DEUXIÈME PARTIE
Toutes petites, loutes belles !
O SCS mains, ses mains vénérées !
ces mains, ses mains qu'il me faut dans les miennes, à jamais !
y> D àu^e de cœur, y en a-t-il ? Oui, sans doute, — ou non ? Car avec ces vierges... ! »
Ainsi allait mon imagination, au lendemain de ma première entrevue que d'ailleurs voici, très en abrégé, — elle et ses conséquences immédiates... et les autres.
Uigiiizeû by i^OOgle
Charles de Sivrv
JE ne m'attendais pas le moins du monde à l'entrée dans la petite chambre où venait de se réveiller mon futur beau-frère, le bon tnusicien de génie plus que de talent, Charles
de Sivry, je ne m'attendais guère, en vérité, à
l*entrée, après trois coups frappés à la porte, de ^a sœur, ou plutôt de sa demi -sœur, elle étant
enfant d'un second lit. Il était « aviron cinq heures du soir, moment auquel mon noctambule de camarade avait coutume de penser à se lever, et moi-même je me disposais, ensuite, d'une conversation, si je ne me trompe, relative. à quelt)ue opérette en collaboration, à aller Tattendre iiLi café du Delta tout voisin, pour l'ajjéritif, quand, ai-je dit, elle entra sans bruit, puis allait faire mine de se retirer quand Sivry lui dit ou à peu près :
— Reste donc. Monsieur est un poète, c'est Verlaine, tu sais bien.
— Oh t j'aime beaucoup les poètes, Monsieur»
Telles turent les premières parolesde cette bou~ che de qui je devais entendre tant de oui, puis de non, sans préjudice de bien d'autres choses encore bannes, puis mauvaises !
File aimait beaucoup les poètes, du moins elle le disait. Que répondre à cela ? Rien évidemment. C'est ce que je fis, me contentant d'une inclinaison de tête reconnaissante vaguement.
Puis le discours s'engagea pour de bon par cette phrase, encore de politesse, mais moins banalement complimenteuse :
— Mon frère m'a souvent parlé de vous et même m'a fait lire de vos vers qui sont peutêtre trop... forts pour moi, mais qui me plaisent tout de même bien,
La pauvre enfant ! Je vous crois que mes vers, les Poèmes saturniens^ du Leconte de Lisle à ma manière, agrémenté de Baudelaire de ma façon, et les Fêtes galantes^ très justiciables de leur intitulé, devaient lui sembler... durs à
Uigiiizeû by i^OOgle
DBUXifeMB PARTIB
deviner. Néanmoins, ce coup ci. elle avait rompu décidément la glace et pour la première fois aussi je pus lui faire entendre cette mienne voix qui devait à son tour tant roucouler, puis vociférer à ses oreilles... toujours étonnées, car je puis dire irt, en toute impartialité calmée aprèa plus de vingt ans, que la malheureuse ne m*aura jamais compris de sa triste bourgeoise de vîè.
Et je lui répondis :
— Vous êtes trop bonne vraiment, — et, comme quelque chose de subit avait, cependant»
Heu en nioi, j'ajoutai: mais j'espère pouvoir laire bientôt des vers qui mériteront mieux Thonneur que vous voulez bien faire à ceux que vous connaissez de moi...
Alors, après quelques banalités sur la pluie et le beau temps, je me retirai après avoir rap* pelé à Sivrv notre rendez-vous au Delta et me retirai comme charmé, sur une poignée de main au camarade et une autre, douce au possible à... l'amie.
L'amie, oui : car quel nom donner a qui venait de m'inspirer tout à coup, tel un coup de... joie
<:alme^ ce rafraîchissement tout fleurant d*inno- •cenre et de simplicité 7 Et je ratiocinai tout en
m'acheiiiiuaul sans but vraiment, tandis que bête se dirigeait vers l'affreux breuvage vert. Ne serait-ce pas un hasard (je ne croyais plus •en Dieu depuis belle lurette), un heureux, inespéré, inespérable hasard qui me mettait cette douce fille sur le chemin mauvais où je sentais bien que j'allais me perdre. .. sans cet être, presque de raison, qui symbolisait à mes yeux déjà flétris de toute sorte de vues pas bonnes^ maïs perspicaces encore toutefois, mes yeux, cette chose presque impalpable mais qu'on sait qui ne viûrira qu'en la Femme désirable et désirable plutôt pour le cœur et Tesprit qu'aux sens trop peu difficiles, eux, la Jeune Fille dans la gloire rose de sa mystérieuse candeur. Mystérieuse candeur, et inquiétante, mais d'une inquiétude <:harmante et qui est à la fausse, à la coupable sécurité du libertinage et de ses suppôts, mâles •ou femelles, la sécurité même, par TefTort inces* sant d'une conscience et d'une volonté, en outre, <]ui sait ce qu elle veut et peut.
Ces belles considérations n*eurent natu-
Uigiiizeû by i^OOgle