , j'eus rfconneur de lire k
PARfp II , LTVRE VIL t5 t l'académie le mémoire que j'avois préparé pour cela. Quoique cette illustre assemblée fût assurément très -imposante, j'y fus. beau* coup moius intimidé que devant madame de Boze, et je me tirai passablement dé ma lecture et de mes réponses. Le mémoire réussit , et m'attira des compliments qui me surprirent autant qu'ils me flattèrent , imaginant a peine que , deyant une académie , quiconque n'en étoit pas pût'avoir le sens commun. Les corn*, missaires qu'on me donna furent MM. de Mai- " ran , Hellot , et de Fouchy ; tous trois, gens de mérite assurément , mais dont pas un ne savo.it la musique r assez du moins pour être en état de juger de mon projet.
. Durant mes conférences avec ces messieurs, je me convainquis avec autant de certitude que de surprise que, si quelquefois les savants ont. moins de préjugés que les autres hommes, ils tiennent en revanche encore plus .fortement a ceux qu'ils ont. Quelque foibles, quelque fausses que fussent la plupart de leurs objections, et quoique j'y répondisse timidement-, Je l'avoue, et en mauvais, termes, mais pat des raisons péxerapt pires , je*ne vins pas une | seule fois à bout de me faire entendre et de les
i6 LES CONFESSAIS,
contenter. Pétois toujours 'ébahi de la facilité avec laquelle , à l'aide* de quelques phrases sonores, ils me réfutaient sans m'mvoir compris. Us déterrèrent, je ne • sais on-, qu'un moine, appelé le P. Souhaitti , a voit jadis imaginé de noter la gamme par chiffres. C'en fut assez pour prétendre que mon système n'étoitpas neuf. Et passe pour cela : car, bien que je n'eusse jamais ouï parler du P. Souhaitti, et •bien que sa manière d'écrire les sept notes îiu* plam-ohant, sans même songer aux octaves, ne j méritât en aucune sorte d'entrer en parallèle avec mtt simple et commode invention pour noter^dscment par chiffres toute musique imaginable, clefs, silence, octaves , mesures , temps ;ct valeurs des notes , choses auxquelles Souhaitti n'a voit pas même songé; U étoit néanmoins ^très-vrai de dire que , quant a l'élémentaire expressiondes sept notes , il en étoit le premier inventeur; Mais, outre qu'ils don* nèrent à cette invention .primitive plus d'importance qu'elle n'en avoit, ils ne s'en tinrent pas là ; et sitôt qu'ils voulurent parler du fond du système ils ne- firent phis* que déraisonner * L* plus grand avantage ^du. mien étoit d'abroger les> transpositions eties -clefe , en sorte nue
PJtïflPÎEÏÏ, LIVRE VIL t 7
ïe'tkèbiemotcexvi setrtmvoît noté et transposé k volonté dans quelque ton qu'on voulût, au moyen du changement supposé d'une seule iëttre inhîate à la tête de l*air. Ces messieurs «voient uuï dire aux croque-sol de Paris que la méthode d'exécuter par transposhiôn ne Valoitrien. ib^partirent dé la pour tourner en itrmciMe objettiôn côiitre mon système soi* ■avantage le phisinarqué , et ils décidèrent que ma^note étoit bonne pont la vocale , et mau> vaisepour lHnstrùmentale ; au lieu de décider, «drame ik Faftroient 1 dû , '• qcf eîîe 'étoit benne
Sut la voeaïé ef méîBenre p i our l'instrument é* £ur kur rapport; Pacadëraie m'accorda T<n l ceHificat'plèm i W i ^ès^beaux compliments* -îrtrttvers lesquels Ou dtéméloît , pour le fond » qu'elle ne fwgeoitmon système ni neuf ni utiles J&ite crus pas devoir orner d'une pareille -pîèce lNmvrage intitulé : dissertation sur la '^tkUs^jue m<>*fome'j'p&Hequel j'en appelois au
J r èûs lieud#»remar<|uer im cette occasion combien , même fcvecutr esprit borné, la con- ^iss^ce tmlqtte mais profonde de la chose est : pféfér« l ble , pour en bien juger, a toutes' ks lumières que donne la- culture des sciences.
