‹ Confessions de Madame***[pseud.]; principes de morale pour se conduire dans le mondeChapitre 2 sur 5 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

De la morale , relativement à la. chasteté.

J'observerai d'abord que, quoique Phon-t neur ne prescrive rien aux hommes relativement à la chasteté , celui dont l'âme est élevée et délicate a toujours des mœurs honnêtes; son cœur a besoin de s'intéresser ; il méprise les plaisirs où l'âme n'a point de part , et rougiroit d'acheter des caresses qui ne lui causeroient que du dégoût , accordées à des conditions si contraires à là nature et si répugnantes pour la délicatesse. Ordinairement il se marie ou forme une union qui ressemble au mariage; le moral en est la base, l'amitié y succède à l'amour, et c'est un engagement pour toute te vie.

a CONFESSIONS

Les gens à bonnes fortunes sont une espèce très-méprisable. Pour prendre .et soutenir leur rôle , il faut un cœur froid , un esprit frivole , un caractère faux. Heureusement ce genre de fatuité est passé de mode dans un siècle où , loin de trouver de la gloire à plaire aux femmes , on n'y attache pas même de la vanité.

Les libertins , gens de meilleure foi , mais vicieux d'une manière plus grossière , se dégradent de la qualité d'homme pour descendre à la classe animale , ou, plus déréglés que les brutes, ils passent la mesure du désir auquel elles s'arrêtent. Alors toutes les facultés morales s'éteignent dans l'excès et l'abus des facultés physiques.

L'homme qui met ses soins à prix seroit la plus vile des créatures , sans la femme qui les reçoit à des conditions si humiliantes pour elle. La nature ne veut pas qu'on aille au delà des désirs qu'elle donne ; tout excès est puni par la douleur ou par l'affoiblissement des facultés : le libertinage est le fruit de la corruption ; il est fort opposé à la nature , puisqu'il nuit à la propagation et à la " perfection de l'espèce , en détériorant l'individu qui s'y livre.

Si ce vice dégrade les hommes , de qqel

opprobre couvre -t- il les femmes qui s'y abandonnent? Méprisées du sexe dont elles font la honte , maltraitées de celui à qui elles se prostituent, que leur reste-t-il que la continuation d'un désordre dont elles n'ont plus la force de sortir ; car il ne reste ni honneur, ni énergie à l'être avili? Heureusement un tel degré de corruption est fort rare.

Si la sagesse prescrite aux femmes n'étoit qu'un préjugé, il suffirait qu'il fût général pour qu'elles dussent y demeurer fidèles; car , quiconque se résigne au mépris est , à coup sûr, méprisable; mais la loi qui leur impose la chasteté , la pudeur et la fidélité f n'est point , comme quelques personnes l'ont avancé , un abus de la force ; c'est , au contraire , une loi fondée sur la nature et indispensable au maintien de la société.

C'est en observant les moeurs des animaux , qu'on peut connoître les intentions de la nature; leur loi, toujours la même, ne peut échapper à nos observations, ni nous laisser aucun doute. L'instinct est pour eux la nécessité; ils ne peuvent s'en écarter pour perfectionner ou détériorer aucun de leurs ouvrages : tout se passe chez eux comme au temps où Pline faisoit leur histoire.

Dans la classe animale , la volonté de la nature agit seule sam rencontrer l'obstacle d'une volonté contraire. C'est là seulement que l'homme peut voir clairement le modèle de la loi qui lui est propre en tant qu'être physique. Le but de la nature est la conservation et la reproduction des espèces, et sa marche toujours le moyen -le plus simple d'arriver à la meilleure fin. Examinons comment elle agit dans les animaux quand ils travaillent -à remplir ses vastes desseins. Pour celui de la reproduction., quand les animaux sont tourmentés du désir de s'unir, c'est le mâle qui attaque et la femelle est sur la défensive ; il semble que la pudeur ne lui soit point étrangère.

Dans l'œuvre de la multiplication , Kou^ vrage du mâle est seulement de produire , celui de la femelle est de conserver; ayant deux tâches différentes, il est évident que leur loi ne doit pas être la même.

