‹ Confessions de J.-J.Rousseau, Volume 3Chapitre 26 sur 32 · PARTIE n , LIVRE VIII · texte numérisé non relu

PARTIE n , LIVRE VIII

essayer l'ouvrage en laissant ignorer l'auteur» Pour ne pas me déceler, je ne me trouvai point a cette répétition , et fes petits violons 1 qurla dirigèrent ne surent eux-mêmes quel en étoit l'auteur qu'après qu'une acclamation générale eut attesté la bonté de l'ouvrage. Tous ceux qui l'entendirent en étoient enchantés , au point que , dès le lendemain , dans toutes les sociétés on ne parloit d'autre chose. M. de Cury, intendant des menus, qui avoit assisté a la répétition , demanda l'ouvrage pour être donné à la cour. Duclos , qui savoit mes intentions , jugeant que je serois moins le maître de ma pièce à la cour qu'à Paris , la refusa. Cury la réclama d'autorité ; Duclos tint bon , et le débat entre eux devint si vif, qu'un jour a l'Opéra ils alloient sortir ensemble si on ne les eût séparés. On voulut s'adresser a moi, je renvoyai la décision de la chose à M. Duclos :

1 C'est ainsi qu'on appeloit Rebel et Francœur, qui s'étoientfait connoltre dès leur jeunesse en 'allant toujours ensemble jouer du violon dans les maisons. (11 y a tout simplement dans le manuscrit cité) : C'est ainsi qu'on a toujours désigné Rebel et Francœur.

LES CONFESSIONS, il fallut revenir a lui. M. le duc d'Auraont s'en mêla. Duclos crut enfin devoir céder à l'autorité , et la pièce fut donnée pour être jouée à Fontainebleau.

La partie a laquelle je m'étois le plus attaché et où je m'éloignois le plas de la route commune étoit le récitatif : le mien étoit accentué d'une façon toute nouvelle, et marchoit avec le débit de la parole. On n'osa laisser cette terrible innovation; on craïgnoit qu'elle ne révoltât les oreilles moutonnières. Je consentis que Francueil et Jélyotte fissent un autre récitatif, mais je ne voulus pas m'en mêler.

Quand tout fut prêt et le jour fixé pour la représentation , l'on me proposa le voyage de Fontainebleau pour voir au moins la dernière répétition. J'y fus avec mademoiselle Fei , Grirom , et , je crois , l'abbé Raynal , dans une voiture de la cour. La répétition fut passable; j'en fus plus content que je ne m'y étois attendu. -L'orchestre étoit nombreux, composé de ceux de l'Opéra et de la musique du roi. Jélyotte faisoit Colin , mademoiselle Fel Colette, Cuviiier le Devin; les chœurs étoient «eux de 1? Opéra. Je dis peu de chose; c* étoit

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