i8 LES CONFESSIONS,
lorsqu'on n'y a pas joint l'étude particulière de celle dont il s'agit. La seule objection solide qu'il y eût a faire a mou système y fut faite par Hameau. A peine le lui eus- je expliqué , qu'il en vit le côté foible. Vos signes , dit-il, , sont très-bons, en ce qu'ils déterminent sim* plement et clairement les valeurs , en ce qu'ils représentent nettement les intervalles et montrent toujours le simple dans le redoublé} mais ils sont mauvais en ce qu'ils exigent i>our cha-* que intervalle une opération de l'esprit, qui^ ne peut suivre la rapidité de l'exécution. La position de nos notes , continua-t-il , se peint k l'œil sans le concours de cette opération. Si deux notes r l'une très-ha4fe> l'autre trèsrbas-* se, sont jointes par une tirade de notés intermédiaires , je vois du premier coup d'oeil que J'une est jointe à l'autre par degrés conjoints^ mais , pour m'assurer chez vous de cette tirade , il faut nécessairement que j'épelle tous vo* chiffres l'un après l'autre; le coupd^ceil ne peut suppléer à rien. L'objection me parut ~sans réplique, et j'en convins à l'instant. Quoiqu'elle soit simple et frappante, il n'y a qu'une g^pde pratique de l'art qui puisse la suggérer : et il n'est pas étonnant qu'elle ne soit venue à
PARTIE H , LIVRE VII. i$ aucun académicien; mais il Test que tous, ces grands savants qui savent tant de choses sachent si peu que chacun ne devroit juger que de son métier.
Mes fréquentes visites à mes commissaires et à d'autres académiciens me mirent à portée de faire connoissanee avec tout ce qu'il y avoit a Pari» de plus distingué dans & littérature; et par la cette connoissanee se trouva toute faite lorsque je me vis dans la suite inscrit tout d'un •coup parmi eux. Quant a présent , concentré dans mon système de musique, je m'obsu'nois a vouloir par lui faire une révolution dans cet art , et parvenir de la sorte à une célébrité qni> 4^ns les beaux-arts, se conjoint toujours, à Paris, avec la fortune. Je m'enferma dans ma chambre et travaillai deux ou trois mois avec une ardeur inexprimable à refondre , dans un ouvrage destiné pour le public , le mémoire que j'avois lu a l'académie, La difficulté fut de trouver un libraire qui voulût se charger de mon manuscrit , vu qu'il y avoit quelque dépense à faire pour les nouveaux caractères , que les libraires ne jettent pas leurs écus à la tête des débutants , et qu'il me sem* bloit cependant bien juste que mon ouvrage
me rendît le pain que j'avois mangé en l'écrivant. #
Bonnefond me procura QuiHau le père. , qui fit avec moi un traité à moitié profit , saqs compter \e privilège que je payai seul, Tant fat opéré par ledit Quillau , que j'en fus pour mon privilège et n'ai tiré jamais un liard de -cette éditiofi , qui vraisemblablement eut un débit médiocre * quoique é'abbé Dësjfou/taines m'eût promis de la faire aller , et que les autres journalistes en eussent dit assez de bien.