La sensibilité des femelles est bornée 1 » des temps limités , l'ardeur des mâles est toujours subsistante. Partout on voit la preuve que la nature a voulu que les deux sexes eussent des mœurs différentes. Dans beaucoup d'espèces , tout est terminé de la part du mâle , dès qu'il a procréé son semblable;

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tandis qu'il reste à la femelle un dépôt à conserver, des petits à mettre au jour, qu'il fendra allaiter, nourrir et soigner jusqu'au temps où ils auront acquis la forée nécessaire pour vaquer à leur subsistance.

Bans les espèces où le mate concourt à la conservation des petits, on voit du-* rer l'association des père et mère autant qu'elle est nécessaire à l'éducation des pe-r fcits.

Dans la classe humaine, l'enfance des hommes, étant bien plus longue que celle des animaux , exige des mères une assiduité plus constante et des soins plus durables. Si la nature avoit dénué aux femmes des sens aussi ardens qu'aux hommes, l'office de nourrice et celui de mère ne seroit pas rempli. Les enfans, livrés à l'abandon, privés de leur première nourriture, ne recevroient ni les soins ni l'éducation qui leur sont nécessaires.

On ne peut se dissimuler que k sexe le plus feiblfe ne soit nécessairement dans la dépendance en sexe le plus fort. Bans l'état de nature , la femme a besoin d'un protecteur qui pourvoie à sa subsistance , et qui la défende des dangers auxquels elle seroit ex-

posée, étant abandonnée à elle-même : 01V la femme trouvera-t-elle ce protecteur, si ce n'est dans le père de ses enfans? S'ils sont le fruit d'une rencontre fortuite , si la femme ne peut assigner à qui ils appartiennent , ils resteront nécessairement sans appui et sans protection , ainsi cjue leur mère.

L'association de l'homme et de la femme est nécessitée par la nature des choses, ainsi que par la durée de leur union ; il faut au moins quinze années du concours du père et de la mère pour élever un homme.

Toute association a ses lois, qui sont si essentielles à sa constitution , qu'il lui est impossible de subsister dès qu'elles sont enfreintes.

, Quelles sont les conditions nécessaires à L'association des deux sexes? C'est, de la part du plus fort , le secours dans tous les dangers; c'est le travail, la fatigue, les soins nécessaires pour fournir à la subsistance de la famille.

De la part de la femme, ce sont les soins domestiques et l'engagement indispensable de ne point introduire le fîk de l'étranger au sein de sa famille; car il seroit affreux tju'il vînt envahir le fruit du travail de

1 homme et dérober la portion de ses enfans , pour lesquels seuls il s'est soumis au travail et à la fatigue.

- Quand la femme , après avoir joui de la protection de l'homme , manque à la première condition de son engagement avec lui , il est certain qu'elle a usurpé tout ce qu'elle en a reçu , et qu'il seroit en droit de punir sévèrement sa trahison. Le moindre acte de sa justice est de la priver de ses secours.» et de l'abandonner à tous les dangers dont jusque-là il l'avoit préservée : son infidélité a détruit toutes les bases de l'association.

L'homme n'est pas nécessairement soumis à la nature , comme l'animal : il a une volonté propre qui le porte quelquefois nonseulement à résister à la loi naturelle, mais à lui désobéir formellement. Si l'on conteste le libre arbitre ( ce qui me paroît opposé au sentiment que chacun peut trouver en soi ) , on ne peut nier au moins que l'homme n'ait la possibilité de faire le bien et le mal , de résister à ses désirs ou d'y céder. On lui voit prendre des routes directement contraires, tandis que l'animarest forcé par son instinct à rester toujours dans la même.

Ce malheureux pouvoir qu'a l'homme d'agir d'une manière opposée au vœu de.

la nature, nécessite pour Uii le secours d'tme autre puissance qui l'enchaîne à la loi naturelle. Cette puissance est l'ordre moral, aussi nécessaire au maintien des sociétés, que l'ordre physique est nécessaire à la conservation des êtres.