Le plus grand obstacle à l'essai de mon système étoit la crainte que, s'il n'étoit pas admis, on ne perdît*le temps qu'on mettroit à l'apprendre. Je disois a cela que la pratique de ma note rendoit les idées si 4^ e9 > ( î ue > pour apprendre la musique par les caractères ordinaires , on gagneroit encore beaucoup de temps à commencer par les miens. Pour en donner la preuve par l'expérience, j'enseignai gratuitement la musique a une jeune Américaine appelée mademoiselle des Boulins, dont M. Hoguin m'avoit procuré la eonnoissance :
en trois mois elle fut en état de décbiffrèr su* ma note quelque musique que ce fût, et même
PARTIE H, LIVRE VIL at de chanter à livre ouvert , mieux que > moi* même , toute celle qui n'étoit pas fort chargée de difficultés. Ce succès- fut frappant mais ignoré. Un autre en auroît rempli les journaux} mais , avec quelque talent pour trouver des choses utiles, je n'en eus jamais pour les faire valoir, «
Voilà comment ma fontaine de héron fut ■ fH#re cassée $ mai* cette seconde fois j'avois trente ans., j'étois homme fait, et je me trou- *ois sur le pavé de Paris ou Vçn ne vit pas pou» rien. Le parti que je pris dans cette extrémité n'étonnera que ceux qui n'ont pas bien lu ma première partie. Je venois de me donner As mouvements aussi grands qu'inutiles ; j'avw** besoin 4e> reprendre haleine. Au lieu, de me livrer au désespoir , je me livrai tranquille» ment à ma paresse et aux soins de la Provvr dence , et, pour lui donner le temps de faire son oeuvre * je me mis à manger , sans me prêt* ser , quelques louis qui me restaient encore y réglant la dépense de mes nonchalants plaàr sirs sans la retrancher, n'allant plus au ca& que de deux jours l'un , et au spectacle, que deux fois la semaine. A l'égard de la dépense des filles, je n'eus aucune réforme à y frire,
*a LES CONFESSIONS.
n'ayant de ma vie mis un sou a cet usage si
ce n'est une seule fois , dont j'aurai bientôt a
parler.
La sécurité , la volupté ^ la confiance avefr laquelle je me livrois a -cette vie indolente et solitaire , que je n'avois pas de quoi faire durer trois mois , mt une des singularités de ma vie et une des bizarreries de "mon humeur.
L/extrême besoin que j'avois qu'on^'occd^âft'
'de moi étoit précisément ce gui m'ôtoit le courage de me montrer ; et la nécessité de fairè des visites me les rendk insupportables , au point que je cessai même de voir les académiciens et antres gens de lettres avec lesquels
"j'étoîs déjà faufilé. Hfcrivaux, l'abbé de Mably , Fontenelle ^furent presque les seuls chez qui je continuai d'aller quelquefois. Je montrai même au premier ma comédie de Narcisse. Elle Jfti plut , et il eut la complaisance de la retoucher. Diderot , plus jeune qu'eux, étoit a peu près de mon âge. Il aimoit là musique ; il en -savort la théorie ) nous en parlions ensemble : il me parloit aussi de ses projets d'ouvrages. Cela forma bientôt entre nous des Maisons plus intimes, qui ont duré quinze ans , et qui probablement dureroient encore , si
PARME n , LIVRE m a3 malheureusement, et bien par sa faute, je n'eusse été jeté dans son même métier.
' On n'imagineroit pas a quoi j'occupois ce* court et précieux intervalle qui me restoit encore ayant d'être forcé de mendier mon pain : à étudier par cœur des passages de poètes que j'avois appris oent- fois , et autant de fois oubliés. Tous les matins , fers les di^heurfs , ' j'allois me promener au Luxembourg , un> Virgile et un Rousseau dans ma pocbe ; et la , " jusqufa l'heure du dîner , je réméraorois un- * tôt «ne ode sacrée et tantôt unje bucolique > ^ ^ sans me rebuter de ce qu'en repassant celle du jour je ne manquois pas d'oublier celle de là veille. Je me rappelois qu'après la défaite dé Niciâs à Syracuse les Athéniens prisonniers gagnoient leur vie à réciter les poèmes d'Homère. Le parti que je tirai de ce trait d'érudition pour me prémunir «contre la misère fut cVexercer mon heureuse mémoire a retenir tous les poètes par cœur.