Puisque l'homme réunit en lui le moral £t le physique, il doit être gouverné par des lois morales et physiques? La société n'étant que l'assemblage des hommes , doit recevoir sa constitution des mêmes principes.

Au moment où les hommes se réunissent , il est nécessaire qu'ils établissent entre eux des conventions , dont le but indispensable est que chacun trouve son avantage dans la réunion. Dans ces commencemens , la législation est facile , car les motifs de l'association prescrivent les lois de l'association ; mais lorsque les sociétés s'étendent , les relations se multiplient , les devoirs se compliquent , et l'esprit humain , malgré l'accroissement des lumières , s'égare quelquefois dans la multitude et la confusion de tant d'intérêts différens , difficiles à ramener à un centre commun. Alors., en voulant simplifier, on ajoute au désordre par la création dune infinité de lois, qui ne sont plus l'é~

nonce da vœu général , comme les lois primitives , maïs le résultat des méprises , des faux raisonnemens, des erreurs d'un mauvais gouvernement; la volonté d'un seul ou de plusieurs hommes remplace la volonté générale ; le despotisme commande , et la nature n'est p^s consultée : toute la terre offre l'exemple de lois fausses , enfantées par l'ignorance pour le malheur du genre humain. Mais au milieu de cette foule d'institutions qui régissent les peuples, il est facile de distinguer les lois vraies, prises dans la nature des choses , de celles qui ne doivent leur naissance qu'à l'imagination des hommes.

Les coutumes bizarres , les préjugés ,- ne durent* qu'un temps, n'habitent qu'un lieu; la vérité est la loi de tous les peuples et commande à tous les siècles.

La nécessité que les femmes aient des mœurs chastes est une de ces vérités senties de tous les temps et adoptées par tous les peuples. Dès l'origine, on a reconnu que les deux sexes étaient créés potir remplir des devoirs drfférens ; et si toutes les nations policées ont exigé que les hommes eussent des mœurs réglées, comme un point nécessaire an maintien des sociétés, elle&ont, d'un corn-

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mun accord , imposé aux femmes une sagesse absolue; différence prescrite par la nécessité des choses , puisque le désordre des femmes a des conséquences infiniment plus graves que celui des hommes.

La nature ayant ordonné , pour la conservation et l'instruction des enfans, une longue association des père et mère , la société a institué le mariage , afin de revêtir une association nécessaire de formalités qui la rendissent durable et qui empêchassent que personne pût s'y soustraire : l'objet du mariage est de lier les deux sexes à un devoir commun , et d'assurer aux enfans l'éducation physique, l'éducation morale et l'état civil. ' /

Du mariage suit nécessairement l'obligation de la fidélité réciproque; car si le mari va chercher au dehors des plaisirs qu'il peut trouver chez lui , ses distractions nuisent à son travail ; il ne fournit plus à la subsistance commune , et toute la famille est en souffrance. Son absence laisse à la femme une liberté dangereuse , et son infidélité offre un exemple coupable. Pour qu'un ménage prospère , il n'y faut qu'un intérêt et qu'une volonté.

Mais si l'infidélité du mari est condam-

nable , celle de la femme est criminelle ; quand tous deux manquent à la foi du mariage , la femme seule a le pouvoir d'en briser le lien le plus sacré , la paternité.

Le seul doute sur la légitimité de ses enfans peut conduire , même un honnête homme , à cesser d'être un bon père. Quelle triste situation que celle où , continuellement suspendu entre le soupçon et la confiance , on craint également de s'abandonner ou de se refuser au mouvement de sa tendresse ; et quand un malheur redouté se change en certitude, quelle douloureuse existence est préparée à l'homme qui aura incessamment sous- les yeux l'image vivante de la trahison d'une femme à qui il est uni pour la vie!