* J'avois un autre expédient non moins solide dans les échecs , auxquels je consacrois régulièrement , au café de Maugis , lés après-midi des jours que je h'allois,pas au spectacle. Je fi* lit connaissance avéc M. de Légal , avec un
M> Hu^on,avecPhilidor*avectausle& gro»d$, joueurs d'échecs de ce temps-la; , et n'eu de-, 'vins pas plus habile. Je ne doutai pas cependant que je ne devinsse a la fin plus fort qu'eux, tous , et c'en étoit assez selon moi pour nie, servir de ressource. De quelque ..folie que je mj engouasse , j'y portois toujours la même; -manière de raisonner. Je me d*soi$:Quiconqfle- ^prjme eu quelque chose. est. toujours sûr d'être; •Recherché : j>rimons donc, n'importe en quoi;^ je -serai recherché, j; les .occasions. r se présent ront, et mon mérite fera* le reste.. Cet e1fî$an% » tiilage n'étoitpas le soptisme de ma raison^, c'étoit celui .de. 4 mpn indolence, Effraye* de#, grands et rapides efforts qu'il aurait fallu ft ire j pour m'évertuçr »je tâcfcois de, flatter ma, pa^ resse-, et je m'en voiloi* U honte par .de* ar^, guments. dignes d'^Uje., . • t
J'attendois aipsi .tranquillement la fin d^t mon argent $ et je crois que, je serois arrivé, au, dernier sou sans m'en émouvoir davantage <vt si le P. Castel , que j'slloia voir quelquefois en allant au café, ne m'eût arraché dftjnajb^ . tfiargie* te, P»]Castejl^toit fou^ mais bpiMiQmtf me au, demeurant t il étoit #çh,é me voiu, consumer ainsi s*ms rieu^ftû^ Puisque .le*!
* PARTIE H , LIVRE VII. a5
musiciens , me dit-il , puisque les- savants ne chantent pas à votre unisson , changez de cordes, etvoyez les ferames.Vous réussirez peutêtre mieux de ce côté-là. J'ai parlé de vous à madame de Beuzenval ; allez la voir de ma parf. C'est une, bonde femme qui verra avec plaisir un pays de son fils et de son mari. Vous verrez, chez elle madame de Broglie sa fille , qui est une femme d'esprit. Madame Dupin en est une autre a qui j'ai aussi parlé de vous : portez-lui votre ouvrage , elle a envie de vous voir, et vous recevra bien. On ne fait rien dans Paris que par les femmes, Ce sont comme des courbes dont les sages sont les asymptotes, ils s'en approchent sans cesse, mais ils n'y touchent jamais. .
Après avoir long-temps remis d'un jour à l'autre l'exécution de ces terribles corvées , je pris enfin courage , et j'allai voir madame de Beuzenval. Elle me reçut avec bonté.. Madame de Broglie étant entrée dans sa chambre , elle lui dit : Ma fille, voilà M. Rousseau dont le P. Castel nous a parlé. Madame de Broglie me fit compliment sur ,mon ouvrage , et , me menant à son clavecin , me fit voir qu'elle s'en étoit occupée. Voyant à sa pen- III. a
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iule qu'il toit près d'une Jieure , je vbùliis m'en allier. Btadame de Beuzenval me dît :
Vous êtes loin de vôtre quartier , restez j'voiis dînerez ici. Je ne mè fis pas'prier.'Hfi'qiiâr't d'heure après , je compris par quelque mdt que le dîné auquel elle m'invitoit étoit celui de son oifice. Madame de'Beuzenval étoit tiite très-bonne femme , mais bornée ; et , 'iriçfp pleine de son illustré noblesse polonaise , éHe avoit peu d'idée des*ë£àrds qu'on doit âux talents. Elle me jugeoit même en cette bccàsiota sur mon maintien plus que sur mon équipage , qui , quoique très-simple , étoit fort propre , et n'annohçoît point du tôtft un nômme fait pour dîner a l'office. Tén âvois' oublié le cuemin depuis trop long-temps" pdûr Voulon* le rapprendre /Sans lilleer' voir tout môn dépit , je dis à madame de Beuzenvàl qu'une petite affaire qui me revenoit en mémoire me rappeloit dans mon quartier , èt je voulus partir. Madame de Broglie s'approcha de sa mère , ét lui dit à l'oreille quelques mots qui firent effet. Madame de fieuzeAyal se leva pour me retenir, et médit . Je compte que c'est avec nous que vdb&juous ferez l'honneur de dîner.