De quels sentimens son âme serait-elle déchirée en voyant dans son héritier le fruit de l'infidélité de sa compagne , et l'usurpateur du bien de ses enfans , qu'il n'a amassé qu'à force de privations et de travail? C'est sur la sagesse des femmes que reposent la paix et le bonheur des époux et des pères. L'infidélité du mari ne cause qu'un chagrin passager : revient-il au devoir , il ne reste pas trace de sa faute. Au contraire, l'infidélité de la femme ne peut jamais être oubliée :

c'est une tache ineffaçable qui bannit pour

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toujours la confiance et la paix du ménagé* Plus une faute est grave , .plus on apporte de soins à la cacher; la fausseté est forcément l'état habituel de la femme qui manque à sa foi , et toutes ses qualités sont détériorées par la nécessité de tromper. Quand l'attention est portée tout entière aux soins de perpétuer et de cacher une intrigue, on n'a ni le loisir, ni ,1a liberté d'esprit nécessaires pour vaquer aux devoirs domestiques.

Alors le mari , le ménage , les enfans , tout est en souffrance. Si le désordre d'un seul être trouble l'harmonie d'une famille, le désordre des familles trouble l'harmonie d'une nation, qui n'est que l'assemblage d'un grand nombre de familles.

On ne saurait trop le répéter: si La nature . avoit donné aux femmes des passions aussi vives qu'aux hommes et que la loi ft'y eût pas mis ordre, tout serait .en confusion sur la terre , et la vie sociale , feite pour l'homme,» lui deviendrait impossible.

. Mais la durée n'étant qu'une successioncontinuelle de mouvement, de fornfees, d'événemens , rfen ne reste à la même place , et les empires sont assu jétis au temps comme les hommes.

Quand , par l'effet de ces vicissitudes con-

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lîauelles , une infinité de causes trop difficiles à déduire conduisent insensiblement un état vers sa ruine, les ressorts se relâchent , l'énergie manque , et les moeurs se dépravent journellement. C'est à l'époque où la décadence commence à se faire sentir^ tjue je veux examiner quel degré de blâme et d'indulgence -méritent ceux qui man- , quent aux principes les plus respectables, dans un temps où ces principes ne sont plus en vigueur dans la nation.

- ! I1 est -certain qu'à mesure que les coupables se multiplient , l'opinion du crime s'affoibîit. Il y a déjà long-temps que les gens du monde regardent l'adultère comme une action indifférente.

Il faut convenir qu'à quelques égards, il est .moins préjudiciable à la société dans la classe des riches , que dans celle des pauvres. Les riches et les grands ne forment qu'une très-petite partie de la nation et la partie la moins utile ; leurs désordres ne nuisent point aux travaux de première nécessité, comme chez le peuple. Quand le riche encourage l'industrie , en répandant l'abondance dans les classes inférieures, il est également utile à la société , soit que ses H^œurs soient pures ou déréglées.

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La fortune procure les moyens de se faire suppléer dans tous les soins domestiques.

Chez les riches, les enfans sont allaités, soignés, instruits, quoique leurs pères et mères ne vivent point conformément à l'ordre.

La manière dont les mariages se font dans le monde semble offrir encore une excuse àTinfidélité. Les convenances indispensables pour le bonheur ; le goût , le rapport de& humeurs, y sont entièrement oubliés : dans ce cas , si les époux manquent à la foi conjugale, ils ne manquent pas à la constance , comme s'ils s'étoient choisis mutuellement.

Dans la classe des grands et des riches, le mariage n'est que l'engagement de la loi; dans les classes inférieures, il est de plus le vœu de l'âme qui se donne à l'objet qu'elle a choisi ; et ceux-là sont doublement adultères qui, en violant la loi, trahissent encore la promesse du cœur, qui est le véritable mariage. Chez le peuple , l'éducation des femmes est bornée à deux principes, être sages et ne pas voler : si elles manquent au premier , le second ne les arrêtera guère. Dans cette classe, il est bien rare que la femme qui manque à l'honneur, conserve *ur d'autres points une probité exacte. Dan*

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le monde , une éducation plus éclairée enseigne encore d'autres vertus que la sagesse , et on peut y rencontrer des femmes qui ont des qualités estimables , quoiqu'elles soient coupables d'une faiblesse. Mais si ces considérations semblent rendre les mœurs des

riches moins importantes au maintien de la société que celles du peuple, comme tout ce qui est vicieux en soi ne peut manquer de produire du mal, leur désordre, sous d'autres points de vue , a encore des effets plus funestes.

L'exemple des grands a une puissance plus forte que les lois; il semble que leurs actions soient douées du pouvoir de commander l'imitation à tout ce qui les approche; ils ne peuvent s'écarter de la vertu sans entraîner un grand nombre d'hommes attachés à leur suite. Chez toutes les nations , ce sont les rois, les chefs et les grands qui préparent de siècle en siècle les maladies du corps politique et la destruction des empires.

Si le désordre des riches ne nuit pas immédiatement aux travaux nécessaires À la société , il y cause du relâchement en corrompant les mœurs des citoyens qui en sont chargés. Les vices des classes supérieures passent insensiblement jusqu'aux, dernière*

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classes de la société ; à ce terme , la corruption est générale et la nation avilie : alors le sort du corps politique est de subir la destruction , comme Fhomme subit la mort quand les parties qui le constituent se désunissent.

Si les pères de famille offrent l'exemple du désordre, comment oseront-ils prescrire la sagesse à leurs enfans ? Dans ce cas , les préceptes ont le double danger , et de dégrader celui qui les donne , et de faire tort à la vérité.

Dans une nation blasée , où les plaisirs illicites sont devenus les seuls plaisirs , on est bien loin de cet esprit de famille qui fait trouver le bonheur au milieu des siens , et placer au premier rang le devoir de former ses enfans à être de bons citoyens et des hommes utiles. On ne s'en occupe pas même pour s'en faire aimer; et la sensibilité n'étant pas développée chez eux par les seuls objets qu'alors ils puissent aimer , il est fort à craindre que leur âme ne reste toujours froide et stérile.

Si les richesses donnent la facilité de se faire suppléer pour tous les soins domestiques , on sait que ces soins ne sont bien remplis que quand ils sont dirigés par ceux qui

ont intérêt à leur exécution ; et il est ordinaire de voir le désordre des mœurs entraîner celui des affaires, et la ruine d'un grand plonger dans la misère un grand nombre d'hommes qui n'ont eu que le tort de s'être fiés à lui.

Les plaisirs défendus prennent bien plus de temps que les plaisirs permis ; le soin de former une intrigue , celui de la cacher ou de la rendre publique , selon les circonstances , causent une préoccupation d'esprit qui fait négliger le reste. L'oubli de tons les devoirs est ordinairement la suite de la violation d'un devoir capital.

C'est surtout dans la classe des riches et dès grands , que la légitimité des enfans devient une chose importante. Si la femme du peuple est coupable en introduisant dans sa famille un enfant étranger, la lésion est passagère : le travail du pauvre est toute sa richesse; il ne laisse rien après lui , et l'effet du vol de la femme ne s'étend pas au-delà de la vie du mari. Au contraire , chez les grands et les riches , l'exécution des substitutions, ies testamens et des donations repose sur la fidélité des femmes; et celle qui est capable de Hrahir tant de volontés réunies, dont l'exécution est commise à sa foi, 2. 2

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se rend coupable du plus grand de tous les vols , puisque son effet , loin d'être passager et borné comme les vols ordinaires , s'étend et se perpétue de race en race , tant quJil y a des hommes sur la terre.

Le malheureux pouvoir qu'ont les femmes d'introduire au sein des familles un enfant étranger , rend, dans tons les temps, leur infidélité un crime capital.

En résumant tout ce qui a été dit , nous trouverons que , dans l'état de pure nature , ce crime rompt de droit l'association entre l'homme et la femme , et prive les enfans des secours qui leur sont nécessaires ; que , chez les peuples civilisés où il y à mariage sans divorce , l'adultère de la femme rompt l'union du mariage, tandis que la loi la rend indissoluble. Ce lien forcé est un supplice pour les deux époux; l'un est toujours agité par les soupçons , l'autre toujours en butte à la défiance. La paix et la confiance sont bannies sans retour par l'infidélité de la femme.

Dans les pays où l'adultère est puni par le divorce , c'est toujours un malheur pour le mari , une tache pour la femme , et une infortune pour les enfans.