Je crus quéH&îre le fier eût été faire le sot , et
PARTIE' H , LIVRE VIL %j je restai. D'ailleurs. la bonté de .madame de Broglie mfavoit touché , et me,la orendoit intéressante. Je fus fort aise de dîner Avec elle , et j'espérai qu'en me connaissant davantage elle . n'auroit pas regret à jn'avoir prostré . cet honneur. M. le président de Lamoignon , grand ami* de «la maison, j dîna aussi. U avait, ainsi que madame de Broglie , ce petit; jargon de .Paris , tout en petits mots , tout en petites al- 'testons fines. Il n'y avoit pas là de quoi briller .pour le pauvre .tfea&4acques. J'eus le }jgn seos de ne pas; faire le gentil malgré Minerve, «t je me tus, Jleureux si j'eusse été toujours •aussi .sage ! Je ne serois pas dans l'abîme où je suis aujourd'hui. J'étois désolé de ma lourdise , et de ne pouvoir justifier aux yeux de (rnadaate de Broglie ce qu'elle a voit fait en ma faveur.
Après le dîner je m'avisai de ma ressource ordinaire. J'avois dans ma poche une épître '«n vers écrite à Parisotjpenjjant mon séjour à Lyon. Ce morceau ne manquait pas de chaleur ; j'en mis dans la façon de le réciter , et je les fis pleurer tous trois. Soit vanité> soit .vérité dans, mes interprétations , je crus voir qiterte,ije^^4e.ma4ame de Broglie disoient
à sa mère : Hé bien , maman ! avois-je tort de vous dire que cet homme étoit plus fait pour dîner avec vous qu'avec vos femmes ? Jusqu'à ce moment j'avois eu le cœur un peu gros f mais^aprèsd'étre ainsi vengé , je fus content. Madame de Broglie poussant un peu trop loin le jugement avantageux qu'elle avoit porté de moi , crut que j'allois faire sensation dans Paris , et devenir un homme à bonnes fortunes.
Pour guider mon inexpérience , elle me donna L$ Confessions du comte dé***. Ce livre , me dit-elle , est un Mentor dont vous aurez besoin dans le monde. Vous ferez bien de le consulter quelquefois. J'ai gardé plus de vingt ans cet exemplaire avec reconnoissance pour la main dont il me venoit , mais riant quelquefois de l'opinion que paroissoit avoir cette dame de mqu mérite galant. Du moment que j'eus lu cet ouvrage je désirai d'obtenir l'amitié de l'auteur. Mon penchant m'inspiroit très-bien : c'est seul ami vrai que j'ai eu parmi les gens de lettres ».
* le l'ai cm si long-temps et si parfaitement , que ctytâ lui que depuis mon retour à Paris jeeonfiai le manuscrit de mes Confessions* Le défiant Jean-Jac-
PARTIE II, LIVRE 29 Dès-lors j'osai compter que madame la baronne de Beuzenval et madame la marquise de Broglie prenant intérêt à moi ne me laisseraient pas long-temps sans ressource , et je ne me trompai pas. Parlons maintenant, de mon entrée chez madame Dupin , qui a eu de plus longues suites.
Madame Dupin étoit , comme on sait , fille de Samuel Bernard et de madame Fontaine.