Dans le peuplé, l'adultère des femmes entraîne toutes les espèces de désordres.

Dans lfe tiers-état, il trouble le repos et le bonheur des familles.

Chez les grands , c'est un crime politi-, que ; il corrompt les mœurs par la force de l'exemple , il dérange à perpétuité Tordre des successions et des titres.

Nous terminerons ce résumé en répétant que la fidélité a été prescrite aux femmes, dans tous les siècles et par toutes les nations; qu'elle est ordonnée par la nature comme par la raison, parce qu'elle est ta base fondamentale de l'association des deux sexes ,' dont la durée est nécessaire à la subsistance, ft à l'éducation des enfans.

Mais si F infidélité des femmes est préjudiciable au repos des familles et aumaintien de la société, quel jugement doit-on porter des hommes qui se font un jeu de séduire des femmes mariées? Pourquoi , dans un cas où la faute est semblable , faire tomber tout le blâme d'un seul côté ? Neseroit-il pas juste , au contraire, que le séducteur fut toujours regardé comme le plus coupable? Ne suffit-il pas aux hommes de n'être pas obligés à la chasteté comme nous , et doiveyit-ils se croire moins obligés que les femmes a respecter les liens sacrés du mariage ?

Qu'on est loin d 'avoir des idées justes sur

un sujet si important , dans un siècle ofi l'immoralité de l'adultère n'est seulement pas aperçue ! N'est-ce pas une chose véritablement étonnante que la légèreté avec laquelle on traite le serment du mariage ? Un serment prononcé d'une manière si authentique , en fofce des autels , en présence de ce que les hommes oftt de plus respectable sur la terre , est le Seul serment que les honnêtes gens se permettent de violer sans honte :

semblé que les hommes aient fait entre eux l'accord d'excepter une promesse si sacrée , de la loi qu'ils se sont faite pour toute autre promesse ; ils brisent les liens les plus respeo tables , et leur conscience n'en est pas moins paisible. On peut les cotnparer à des aveugles qui foulent aux pieds les choses les plus précieuses sans se douter du dommage qu'ils causent. Le ttfrt capital de manquer de prin^ cipes, leur sauvé le tort attaché à lavioèation de ces mêmes principes ; ils n'oftt point l'immoralité de leurs actions, et souvent leur cœut est bien moins dépravé que lettr conduite.

Dans tous les temps , on est entraîné par les mœurs de son siècle , et la vertu ou le vice qui ont assez de force pour résister aux opinions établies , méritent d'autant plus de respect ou de mépris , qu'ils se trouvent en

plus grande opposition avec les mœurs dominantes.

A Rome , aux beaux temps de la république , il auroit fallu cent fois plus de perversité à une dame romaine pour manquer à sa foi, qu'il n'en fatft à une Françoise du dix-huRième siècle pour manquer à la sienne.

Quoique le bien et le mal soient immuables, et que l'opinion des hommes ne puisse rien changer à la vérité , il est certain cependant que leurs égaremens ne doivent pas être jugés dans tous les temps avec la même sévérité. Dans le monde où nous vivons , on méprise encore les femmes galantes; mais il n'y a que les aventures d'éclat qui détruisent ki réputation. Loin qu'un attachement illicite excSte le mépris r il devient un motif d'estime quand le temps et la constance en ont couvert l'irrégularité.

On veut encore que l'amour soit Tunique cause des faiblesses * on exige que les bienséances soient respectées; mais on n'en demande pas davantage pour accorder F estime et la considération. Enfcore sont-ce les gens fort délicats qui les mettent à un si haut prix; car il n'est pas rare de voir traiter avec les plus grands égards une femme coupable

de plusieurs faiblesses, si elle couvre ses torts' par beaucoup d'esprit , d'audace ou d'adresse dans sa conduite. Chaque jour on devient plus indulgent sur cet article.

Dans un inonde si facile , l'honneur des femmes est exposé à bien des dangers : l'amour, la séduction, l'exemple, le peu de risque qu'on court à suivre son penchant, et la conduite des maris qui bien souvent conspire plus contre la sagesse des femmes que tous les soins des amans; mais s'il est mille écueils pour la foiblesse, il n'en est qu'un pour la vertu , c'est l'amour : s'il étoit toujours pur, ses jouissances et ses félicités seroient éternelles ; il deviendroit une vertu qui exalteroit toutes les autres vertus; mais qu'il est peu d'hommes qui soient dignes de le concevoir sous cette forme ! J'en ai pourtant vu d'assez de bonne foi pour convenir qu'ils avoient joui d'un bonheur plus exquis dans l'amour d'une femme vertueuse, qu'ils n'en avoient trouvé dans les passions où les sens dominent.

Madame de Lambert a dit, avec beaucoup de délicatesse et de vérité, que tout ce qu'on refusoit aux sens tournoit au profit du sentiment. S'il est un homme qui puisse

sentir la justesse de cette maxime , il n'appartenoit qu'à une femme de l'imaginer.

Naturellement plus capables des plaisirs de l^âme , les femmes honnêtes n'ont que le besoin d'aimer ; et si elles cèdent aux vœux de l'amant qui les presse , c'est bien plus à l'envie de le rendre heureux , qu'à leur propre désir qu'elles sacrifient.

Si , dans le siècle où nous vivons , une femme peut, avec des vertus, être capable d'une foiblesse, c'est la faute des mœurs autant que son propre tort.

Il faut une force de caractère bien rare pour résister aux penchans que l'opinion ne réprouve pas. Si tous les gens honnêtes se soumettent volontiers aux principes généralement établis , il est bien peu de personnes qui aient le courage d'interroger leur conscience pour y trouver la vérité , et s'en former pour elles seules une loi plus sévère que la loi générale.

Mais , heureusement , quand les premiers principes qui fondent une vérité sont oubliés , il reste nécessairement des conséquences de celte vérité , qui peuventsuppléer jusqu'à un certain point à l'ignorance des idées primitives.

Quelque dépravées que soient nos mœurs ,

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la probité élèvera toujours la voix contre le crime d'introduire un enfant étranger au sein d'une famille. Une femme véritablement honnête ne s'exposera point à ce danger, quoiqu'un monde corrompu lui ait fait perdre beaucoup de la sévérité des principes qui lui conviennent.

Ce crime , senti par des hommes qui n'ont pas la force de résister à leurs désirs, est éludé par des fautes d'une autre espèce; maïs sont - ils surs encore de pouvoir toujours choisir entre les manières de se rendre coupables?

La corruption des mœurs n'est point arrivée au terme où les femmes pourraient être infidèles sans avoir besoin de tromper les maris. Une personne vraie ne se résoudra point à dévouer sa vie à la fausseté ; et quand elle n'auroit pas d'autre motif pour être sage , elle resterait enchaînée à ses devoirs par la répugnance invincible qu'a toute âme honnête pour la pratique d'un mensonge habituel.

La crainte de rendre malheureux celui

avec qui on passe sa vie n'aura pas moins

* de puissance sur un cœur bon et sensible. r

Quoique la raison ou la multiplicité des

exemples aient détruit le pitoyable. préjijgé

d'attacher du ridicule au sort d'un mari trompé , on ne peut se dissimuler qu'il joue encore le rôle de dupe aux yeux de l'amant que sa femme favorise. Une personne qui a lame élevée consentira-t-elle à avilir, même aux yeux d'un seul homme, le chef de sa famille et le père de ses enfans?

Ainsi, la probité, la vérité, l'élévation de rame et la bonté du cœur , seront en tous temps des qualités qui combattront pour la vertu 'des femmes contre les mœurs d'un siècle déréglé.

Quelque penchant qu'on se sente à par-»

donner les foiblesses qui prennent leur source dans une âme tendre, on ne peut se dissimuler que les femmes qui sacrifient tout à l'amour, perdent , au moins pour un temps,' les qualités qui auroient dû les défendre^ Si elles sont nées honnêtes , il faut les plaindre; les remords suivront de près la faute. Que de peines journalières se mêlent à des plaisirs coupables! la crainte continuelle de voir son secret découvert , la crainte plus cruelle encore de perdre l'objet de sa faute, quand on n'a plus de nouveaux sacrifices à lui faire!