Elles étoient trois soeurs qu'on pouvoit appeler les trois Grâtes. Madame de la Touche , qui fit une escapade en Angleterre ayee le duc de Kingston. Madame Darty , la maîtresse , et , bien plus , l'amie , L'unique et sincère amie de M. le prince de Gonti , femme adorable autant par la douceur , par la bonté de son charmant caractère , que par l'agrément de son esprit et par l'inaltérable gaieté de son humeur. Enfin madame Dupin , la plus belle des trois , et la
ques n'a jamais pu croire à la perfidie et à la fausseté qu'après en avoir été la victime.
(Au lieu de cette note il y a simplement dans le manuscrit autographe) :
« Voilà ce que j'aurois pensé toujours si je n'étois • jamais revenu à Paris. >
3o t#S CONFESSIONS»
seule à qui l'on n'ait point reproché d'écart dans sa condaite» Elle fut le prix de l'hospitalité de M. Dnpin, a qui sa mère la donna avec une place de fermier-général et une fortune im* mense , en reconnaissance du bon accueil qu'il . lui avoit fait dans sa province. Elle étoit en-* core , quand je la vis pour la première foi*, une des plu% belles femmes de Paris. Elle me reçut à sa toilette. Elle avoit les buts nus, les cheveux épars , son peignoir mal arrangé Cet abord m'étoit très-nouveau j ma pAmetétenjjr tint pas , je me trouble, je m'égare, et bref me voîllr épris de madame Dupra.
Mon trouble ne parut pourtant pas me nuire auprès d'elle ; elle ne s'en aperçut point. Elle accueillit le livre et l'auteur , me parla de * mon projet en personne instruite, chanta, s'accompagna du clavecin*, me retint à ctfner, me fit mettre à table à oété d'eUe. Il n'en faK loit pas tant pour me rendre fou j je le devins. Elle me permit de la venir voir i j'usai , j'abusai de la permission. J'y allois presque tous les jours, jf y dîaoisdeux ou trois fois par semaine. Je mourois d'envie de parler; je n'osai jamais» Plusieurs raisons renforçoient ma timidité naturelle. L'entrée d'une maison opulente
PARTUÇ IJ> UV*MÇ XH 3i étp,it une porte offerte à la fortune j jfe ne voulais pas , dans, n*a situation , risquer de me lfl fermer. Madame Dupin., tout aimable qu'elle, était , étoit sérieuse et froide ; }e ne trouvois ri^n, dans ses manières d ? a&sez agaçant ppur nlpUbardir* Enfiaw maison , aussi brillante ors qu'aucune ajpfe dans Paris , rassemblent sociétés auxquelles, iï*ne mangupit que d'être mftç peu #oins nombreuses pour être d'élijfrdans tous les genres* Elle aimoit à voir
rlés gens qui jetoieutde l'éclat, les, grands, jens tfc lettres , les belles femmes : on ne* ypyojt cbez. elje. que,ducs^ambassadeurs, cordons^] eus. Madame la prm cessée Rohaja, madame la comtesse de Forqalfluier , madame de r MJrepoix,, madame de.Brignolé, milady Hervey , pouvaient passer jour^s, amies. Si. de Ftmtenelle , l'abbé de Saint-Pierre ^ l'abbé, S allier, M. de Fourmnnt, M* de Çernis, M* de Buffon , fyl. <JLe Voltaire , étoiept de son cercle e,t deses diuers. Si son maintien ré&erv? n'at- ; tiroit pas beaucoup les jeunes gent , sa société d'au^tanjt mieux composée n'en étoit que plus, imposante?» ejt 1$ pauvre Jean- Jacques n'avoit pafl d,e, quoi se flatter de briller ^eaujgup au J,, ieu de toufc cela, .fe n'osai, donc parler ;
mais ne pouvant plus me taire , j osai écrire. Elle garda ma lettre deux jours sans m'en parler. Le troisième jour elle me la rendit? en m'adressant verbalement quelques mots d'exhortation d'un ton' froid qui me glaça. Je vojilus parler , la parole expira sur mes lèvf^r; ma subite passion atteignit avec Pespéranc^, et, après une déclaration dans les formés, je continuai 3 vivre avec elle comme auparavant, # sans plus lui parler de rien , même des^yêux.