Quel supplice pour une femme délicate ; de voir son mari prodiguer des caresses à l'amant pour lequel elle le trahit!

*6 C0NFESSI0H5

Quel désespoir pour une femme passionnée de l'en voir traiter avec une froideur qui peut l'éloigner d'elle! Une fois hors de Tordre* il n'y a plus à choisir qu'entre les différent inconvénient et les différent malheurs qu'en-* traîne nécessairement l'oubli des devoirs ;.

car le mal ne peut produire que le malheur.

Mais, si nous avons été forcés de convenir que T infidélité des femmes est en elle-même également condamnable dans tous les temps y la justice nous a obligés de reconnoître que , dans tous les temps , elle ne prouve pas lesr mêmes vices dans l'âme des coupables; et, en parlant des moeurs actuelles , la justice nous oblige encore d'admettre des différent ces entre les femmes que l'amour égare, cap les circonstances aggravent ou affaiblissent toutes les fautes.

Une femme honorée dans sa maison , ché~ rie d'un mari qui dévoue sa vie à la rendre heureuse , dans lequel elle trouve sinon m»

amant , au moins un ami , et n'aperçoit Jamais un maître, ne seroît-elle pas un monstre de concevoir seulement la possible Uté de le trahir ?

Quel honteux courage que celui qui fait soutenir de sang-froid l'expression du fatuç bonheur de l'hoinjnç tjojnpéj cjuanxl q^.

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renferme eiï soi le secret quî changèrent sa destinée et anéantiroit sa félicité , si la vérité lui étoit connue !. Qu'il faut de bassesse et d'audace pour oser recevoir sans confusion des marques de tendresse qui ne sont point en réalité adressées à soi ! Qu'il faut de fans* ^eté pour les rendre à son tour, quand on ne peut se dissimuler qu'elles seroient repoussées avec horreur , si le fond de l'âme étoit à découvert!

Une telle perfidie , pratiquée à tous les momens du jour , ne peut être soutenue que par un être méprisable.

En lui supposant les mêmes foiblesses ; pourroit-on condamner aussi rigoureusement la femme qui reçoit de son mari l'exemple de l'infidélité, qui le voit prodw guer sa fortune à de viles créatures , tandis qu'il lui accorde à peine le simple nécessaire; qui, toujours despote chez lui, n'y paroît qu'avec le ton et le visage d'un maître que rien ne peut satisfaire ; qui blâme également tout ce qui vient de sa compagne ou plutôt de son esclave , repousse ses soins," déprécie ses vertus, lui parle d'un ton d'autant plus outrageant , qu'il ne l'emploie jamais qu'avec elle , prend plaisir à la traiter Avec mépris , et s'oublie au point de donner

à ses enfans, à ses amis, àses domestiques; l'exemple de ne montrer aucune considération pour elle? Que les maris sont insensés quand ils traitent aussi injustement leurs compagnes , celles dont ils peuvent attendre tout le bonheur de leur vie ! Comment ne sentent-ils pas que la vertu même est en danger quand on l'humilie?

Un traitement avilissant rabaisse une âme foible au niveau du mépris qu'on lui témoigne; une âme forte peut en être révoltée, jusqu'au point de passer toutes les bornes assignées à la raison ; une âme douce et tendre se livre à la douleur ; les pleurs f l'amitié et la confiance sont ses seules res-r sources. Cet état n'est pas sans danger : la mélancolie est tout près de l'amour. Un amant s'intéresse encore bien plus vivement qu'un ami : et quand on est malheureux , on a tant besoin d'être consolé. S'il est aimable , comment ne seroit-il pas aimé? Heureuse, on l'eût fui s'il eût paru dangereux; malheureuse , on se permet de l'accueillir, de l'écouter, de trouver de la consolation dans ses discours. Eh ! comment un cœur, livré à l'affliction , auroit-il la force de repousser un sentiment de plaisir ? ce seroit peut-être trop exiger de ta foiblesse humainç. Je tien$

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