Je crus ma sottise oubliée ; je me trompai, M. de Francueîl , fils $é M. Dupin et beau-fils de madame , étoil a peu près de son âge et du., mien. Il avoit de l'esprit, de la figure} il pouvoit avoir des prétentions. On disoit qu'il en avoit auprès d'elle , uniquement peut-êfre parce qu'elle lui avoit donné une femme bien laide , bien douce , et qu'elle vivoit parfaitê- .rrtent bien avec tous les deux. M. de Francueil aimoit et cultivoit les talents. La musique , qu'il savoit très-bien , fut entre nous un moyen de liaison. Je le vis beaucoup : je m'at- * tachois a lui , quand tout d'un coup il me fit entendre que madame Dupin trouvait mes visites trop fréquentes , et me prioit de les discontinuer. Ce compliment auroit pu être à s|q^
PARTIE II , UVRE VU. 33 place quand elle me rendit ma lettre j mais huit ou dix jours après et sans aucune autre cause , il venoit , ce me semble, hors de propos. Celafaïsoit une position d'autant plus bizarre, que je n'en étois pas moins bien venu qu'auparavant chez M. et madame de Francueil. J'y allai cependant plus rarement-, et j'aurois cessé d'y aller tout-à-fait , si , par Un autre caprice imprévu , madame Dupin ne m'avoit fait prier de veiller pendant huit a dix jours à son fils , 3&i , changeant de gouverneur , restoit seul durant cet intervalle. Je passai ces huit jours dans un supplice que le plaisir d'obéir à madame Dupin pouvoit seul me rendre soufrablé j car le pauvre Chenonceaux avoit dès-lbrs cette mauvaise tête qui a failli déshonorer sa famille, et qui l'a fait mourir à l'Ile de Bourbon. Pendant que je fus auprès de lui , je l'empêchai défaire du mal à lui-même ou à d'autres , et voila tout : encore ne fut-ce pas une médiocre peine ; et je ne m'en serois pas cfeargé huit jours de plus , quand madame Dupin se aeroit donnée a moi pour récompense.
M. de Francueil me prenoit en amitié : je travaillons avec lui ; nous commençâmes ensemble un cours de chimie chez Rouelle. Pour
me rapprocher de lui , je quittai mon hôtel Saint-Quentin > et vins me loger au jeu de paume de la rue Verdelet , qui donne dans la me Plâ trière, ou logeoit M- Dupis. Là , par la suite d'un rhume négligé , je gagnai une fluxion de poitrine dont je faillis mourir. J'ai eu souvent durant ma jeunesse de ces maladies inflammatoires , pleurésies , et surtout des esquinanciea auxquelles j'étois très-sujet , dont jé* né tiens pas ici le registre, et qui toutes m'ont fait voir la mort d'assez près pour m* familiariser avec son image. Durant ma conva^ leseenoe , j'eus le temps de réfléchir sur raotr état, et de déplorer ma timidité , ma faiblesse, et mon indolence, qui, malgré le feu dont je me seotois embrasé , me laissoient languir dans Foisiveté d'esprit, toujours k la porte de la misère. La veille du jour où j'étois tombé malade , j'étois allé à un opéra de Royer qu'on donnait alors , et dont j'ai oublié le titre. Malgré ma prévention pour les talents des autres , qui m'a toujours fait défier des miens , je ne pouvois m'empêcher detrouver cette musique foibie , sans chaleur , sans invention. J'osois quelquefois me dire, il me semble que je ferois mieux que cela. Mais la terrible idée que j'a-